‹ La morale Chrétienne VengeeChapitre 3 sur 8 · LE MAGNÉTISME ANIMAL · texte numérisé non relu

LE MAGNÉTISME ANIMAL

On aura pu remarquer au commencetnent du présent écrit , que ce fut d'après le récit d'un de ces phénomènes connus aujourd'hui sous la dénomination de Magnétisme animal y ainsi qu'à l'occasion d'un assassinat commandé par un Evêque , sous le spécieux prétexte de venger la Divinité offensée , que j'ai été entraîné , comme par hasard , dans une digression sur la religion et la politique.

Je croyais n'écrire que quelques lignes sur l'immoralité religieuse des prêtres qui se permirent de commettre des crimes pour l'intérêt de la religion , et qui prêchèrent ouvertemei^ et pratiqué-

vent l'exécraLle doctrine des re'gîcides ; mais cette matière est si abondante , que je n'ai pu retenir ma plume ^ et j'ai donné Fessor à une partie de mes faibles idées sur ce sujet inépuisable , comme pouvant être de quelqu'ulilité, à une époque à laquelle le progrès des lumières semble faire un pas rétrograde , par l'influence des prêtres.

De ce que j'ai dit ci-dessus^ concer-^ nant ces phénomènes naturels et extraordinaires j qui sont l'objet principal que j'ai essayé de traiter dans Touvrage (i) dont cet écrit n'est qu'un paragraphe ^ on ne doit pas en conclure que le pouvoir du Magnétisme animal ait été méconnu des prêtres , et que ceux-ci n'y ayent pas ajouté foi. Il est certain , au contraire , que y dès les temps les plus reculés , les prêtres des faux dieux ont pratiqué le Magnétisme animal ^ et en tirèrent le plus grand parti pour en imposer aux peuples 5 plongés alors dans les ténèbres de l'ignorance.

Le Magnétisme animal servit en effet

(i) Le Magnétisme animal retrouué dans l'antiquité , 1 \'ol.in-8°.Barrois l'aîné, rue de Seine, n°. lo, faub-S.G.

iàe base à toutes les jongleries et à toutes leiS impostureis des Mages ^ qui, dans rantiquité , étaient les prêtres consacrés au culte des faux dieux , principalement dans les grandes Indes , ainsi que les prêtres des temples de Jupiter ^ d^Apis , Sérapis ou Qsiris , d^Isis , d'Apollon , d E^culape , etc. Ceux-ci et ceux-là , en pratiquant le Magnétisme animal , qui fut toujours plus particulièrement dirigé vers I^art de guérir^ produisirent des effets naturels ^ mais souvent bien extraordinaires.

C'est donc par le moyen du Magné-^ lisme animal ^ que les prêtres persuadèrent j non-seulement au stupide vulgaire 5 mais encore aux Souverains et aux Gouvernemens peu éclairés j que Dieu ^ dans sa bonté toute-puissante , avait favorisé une certaine classe d'hommes du don de faire des miracles ^ au - dessus des lois de la nature.

Les prêtreSj en opérant de pareils prodiges , soit par eux - mêmes , soit en mettant en jeu , sous leur direction ^ des oniroscopes j des onirobates on somnambules 5 des oniromantes , des oniro-*

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logues ^ des onirophantes (i) , ou des de^ vins ^ des 07\icles , des sybilles ^ des pj^ illies 5 etc. y etc, , e/c. , voulaient par-là donner à entendre qu'ils étaient cloue's d'une puissance surnaturelle , et prouver la mission divine dont ils se prétendaient chargés. Ils justifiaient et consacraient ainsi les maximes et les principes qu^ils mettaient en pratique pour leurs intérêts. Ils acquéraient encore par ce moyen une grande influence , ils inspiraient le respect et Tadmiration pour leurs personnes , ils donnaient du poids à leur autorité 5 se faisaient obéir , obtenaient des offrandes considérables , et faisaient accroire enfin qu^ils étaient en contact immédiat avec la divinité^ dont ils se disaient l'organe sur terre.

Dès la plus haute antiquité les anciens érigèrent successivement un grand nom-

(1) Ces différens termes de oniroscope , onirohate ^ oniromante , onirologue , onirophante , etc. , e,tc. , sont tous du grec ovùfoç (oniros ) , songe y et des verbes o-KdTria ( skopéo) voir, considérer, 'Balvu ( baino ), je marche^ uctvriiu , ftctvrtç ( mantia , mantis ) , diuinadon , devin , y^oyôç ( logos ) , discours , parole , (paivâ ( phaiao ) , mori'-^ trer ^ faire voir ^ etc.

bre de temples , dans lesquels le magnétisme animal fut pratiqué , soit en Asie^ chez les Mages , chez les Braclimanes et les Brames , sectateurs de la religion de Brama, soit en Egypte , soit en Grèce^ soit enfin cliez les Romains, et dans les Gaules et dans plusieurs autres parties de l'Europe, en l'honneur des Dieux du paganisme.

Dans tous ces temples , et principalement ceux qui étaient dédiés à Jupiter ^ à Sérapis ^ Apis ou Osiris, à Isis ou Cyhèle 5 à Apollon , à Esculape ^ etc. y etc., on y pratiquait la médecine ordinaire, ainsi que la médecine occulte , oniroscopique et instinctive^ qu'on appelle aujourd'hui Magnétique animal , mais dont les prêtres, ainsi que leurs initiés, faisaient autrefois un mystère.

Les prêtres qui desservaient ces monumens consacrés au culte de ces anciennes divinités , avaient grand soin de les mettre en rapport avec leur véritable destination. Il faisaient ordinairement construire ces temples^ avec toutes leurs dépendances , dans des lieux élevés, salubres, hors des villes , les rendaient

spacieux et commodes. On y admettait les malades qui y venaient de toutes parts consulter le dieu pour lui demander la santé. L'historique des maladies et des guérisons, ainsi qué l'indication des remèdes qui avaient été ordonnés d'après les procédés de l'hypnioniroscopie (i) , étaient gravés sur des tablettes votives qu^on suspendait aux murs et aux colonnes des temples. Il est fait mention de ces tablettes votives dans plusieurs anciens auteurs ^ d'une manière précise, et principalement dans les écrits à' Hippocraie et de Gallien , les deux plus fameux médecins de l'antiquité , ainsi que dans les ouvrages de Pline le naturaliste; et ailleurs.

Cet usage fut imité par les chrétiens , lors de rétablissement du christianisme <^ ainsi que je le dirai ci-après.

(^y) Hjpnianiroscopique ^ tiré du grec et formé de plusieurs mots réunis , dont les deux jiremlers exprimeiit tout-à-la-fois les deux genres de sommeil , savoir , uVvô? ( lijpnos ) , qui signifie communément le sommeil ordi naire , et ûviîpoç ( oneiros ) , qui exprinze ce genre de sommeil toujours accompagné de rêves, de songes, de visions, d'extases^ d'ilîusîons , etc, j et eniin du ç-Ko-^m ( skopéo) , çoir j e:<a,;iiner , pénétrer j camidéren

II en a été de même de la part des prêtres des chrétiens , qui y poussés par les mêmes motifs 5 abusèrent également des phénomènes du Magnétisme animal , qu'ils transformèrent en miracles pour en imposer aux hommes simples, crédules et ignorans, ainsi que je vais bientôt l'exposer.

Mon intention n'est pas de contester ici l'existence des miracles , qui au surplus ne seraient autre chose qu'une transgression des lois divines , immuables et éternelles de la nature j mais quel est l'homme raisonnable qui oserait refuser de convenir que les prodiges qu'on appelle miracles 5 doivent évidemment cesser de paraître et d'être surnaturels, c'est-à-dir« contraires aux lois de la nature , toutes les fois qu'il est prouvé que la pratique du Magnétisme animal en a produit y et peut encore en produire tous les jours de semblables ?

Les chrétiens 5 dès les premiers siècles de rétablissement du christianisme , à l'imitalion despayens; pratiquèrent également, dans leurs églises et ailleurs 5 la médecine ordinaire et la médecine occulte onirGScnpjque y appelée aujourd'hui le

Magnétisme animal , c'est-à-dire Tart de produire des effets physiques sur les corps vivans , en agissant sur le moral par la puissance de l'imagination .

L'usage de faire, représenter Tliistorique des maladies et des guérisons, ainsi que Pindication des remèdes qui avaient élé ordonnés en songe , et de les suspendre aux murs et aux colonnes des temples, cbez les payens, fut également imité par les chrétiens , lors des premiers siècles de l'église , dans les provinces de l'Empire Romain, et lorsque les temples des faux dieux furent abattus ou changés en églises chrétiennes.

Voici comme s'exprime à ce sujet le «avant auteur des Recherches historiques sur le Magnétisme animal chez les an-ciens ^ et dont nous avons inséré les notes curieuses sur le même objet, dans nos Archives du Magnétisme animal (i):

« Si le Magnétisme animal, dit-i!, n'eût » été qu'une dépendance du culte des

(i) Archives du Ma£»uétisme animaî. Première année , Tome II , 11"^. 5 ; Ouvrage périodique , in-8*. ; Gbej Barrqis l'aiaé, Libraire , rue de Seine , u°. lo^ faubourg S' Germain»

« faux dieux et un effet de leur influence, » il eût disparu avec eux ; mais si le ma- » gnétisme , toujours soumis aux lois ua- )) turelles , a son principe dans la nature » de l'homme , comme l'homme est tou- » jours le même, le magnétisme a tbuw^'joursdû subsister , et nous devons le rew trouver sous le christianisme , comme » nous l'avons connu dans le paganisme. »

On retrouve le Magnétisme animal dans les mains des prêtres du nouveau cuke et surtout des moines , comme il Tétait entre les mains des prêtres des faux dieux. Ceux-là avaient succédé à ceux-ci dans l'étude et la pratique de la médecine ordinaire et de la médecine occulte, hjpnoscopiçue j oniroscopicjue' ou instinctive.

Les églises des chrétiens n'avaient fait que remplacer les temples dn paganisme , dans lesquels étaient consignés les procédés et les traditions du Magnétisme , les mêmes haJjitudes d'y passer les nuits , les mêmes songes, les mêmes visions, les mêmes guérisons.

Sans contester qu'il ne se soit opéré des guérisons vraiment miraculeuses,

aux tombeaux des saints , on s'est emparé de tous les faits de guérison qui y avaient eu lieu, soit qu'ils fussent miraculeux, soit qu'ils fussent l'effet du Magnélisme animal , soit enfin qu'ils lussent celui de la nature seule. On a travesti tout en miracles : les légendistes n'apportaient, pour les distinguer, aucune e'ipèce d'attention ; ils croyaient , au contraire 5 travailler pour la gloire des saints , en multipliant le nombre de leurs miracles 5 et dans ce nombre ils ont compris une multitude de cures ^ qui n'appartiennent qu'au Magnétisme animal.

La plus grande preuve qu'on puisse donner pour appuyer ce qui vient d^être dit, sont les prétendus miracles que des imposteurs opérèrent au moyen de fausses reliques , ainsi que je le ferai voir ci-après.

J'en reviens aux observations contenues dans les recherches précitées sur le Magnétisme animal , et je dirai avec le savant auteur de ces recherches , que le respect qui environne les pieux écrivains qui ont rapporté ces miracles, ne doit pas empêcher de se tenir en garde contre leurs récits; car n'étant qu'his-

torienS;, ils pouvaient être trompés par des rapports inexacts ou exagérés.

