CHAPITRE IX
Suite du même sujet.
Cette source iitipure de mille fortunes insolentes , cette tache originelle est encore aujourtl'hui le motif honteux et mal déguisé de tant de regrets sur Tordre de choses qui permettait d'en renouveler incessamment le scandaleux spectacle. Les hommes qui demandent à grands cris Tarbitraire dans le pouvoir et le vague dans les lois , comme le seul moyen de gouvernement , 2$oAt pour la plupart les descendans et les héritiers de ceux qui , après la mort de HenrilV , se partagèrent , dans l'espace de six mois , les trente millions que lés sages économies de ce prince avaient mis en réserve dans les coffres de l'état, et qui valaient presque soixante millions au taux actuel de l'argent. Les légitimes créanciers du gouvernement ne pouvaient plus être payés ; mais smxante familles de courtisans avaient été enrichies.
Mazarin amassa , dans le coars de son minis^ 1ère , une somme de denx cent millions ; Fouqnet fut plus économe des deniers publics , et se con-^ tenta d^une cinquantaine de millions. Dans ces tems si honteusement vantés , les peuples étaient écrasés dUmpôts pour entretenir le luxe du monarque , et fournir aux rapines des courtisans. Si le hasard ou la droiture naturelle des princes remettait les clefs du trésor de l'état entre les mains d^un homme intègre^ il était bientôt assailli par les orages de cour, si prompf s à se former, si terribles dans leurs eflEets. « II fallait , dit M. Necker, que le sentiment de ses devoirs donnât au ministre des finances la force de résister à Tascendant même des princes du sang royal , et qu'appelé par eux , il eût recours à une fermeté respectueuse pour défendre tout ce qu'il croyait juste et raisonnable. » ( Administration de la France fi, lU, p. i4o.) Ainsi , toutes les sollicitations avaient pour objet d'obtenir des choses déraisonnables et injustes. Réparer les pertes faites au jeu , avoir toujours pour les favoris et les favorites un domaine à leur convenance , line place commode et lucrative à offrir à leur pro-
tégé ; se montrer homme d^industrie et de ressources , c'est à ces qualités qu'on reconnaissait à la cour un grand ministre.