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Qnand la postërité a commencé ponr cet homme illastre , qnand les générations nonvelles , dont il est le bienfaitenr , ont recommencé son apothéose , d'où peuvent naître ces cris d'impuissance et de rage , ce déchaînement dont il est de nouvean Tobjet? De Tespérance que quelques insensés ont un moment conçue de ranimer les discordes civiles , de réveiller le fanatisme , et d'étouffer la liberté publique.
S'ils se bornaient à condamner les emportemens passagers qu^excît&rent quelquefois en lui le sentiment de Tinjustice , ces saillies d'imagination que Tesprit et la grâce ne justifient pas toujours aux yeux de la pudeur, je mécontenterais de blâmer, avec eux , dans Voltaire , cç que je blâme dans le sage Horace , dans le bon Lafoniaine : mais quand ils exagèrent la rigueur, je puis à mon tour exagérer Tindulgence , et rejeter sur les persécutions , sur les calomnies auxquelles Voltaire fut en butte dans le cours de sa vie , le blâme de quelques pages de ses écrits oi rbumeur, et plus. souvent l'indignation, l'emportent au delà des bornes. , Qu*on se mette un moment , par la pensée , à
la place de ce grand homme , forcé , arant trente ans, après avoir produit /a H^nriâife et plusieurs che£s-d'œavre tragiques , de se bannir de son pays ponr échapper à la ligue du fanatisme et de Fenvie ; qn on se trouve armé , dans cet honorable exil , de toute la force du génie , de Famitië des deux plus grands souverains de TEu* rope , du ressentiment des plus cruelles injures , et qu'on réponde ensuite de mesurer toujours juste Fexpression de son mépris ou de sa haine pour d'ignobles persécuteurs : je ne balancerai point à le dire : Si Voltaire eût continué à vivre h Paris, honoré comme il devait Tétre, nous aurions de lui trois ou quatre volumes de moins , qui n'ajoutent rien à sa gloire ; mais probablement aussi r Arioste n aurait pas eu de rival.
Si Tobservation de Bacon est juste , et que , pouravoir la mesure exacte de Testime que Ton doit à un grand homme , il suffise de connaître la liste de ses amis et de ses ennemis, T éloge de Voltaire est compris dans ce peu de mots : il eut pour admirateurs Frédéric-lc-Grand , Catherine -la- Grande, le vertueux Stanislas, le chef de TEglise Benoit XIV , et , sans exception , tous les hommes supérieurs de son tems. Il eut
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pour détracteurs Desfontâmes , Frëron , Sâba-* tier, La Beaumelle, Nonotté et qnielqaes écrÎTailleurs de même espèce. Je ne serais pas éloigné de croire que Tapplication de cette même règle ne lui fût aujourd'hui plus favorable encore.
Pour enchérir sur les Satusses accusations intentées à Voltaire pendant sa vie , ses ennemis actuels n'ont pas craint de se montrer absurdes , en signalant, comme un professeur de dimagope et A^athéisme , celui dans les œuvres duquel oa serait peut*ètre embarrassé de trouver une seule page où ne se manifeste pas une aversion , quelquefois même irréfléchie , pour le gouvernement populaire, et, par dessus tout, un respect si profond pour la Divinité, une conviction si intime de Texistencede Dieu, qu'il voit, dans ropinion contraire , la preuve infaillible d'un cerveau malade. Il est vrai qu il répète en plusieurs endroits (p!îXçaudrait mieux ne pas recofinaîire de Dieu f'qwe d'en adorer un barbare auquel on sacrifierait des hommes. Sincère adorateur d'un Dieu. maître et conservateur du monde , zélé défenseur des droits du trône et de la liberté des peuples , Voltaire , il faut bien en convenir , avait le malheur de ne point aimer les moines , de ne pas
sentir toute l'utilité des couvens , de penser que l'édacàtion publique pouvait être confiée à des mains plus pures qi^e celles des jésuites , et de rife quelquefois des décisions delà Sorbonne. VJoilà ses torts : je ne prétends' pas nier Vinfluence qu'ils peuvent avoir eue sur la destinée de ces mêmes objets , que Rabelais , Boccace et Lafontaine ont néanmoins traités avec plus d'irrévérence encore ; mais je pense qu'il est juste de faire entrer , en compensation de ces griefs , le peu de bien qu'il a fait ^ et qu'il appelait son meilleur ouvrage.
Femey , qu'il fonda dans son exil , où plus de cent familles nourries, logées , entretenues pahr %ts soins , bénissent encore aujourd'hui la mémoire de leur bienfaiteur ; l'affranchissement des serfs du Mont-Jura ; la mémoire de Calas réhabilitée ; Sirven arraché à Téchafaud ; la nièce du grand Corneille recueillie dans sa maison , et dotée des fruits de son génie ; l'assassinat judiciaire du jeune et infortuné Labarre , et la sentence inique du général Lalli , dénoncés à l'opinion publique ; tant d'innocens vengés , d'infortunés secourus , de gens de lettres protégés ; tant de traits de courage , de gé-
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sérosité , dont un seul suffirait à la gloire d'un autre homme , ne sauraient-ils racheter Ter:* reur, quelque grave qu'elle puisse être , d'avoir pensé qu'un état pouvait exister sans monastèreà , et que la France et la religioa n'ont rien gagné à la révocation de l'édit de Nantes.