Il est donc démontré que la médecine se pratiquait dans l'enceinte des monastères et des églises ^ parce que les prêtres cîirétiens trouvèrent cet usage établi dans les temples dont ils s'étaient mis en possession. Les prêtres idolâtres y pratiquaient avant eux la médecine, et ils y employaient fréquemment le Magnétisme. Les moines et les prêtres leur ayant succédé dans tous les secrets de l'art de guérir , ils leur avaient également succédé dans les procédés du Magnétisme.

Qu'on ne croye pas que ce fût la médecine ordinaire s^-ule , qui eût trouvé une retraite dans les monastères ; la médecine occulte y au témoignage des aiH / teurs , n'y était pas moins cultivée , et voici ce que dit à ce sujet Jacob fVolff: « Usus autem vel abusus liarum artium » frequens olim in Germania CiENCBiis » prœcipuè fuit , quemadmodiim boc » multi tractatus Germanica lingua » cooscripii , et alia testimonia pliira )) abundè comprobant. » J. ^'^''^olff^ scri-nium amuletorum, Lvpsice et Jena3 3

1690 , in'[\ , 5 cap. 4 5 sect. 2 , pag. 65r.

On voit dans ce passage que J, TVolff y appelle à son appui un grand noaibre de livres anciens écrits en langue allemande , ainsi que plusieurs autres auteurs. 11 ne serait pas extraordinaire que Taliemand Mesmer y eût puisé la connaissance du Magnétisme animal.

On a quelquefois reproché aux guérisons du magnétisme d'être très-longues et de n'être pas complètes , ou d'être suivies de rechutes : mais on pourrait faire le mêoie reproche aux guérisons que l'on vent qualifier du nom de miracles. Ce— * pendant, pour qu'une guérison soit censée loiraculeiise^ il faut, ainsi que Fa prononcé ]q Pape Benoit XIV ^ qu'elle soit instantanée 5 complète , et non suivie de rechute. C'est ce qu'on peut vérifier dans le grand ouvrage de ce Pape , oii il traite de la béatification et de la caîionisation des saints, et dont il est fait mention <lans les Lettres curieuses du jR. P.

ly Audierne^ imprimées à PienneS; in-12^ ^ toni. 4 , page 5 02.

Il est fait mention dans les actes de Fc-rdre de saint Benoit, d'une demi-cure

DU guérîson opérée à Tours , dans l'église de St. Martin^ en faveur d'un homme privé de la vue et de l'usage des pieds et des mains. Il obtint à Tours l'usage de la vue ; mais les prêtres le renvoyèrent à Paris, pour obtenir le surplus de sa guérison au tombeau de St. Germain , oii effectivement il fut guéri de la faiblesse universelle qu'il ressentait dans tous ses membres, yicta sancti Benedicti ^ sœculi III y part. 2 , fol. 98.

Tel était aussi l'usage dans les anciens temples ^ Apis , Sérapis ou Osiris ^ à'Isis et à'JEsculape. On en trouve plusieurs exemples, et notamment dans l'orateur Aristide et dans Galien. Ce dernier s'exprime ainsi qu'il suit dans son ouvrage intitulé de Empiricorum , cap. xii. ( Divitem virum è média Thracia Pergamum^ Deo ita jubente, profectus. ) On faisait promener les malades d'un temple à l'autre. La raison en est facile à connaître : les somnambules, ou plutôt les oniroscopes^ qui dirigeaient la guérison des maladies , pouvaient être moins lucides dans un temple et plus éclairés dans un autre. Comme il n'est pas douteux que les pré-

très de ces temples ne s'occupassent aussi de médecine , II y en avait qui pouvaient être plus verses et plus habiles dans le traitement de tel ou tel genre de maladie ; il était donc naturel que leurs confrères s'adressassent à eux et leur renvoyassent les malades.

C'est sans doute par la même raison que l'oracle à.^ Esculape à Rome ayant été consulté au sujet d'une peste dont les habitans de cette ville étaient affligés , répondit que pour guérir les Romains il fallait consulter et amener à Rome Poracle

Esculape ^ résidant à Epidaure ^ ville du Péloponnèse, renommée par le fameux temple qui y avait été érigé dès la haute antiquité en l'honneur d'Esculape. Cette recommandation de l'oracle d'Esculape à Rome , en faveur de l'oracle d'Esculape à Epidaure ^ tourna à l'avantage du culte décerné en l'honneur du dieu de la mécine ; car c'est à cette époque qu'un nouveau temple magnifique , plus spacieux et plus commode que l'ancien, fut construit dans une des îles du Tibre à Rome.

Ainsi que dans les temples d'Esculape^

on suivait donc dans les nouvelles églises chrétiennes les anciennes routines , et quand dans un monastère on ne réussissait pas à guérir un malade , on le renvoyait dans un autre , qui avait autant ou p!us de réputation. Cependant, quand Dieu a départi à un saint le pouvoir de guérir les malades , on ne peut pas , religieusement parlant, supposer qu'il ne lui en ait pas concédé la faculté dans son intégrité , pour toutes les maladies , surtout quand, de la part du malade , il n'y a d'autre condition à exiger pour sa guérison que la ferveur et la foi. Il ne serait pas décent de supposer que Dieu voulût faire valoir un saint aux dépens d'un autre , ou que , d*un autre côté y les saints , dans le ciel , eussent entre eux cette déférence mutuelle pour leurs tombeaux ou leurs reliques sur terre.

On ne voit dans ces renvois et ces pèlerinages, que des arrangemens et des calculs purement humains.

En compulsant les anciennes légendes , on pourrait rapporter un très - grand nombre d'exemples de guérisons opérées, soit en songe , soit auprès des tombeaux

des saints ^ soit par l'application de leurs reliques. On en trouvera de très-remarquables 5 dans l'article des Recherches sur le 3îagnétisme animal chez les anciens ^ que je viens de citer.

On doit se rappeler que les murs des églises et des chapelles renommées par les pèlerinages qui obtinrent une grande vogue parmi le peuple ^ étaient couverts de petits tableaux constatant les guérisons ^ à l'imitation des tablettes appen-^ dues dans tous les temples d'Isis en Egypte et d'Esculape à Rome.

Les chrétiens suspendaient également dans leurs églises des tableaux et des figures, pour remercier Dieu ou les saints d'avoir été guéris de leurs infirmités ou d'avoir échappé à un grand danger.

Ces petites figures votives 5 formées de différentes matières^ et le plus sot;ivent d'un métal précieux , représentaient cli* nairement les parties du corps qui^ précédemment infirmes, avaient été guéries par l'intercession dusaint honoré dans le lieu. Les petits tableaux votifs ofiraient , dans le même but , l'histoire des maladies^ et ils étaient chargés de légendes avec la

tlescription pittoresque des guérisoris plus ou moins éclatantes qui en étaient l'objet. Ces figures et ces tableaux s'appellent chez les chrétiens j ex-^voto , expression empruntée du latin. Toutes les églises et toutes les chapelles où les prêtres ont soin d'attirer les peuples , en sont remplies / et particulièrement en Espagne et dans la Suisse. Il en était de même chez les payens , dans les temples des faux dieux. L'histoire des maladies et des guérisons éclatantes qui y avaient été opérées , ainsi que les remèdes qui avaient été ordonnés en songe, soit par les malades eux-mêmes ^ soit par les crisiaques oniroscôpes ^ pendant leur sommeil magnétique , y étaient gravés sur des tables votives de métal , de marbre ou de pierre ^ que l'on suspendait aux murs et aux colonnes des temples, afin qu'on pût les consulter pour de semblables maladies.

C'est dans cette série d'anciennes inscriptions oniroscopiques ou magnétiques animales , exposées et attachées aux murs des temples anciens, que les descendans d'Esculape ^ ainsi qu'Hippocrate lui-^ mêmcj puisèrent une partie des prin-

cipes et des recettes qui constituèrent d'abord Fart de la médecine , principalement dans les temples consacrés à 5erapis ou Osiiis , et à Isis en Egypte : à Esculape ^ dans la ville à^Epidaure en Argie dans le Péloponnèse : à Cos j ville de l'île du même nom , dans l'Archipel : à Rome , dans une île du Tibre , etc. Ces ordonnances oniroscopiques , qui servirent à former les premiers traités de médecine curative / tendent à prouver que la nature a créé dans tous les êtres vivans un sentiment instinctif, qui leur donne la connaissance de ce qui est utile à leur conservation ; mais ce sentiment instinctif est susceptible d'un développement plus ou moins grand , en raison des circonstances et de l'état pathologique des malades; d'oîi l'on doit conclure que la médecine magnétique animale est en quelque sorte la médecine de la nature 5 et que c'est la nature qai a donné aux hommes les premières leçons sur t'art de guérir.

Que de phénomènes , que de prodiges , que de miracles appartiennent au Ma-^ gnédsme animal y dont la superstition

elle fanatisme se sont emparés! Je n'âCcuseraipas d'imposture tous ceux qui proclamèrent comme miracles surnaturels ce grand nombre de phénomènes purement magnétiques ; mais laissant à parties jon^ gleurs qui, au moyen de pareils prodiges , ont voulu par intérêt tromper et séduire les hommes, il en est d'autres qu'on est en droit d.e taxer d'ignorance et de crédulité , pour s'être laissés subjuguer par des croyances superstitieuses^ et qui , faute de connaissances physiologiques , ont ajouté foi sans réflexion à des guérisons prétendues miraculeuses , opérées par des exorcistes , par des imposteurs , par de fausses reliques ou avec le concours de pratiques pieuses, ainsi que je vais r expliquer.

Tout le secret des magnétiseurs anciens ef modernes consiste à maîtriser l'imagination de ceux qu'on veut magnétiser , n'importe par quels moyens. On peut y parvenir , soit par des gestes ou sans gestes , ou en imposant les mains , ou en faisant des frottemens ^ des attouchemens^ ou par des passes à distance, et enfin avec des talismans de toute es-

pëce 5 ou amulettes , figures ^ caractères ^ etc. 5 qu'on porte sur soi y en y attachant une ionfiance superstitieuse.

Sous la dénomination de talismans ou amulettes , on peut comprendre les arbres et autres objets magnétisés, ainsi que toutes les substances auxquelles une imagination abusée ou blessée voudrait obstinément attribuer des vertus imaginaires.

On doit donc faire attention que le plus grand nombre de drogues prescrites en remèdes par des oniroscopes ou des somnambules , soit comme malades, soit comme consultans , n'ont le plus souvent que très-peu de vertus positives , mais beaucoup de vertus suppose'es.

L'imagination , par son pouvoir immense 5 imprime quelquefois une vertu de commande aux différentes drogues , ainsi qu'aux talismans et amulettes , de telles formes et substances qu'ils puissent être, mais souvent insignifians par euxmêmes , et auxquels cependant les oniroscopes ou les malades , une fois persuadés 5 attachent les qualités les plus efficaces^ et dont ils ont ressenti plus d'une

fois des effets réels. On explique par ce moyen la variété des ordonnaMces magnétiques que les ODiroscopes prescrivent pour les mêmes maladies p sans qu'on puisse raisonnablement justifier cette variété dans les traitemens, par la différence des tempéramens. Ce que je viens d'exposer n'est point , généralement parlant, en contradiction avec les observations précises qui ont été faites sur les ordonnances d'une infinité d'oniroscopes lucides , et qui se sont trouvées plus d'une fois entièrement conformes aux ordonnances des médecins les plus habiles , pour les mêmes maladies et dans les mêmes circonstances.

Quoi qu'il en soit, il n'en est pas moins vrai que conformément à ce que je viens d'exposer, de fausses reliques employées par des imposteurs, ont rempli I l'office de talismans dans certaines cures, qui semblaient miraculeuses, mais qui, dans le fond , n'étaient que des phénomènes dus au Magnétisme animal.

