‹ La morale appliquée a la politique, pour servir d'introduction aux observations sur les moeursChapitre 66 sur 116 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

De remploi des Deniers publics.

. Moi^TESQUiEu fait dire à Rica , dans ses Lei^ ires persanes : « Nous autres Orientaux nous » croyons qu'îln'y a pas plus de différence >i entre Tadministration du revenu d^un prince » et celle des biens d'un particulier , qu'il n'y » en a entre compter cent mille tomans et en » compter cent. » Mais il y a cette différence entre les revenus d'un prince et les revenus d'un "particulier , que celui-ci les tire ou de son industrie ou de ses biens , tandis que les revenus de prince sont prélevés sur les produits des biens ou de l'industrie des sujets, c'est-à-dire sur tm fonds qui ne lui appartient pas ; les revenus mêmes ne sont pas à lui, il n'en est que le dépositaire , le dispensateur ; ils lui ont été remis pour les besoins de la société ; il ne peut , sans devenir un dépositaire infidèle , les employer à un autre usage.

APPLIQUÉE A LA POLITJQUE. 22 C

Splendeur du trône , dignité de la couronne , expressions de courtisan ; comme si la splendeur n ët^it pas Téclat que donnent les hautes vertus unies au pouvoir d^être Tappui de la faiblesse et le frein de la force. Le luxe des cours annonce'^bien plus la mollesse et l'orgueil des monarques , que leur grandeur véritable. Les nar babs de VAsie sont environnés de gardiens , de femmes, d'eunuques chargés d'or et de rubis; mais le premier audacieux qui tire Fépée contre ces colosses resplendissans les renverse dans la poussière.

Auguste ( seul exemple historique d'un homme que le pouvoir rendit meilleur ), devenu le maître du monde , habitait une maison petite et peu commode, qui avait appartenu à Torateur Hortensius : sa table était frugale , ses habillemens modestes , ses tuniques ayaient été tissues par les femmes de sa maison. Cet empereur avait un sentiment trop juste de la dignité de sa couronne et de la splendeur de son trône , pour les faire consister dans le nombre et le luxe de ses esclaves de palais qu'on appelle courtisans , et dont l'entretien est si ruineux et si fu^ aeste aux peuples.

Charlemagne ne dédaignait pas d'entrer dans k détail de ses dépenses privées ; la reine sa femme faisait acheter elle - même les légumes de sa cuisine et les fruits de sa table. Cependant Charlemagne était empereur d'Occident ; il recevait les ambassadeurs des princes de rOrient , il avait été couronné par le pape ; personne , même aujourd'hui , ne sVst avisé de trouver que la couronne de ce prince manquât de splendeur.

Frédéric , que l'histoire a aussi surnommé le Grand , mettait au nombre de ses plus rigoureux devoirs le soin de ménager Targent de ses sujets ; il ne le prodigua ni à des maîtresses , ni à des favoris , ni à des ministres ; et si ce prince eut peu de scrupules en matière de religion et même de politique , il en eut beaucoup en fait de probité.

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