‹ La morale appliquée a la politique, pour servir d'introduction aux observations sur les moeursChapitre 67 sur 116 · CHAPITRE VÎÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VÎÏI

Suite du même sujet.

. Les gens qui veulent que la jasticê soit savante et non pas équitable , soutiennent que les )urës n ont pas assez de lumières pour prononcer sur les questions qui leur sont soumises ; à leur exemple, les financiers de cour sont prêts à prouver que les hommes appelés à discuter les bndgets n^ont pas les connaissances requises pour apprécier les ressources et les besoins de Tëtat. Ce n^est pas assez 'pour eux des condam^ nations sans jurés, il leur faut des recettes sans contrôle et des dépenses sans justification.

Un prince a dit : L*étai cesi moi; et ils vont répétant : Vétat c'est le monarque. Or, puisque l'état c'est lui , les revenus de Tétat sont les siens ; il a le droit d'en disposer comme il le juge convenable , de changer les gratifications en pensions, de donner aujourd'hui, demain,

après-demain encore, à ceux auxquels il a donné hier et tous les jours précédens. Si l'aspect d'un autre Saint- Denis Timportune , il peut employer plusieurs années des revenus pu&lics à bâtir un autre Versailles , à construire des aqueducs pour conduire des eaux dans les lieux auxquels la nature en a refusé. S'il est dans rage des passions , nous lui fournirons des maîtresses ; et quelques familles , déshonorées aux yeux de la loi sociale, deviendront puissantes et riches par ce commerce adultère. li'histoire ne dit-elle pas : « Le trésor royal fut ouvert à madame de Pompadour qui , devenue ministre par' le même moyen que le cardinal Dubois, nommait et déplaçait les contrôleurs généraux ^ et mit en crédit les acquits de comptant , genre de billets de notre invention , qui n'avaient besoin pour être payés que de la signature du roi , sans qu'il fût nécessaire de dire pour quelle espèce de service. Louis XY en signa plus de vingt mille. Lorsqu'en 1745, madame d'Etiolés fut officiellement déclarée maîtresse du roi , ne reçut-elle pas, avec le marquisat de Pompadour, une pension de deux cent mille.livres ? Son royal amant ne lui donna-t~il. pas depuis la terre de

la Celle , le château et la terre de Grecy , U terre de Menars, le château d'Aulnay, la terre ^e Saint-Remy Brimborion , le château de Bellevue ? Ne possédait-elle pas de beaux palais à Paris, à Versailles , à Compiègne, à Fontainebleau ? Ne recevait- elle pas quinze ou dix-huit cent mille francs par année ? ce qui porte à trente millions la part qui lui fut (aite des contributions du peuple, pendant l'espace de vingt ans qu'a duré sa faveur. Les dépenses du Parc-auxr Cerfs se payaient aussi avec des acquits de comp^ iantf et coûtèrent plus de cent millions à V état « Mais que sont ces munificentes royales auprès de celles que Catherine-la-Grande prodiguait à ses amans? Des calculs , qu^on ne taxe pas d'exa^ ^ération , les font monter à quatre cent soixante millions : il est vrai que le gouvernement russe est purement despotique , et que la France alors iiait une monarchie tempérée par des chan* jsons. »

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