J e vais présen ter ici plusieurs exemples j de ces phénomènes produits par Fappli- I cation de fausses reliques^ ou au moyen

de pratiques pieuses en apparence 5 mises en oeuvre par des imposteurs. Les faits que je citerai sont extraits des Recher^ elles historiques sur le Magnétisme ani^ mal chez les anciens , et déjà insérées au tome II de nos Archii^es , n°. 6 5 des mois de novembre et décembre 1820 , p. 193 (i).

L'auteur de ces savantes Recherches historiques 5 qui , par modestie , laisse ignorer son nom 5 nous apprend que pendant plusieurs siècles le Magnétisme animal est resté inconnu ou dénaturé.

Tantôt on prenait ses effets pour des miracles 5 et tantôt pour l'œuvre des démons 5 suivant l'habit de ceux qui l'exerçaient ! c'est ce qui eut lieu positivement en France , vers le cinquième siècle et jusque dans le moyen âge. Combien de guérisons considérées comme des miracles j parce qu'elles étaient opérées par le simple toucher , ou par la simple imposition des mains de ces personnages vertueux que l'Eglise a placés au nombre des saints ! combien également d'autres

(1) Yojez la note précédente ^ page 220u

cures n'ont été considérées que comme les œuvres du démon , parce que ceux qui les procuraient, n'étaient revêtus que des livrées du siècle !

Combien d'imposteurs n'ont-ils pas abusé de la crédulité des peuples^ pour ^ à l'aide de guérisons magnétiques , se faire passer pour des saints! ou combien de fois cette crédulité ne s'est - elle pas exaltée d'elle-même, à l'occasion d'objets qui ne présentaient ni sainteté, ni imposture , et qui auraient excité l'indignation 5 s'ils eussent été connus ! Le peuple 5 en effet , se crée souvent des objets de culte, qui ne méritent nullement la vénération qu'il leur accorde.

On est tout étonné d'avoir ajouté foi avec tant de ténacité à des erreurs , quand on en est désabusé; cependant les guérisons merveilleuses et les prétendus miracles n'en ont pas moins été opérés.; si on en demande la raison , on répondra : C'est que le Magnétisme animal y c'est-àdire ce pouvoir de l'imagination dont on ne connaît pas encore les bornes, agissait et produisait ces cures extraordinaires.

Le fait du bûcheron que j'ai raconte au commencement de cet écrit , page 5 et suivantes , est du nombre de ces prestiges purement naturels , mais que des hommes saperstitieux voudraient attribuer au démon. Ce bûcheron ^ suivant S. Grégoire de Tours ^ se disait le Christ j et voulait en singer !es miracles. Il opérait, en effet , des guéi isons plus ou moins réelles^ plus ou moins équivoques , mais qui véritablement n^étaient que des phénomènes du Magnétisme animal. On peut donc placer ce bûcheron dans la classe de ces paysans qu'on appelle touclieurs . Il s'en rencontre assez fréquemment dans les campagnes, et ils exercent Fart de guérir , comme par instinct et au moyen de différens secrets , et principalement en magnétisant pour ainsi dire sans le savoir. ,

S. Grégoire de Tours nous fournit en-?

Gore un autre exemple de guérisons ma-^ gnétiques par le simple toucher et avec l'imposition des mains , opérées par un diacre, qu^il ne désigne pas tout-à-fait comme un imposteur , mais pour un yçligieux indocile ^ qui^ à la soUicitatior^

du démon, ainsi que S. Grégoire paraît le croire 5 aurait abandonné la vie solitaire.

Voici le fait tel que Grégoire de Tours le raconte: « Un diacre , ermite , appelé » Secundellus j se retira dans une île » du territoire de Nantes^ avec un autre » saint personnage appelé Friardus , » pour y mener la vie érémitique. Se- » cundellus eut une vision la nuit, qui » lui présentait l'apparence de Jésus^ )) Christ, Le Seigneur lui disait : Je suis » le Christ que tu pries tous les jours : » lu es parvenu à la sainteté; j'ai écrit » ton nom dans le livre de vie avec mes )) autres saints 5 sors de ton île et va faire M des guérisons parmi le peuple. Secun- » dellus 5 séduit par ces illusions , sortit

de Fîîe sans en rien dire à son com- » pagnon.

» Cependant 5 lorsque le diacre ermite « imposait les mains sur les infirmes au » nom de Jésus^Christ^ ils étaient guéris, » Tamen cùminfirmis in nomine Cliristi w manus imponeretj sanaLantur. ( Greg.

Tur. , Vitœ patrum , cap. 10. )

):i Beaucoup de temps après j Secun-

)) dellus retourna dans son île 5 tout glo- » rieux des cures nombreuses quil aidait y) faites ^ mais il fat mal accueilli par son )> compagnon , qui lui fit connaître qu^il » avait été la dupe du tentateur, » ( Greg. Tur. 5 ibidem , ]

Nous n'examinerons pas ( dit Fauteur des Recherches historiques que nous avons déjà citées ) s'il y a eu vision ou non , ou si ce ne fut que l'effet d'une imagination frappée. Ce qui intéresse ^ c'est de savoir si ce diacre guérit ou non les malades par Fimposition des mains.

Or, Grégoire de Tours atteste le fait.

Il paraît même que Secundellus opéra Jjeaucoup de guérisons, car ce ne fut qu'après un temps assez long , qu'il retourna dans son île , et il se glorifiait lui-même d^en avoir fait beaucoup^ et virtutes multas inpopulis feci.

Il est bien évident que l'imposition des mains n^opérait ici que magnétiquement ; que les guérisons n'étaient que Feffet du pouvoir magnétique de l'imagination 5 qui se trouvait ici exaltée à un très-haut degré , soit par la confiance du magnétiseur j soit par l'enthousiasme

qu'il excitait parmi le peuple ; car on ne peut pas dire que ces guérisons vinssent de Dieu comme étant snrnaturelles, puisque le diacre Secunciellus était en faute et suivait une impulsion fallacieuse de son amour-propre ; on ne peut pas dire non plus qu'elles vinssent] du démon, parce qu'elles se faisaient au nom même de Dieu ^ et que le démon est Fennemi des hommes, et non un génie sauveur et bienfaisant. 11 est donc évident que les cures de Secundellus n'étaient ni des miracles , ni des prestiges, mais des guérisons pure-» ment naturelles. Ces cures, cependant , étant réelles , laissaient à ceux qui les avaient ressenties la persuasion que c'étaient des miracles.

Voici un autre fait pour le moins aussi intéressant que les précédens , et qui présente des phénomènes magnétiques opérés au moyen de fausses reliques ; c'est Rodolphe , aliàs Raoul Glaber , qui le rapporte. Je dirai, en passant, que ce Rodolphe Glaber étSiit un bénédictin de l'abbaye de Cluny , historien du onzième siècle, né en Bourgogne , mort vers l'année io5o, auteur de plusieurs ou-

vrages , et entre autres d'une Chronique curieuse sur l'Histoire de France ; elle s'étend depuis l'an goo , jusqu'en 1046 , et voici comme il raconte le fait que je viens d'annoncer :

« Un homme du peuple, homo pie- » heius ^ mangonum callidissimus^ après \) avoir promené de fausses reliques en )) différens endroits des Gaules , se rendit )) enfin dans les diocèses voisins des Alpes, » oii il prit le nom d'Etienne , et déterra » les ossemens d'un inconnu, more soli- » to 5 noctu collîgens à loco abjectissimo » ïgnoti ossa hominis ^ ainsi qu'il l'avait » déjà fait plusieurs fois dans les Gaules , » et les annonça comme étant les reliques » de Saint'Just, Le peuple accourt aus- » sitôt. On amène de toutes parts les may) lades , et, chose surprenante, ces ma- >) lades se trouvèrent aussi bien guéris » que si les reliques eussent été véri- » tables. En peu de temps la châsse fut « environnée cF ex-voto de tous genres , >» portant la forme des membres guéris. »

Tune popiilus ducit débiles et

midtimodœ membrorum reformationes ibidem visce sunt extitisse ^ ac insignia

pendere oscillarum multiformia, ( Radulph. Glaber 5 lib. 1V5 cap. 3. — Recueil des historiens de France ; tom. page

On trouve donc, îà, de fausses reliques qui opèrent des prodiges. On ne dira pas que c'était le démon qui faisait tous ces miracles , car Dieu n'aurait pas souffert que le nom de SaintSiist fût profané^ et qu'on rendît aux ossemen s d'un homme inconnu, et peut-être damné , les honneurs et la confiance qu'on ne doit qu'aux véritables reliques.

Si on voulait soutenir que ces miracles n'en étaient pas moins opérés par Dieu, qui récompensait par ce moyen la confiance qu'on avait dans les mérites de Saint-Just , alors la fraude n'en eût pas moins subsisté , et Satan n'en eût pas moins obtenu une espèce de triomphe , que Dieu ne pouvait autoriser.

On voit encore , dans le Traité des Superstitions ^ par J". B, TJiiers ^ quelques autres imposteurs qui promenaient partout de fausses reliques, et qu'on appelait Circellions et Circoncellions C ^^J' Traité des Superstitions p par

J. B. Thiers, liv. i'' , chap. i", §. 3^ page I o5 de V édition in- 1 2 . ) J. B. Tliiers^ né à Chai très vers l'an 1636, mort en 1703, était un savant LaclieHer de Sorbonne ; ayant professé les humanités dans l'Université deParis^ ilfutcurédeChamprondy au diocèse de Chartres ^ puis à Vibraie ^ où il mourut. Ce savant écrivain est àuteur d'un assez grand nombre d'ouvrages 5 la plupart curieux et remplis d'érudition.

Nous en revenons aux charlatans religieux 5 contre lesquels l'Eglise a toujours sévi 5 ainsi qu'on pourra s'en assurer en consultant le deuxième concile de Sarra-^ gosse 5 de l'an 5g2. — -Le quatrième concile de Latran ^ en I2i5. — Le concile de Trente ^ en i545^ lequel dura jusqu'en î563.

Le savant auteur des Recherches his-^ toriques sur le Magnétisme animal^ que j'ai déjà cité plus haut ^ s'exprime ainsi qu'il suit. « Comment Dieu se serait-iî plu à contrarier sa propre église ^ en accordant à de fausses reliques le don des guérisons? ou comment le démon se serait-il plu à faire des merveilles ^ dont

tout Thonneur eût tourné an profit de la Religion et des Saints 5 et au soulagement de l'humani té souffrante? Dieu n'eut pas permis une méprise qui eût été un sujet de moquerie pour les libertins et de larmes pour les personnes pieuses, n Ainsi que le dit Melchior Cano ^ savant théologien , dominicain espagnol 5 puis évêque des îles Canaries ^ né à Tarascon , diocèse de Tolède 5 en iSsS, mort en i556. Voici comme il s'exprime au sujet des fausses reliques : Quœ res impiis quidem non les^enx subsanandi occasionem prœbet , piis verb laciymandi. ( Melcli. CanOjlib, 11^ deLocis theolog. 5 cap. 6. )

En ne voyant dans toutes ces guérisons miraculeuses que les effets du Magnétisme animal , tout le monde alors sera d'accord. Le Magnétisme donne véritablement la clef naturelle d'un grand nombre de faits 5 dont l'explication , jusqu'à présent, n'avait présenté que des difficultés y et plus on fera de rechercbes sur cette matière, et plus on se convaincra de la vérité de pareilles assertions.

