CHAPITRE VII
Contradîotioiis dans r£ducatIoii du inonde.
Ji$ quitte les contradictions du collège pour m'occuper de celles qui attendent parmi nous le jeune écolier dans la grande école du monde , où sa troisième éducation commence.
Malgré les vices d'un système où la connais*sance des lois de leur pays est la dernière que
Ton donne aut jeunes gens (connaissance où la plupart d^entre eux ne sont pas même inities); je suppose y bien gratuitement peut-être ,' que tous ont entendu parler de la charte constitutionnelle et des codes qui règlent en France les affaires tant au civil qu^au criminel : je suppose encore que le premier soin des parens est de mettre entre les mains de leurs fils cette charte et ces codes où ils doivent apprendre quelles actions sont permises , quelles sont défendues , où s'étendent les devoirs , où s'arrêtent les droits des citoyens dont ils font partie.
La jeunesse est Tâge , le seul âge où le cceur de Thomme s'ouvre à la fois à tous les sentimens généreux , où le sentiment du juste et de Tinjuste se montre avec le plus d'énergie.
Avec quel plaisir , avec quel orgueil , un de ces jeunes gens , espoir d'une patrie nouvelle j lit ces premières lignes de notre pacte social : Les Français sont égaux devant la loi , quels que soient d*ailleurs leurs titres et leurs rangs. Mais un de ses condisciples vient d'être indignement outragé par un garde-chasse, lequel, grâce à la protection de son maître , es| l'adjoint du maire de sa commune. L'écolier porte sa plainte de*
Vaut le procureur du roi. « Je ne puis donner aucune suite à cette affaire , dit le magistrat ; // faut , pour mettre en jugement Vadçersaire de votre ami, V autorisation du conseil d*itat, — Quoi , Monsieur, un Français ne peut être traduit devant les tribunaux si le conseil d^ëtat ne le permet ? — Non pas un Français tel que vous , tels que les dix-neuf vingtièmes des citoyens , mais un des Français de Tautre vingtième ; c'est-àdire un fonctionnaire public. — Mais, Monsieur, je n'ai pas lu un mot de cela dans la charte. — Je ne vous parle pas de la charte , mais de là constitution de Tan 8. — Qu'a de commun , je vous prie ; avec la charte monarchique de 1 81 4 9 la constitution républicaine de l'an 8 ? — Tout ce qui n'est pas abrogé existe de fait et de droit. — Même les décrets de la convention et les ar-^ rétés du comité de salut public ? — Môme les arrêtés du comité de salut public et les décrets de la convention. » L'écolier retire sa plainte , et ne manque pas d'écrire sur ses tablettes : Nota béni que Végaliti devant la loi a ses inégalités.
II va diner chez un de ses voisins : c'est un des hommes les plus riches du département,
■et la ço^yerdation tombe ^uç les ciiarge$ de YiM. '( t^ 4Iuofae dç vos ç^tfibMliçns iioii étjEe biea coi^idén^bi^ r lui ^U \e \qw^ itomoie ^ Tarticle 2 de 1^ çliftrte pofl^ j[e^^iieU4t|a(îpl: ^^ les Français coHtrUmnt in4istmçUwnt » Ams la proportiou dg fef^rs Jq/i^ms^ fiftx charges df Vékiit et you$ pp$3é(iez spijfi^^te mille livrer de ^4te P^^r- J'en ai pl)i# de oeat. -rrAiiusi , cl^^prè^ Je rapport des coa^b^tipfis ^yeç les reyepiiSt yous en payez au mf^ yi^igl miH^. — ^ Je n^ p^ie pas jtoat'ir-faît six cents (rai^^s \ ma fi>rt^ine est ep rentes : (as rentes np sont S|ijeti<&s ^ aucfipe fax^ ; e^ Tw a f<>|:t b^i^ s^nti q|u^ kf cha^s dç r^ta^ w dev^i^^t pas pçs^ ^if- les portefeuilles. » Autr^ n^t^ so^ Us tt^^tf^s de réc(diei' : <t Contril^^er égalpp^Qi^t d(a% ç^ge$ de rét2)t yç\it ^elquefois dife , piç^r les gçips les plus riches , n'y pas c^intribuer di^. topt. p
n croit çep^nd^pt qu^ T^rticte 3 il' est 9W~ ceptible d'auci^ie interprétation é^ypqye ;
Tous les Fnmçais sont igqJ^mefU q^U^blp^ aux emplois civils et milHaif^s.
II est riche. Dans le cours de ses étu4^8, il s'est plj[is particuljèreii^e^t ^ççijp^ 4^ grf^ds iilt^r4^ d^s p^^ples et 4^ la ccmnai&s^p^e dv
droit des gens ; il fait des démarches pour en->trer dans la carrière diplomatique , et ne dissimule pas Tespoir quMl a d'obtenir un joui:
quelque ambassade.
Le commis auquel JI s'aA'esse le regarde arec un sourire presque moqueur ^ et lui demande ses titres. « Je n'en ai point encore , répond te jeune postulant ; mais avec le tems , Fétnde et le zèle »
Pour se faire comprendre le plus poliment possible , le commis diplomate prend TAImanach royal , et lit , en appuyant sur leurs titres de Aie, de marquis , de yicomte, le3 noms des ambassadeurs ou ministres français dans les
cours étrangères « Je vous entends
si Uen , répond Técolier solliciteur en saluant le clief de bureau , que je prends note de votre réponse : Je suis , en ma qualité de Français , aimissibk à tous les emplois , à Fexceptibn de ceux auxquels je ne puh Are admis, »
Le jeune homme , en sortant , exhala son hti^ meur un peu trop hautement ; un affidé de la maison Tentendit et Tarréta. 11 savait la charte par cœur, et prétendit que la liberté indipi-dwelk de tous les Français était également garan-
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lie ; que nul ne ponçait être poursuivi ou arrêté que dans les. cas prévus par la loi ^ et dans la forme qu'elle a prescrite »
On le conduisit à la préfecture de police. La journée était avancée ; beaucoup d-arrestations avaient été faites , et le niagistrat interrogateur était absent.
