CHAPITRE VIH
Gonsëqaences et Conclusion de ce Livre.
Les écrivains qui ont osé dire que le cœur humain était sous Tempire d'une pervershé naturelle ,oi)t étrangement calomnié la créatàre et le Créateur. De quel riche fonds de vertu rhomme au contraire n'a-t-il pas dû étire doté , puisque tout ce quMl voit , tout ce quMl éprouvé , les contradictions perpétuelles au milieu desquelles il nait , il vit et il meurt , n'oiit pas entièrement obscurci les lumières de sa raison et les vérités morales dont sa conscience est le foyer. Ici le magistrat est le premier à violer les lois confiées à sa garde : là , les actions des prêtées outragent la religion qu'ils prêchent. Quels exemples reçoivent les peuples de la part de ceux dont la vie est exposée à tous les regards , et dont les paroles frappent toutes les oreilles ? des maximes toujours démenties , des
3o6 LA MORALE
promesses toujours éludées, des sermens iin(iius' sans on fallacieux. Par quel miracle Tautorité de tels instituteurs et la puissance de tels exemples n'ont^elles pu parvenir encore à changer toutes les nations modernes en société de fourbes, d'hypocrites, chez lesquels tromper et trahir soient des titres d^honneur pour tous , comme ils le sont déjà pour un grand nombre ; oh tous les voiles cachent des pièges, oà tous les diroits soient des privilèges , où tous les vices soient des distinctions ? Cependant, malgré tJ«( d'efforts, la contagion d'une si maligae perfer* site ne s'est pas même étendue à toutes leshairtes classes, et des générations d'hypocrites ae se sont guère rencontrées encore que dans les races ministérielles. Faut«il faire entièremeit honneur de cette généreuse résistance à la bonté native de Thomme ?
Non , cette bonté a été grandement fortifiée par la simple et pure morale de l'Evangile , par la raison et l'équité des lois , lorsque ces lois ont été faites pour servir de bouclier aux citoyens et non de glaive à la puissance. Aussi , voyez avec quelle chaleur on s'élève contre les sociétés bibliques , avec quelle ardeur on pour-
APPJilQUBJË A Î*A POLITIQUE. ^07
suit le projet de corrompre Fëquité des co^es par des additions , des retranchemens et des interprétations qui permetlejit aux magistrats de mettre leurs passions à la place des lois, et les intérêts de l'autorité à la g^ace de la justice ; mais vains efforts.
L'opinion, fille de la morale,' est la croyance politique d'ufit peuple ; c'est 5a religion civile : loin de l'attirer , les moyens violens l'irritent, la corroborent , la grandissent k tous les yeux ; et ce serait en pure perte qu'on lui donnerait les honneurs de la persécution , si la honte n'en restât pas à ses persécuteurs.
3o8 LA MORALE