Anciennement, les écrivains ecclésiastiques j quand il survenait des guérisons

extraordinaires opérées par des mairie profanes , faisaient tous leurs efforts pour les déprécier et les attribuer au diable. De nos jours il se rencontre encore 5 mais en petit nombre , quelques prêtres fanatiques et ignorans 5 qui prétendent ^ comme autrefois, que les magnétiseurs sont soumis à l'empire du démon ^ et qu'ils n'obtiennent des guérisons merveilleuses que par l'opération du diable. Leur aveuglement à cet égard est si évident , qu'ils ne s'aperçoivent pas qu'en rendant le démon auteur de guérisons aussi utiles à l'Lumanité souffrante 5 ils deviennent par-là, et saris s'en apercevoir^ les apologistes du diable^ auquel ils supposeraient la faculté d'opérer le bien et de pratiquer une œuvre de cliarité.

Voici un exemple à l'appui de ce qtii vient d'être dit , et c^est encore S. Grégoire de Tours qui rapporte le fait que je vais citer :

« En cette année / 58^ , parut dans la » ville de Tours un nommé Dldiei^ ,

qui se donnait pour un grand saint, w asstirant qu'ail pouvait faire plusieurs

>î miracles. 11 prétendait qu'il existait » une correspondance suivie entre lui et » les apôtres S, Pierre et 5. PauL Une » foule de peuple le suivait , lui amenant » les aveugles et les malades , cœcos et yy débiles.,.. Il ne cherchait pas à les guérir » parla sainteté j mais plutêtàles tromper )) par l'erreur d'un génie nécromancien ^ » car ceux qui étaient paralytiques , ou » entrepris par quelqu'autre maladie ^ » il les faisait étendre par terre , pour » que ceux qu'il ne pouvait débarrasser » ou redresser par le bienfait d'une vertu w divine ^ il pût au moins, par artifice , » leur procurer du soulagement ou leur » guérison. Quand le malade était ainsi ï) étendu , les valets de Didier se sai- )) sissaient du patient , les uns par les )) mains et les autres par les pieds ; on le )) tirait , on le retournait en différens » sens 5 et quelquefois si violemment ^ » qu^on aurait pu craindre que les nerfs )) ne se rompissent. Qu arrivait-il de-là ? » Que ceux qui n'étaient pas guéris )) étaient renvoyés à demi-morts ^ dema- )) nière qu'il en périt*quelques-uBS au M milieu dece supplice. ( Greg. Turoji.y

Historia Francorum ^ lib. ix , S» 6. )

Malgré la partialité avec laquelle Grégoire de Tours rapporte cette histoire , on y voit clairement des guérisons qui ne pouvaient qu'être magnétiques. Grégoire cherche seulement à atténuer, 4 dénaturer les guérisons , en surchargeant le tahleau. On reconnaît bien évidemment que ne pouvant contester les faits de guérisons , et ne pouvant croire que des frictions pussent les opérer ,^1 a imaginé , suivant l'opinion qui régnait alors, d'attribuer au diable les cures opérées par les procédés de cet homme. Grégoire de Tours est d'autant moins croyable dans toutes les circonstances qu'il veut ajouter aux faits qu'il rapporte^ qu'il dit lui-même avoir été absent de Tours pendant que de pareilles scènes s'y passaient.

Didier employait non-seulement les procédés du Magnétisme , mais il en possédait encore les propriétés les plus remarquables. Il lisait dana la pensée et savait ce qui se passait à distance ^ et voici ce qu'en dit Grégoire :

« Ceux qui l'ont vu, assurent qu'alors » que quelqu'un avait mal parlé sur le » compte de cet homme , quelqu^éloigné

( Al )

» qu'il fut , et quelque secrètement qu'il » l'eut fait 5 Didier les attaquait en face » devant le peuple, en leur disant : Vous y) avez dit ceci ^ vous avez dit cela ^ de » moi?w Adseruut qui eum viderunt ^ cùm quisque de eo procul et cibditè , quisquam locutus fuis set mali ^ coram populo adsîante improperabat ^ dicens :

Quia hoc et illud de me effatum est quœ sanctitate mea erant indigna ?

( Greg. Tur. , ibidem, )

Ce dernier fait magnétique est du nombre de c§s phénomènes 5 plus ou moins étonnans en apparence , et consiste dans la faculté que quelques individus possèdent 5 de pouvoir , jusqu'à un certain point et dans certaines circonstances , connaître le passé, prévoir l'avenir 5 découvrir les choses cachées et deviner la pensée des hommes. On a attribué ^ dans l'antiquité , cette faculté aux devins, aux oracles auxsybilles^ au pii.honisses, etc. A des époques plus modernes , de nos jours même , les mêmes phénomènes ont été produits par des oniroscopes , et des hjpnobates ou somnambules , spontanés , ou artificiels , c'est-à-dire

naturels . ou provoqués par la pratique du Magnétisme animal.

Ces sortes de phénomènes 5 qu'on ne peut contester, ont souvent excité le plus grand enthousiasme. Des auteurs anciens et modernes nous ont transmii^ un grand nombre de faits de ce genre, qui seraient bien incompréhensibles si on voulait croire aveuglément les exagératio^is dont ces récits sont toujours accompagnés ; mais le merveilleux en disparaîtrait presqu' entièrement 5 si les phénomènes qui en sont l'objet eussent été soumis à un examen sévère et à des^ observ^ations expérimentales, ce qui, pour ainsi dire ^ n^a jamais eu lieu, surtout de la part des prêtres des faux dieux, qui avaient un si grand intérêt d'accréditer par toutes sortes d^illusions^ de jongleries et d'impostures ^ les réponses ambiguës de leurs oracles et de leurs sybilles^ afin d'en imposer aux peuples et aux gouvernemens peu éclairés, et obtenir de riches offrandes de la crédulité des hommes.

Cette faculté divinatoire des oracles chez les anciens , et des oniroscopes et

somnambules de nos jours , exigerait un examen sérieux et des discussions approfondies. Il faut espérer que des hommes habiies , que des physiologistes ^ que des philosophes s'en occuperont. Quoique cette matière 5 difficile à traiter , soit Lien au-dessus de nies forces^ je me propose néanmoins de publier incessamment mes faibles réflexions sur ce sujet.

J'en reviens encore aux autres phénomènes magnétiques connus dans l'antiquité. Ces sortes de merveilles n'étaient pas ignorées de S, Augustin , qui semble être d'une bonne foi remarquable au sujet de ceux qui; dit-il, peuvent procurer la santé ^ mettre en fuite les serpens^ etc. , par le tact seulement^ par le SQuJle^ par un baiser^ parce que, ajoutet-il 5 la nature de ceux-là est différente de celle des autres hommes , et qu'ils font des choses si étonnantes , qu'à les entendre raconter on a peine à les croire ; et voici comme il s'exprime:

« Quare hominum quorumdam naturse )) multiim cseteris dis pares et îpsse cari- » tate mirabiles , quagdam ut volunt de

» corpore suo facientium quae alii , nulla » modo 5 et audita vix credunt ; verbi » gratiâ , fugare serpentes ^ solo tactu , » afflata, osculo^ varia curare vulnera. » ^ S. Aug. 5 de Civ. Dei , lib. xiv 5 cap. 24. )

Saint Augustin ^ cependant , ne regarde ces phénomènes que comme l'effet de quelque propriété particulière du c orps. Quare hominum quorumdam naturce muhù m c céleris dispares.

Cette opinion de Saint Augustin fait honneur à sa franchise ^ et cette réserve vaut beaucoup mieux que les décisions tranchantes des légendistes^ qui attriîjuent sans raison , soit à Dieu , soit au diable 5 des guérisons et des phénomènes qui ne sont que l'effet d'une propriété naturelle de l'homme , qui est le Magnétisme animal.

Les exorcistes employés par l'Eglise pour chasser les démons pourraient en-core être cités comme ayant pratique le Magnétisme animal avec succès et sans le savoir. L'auteur des savantes Reclier^ clies historic/ues ^ que nous avons déjà cité plus d'une fois , s'exprime ainsi à ce aiijet : ^ Nous n'entendons pas parler

des exorcistes qui , dans les cas nécessaires, conjurent les démons au nom de Dieu; mais de ceux qui , contre le précepte de Saint Charles Boromée ( in sj-nodo I^, pro{>inciali^ y portent leurs mains et leurs regards sur les parties malades. »

(( En effet ( dit le Père Brognoli 5 dans » son ouvrage intitulé Aîexicacon , /^en netiisy 1668, in-foL^ pag, 241 5 col, 2), » si un démon était un composé d'hu- » meurs , et qu'il pût se cacher dans » la su| ificie du corps , V exorciste » pourrait toucher et retoucher avec les )i mains les parties malades ; mais )i comme un démon est un esprit imma- » tériel , que sert de toucher la partie )) malade ? »

Cependant il est souvent arrivé que les exorcistes touchaient les parties malades j sans qu'on ne puisse y voir une vertu magnétique ; car aussitôt qu'il leur était défendu d'employer le toucher et les regards , par quel pouvoir pouvaientils guérir ^ si ce n'est par les procédés magnétiques? Combien de maladies sont regardées comme diaboliques j et qu

cependant n^ont rien de commun avec le diable ! On est étonné , en jetant les yeux sur V Alexicacon , de voir la quantité de maladies que l'auteur y désigne comme diaboliques , et qui cependant ne sont que des infirmités bien ordinaires , ainsi qu'on va en juger par les exemples suivans :

« Un jeunehomme depuis quinze jours » se plaignait d^un grand mal de tête. Il )) lui semblait avoir le corps comme lié )) par petites parties. Il éprouvait une » fièvre lente ^ et ressentait par tout le j) corps une grande lassitude j et à peine

pouvait»il marcher 3 presque tous les

jours il saignait au nez. Mais à peine » ai-je imposé mes mains sur sa téte y) ( dit le père Brognoli ^ ) en ordonnant » au démon de se retirer ^ qu'aussitôt » cet esprit diabolique sortit par l'oreille » droite du jeune homme , qui ressentit » comme une espèce de sifflement au mo- )) ment oii ce démon prit la fuite. Alors » le jeune iiomme fut entièrement dé- A livré des douleurs qu'il ressentait au-

paravant dans la tête et dans le reste

)) du corps 5 et il recouvra une parfaite )) santé. » ( AlexicacoD , ihi(L )

Hoc idem comproha^i in quodam jwene , qui jam diehus quindecim gj^avi dolore capitis afjïciebatuj\ cor-poris particulas veluti nexihus liahere ligatas sibi videhattir ; lei>e corripiebatur febre ^ in toto corporis lassitiidi-^ ^ nem sentiebat , ut vix incedere valeret : fere quotidie sanguinem mittebat e na-

ribus ... Mox ut super caput ejus meas

imposui manus , ac dœnioni prœcepto facto p ut statim recederet ab eo , illico ex aure dextra quasi ventum. sibillantem egredi persentit , dolorque tam ca-pitis quam reliqui corporis penitus ces~ savit j perfectamque valetudinem est assecutus, ( Alexicacon^ part, pag. 129, col. T. )

Telle était la maladie donnée pour une obsession diabolique. Il n'est donc pas surprenant qu'aussitôt qu'il eut imposé les mains sur ce jeune homme 5 celui-ci fût guéri, ainsi ^ue le Père Bro~ gnoli le raconte lui-même.

Voici encore une autre maladie dans

laquelle le diable n'avait pas plus de part que dans la précédente.