Il se vit donc forcé de passer la nuit dans une société nombreuse d^escrocs , de filous , et de quelques honnêtes gens victimes comme lui du zèle un peu trop empressé des agens de police. C'était en hiver ; les nuits étaient longues, et il eut le tems de méditer sur les quatre premiers articles de la charte qu'il avait si mal compris. Le lendemain , un bon procès- verbal lui révèle tout ce qu il y avait de séditieux dans quelques paroles qu'il ne se souvenait pas d'avoir dites. Néanmoins^ comme sts murmures s'étaient eihalés dans un lieu qui n'était pas tout-à-faît public , attendu qu'on n'y pénètre qu'avec beaucoup de peine , le prévenu d'être suspect fat mis en liberté.
Ea sortant , il court chez un de ses amis , pressé d'épancher dans son sein la douleur et l'indignation qu'il éprouve ; il apprend que cet
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ami est parti la veille pour rejoindre son vient père sur la terre d'exîl. II allait s'écrier : mats rarlicle li de la charte!.,... Il se rappelle où il a passé la nnit, et s'arrête.
Au bas de Tescalier il rencontre un autre camarade d'étude. «you5 alliez sans doute, lui dît-il f voir ce pauvre. . . ? Vous l'aimiez tant ! -^-^ Moi ? non ; j'ai cessé de le voir depuis que son père est exilé: . . — Je savais déjà que vous étiez un sot, lui dit le jeune homme en s' éloignant; vous m'apprenez que vous êtes un lâche. »
Le lendemain, le hasard met sous sts yeux niae dé ces feuilles qu'un honnête homme ne lit pas sans quelque pudeur ; il y voit un long article où le vieillard exilé , son fils et lui-même étaient violemment insultés. 11 court au bureau du journal, et n'y reçoit que des réponses évasives ; il tédige à la hâte une réfutation qu'on lui promet d'insérer; elle ne parait pas. Il s'adresse à l'une des deux feuilles où l'on défend encore les principes constitutionnels : le rédacteur lui fait entendre que si l'attaque est permise , il n^en est pas ainsi de la défense ; mais * cependant, disait ce bon jeune homme oppressé de douleur et d'étonnement , l'article 8 de la
charte , de cette loi constituante sons laquelle nous vivons , dit en termes formels que les Français ont le droit de faire imprimer et de puNier leurs opinions, »
Il se mit à étudier les codes ; il en était i cet article : Tout Français qui aura porté les armes contre la France sera puni de mort; lorsqu'il voit un matin entrer chez lui un homme qui, sous des cheveux blanchis , portait une de ces figures oà Torgueil fardé de politesse , où la misère de la veille associée à l'opulence du jour, formait un mélange bizarre dont ou avait peine à se rendre compte. Cet homme s'assied Caonilièrement , et prenant à la fois un toB impertir nent et protecteur : « Je suis , dit-il , un ancien officier général français ; vous le voyez , je pense, aux nombreuses décorations que je porte ; cette croix de Saint^^ Wladimir , je Tai gagnée en Suisse, où je combattais dans les rangs de Tarmée russe ; cette autre est la cro^x de Marie- Thérèse : je Tai obtenue pour avoir attaqué près de Movi , k la tête des tirailleurs autrichiens , une ambulance de Tarmée française ; cette troisième croix est Tordre de T Aigle-Rooge de Prusse : j'étais au service de cette puissance en
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i^l4 9 i^ ni^ ^uî^ distingue dans les plaines dé la Champagne , où j'ai tué pour ma part bon nombre d'tnnemis. Je jouis d'une pension que me fait le gouvernement anglais , auquel j'ai founii dans le tems des cartes, des plans et des mémoU^s sur Les places et les ports de France , qui ont été d'un grand secours à cette puis-^ 3àn£0.
» Taat de services n'auraient pas dû rester sans récompense dans mon pays. Mais Tingra^ titude est Tessettce de tout gouvernement , et }^ai dft m' attendre à Toubli des services que l'ai rendus ; bref , il me reste un cousin à pourvoir ; brave garçon , qui A'a point émigré , il est vrai, mais il a combattu parmi les chouans avec infiniment de distinction, et dans les deux invasions il a servi de guide aux colonnes étrangères. Eh bien! le croirez- vous , depuis six mois je sollicite pour lui un régiment et ne. puis l'obtenir ; on s'obstine à maintenir en place , an détriment de nous autres serviteurs fidèles , quelques -uns de ces hommes de Waterloo J'ai l'intention d'attaquer dans une
brochure un système de modération aussi con-
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traire à nos intérêts qu'à ceux du trâne et de Tautel ; mais je parle mieux que je n^ écris. . . .
» Vous ayez fait d'assez bonnes études , vous ayez de Tesprit , je yous donnerai des notes , et vous m'arrangerez cela, n'est-il pas yraî ?» Le jeune homme rougit ; je ne rapporte point sa réponse , elle fut courte et amère.
Désormais conyaincu qu'il n'est pas doué du génie nécessaire pour comprendre la monarchie selon la charte , notre jeune homme se détermine à acheyer ses études et à suiyre les principaux cours ouverts sur les différentes branches des connaissances humaines ; d'autres déceptionsTy attendent.
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