CHAPITRE XII
Suite du même sujet. — Altération des Monnaies.
« Le monarque qui acquitte ses dettes en donnant une monnaie dont il a haussé la valeur numéraire sans en augmenter le poids ou la valeur intrinsèque , autorise , dit Montesquieu , l'universalité des débiteurs à en agir de même envers leurs créanciers ; l'infidélité du prince devient celle de la moitié des habitans du royaume envers Tautre moitié. » Quels troubles ! quelle chaîne d'injustices et de manquemens de foi , depuis l'anneau qui tient à la conscience du monarque , jusqu'à celui qui s'attache à la cous* cience du dernier de ses sujets ! et cependant le moteur de cette infidélité générale est celuilà même à qui la garde des lois et de la foi publique a été remise!
Dans presque tous les états de l'Europe , le crime de fausse monnaie est puni de mort. Ma^^
APPLIQUÉE A JLA POLITIQUE. 233
en quoi consiste ce crime ? à mêler à Tor ou à Targent un métal de moindre prix , ou à donner un moindre poids aux pièces qu'on met en circulation.
Cependant , que font les gouvememens dans la fabrication des monnaies ? ne mélent-ils pas le cuivre avec l'or j avec l'argent, et ne le vendent-ils pas ensuite comme si la pureté de ces métaux n'était pas altérée ? Les bénéfices de ce commerce entrent , dit-on , dans les coffres de l'état. Mais si cette fraude est permise aux gouvememens , pourquoi serait-elle défendue aux particuliers ? Si c'est un délit si grave , osez-vous en donner l'exemple et le poursuivre dans les autres ? S'il est excusable , pourquoi le punir de mort ? quelle proportion y a-t*il entre le châtiment et la faute ?