(( Une jeune £!le était malade de]j!)uis » trois ans. 11 lui semLlait qu'elle avait » tous les membres du corps liés ; elle » se plaignait surtout d'une boule à Fo- » rifice de Feslomac , qui tantôt monta it ?î jusqu'à sa gorge ; et tantôt descendait ; i) le teint de son visage était en outre » d'une couleur jaunâtre ou cendrée , et » elle éprouvait une grande douleur et )) une grande pesanteur de tête. » ( Alexicacon 5 ibicL )

In primis fjiiœcïam aâolescentula ^ vallis Calepinœ. jam très annos îta maie affecta fuerat^ quod sihi videbatur om^ nia corporis menibra ligata et constricta habere j sed prœcipuè bolum in orificio stomachi ^ modo ad guttur ascendentem^ modo descendentem , faciem flavo seu cinereo colore suffusam ^ cum dolore ac graçedine capilis.\ Alexicacon ^ ibi^ de m, ]

Cette maladie n'était qu'une affection hystérique, et dans un assez grand nom]>re de relations de nos magnétiseurs^, il y est aussi parlé de malades qui disent

ressentir comme une boule remonter et descendre dans leur corps ; et les magnétistes crédules, qui prennent toujours les choses au pied de la lettre^ > croyent bonnement que c'est , en effet , une boule qui descend et qui remonte dans le corps de ces sortes de malades. C'est là , cependant , suivant le Père Brognoli^ un maléfice , une maladie dé^ moniaque^ une obsession du démon ; puis 5 ce prêtre ajoute : Cui adhibitis sa-cris benedictionibus absque ullo medî" camine corporali pristinam consecuta est sanitem, ( Alexicacon , ibidem. ) C'està-dire que cette jeune fille ftit guérie sans auçun remède 5 et après qu'on eut prononcé sur elle la sainte bénédiction. Or, l'on sait que cette bénédiction se fait, soit en imposant la main , soit en la présentant seulement. Le Magnétisme tous les jours n'en fait-il pas autant?

On trouve dans le même ouvrage un fait qui est bien fréquent dans nos relations du Magnétisme animal , savoir : qu'un malade se prescrit lui-même les remèdes dont il a besoin; ce que Brognoli regard^ encore comme un effet diabolique.

Il s'agit d^une fille d'environ trente ans,

qui fut amenée par son curé au Père Brogfioli ^ vers Fan i665. Il est dit simplement que cette fille était oLsédée du démon ; mais sans entrer dans aucun détail à ce sujet.

)) Cette fille répondit qa'iî fallait d'à- » Lord que son corps fût purgé ^ suivant » les règles , par des médecrnes corpo- » relies j qu'elle remettrait elle-même à » l'exorciste : celui-ci y consentit volon- )) tiers ^ et il reçut en écrit de la main du » diable ( per scriptiiram accepk a dce- » morte ) la prescription de cette méde- » cine ; et pour s'assurer de la bonté des » remèdes, il en montra l'ordonnance à )} un iiiédecin , qui y donna son appro- - 3) Lation. « ( Alex, j pag. 1 19 ? cgL , )

RespOiidît dœmon cjuod opiis erat prius corpus illius medicinis corporels benè purgare^juxta régulas quas ipsemet ipsi exorcistœ trader et, Quibiis aiidiiis j ex-orcista lihenter remédia corpovalia ^ per scripturam accepit a dœmone 5 de fjuibus ut securus esset ^ ea medico oi"tendit y a quù fuerunt laudata, { AlexicacoD j ibidem. )

De pareilles prescriptions données par cette malade pendant son sommeil magnétique 5 et écrites par elle , sont , au dire du Père Brognoli ^ dictées et écrites par le diable; les réponses qne lui fait Foniroscope , c^est le diable qui les fait. Cependant il n'y a rien 5 dans ces ordonnances y que de conforme aux règles de l'art 5 d'après même l'approbation du médecin 5 il faudrait donc admettre que le diable s'est fait aussi recevoir docteur en médecine. Peut-on méconnaître , dans ces narrations y des prescriptions véritablement oniroscopicjues ? D'ailleurs les relations de nos magnétiseurs sont remplies de faits semblables.

Quand on remarque que le Père BrO' gnoli avance sans aucun fondement que les malades dont il parle sont obsédés du démon , on ne doit plus être surpris de voir tant de possédés dans les livres des démonograpbes ^ et d'après une telle manière de voir 3 il n'est rien qu'on ne puisse transformer en opérations diaboliques.

On ne' doit donc plus s'étonner s^* , de nos jours , quelques prêtres ignorans et fanatiques regardent le prétendu Ma^gné-

tisme animal comme l'œuvre du démon ^ et plusieurs se sont permis de prêcher contre les magnétiseurs en pleine chaire ^ tant dans les départemens qu'à Paris même , et notamment en l'église de Saint-Etienne-des-Grès ^ il y a environ deux années. Voilà cependant ce qu'on a appelé jusqu'à présent des obsessions. On a donné ce nom à de véritables oniroscopes 5 qui , répondant aux questions qui leur étaient faites, s'ordonnaient eux-mêmes des remèdes plus ou moins conformes aux règles ordinaires de Part de guérir ; mais on ne fait pas attention qu'en raisonnant ainsi , on qualifie bien gratuitemeiit du nom de possédées du diable les personnes les plus honnêtes , les plus sages et les plus religieuses. On ignore que cette lucidité magnétique se déve- , loppe y ou spontanément , ou par des procédés connus des magnétiseurs , et que cette lucidité cesse ordinaft^ement quand le malade n'en a plus besoin. Quelle absurdité au démon de rendre service à l'humanité sans qu'il lui en revienne aucun profit ? I! est donc plus vraisemblable que les exorcistes /dans la plupart

des guérisoDS qu'ils ont opérées^ n'ont fait qu'agir comme magnétiseurs , mais sans le savoir et sans s'en douter.

On doit , en conséquence , regarder comme démontré, qu'une multitude de faits qu'on a considérés tantôt comme des miracles surnaturels 5 tantôt comme les œuvres du démon 5 sont étrangers et aux miracles et aux œuvres du démon j que ce sont enfin des actes purement magnétiques. En effet y dans les exemples qui viennent d'être cités , quelle différence voit-on entre les phénomènes qui étaient produits par la coopération de ces hommes charitables et pieux , qui habitaient des monastères ou des églises , et ceux qui étaient opérés par des hommes du siècle 5 ou par des hommes pervers ^ ou par des hérésiarques^ ou par des imposteurs? On n'en trouve aucune. Le principe est donc le même , c'est-à-dire une faculté attaché#à la nature de l'homme 5 qui Fa suivie dans tous les temps ^ dans tous les lieux et sous tous les costumes.

Il s'ensuit qu^on a retrouvé les mêmes prodiges dans les temples des faux dieux et dans les églises des chrétiens. Les Sy^

billes ^ les Piîhies ^ les oracles àes an-^ ciens , ne sont autre chose que les oniros-* copes ^ les oniromantes ^ les somnam-^ Iules 5 etc, 5 de nos magnétiseurs modernes. Il en est de même des guérisons obtenues dans les temples de Sérapis ^ cFIsis ^ cT Esculape ^ etc:^ qui n'étaient que des guérisons magnétiques , qu'on doit comparer à tous les faux miracles opérés par des imposteurs au moyen de fausses reliques ou de pratiques pieuses en apparence;, ainsi qu'à ces innombrables cures du Magnétisme animal, que Mesmer et ses disciples ont opérées depuis environ cinquante années 5 et qui tôutes n'appartiennent pas plus au démon qu'à Dieu y mais dérivent du pouvoir immense de l'imagination, dont le commun des hommes connaît si peu la force et l'étendue.

On ne doit plus être surpris de trouver tant de gens crédules soit dans la classe la plus ignorante du peuple^ soit parmi des personnes prises dans tous les rangs y linais peu instruites, peu éclairées , peu accoutumées à rélléchirj et subjuguées par des préjugés si contraires au bon sens et à la raison.

Ce sont donc les hommes crédules , auxquels se joignent ceux qui agissent par intérêt et par esprit de parti , qui attribuent au diable les faux miracles , quand ce sont des profanes ou des imposteurs qui les opèrent ; mais ils les attribuent à Dieu 5 sans hésiter , quand.des personnes pieuses 5 et principalement quand des prêtres en sont les agens.

J'observerai^ cependant , que souvent ces sortes de phénomènes étaient voués au diable , uniquement parce que les personnes pieuses , ou les prêtres qui les opéraient ou qui y présidaient 5 n'étaient pas du même parti j témoin la décision des Jésuites ou des Molinistes ^ qui attribuaient charitablement au diable les coiwulsions de Saint-Médard ^ parce que les Jansénistes 5 leurs antagonistes , 'attribuaient à Dieu et regardaient comme des miracles surnaturels les guérisons opérées parles convulsions, qui n'étaient véritablement que des phénomènes magnétiques 5 et de cette manière les Jésuites et les Jansénistes étaient évidemment les uns et les autres dans l'erreur. C'est ainsi qu'on pourra expliquer tous

les faux miracles passés , présens et futurs.

On doit de la mêiiie manière envisager les prétendus miracles de l'exorciste Gassner ^ curé de Rlosterle , diocèse de Coire^ pays des Grisons, qui, dans le dernier siècle 5 exorcisait tous les malades qui lui étaient présentés , et les guérissait par milliers (i). Son enthousiasme^ produit par UT- certain état nerveux auquel il était sujet, séduisit non-seulement le stupide vulgaire, mais encore des personnages d'un rang élevé , qui furent entraînés par Fadmiration qu'inspirait ce prélre, d'ailleurs trèsdésintéressé ; et même des médecins peu instruits parurent stupéfaits , lorsqu'ils voulurent être les témoins de ces phénomènes opérés par ce pieux charlatan , et dont ils ne pouvaient rendre raison. La haute réputation que ce thaumaturge

(l) Gnssner (Jean -Joseph ) , né à Plutlenlz en Suabe, Tan 1727, mon en 1779, ^ BondoilT, diocèse de Ralisbonne. Jl embrassa l'état ecclésiastique, fut curé de Klosterle , diocèse de Coire, pays des Grisons.

On trouvera des notices assez étendues sur Gassner , dans les dijBférens Biographes qui en ont parlé, et j'en ai donné, un extrait dans le Magnétisme éclairé, p. 282 à 235.

célèbre obtint de la manière la plus rapide , commença par la guërison de la comtesse de TVolsegg , en lui envoyant sa bénédiction.

Cette bénédiction était bien respectable sans doute; mais si elle avait la vertu de guérir ^ on ne peut nier aussi que nos talismans magnétiques , tels que des arbres j de l'eau , des mouchoirs , des bagues magnétisés , n'ayent aussi la vertu de guérir , et ne puissent se placer sur le même rang et à l'égal de celte bénédiction de Gassner. Cette guérison , opérée par Gassner sur une personne de distinction , ne tarda pas à se répandre; les malades accoururent à Klosterle de toutes parts 5 d'abord par centaines , et bientôt par cinq ou six cents à-la-fois. Ce début extraordinaire ne fut que le prélude des guérisons sans nombre que ce curé opéra par la suite en Allemagne.

Cependant les miracles de Gassner euren t deux adversaires redoutables. L'un était le Père Stertinger ^ Théatin à Munich. Il se transporta à Ratisbonne pour assister aux exorcismes de ce prêtre thaumaturge; il n'y vit rien qui lui

parût bien merveilleux , et qu'il ne crût pouvoir expliquer par quelque principe qui pouvait être encore inconnu : il publia contre ce curé plusieurs écrits.

