CHAPITRE VIL
Le Duel.
On a bit la remarque que le suicide avait toujours été plus commun chez les nations libres que chez les peuples esclaves ; le contraire est absolument vrai par rapport au duel.
Je n'ai pas entendu dire que les Miltiade ,1es Epamisoàdas, les Scipion, les Mëtdius, aient jamais appelé leurs adversaires sur le pré pour leur pousser une botte de tierce ou de quarte ; mais je sais que chez lés Japonais, chez les Malais , toutes les querelles se vident , comme elles se terminaient chez les Français du treizième siècle , le glaive à la main ; je sais aussi qu'il n'y a januùs eu moins de duels en France
qu'à lëpoque ou la victoire avait soumis TEurope entière à nos armes.
La fréquence des duels , qni semble déposer contre la liberté d'un peuple , ne prouve donc rien en favenr de son courage , et Ton ne doit y voir parmi nous qu'un débris d'institntioii gothique dont la raison n*a pu triompher enr core , et auquel il faut se soumettre en attendant que le préjugé vaincu par la loi le soit aussi par Topinion. Jusque-là le moraliste le plus sévère n^aura rien à répondre à Thomme d'honneur qui lui dira : Si vous connaissez un tribunal qui me fasse justice de Tinjure que j^ai reçue , si vous pouvez me prouver que dans la société telle qu elle est , telle qu'il faut conséquemment la prendre, Thonneur et T opinion ne soient pas sur ce point les véritables juges , je suis prêt à vous écouter ; mais si vous mettei en question ce qui est en fait , si vous opposez le sentiment à la force des choses , la raison philosophique à la raison sociale , j'en croirai Thonneur , que vous avez défini vous-même le désir d'être estimé des hommes , et je ferai ce qu'il commande sous peine du mépris public.
Tout en convenant qu'il est jusqu^ici impos-
APPLIQtJlÊE A LA POLITIQUE. 829
sible de 3e soustraire au préjugé du point d'bonneur,^je demanderais du moins que Topinion en réglât r.nisàge et en proscrivit Tabus : elle a déjà fait disparatlreune absurde contradiction ; la même action n'est plus honorable et pendable. Qaatd l^honneur vous prescrit de tuer un homme ou de vous faire tuer par lui en champ ctos ,- la loi ne vous condamne plus comme^ un assassin ; die a senti la nécessité d'ignorer un délit que la société protège- . c'est sous ce dernier point de vue que je l'envisage.
Si le duel est une loi de l'honneur , cette loi doit avoir ses organes, comme elle les avait jadisdans le tribunal des maréchaux de France , qui prononçaient sur tontes les questions de cette nature. Je ne pense cependant pas qu'une action toujours criminelle aux yeux de la justice doive avoir des juges reconnus ; mais ne pourrait- elle pas avoir des médiateurs , tacitement avoués?
Je voudrais que tonte affaire d'honneur fût soumise à une commission de cette nature avant et après le combat qu'elle seule aurait droit d'autoriser : je voudrais qu'elle prononçât en dernier ressort sur la nature de l'offense , sur le
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droit à la rëpatatioa denuadde ^ sur là <{aalilé de l'o&eAseur , sur les conditions et les circM»tances du combat , pipécautions indîspenâabki, et dont rottbli fait trc^ sonveitt d'utt duel lia véritable asiassinat.
En efiét^ qui peut nier que là i^k^rt des proyocations en duel n'aient un motif dont IV mour-propre Ou la délicatesse s'eiagère ïmportance P Si Toffensé ^ dans une condîtion Ubie, a toujours le droit d'etiger une rëpnration ks armes à la main, en est**il de néiM de r^En* senr, et le sentiment le plus exalté du defoir que Tbolinenr impose peut^il forcer nii cîtoyea à mettiM sa yie à la disposition du prenûer sfiS' dâssin qu'une lâche Tengoahce armèm contre luif
Telles sont les questions sur lesquelles Je jilij d'honneur aurait à décider î il en est une encortf sur laquelle il derrait itre consulté.
Puisque Thonneur abandonne au courage le soin de venger son offense , peut-on sans quelque' honte appeler l'adresse k son aide, et profiter de Tavantage presque toujours décisif d'une supériorité acquise dans les iirrs et dans ie$ salles d'armes ? '
Sans doute . on a des exemples que le plus habile peut tomber sous les coups du plus maladroit ; mais si la fortune a des hasards , l'adresse a des probabilités qui décuplent ses chances favorables. Qui pourra dire alors en- quoi un duel entre deux hommes de courage égal , dont l'un n'a jamais touché Tanne quMl emploie , et dont Tautre écrirait volontiers sur sa balle ou sur U pointe de son épée : à l'œil droit de Philippe? qui pourra dire en qw un pareil duel diffère d'un assassinat ? U me semble qu^à cet égard du moins les Anglais , chez lesquels il est presque honteux , passé la première jeunesse , d'apprendre à faire des armes ou à tirer le 'pistolet ^ ont ttne idée plus juste et plus sévère de ce qu'on est convenu d^appeler le point d'bon* neur.