CHAPITRE X
De Voltaire et de son influence sur les destlnto
des peuples.
Voltaire n^est point, comme ses ennemis Ten accusent,rautear d^une révolution politique qai est incontestablement Touvrage du tems et le résoltat nécessaire des progrès de la raison humaine ; mais Voltaire est en effet Tauteur de la révolution qui s'est faite dans nos mœurs et dans notre littérature, et c'est à ce titre que je crob devoir consacrer à ce grand homme les réflexions par lesquelles je terminerai ce livre. On devrait croire , si Ton n'avait chaque jour «ourles yeux la preuve du contraire , que Ter-
reiir, la sottise et la mauvaise foi s'épuisent, et *qa*il vient à la fin un tems où l'on doit adopter
certaines vérités trop généralement reconnues , . pour qu'on puisse les contredire sans s'exposer
an ridicule et au mépris des honnêtes gens. Près
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d^un demi-siècle a déjà passé sur la mémoire de Voltaire ; et le monde , en se partageant Timmense héritage de son génie. Ta proclamé la lumière des âges et le bienfaiteur de Thumanité : il n^est pas un coin du globe où son nom n'ait retenti , où ses écrits ne soient parvenus et n'aient achevé d'acquérir à la France cette supériorité littéraire qui n'a rien à craindre de Tabus de la force et des revers de la fortune.
Que chez des nations rivales , il s'élevât encore des détracteurs de ce grand homme ; que et coiictirt de louanges importun&t d€s oreilles étrangères ) et qu'il fût interrompu par des cris enjeux pai^s de l'autre cèté dii Rhin du des bords de la Tamise , il n'y aurait en cela rien qui dût iDOtis surprendre : l'admiration est aussi uûtribtit, onite l'acquitte, comme les Àutfes, ~ qu'à la àûttàkve extrémité. Mais la gloire de Voltaire ! H n'estpas un Franjçais qui lie doive en étl^'fier, qui ne soit personnellement interressé à la défendre! Et c'est (fermi nous, à l'époque où la fortune , UdhissdfUt nos annufs si loAg-telâs vi<t«riéiises , ne nous A laisse ^m les paisibles côttqnétes du génie, qu'il se trouve de^honinles assez étiaiigers à TfaonHeur natîonil
et aux progrès de Tesprit humara, pourinsnlter à k nation entière , en prodiguant l'oattage h la mëiiiolre du prince des pfailosoplb^s et des ëcrivams firançaU ! Je sais que 1*oh pourrait it ccHitenter de rire
De.Toir des nains, mesurant un Atlas, Burlèsquement roidîr leurs petits bras Pour ëlchifler si h&ute renommée.
Mais il est des circonstances où le ressentiment de Finjurese mesure moins sur la faiblesse que sur Tintention , où le mal que l'on dit acquiert toute l'importance et toute la gravité du mal que l'on veut faire : c'est dans ce sens que f examine sérieusement quel peut être le but de ces nouvelles attaques dirigées contre Voltaire. La nature, qui semblait s'être épuisée à produire cette foule d'hommes supérieurs qui décorent le beau siècle de Louis XIV , voulut , en réunissant dans un seul écrivain tous les dons du génie, assigner elle-même des bornes à sa puissance. Je n'essaierai de prouver, ni à ceux qui sont dès long-tems convaincus de cette vérité , ni à quelqiues ennemis aveuglés par la haine , que Voltaire a conquis , par des chefs-
d^œu\re dans tous les genres, ce titre i^ homme prodigieux qui lui fut décerné par le grand Frédéric ; je n établirai point de parallèle entre cet illustre écrivain et quelques autres phénomènes littéraires semés çà et là dans Tespace des lieux et des tems , pour avoir le droit d'en tirer cette conclusion irréfragable , que la France a la gloire d'avoir donné le jour à Thomme du génie le plus excentrique , de Tespritle plus universel dont s'bonore l'espèce humaine. Ce n'est point de la mesure du talent de Voltaire qu'il est question dans ce moment : la sottise et la méchanceté elle-même font à cet égard des concessions plus généreuses qu'on ne devait s'y attendre ; pour toute réponse à ses détracteurs , il suffit de les énoncer.
Ce n'est point sur quelques brillans écarts d*nne imagination trop ardente , sur quelques saillies d'un esprit qui se joue de sa propre pensée ; qu'il doit être permis de juger nn pareil, écrivain; c'est sur l'ensemble de sa doctrine et de ses oeuvres : or, je demande à tons ceux qui , nourris de la lecture de Voltaire , peuvent se rendre compte de l'influence morale qu'il exerce sur eux avec le plus d'empire, quels
sont les traits sous lesquels il se présente 4 leur esprit ? quels sont les souvenirs qu'il a gravés dans leur mémoire ? Tous me répondent que les écrits de ce grand homme attestent le véritable philosophe , ennemi de la superstition , du fanatisme, mais adorant Dieu en sage , mais pénétré d'une religion pure dont tout bon esprit sent la force et chérit les consolations ; Tapôtre infatigable de la raison et de la vérité , le défenseur courageux de l'innocence , Tami sincère d^une liberté sage, dont // ne ironisait de garant assuré que dans une monarchie limitée par des lois. En effet , quel moraliste traça jamais les devoirs de rhomme social avec plus d'éloquence et de sentiment que l'auteur des Discours philosophiques? quel historien éleva plus haut la gloire de sa patrie que Fauteur du Siick de Louis XI r? quel poète consacra par de plus beaux vers la mémoire d'un roi l'amour des peuples et l'honneur du trdne , que le chantre de la Henriade F quel autre écrivain, en marquant sa carrière par de si nombreux et de si nobles travaux , mérita , comme lui , l'honneur de donner son nom à son siècle f