L'autre savant qui se déclara aussi contre Gassner , est le célèbre médecin Antoine de Haen^ né à la Haye en 1704^ mort à Vienne, en Autriche, en 1776. Ce physiologiste, jouissant d'ailleurs d'une grande réputation , n'avait jamais observé ni vu les opérations merveilleuses de Gassner y cependant il fut chargé d'examiner les procès-verbaux qui lui en furent communiqués par ordre de l'impératrice Reine de Hongrie. Il en tira des conclusions plutôt en théologien qu'en physiologiste, car il avoua que si plusieurs de ces effets singuliers ne pouvaient s'expliquer par des causes naturelles , il fallait les regarder comme des opérations diaboliques. On pourrait croire que cet habile médecin ne s'est déterminé à porter un jugement aussi peu précis , et qui est véritablement conditionnel , que par des considérations qui lui étaient particulières. Quoiqu^il en soitj en lisant

de pareilles conclusions, on ne peut s'empêcher de penser que le docteur de Haen et le théatin . Slertin^er ne se soient mépris l'un et l'autre dans le jugement qu'ils portèrent sur Gassner ^ et l'on dira : le médecin a parle comme un moine , et le moine a parlé comme uu médecin.

Au moment où je livre le présent ou- ^« ige à l'impression, dans le courant du mois de juillet J821 , je vois dans les journaux français un nouveau thaumaturge 5 qui semble se mettre sur les rangs et vouloir obtenir, ainsi que Gassner , une célébrité fondée sur des guérisons éclatantes. C'est dans le mois de juin dernier que ces merveilles commencèrent à s'opérer à TVurzbourg ^ en Franconie , sur le Mein.

Certaines gazettes françaises qui se distinguent par des sentimens de piété qui leur font honneur, mais qui paraissent bien ignorantes en physiologie et ne pas connaître toutes les ressources de la nature , se sont emparées de ces faits miraculeux pour les transformer en prodiges surnaturels. Eh! qui n'y se-

rait trompé! Il s^agit d'un paysan magnétiseur , du nombre de ceux qu'on appelle touclieurs , et c'est par des procédés magnétiques qu'i! opère 5 en imposant ses mains ou sans les imposer ; mais il y ajoute des pratiques pieuses^ et il se sert de formules chrétiennes qui commandent le respect le plus profond. Il n'en faut pas davantage pour en imposer aux ignorans y aux esprits crédules et aux imbéciles ^ déjà l'enthousiasme s'est saisi de la multitude , et chacun de s'écrier : Miracle ! Miracle !

Ail nom de Dieu et de Jésus-Christ son fils 5 que le mal se dissipe. C'est ainsi que ce pieux toucheur commande aux maladies ; et les gazettes véridiques nous assurent que les aveugles voyent , que les sourds entendent, que les boiteux marchent , que les estropiés sont guéris , etc. , etc.

Au 28 juin dernier , en moins d'un mois 3 le nombre des personnes guéries s'élevait , dit-on y à plus de soixante et dix , de tout sexe, de tout âge et de tout rang ^ depuis la dernière classe du peuple jusqu'au prince ; la seule condi-

tion que ce paysan exige , est la crainte de Dieu et une foi vii^e en la toutepuissance de Jésus-Christ, Le succès ne répond pas toujours à ses efforts pour* guérir les malades 5 et alors le paysan leur dit : Je ne puis répondre de vous guérir y vous navrez pas la vraie confiance. Cette réponse évasive est trèsadroite , car tout bon charlatan ne doit jamais paraître embarrassé , ni rester court.

Ce qu'a fait de plus ingénieux ce paysan thaumaturge, a élé d'adjoindre à ses travaux merveilleux un prêtre illustre d'une famille princière , et de l'associer à sa célébrité magnétique. Cependant c'est »

le paysan qui jusqu'à présent guérit les malades ; mais le peuple adulateur croit généralement que c'est la vertu du prince, abbé de Hohenloë 5 qui opère les miracles 5 et que c'est par humilité que ce dernier ne veut pas les avouer. Si le paysan pouvait perdre quelque chose à ce partage 5 d'un autre côté il le regagne en protection^ en bienveillance ; la confiance augmente de jour en jour j les miracles se multiplient et se propagent également

parmi les grands et parmi les hommes de la plus basse classe.

Quelle satisfaction pour un prince de faire des miracles !

D'après un si iieureux concours de pratiques pieuses ^ de formules chrétiennes aussi imposantes y et de coopération de la part d'un ministre des autels, d'un prioce enfin ^ quel est maintenant celui qui serait assez osé pour douter du surnaturalisme de ces cures magnétiques^ secondées d'une manière aussi puissante?

Cependant, il faut en convenir, ce Prince abbé s'est déjà essayé dans la carrière des miracles j mais s'il a obtenu quelques succès , ils sont, il est vrai , encore ' éloignés de pouvoir être cornpai es a ceux du curé Gassner, il faut espérer qu'il prendra encore quelques le* çons du paysan toucheur. C'est ainsi que nos magnétiseurs habiles en forment d'autres et leur dévoilent les secrets du Magnétisme animal.

Pour ce qui concerne le paysan faiseur de miracles à Wurtzbourg, j'ignore quels ODt été ses premiers essais dans son vil-

lage 5 mais , d'après les gazettes , nous voyons que son début dans la capitale du Wurtzbourgeois est aussi brillant que celui obtenu par le fameux Gassner , il y a à peine cinquante ans. C'est en guérissant des comtesses et des princesses que l'un et l'autre obtinrent la vogue.

Je tâcherai de recueillir des relations circonstanciées sur les phénomènes de ce thaumaturge moderne 5 dont on nous laisse encore ignorer le nom , et j'en rendrai un jour le compte le plus fidèle dans nos Annales du Magnétisme animal.

11 nous reste encore des détails à désirer, et nous ignorons à quel propos on a fait courir le faux bruit d'un attentat contre les jours du protecteur de ce paysan magnétiseur. Plus d'un thaumaturge 5 il est vrai , paya sa célébrité en perdant la vie ; mais je fais des vœux pour que le prince de Hohenloë^ si humain et si bienfaisant , se passe de faire des miracles 5 même surnaturels , plutôt que d'en acheter le pouvoir à un si haut prix : qu'il vienne à Paris , il y trouvera d'habiles magnétiseurs qui lui enseigneront , sans

danger^ à opérer des merveilles qui ^ sans être du clinquant ^ imiteront les miracles à s'y tromper.

Je crois devoir maintenant prévenir ici tous les amateurs de Magnétisme anima! ^ que maîbeureusement il existe présentement un schisme parmi lesmagnétiseurs à F^aris : les uns ^ et ce sont les magnétiseurs orthodoxes ^ fidèles disciples de Mesmer , prétendent qu'il existe un fluide magnétique animal ; et les autres^^ qui sont des novateurs, ne veulent pas croire à l'existence de ce Iluide; ces derniers, il est vrai, sontdes schismatiques ou des hérétiques, séparés delà con^iOiunioo du grand Prêtre , souverain pontife des magnétiseurs! hic et iibique terrarum et ultra.

Peut être quelques-uns de nos lecteurs me sauront gré de leur exposer ici , en quoi consiste la divergence des opinions parmi les magnétiseurs ^ dont les uns croyer.t à ce fluide magnétique animal , ainsi que je l'ai déjà dit 5 et les autres pensentque toute la pratique des magnétiseurs consiste dans l'art de produire des efiets pl^ysiqucs sur les corps vivans ,

en agissant sur le moral des patiens par la puîssaRce de l'imagination.

Je dirai donc que ce pouvoir de Fimagination , et son action sur les sens , est contesté par une certaine classe de magnétiseurs orthodoxes 5 que j'ai désignés ailleurs (i) sous le nom de magnétistes y ceux-ci prétendent que les phénomènes du Magnétisme animal sont produits par un fluide idéal, qui sortirait à volonté du bout des doigts des magnétiseurs, ou de telle autre partie de leurs corps que ce soit, et agit sur les corps vivans , sans aucune intervention des sens, ni de l'imagination.

Les Magnétistes favorisent ainsi , sans s'en douter peut-être, toutes les croyances superstitieuses, sur lesquelles le fanatisme a établi son pouvoir théocratique , si tyrannique et si sanguinaire.

Dans l'ouvrage que je viens de citer , j'ai essayé de combattre l'opinion des tnagnélisles. J'y ai fait voir que ceux-ci.

(1) Voyez les pages 87 et 88 de l'Ouvrage intitulé: Le Magnétisme éclairé , ou Introduction aux Archives du Magnétisme animal , i vol. iii-8°. clies Barrois l'aîné, Libraire , rue de Seine ^ n°. 10 , faubourg S. Germain.

dépourvus^ pour la plupart, de connaissances en physiologie ^ ne purent jamais étayer leurs folies prétentions d'observations expérimentales, dignes d'être admises; et poussant l'entêtement jusqu'au fanatisme 5 les écrivains de cette secte ont cherché à justifier leur système par des principes, des maximes et des raisooneaiens les plus absurdes , les plus contraires au bon sens et à la raison. C'est ainsi que jusqu'à présent ils ont retardé rexaiiien philosophique du Magnétisme animal;, et empêché d'apercevoir dans la connaissance des procédés et des phénomènes du Magnétisme j le moyen de déjouer la superstition el le fanatisme, qui de tout temps se sont emparés de cette pratiqué , pour abuser de /'/rreflexion des âmes simples^ crédules et ignorantes, pour les asservir à des croyances symboliques, fabuleuses et ridicules.

La manière exagérée dont les magné-listes présentent les phénomènes du Magnétisme animal ^ qu'ils produisent^ qu'ils observent , et que le plus souvent encore ils racontent les uns d'après les autres, sans les avoir vus, sans les avoir yéri^

fiés 5 semblent annoncer de leur part qu'ils sont favorisés du don de faire des miracles du premier ordre ^ en contradiction avec toutes les lois de la nature , et par-là deviennent les fauteurs de la superstition ; il en est résulté que la pratique du Magnétisme animal a été dévouée au ridicule ^ faute d'être connue et envisagée sous son vrai point de vue : elle a été longtemps repoussée avec mépris , mais aujourd'hui cette pratique , tendante à se débarrasser des entraves dont la bonhomie 5 la crédulité , l'ignorance et la superstition l'ont depuis si longtemps obscurcie, va devenir de plus en plus digne des regards et des méditations du philosophe. L'étude du Magnétisme animal pourra enfin aggrandir le cercle des connaissances en physique et en métaphysique. Elle nous éclairera sur tant de phénomènes de psychologie ^ qui ^ jusqu'à présent servirent d'alimens à la superstition. Elle nous expliquera tous les miracles de l'antiquité , opérés par les prêtres des faux dieux ^ ou par leurs devins 5 leurs oracles , leurs sybilles , leurs pythies, etc. , etc., ainsi que les faux

miracles qui se sont opérés depuis rétablissement du christianisme par d'autres prétendus inspirés, qui, pour avoir changé de nom , n'en sont pas moins les mêmes : tels les oniroscopes , les onirobates ou hypnobates ou somnambules , les convulsionnaires de tous les partis, de toutes les sectes 5 les sorciers et sorcières 5 les possédés ou obsédés du démon , et généralement tout individu sujet à ces états singuliers connus sous différens noms 5 savoir les vapeurs, l'épilepsie , Fystérie , la catalepsie, etc., etc., qui dérivent en général d'affections nerveuses , pendant lesquelles l'imagination est plus ou moins isolée ou concentrée, et plus ou moins exaltée , d'oîi il résulte des efiets psychologiques quelquefois bien étonnans , et qu'on peut ^ ce me semble , dorénavant ranger sous la dénomination générique de Magnétisme animal , ainsi que je vais essayer de le démontrer.

