CHAPITRE V
Contradiction dans TEIducation des Ecoles.
D£S inconséquences de l'éducation de famille, Tenfant, devenu plus grand, va passer aux contradictions bien plus choquantes des écoles publiques.
Destiné à devenir époux et père , c'est , dans
presque tons les états catholiques de {^Europe, à des hommes voués au célibat que sera conbmis le soin de lui apprendre quels sont les devoirs et les vertus domestiques.
Les lois rappelleront à venir à son tour remplir les cadres de T armée, à combattre, à vaincite ou'mourir pour la patrie ; et ses instituteurs font profession d'abhorrer le glaive , et de ne plus combattre même avec la massue..
Une contradiction plus forte encore existe entre les maîtres et les livres classiques.
Les professeurs crient sans cesse : Foi, sou-mission açeugle ! et les livres-: Raison 9 doute , examen !
Les maitres , semblables à des sentinelles qui reçoivent machinalement la consigne , répètent tour à tour : Les gouvernés sont faits pour les gouvememens. Les livres des philosophes , échos de la morale universelle , répondent dans tontes les langues : Les goui^memens , fuei que soit leur nom , sont faits pour ks goupemés ,- quel que soit leur nombre,
Obéissei* uniquement aux princes , disent les professeurs ; obéissez aux lois , disent les livres. Conformez- vous aux volontés d'un homme , conti-
naent les premiers ; conformez-Qous à la règle générale , poursuivent les seconds.
Dans cette controverse quotidienne , que fera le disciple P 11 hésitera d'abord ; mais il finira par en appeler à son propre jugement. Nul doute alors que Tautorité des siècles, de Téloquence et de la morale ne remporte dans cette Intte ridicule de Fintërét et de la raison , du privilège et de F égalité , des préjugés et de la philosophie.
Les maîtres soumis ( comme s'exprimait naguère un ministre ) à une impulsion unique , à une sun^eillance de tous les instani , à une dinclion toute ecclésiastique , ne peuvent , sans provoquer contre eux des mesures sévères , développer dans leurs élèves les passions généreuses qui font les vaillans capitaines , les ministres patriotes , et les citoyens courageux.
Mais les livres, que ces instituteurs sont néanmoins forcés de mettre entre les mains des élèves , ces livres grecs et romains respirent à chaque page Tamour de la liberté et rhorreur de la servitude.
Quels magnifiques éloges accompagnent les noms de Timoléon , qui ne put souflirir la tyran*
nie de son propre frère Timophanès , et qui délivra la Sicile des fers de Denys ; des deux Bratus , dont Tun chassa les Tarquins, et dont l'autre frappa César ; d^Âgis et de Cléomène , dont la fin malheureuse n^ affaiblit point la gloire d^uné^ entreprise qui avait pour objet de rendre à Sparte la sainte égalité de;s lois de Lycurgue f de Trasybule , qui renversa les trente tyrans , d'Athènes , et ^rétablit la liberté !
Parmi les modernes , les livres réputés classiques qe sont-ils pas ceux où l'on applaudit aux généreux efforts des Guillaume Tell , des Guil:laumedeNas3att, des Franklin, des Washington, et même de ce prince d'Orange que Ton vit s'entourery en débarquant en Angleterre ,' des parens et des amis des plus illustres victimes des Stuarts , de Henri Sidney, frère d' Algemoa ; de l'amiral Russel , frère de lord Russel ; de Cavendish , son fidèle ami ; d'Argyle, dont le père et Taïeul avaient été immolés par le» deux derniers rois de la dynastie détrônée , et de tant d'autres soutiens de la vieille liberté britannique.
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