Mesmer semble avoir été le premier qui ait mis en vogue cette dénomination de Magnétisme animal, pour désigner la pratique dont quelques-uns l'ont cru mal-à-propos l'inventeur^ et aveu

laquelle il prétendait guérir toutes sortes de maladies 5 au moyen de gestes, de passes 5 d'attoucîiemens . de baquets , etc. 5 etc.

Si Mesmer est parvenu à mettre cette pratique à la mode et à étonner ses contemporains par des cures singulières et souvent équivoques , il n'en est pas moins vrai que cette pratique a été mise en usage de tout temps et dès la plus haute antiquité.

Cette dénomination de Magnétisme animal , peu usitée ^ il est vrai , chez les anciens ^ a été néanmoins employée plusieurs siècles avant Mesmer ^ né Fan 1734 5 et mort en 1715. Pour s'en convaincre , il suffit de lire les différens auteurs modernes qui en ont parlé , teb que Pompenace y né en 1462, mort en i525 ; Paracelce , né en i493 5 mort en i54i ; Kan-Helrnont ^ né en 15775 mort en i644 5 Goclenius ^ néent5725 mort en 1621 j et plusieurs autres qu'on pourrait citer.

Il est difficile, sans doute , de donner une définition juste du Magnétisme animal y il en est d'autant plus aisé de

combattre toutes les définitions qui eïi ont été offertes jusqu^à présent.

Le peuple est porté naturellement vers le merveilleux , et se laisse facilement séduire par la superstition. Le Magnétisme animal basé sur un fluide hypothétique 5 a donc obtenu de grands succès auprès de ces hommes irréfléchis , qui , ordinairement peu éclairés , ne s'aperçoivent pas. des contradictions et des absurdités sans nombre qu'on leur fait adopter, qu'on leur fait croire. Ils se livrent ensuite à l'exagération des faits , et prennent l'influence des sens sur l'imagination exaltée pour l'intervention non prouvée j et bien gratuite de leur part , d'un pouvoir occulte. Ils mettent enfin le comble à la déraison , à l'entêtement , à la folie même 5 en prétendant qu'on peut évoquer ce pouvoir occulte, et en obtenir des effets visibles et matériels par un simple acte de volonté. C'est ainsi qu'ils ont imaginé rexislence de ce fluide idéal et absurde, qu'ils ont appelé fluide Magnétique animal ^ fluide de volonté.

Il n'a lallu rien moins que l'autorité

incontestable d'un chef infailHLÎe 5 pour accréditer ce fluide précieux, ce fluide mystique qui^ dans les mains d'un Grand- Prêtre des magnétiseurs , a produit tant de merveilles , tant de prodiges ; que dis-je ! des miracles du premier ordre.

Pythagore (i) né à Samos^ dans l'Archipel^ il J 3i plus de deux mille quatre cents ans ; Pythagore , qui avait été en Egypte , et qui avait parcouru la Grèce pour s'instruire de la pratique du Magnétisme animal 5 dans les temples de Serapis 5 d'Isis et d'EscuIape ; Pythagore qui opérait des prodiges ; Pythagore qui, dit-on 5 parut avec une cuisse d'or aux jeux olympiques j qui arrêtait le vol de l'aigle^ planant au plus haut des airs 5 qui tuait les serpens par son seul regard , qui, au moyen d'une force magique , et par la vertu de certaines paroles , chassa un bœuf qui dévastait un champ de fèves , qui, enfin, se fit voir à-la-fois, au même jour et à la même heure , en deux en-

(i) Voyez lés notes plus étendues que i'ai données sur Pythagore, à la page ii3 de l'ouvrage intitulé : Ze Magnétisme animal retrouvé dans Vantiauité , i toI. in-8°; Chez Barrois l'aîné , rue de Seine , n**. 10 , faub. S. Germ *

droits clifférens ^ savoir dans la ville îe Crotone en Calabre ^ et à Métaponte^, ville de la Lucanie , dans le pays de îlaples 5 situées à trente ou quarante iîsues l'une de l'autre ; Pythagorè enfin , malgré tant de titres à la célébrité et à la suprématie y a dû céder le premier rang à un nouveau thaumaturge incomparable.

Pythagorè opérait des merveilles qui n'étaient que des prestiges du diable; mais ce nouveau thaumaturge opère des miracles du premier ordre par un seul acte mental de sa volonté ; et le système Dë-leusien^ ce sublime système du fluide magnétique animal , du fluide de la volonté 5 fait pâlir le système Pythagoricien de la métempsjCQse y sur la transmigration des âmes d'un corps dans un autre.

Pour n'avoir rien à envier à Pjthagore^ qui 5 au dire de Justin , eut un grand nombre de disciples qui formèrent l'illustre secte appelée Italique , et fut adoré comme un Dieu à Métaponte 5 le Souverain pontife des magnétiseurs de nos jours^ €g dément révéré d'un grand nombre

de disciples 5 tous aniraés de la foi la pliis vive 5 la plus robuste , et inaccessibles aux réflexions , même les plus modestes du bon sens et de la raison , forme la secte non moins illustre des Magnétistes.

Les Pjthagojiciens avaient tous un profond respect pour Pjîhagors ^ qu'ils nommaient le Grand-^Mœtre ^ ai^si que Justin nous F apprend encore ^ el il nT)us dit que les disciples de cet ancien phitesophe regardaient comme un crimé cie mettre en doute îa vérité de ses opinions 3 si on leur en demandait îa raison 5 et si on voulait des explicaîicns ^ ils répondaient le Grand-BIaître a dit y ce qu'ils exprimaient quelquefois plus laconiquement encore par ces deux mots grecs ett^To? i^cf, ( aftos épha ^ ) qui signifient 5 il Va dit.

Les magnétistes^ den:êm9p professent, à juste titre, le plus profond respect pour les décisions du vénérable Nestor du Magnétisme animal <j qu'ils regardent comme infaillible , et qu'ils appellent le Grand Maître, Leur attachement et leur vénération^ à Fimitation des Pythagori-

ciens , va y pour ainsi dire 5 jusqu'à Tado* ration ; et si le Grand-Prêtre ne tempérait leur ardeur ^ l'enthousiasme de quelques-uns pourrait les égarer.

Ce n'est pas tout. Le souverain pontife des magnétiseurs , après s'être entouré d'une nombreuse famille d'adeptes , choisis 5 sur lesquels il a répandu avec bénignité les lumières de la foi magnétique j après avoir propagé au loin 5 dans les pays étrangers 5 principalement vers le nord , les principes et les dogmes qui lui ont été inspirés 5 il a décrété, dans sa haute sagesse j le projet d'une mission publique à Paris et accompagnée de miracles. Son intention a été de raffermir la foi chancelante des uns , confondre ^incrédulité des autres^ et prouver p d'une manière irréfragable ^ l'existence de ce fluide mystique , produit par un acte de volonté , de ce fluide magnétique animal désormais incontestable, qui déjà a produit et doit encore produire les prodiges les plus extraordinaires par un seul acte mental, qui onsiste à prononcer, non de bouche,

Kiaîs intérieurement et avec énergie ^ ces mots ineffables : Je veux.

Ce ne sont plus les ignorans , ce ne sont plus les gens du monde , les hommes peu instruits et superficiels , que le Grand^Maître a voulu convaincre j mais ce sont les philosophes j ce sont les savans 5 ce sont les physiologistes les plus renommés de la capitale , dont il a voulu entreprendre la conversion.

On croit peut-être que ce pontife révéré^ pour exécuter une mission aussi importante 5 ait fait choix, parmi ses adeptes , de celui qui aurait pu en imposer le plus par la science , par les connaissances^ par l'âge ^ par le caractère 5 par l'expérience ; mais désahusez- VOUS5 faibles mortels! le Grand-Prêtre des magnétistes , qui connaît le cœur humain , et qui a médité profondément les maximes qu'il professe , a prononcé 5 dans sa sagesse , l'axiome que je vais transcrire ici textuellement , et qu'il a fait imprimer dans ses écrits , ainsi qu'il suit : C'est par Vignorance 5 et non par la science , quon peut prouver les faits magnétiçues extraordinaires ^ et répan-

dre la lumière sur les phénomènes dm Magnétisme animal

D'après un principe aussi lumineux^ le Grand^Maître jeta les yeux sur le plus jeune de ses disciples j et, voulant convertir les médecins les plus en réputation de la ville de Lutèce ^ et éclairer les physiologistes les plus savans de l'Europe, il a fait choix d'un simple étudiant en médecine 5 d'un jeune élève encore sur les hancsj puis^ lui imposant les mains sur la tête 5 il le magnétisa à grands courans , wec des passes magnétiques à distance et sans distance. C'estainsi que le Grand-^ Maître, transporté d'un enthousiasme véhément, et sans jamais oublier d'accompagner chacun de ses gestes d^un acte mental de volonté , infusa son fluide magnétique animal dans toute la personne de l'enfant chéri, auquel il adressa les paroles remarquables que je vais transcrire :

Allezp mon filsl partez ! allez prêcher la foi magnétique à ceujc qui ont le cœur pur y Vâwe droite et V esprit docile. Je

( 1) J'ai déjà cité textuellement ce passage à la page 85, çk l'ouvrage intitulé : le Magnétisme animal éclairé.

t^ous accorde le don des miracles , je vous infuse la science universelle ; je vous donne Vart de persuader y vous dé^ montrerez dhme manière victorieuse V existence de mon fluide j vous allez de^ venir le professeur de vos professeurs ; vos maîtres seront vos disciples^ vous les

conduirez par le bout du.fl^l de vos

expériences. Allez ! partez !

II dit 5 et aussitôt le jeuDe missionnaire s'élance audacieusement dans la Lrillante carrière des miracles magnétiques, mais pénétré . d'un respectueux et entier dévouaient aux volontés du Grand- Maître. Celui-ci 5 voyant partir son jeune disciple rempli de tant d'ardeur , le suivit des yeux, avec complaisance, pendan'i un long espace de temps , et d'un air ôg satisfaction , qui présageait un triompLe assuré, il s'écria avec le roi prcpliètia: Ex ore infaniium. et lactenîium per-^ fecisii laudem , propter ininiicos tuos y ut destruas inîmicum et aliorern (P^^^L VIII , vers. 3 ) , dont voiei la traduction fidèle ^ mais un peu paraphrasée.

O mon fluide 1 tu as placé dans la houche des enfans et des jeunes éiudians fjui sont encore sur les bancs , une

louange parfaite , pour confondre mes adi^ersaires et détruire V ennemi et celui qui veut se venger.

Ce fut dans le mois d'octobre de l'année dernière 1820, que commencèrent les expériences à jamais mémorables concernant le Magnétisme animal 5 qui eurent lieu à FHôtel-Dieu de Paris. L'exposé (1)5 ou la relation de ces expériences, en a été imprimé en 1821 et il y est dit qu'elles se firent en présence de cinquante personnes, parmi lesquelles je vois le nom de vingt-sept médecins y tous remplis de mérite 5 et dont quelques-uns jouissent de la plus haute réputation.

Depuis que celte brochure a paru , les magnétisles crient victoire, et prétendent hautement que tous les médecins qui ont été témoins des expériences dont on vient de parler, sont pleinement con-

(l) Exposé des Expériences sur le Magnétisme animal^ faites à l'Hôtel-Dieu de Paris , pendant le cours des mois d'octobre, novembre et décembre 1820, par J. DuroTET , Eluclianl en médecine de la Faculté de Paris, Membre résident de la Société du Magnétisme de la mêtï^e ville, 1 t^ol. in-S'^, Paris ^ 1821 j chez Bécheâ jj?une , Libraire, place de l'Ecole de Médecine; et chez. JJelaunay ci Dentiif Libraires, Pa!ais-I\oyaî , Galeri^^ il^ Huis,

vaincus de l'existence du fluide magnétique animal Déleusien.

Cependant quelques incrédules ^ auxquels les magnétistes , d'après le prophète Baruch , reprochent d'avoir la tête dure 5 Populus est enim , dura cer^ice ( Baruch , cap. II , versic. 3o ) ^ après avoir jeté les yeux sur cette brochure 5 n'y reconnaissent rien de concluant ^ n'y voyent que des prétentions folles ^ entièrement dépourvues de preuves^ n'y aperçoivent que quelques faits magnétiques j incontestables sans doute 5 mais présentés avec exagération ^ cependant moins extraordinaires qu'une infinité d'autres faits qu'on peut lire en grand nombre dans les ouvrages publiés et imprimés par les magnétiseurs depuis plus de quarante années. Quant aux médecins dont les noms ont été proclamés^ si on y fait attention, Fauteur de la ^rochure dit simplement que ces médecins ont suis^i les séances le plus exactement. Peut-on conclure de là qu'ils approuvent ou qu'ils rejettent la doctrine du fluide du Magfnétisme animal , mis en action par un acte mental de volonté ? On ne

voit point qu'ils y ayent eux-mêmes fait et signé un exposé favorable aux opinions de Fauteur de la brochure et de son illustre Grand-Maître. Aurait -on enfin le droit d'inscrire sur la liste de la secte à jamais célèbre des magnétistes ^ le nom des médecins qu'on fait figurer adroitement dans cette brochure insignifiante ?

Tel est le jugement provisoire que je

me permets de porter sur cette même brochure , dont je me réserve de faire un examen plus sérieux , et d'en insérer incessamment une analyse raisonnée dans l'un des prochains numéros de nos Ar^ cliwes du Magnétisme animal.

Après avoir donné coursa l'épisode qui précède , concernant les expériences publiques du Magnétisme animal, qui ont eu lieu 5 il y a déjà un an , à l'Hôte]- Dieu de Paris, et dont les magnétistes semblent se targuer ^ pour en tirer avantage avec ostentation ea faveur de leur système, j'en reviens aux observations générales et au3C réflexions que je me suis proposé d'offrir au public dans le courant du présent écrit , ei je vais coulinuer

d'essayer à prouver que cette médecine oniroscopique ^ appelée aujourd'hui magnétique animale , a eue , de tout temps ^ ses partisans et ses ennemis.

Les prêtres,' principalement 5 se déclarèrent souvent ou les fauteurs les plus ^élés^ ou les détracteurs les plus acharnés de la pratique ou des procédés du Magnétisme animal. D'un coté 5 ils voulurent s'en réserver la pratique exclusive , avec l'intention, dans certaines circonstances 5 d'ériger en miracles 5 et à leur profit, les phénomènes qui en résultaient; et de l'autre 5 de vouer au diable cette même pratique , lorsqu'elle se trouvait entre les mains de leurs adversaires , afin de justifier la croyance aux esprits 5 aux revenans , aux sorciers et à la magie , et en offrir des preuves imposantes, dont la superstition et le fanatisme s'emparèrent toujours avec avantage dans les siècles d'ignorance.

C'est par ces différens motifs que les prêtres dirigèrent des imputations odieuses , d'abord contre les anciens Mages , et ensuite contre quiconque employait , sans leur assentiment , les procédés magnéti-

ques pour guérir les maladies. On a vude nos jours encore des hommes superstitieux 5 assez ignorans et assez fanatiques^ pour traiter les magnétiseurs de magiciens, et les accuser d'être eu commerce direct avec le diable.

Il n'en est pas moins vrai de dire que tous les êtres animés , de telle espèce qu'ils puissent être , sont naturellement doués de ce sentiment instinctif ; qu'on appelle Magnétisme animal^ susceptible de produire des phénomènes étonnans.

On peut aussi déduire de ce qui vient d^êlre dit , que les animaux dans l'état de nature jouissent d'une manière plus particulière de l'instinct dont ils sont également doués.

Quoique cette dénomination de Ma-gnétisme animal n'ait été d'abord adoptée que par des hommes à systèmes^ qui ne méritent aucune confiance de la part des physiologistes et des philosophes, l'adoption en paraît cependant avoir été ratifiée en quelque sorte par les savans.

Les Magnétisîes y il est vrai, toujours la dupe de leurs propres illusions, s'imaginèrent un fluide magnétique animal 5 et

sans prouver l'existence de ce prétendu fluide 5 ils en ont comparé Faction à celle que la pierre aimant exerce réellement sur le fer et sur l'acier. S'ils ont abusé de cette comparaison pour croire à un fluide idéal j qui jamais n'a pu encore être démontré j l'expression de Magnétisme animal n'en paraît pas moins devoir être conservée^ comme exprimant d'une manière assez juste, mais purement métaphorique, l'action quelquefois subite que les sens exercent sur l'imagination 5 dont ils sont véritablement les ministres fidèles, et à laquelle ils communiquent avec plus ou moins de rapidité des sensations et des idées qui la mettent en action et lui font produire des pliénomènes souvent bien extraordinaires.

La plupart de ces magnétistes paraissent bien ignorans en physiologie , et semblent ne pouvoir comprendre qu'on pût employer métaphoriquement l'expression de Magnétisme animal ^ pour désigner Faction rapide des sens sur l'imagination. Ils oublient sans doute que la métaphore est une figure de rhétorique, par laquelle on transporte , pour ainsi

dire y la signification d'un mot , de soi! sens pi^opre et naturel , dans un autre sens, ou dans une autre signification^ qui ne |ui convient qu'en vertu d'une comparaison qui se fait dans l'esprit.

Loin de reconnaître dans la pratique ou dans les procédés dits du Magnétisme animal j une action sur les sens 5 les magnétistes^ au contraire, se sont imaginés qu'en magnétisant il s'échappait de leurs doigts ; ou de telle autre partie du corps que ce soit , et en vertu d'un acte mental de volonté 5 une émanation , ou un fluide matériel^ ou immatériel ^ ^ou spirituel ^ ce qu'ils n'ont pas osé prononcer.

M. Deleuze^ l'un des écrivains les plus distingués en faveur du Système des magnétistes, a formellement laissé cette question encore indécise, ce dont j'ai déjà rendu compte aux pages iS^ et 211 de l'ouvrage intitulé : le Magnétisme éclairé (i).

Les magnétistes ont prélendu , par ce moyei2 , pouvoir commander et faire agir

(1) Le Magnétisme animal éclairé^ i vol. in-S". Paris, chez Barrois l'ainé, Libraire, rue de Seines tio. 10, faubourg S. Germain.

une personne sans lai parler, sans Yen prévenir, et même sans être vus, Pom' ap* puyer cette folle prétention si favorable à la superstition et au fanatisme religieux, dont ils firent nu principe et même un dogme 5 auquel il fallait croire comme à un article de foi , ils ont cité à l'appui de cette croyance une infinité de faits qui 5 racontés à leur manière , étaient plus absurdes les uns que les autres. Us assurèrent cependant avoir été témoins de ces faits , ou les avoir produits, mais toujours en refusant constamment de se mettre en garde contre les illusions dont ils furent continuellement la dupe.

Le mot Magnétisme animal a donc induit en erreur tous les magnétistes.

S'ils y eussent fait attention , ils n^auraient pas pris le change, ainsi qu'on pourra en juger en jetant les yeux sur des notices physiologiques et étymolo-' giques qui serviront à éclairer la discussion , et que j'ai cru utile de placer ici , sur l'aimant minéral.

L'aimant s'appelle en grec fj^clyvtiç^ iJ.ctyvn' T/ç ( magnis, magnitis )y dérivé de p^tyvut^ , f^ctyvsvuv ( mignimi ^ migniô , ma-

gtieuein), qui veulent dire se mêler ^ ^'immiscer , s^introduire , pénétrer. En effet 5 Y aimant se mêle , s'introduit et pénètre !e fer et l'acier, auxquels il communique sa vertu par le contact ou par le frottement, et par ce moyen l'acier acquiert et conserve le magnétisme.

Il est peu de personnes instruites qui ne sachent que l'aimant ne soit une substance ferrugineuse , une espèce de mine de fer , qui a la propriété singulière d'attirer le fer et Tacier par une force invisible dont les effets attestent l'existence. Cette faculté s'exerce indifféremment à travers des substances de diverses natures , telles que l'eau , le verre , le papier , la flamme , etc. , qui n'interceptent point son action.

La pierre d'aimant est compacte, dure et pesante 5 elle a une force attractive et répulsive qui se partage sur deux points déterminés de chaque morceau d'aimant^ dont l'un se tourne vers le nord , et l'autre vers le sud. Cette force d'attraction est plus ou moins grande. On a trouvé des pierres d'aimant qui portaient jusqu'à vingt-cinq fois leur poids.

La propriété directrice de l'aimant ^ dans la boussole , est une des plus belles découvertes que les hommes ayent jamais faites. Elle a donné aux marins un moyen sûr de reconnaître la direction de leur route à travers Fimmensité des mers^ au milieu des nuits les plus obscures et lorsque les brumes leur dérobent entièrement la vue des cieux. Cette invention si utile et si simple ne remonte guère qu'au douzième siècle. Jusqu'alors les navigateurs ne pouvaient se hasarder à s'éloigner des côtes. La découverte de la boussole leur a donné le moyen de s'é-^ lancer dans la haute mer ^ et d'aller au loin chercher des pays ignorés des plus puissantes nations de l'antiquité. Ces nations, cependant , pouvaient avoir eu de ces régions éloignées des idées confuses, , qu'elles n'auraient dues sans doute qu'au hasard j ainsi qu'on pourrait le prouver j mais je laisse de côté cette question 3 qui est entièrement hors de mon sujet.

Des observations expérimentales sans nombre servirent j dès l'origine de la découverte de la boussole ^ à prouver de

mille manières les propriétés de Faimant; qu'on peut cVailteiirs reconnaître au moyen d'expériences bien faciles à répéter. Ces expériences produisirent ^ sans obstacle 5 unti conviction générale sur l'existence du fluide magnétique minéraL Il en a été de même lorsqu'on a re-= connu Fauthenticité des fluides de Félectricilé et du galvanisme; mais quand on compare cette conviction générale , basée sur des expériences multipliées ^ vérifiées par tant de savans ; quand , dis-je , on compare tous ces témoignages irrécusables avec les principes et les dogmes ab« surdes ^ avec les relations ridicules j dé» nuées de preuves expérimentales^ d'après lesquelles les magnétisles veulent démontrer l'existence d'un prétendu flnide magnétique animal ^ on éprouve un sentiment de surprise 5 en pensant qu'il se trouve toujours des hommes assez crédules pour se laisser tromper^ séduire ^ par des illusions j par des apparences; on est humilié enfin de voir de tels homines soutenir avec tant de ténacité ; tant d'en« têtement, un système purement hypothétique ; de croire enfin ^ qu'à la manière

de Vaîmant minéral ^ qui fait mouvoir des particules de fer , les attire et les repousse 5 on peut de mcaie aussi , du bout du doigt , par des gestes et sans gestes, ou par des passes 5 etc.j mais toujours accompagnés d'un acte de volonté , faire mouvoir comme un automate^ l'oniroscope , en crise magnétique^ sur lequel on exerce une influence magnétique animal, et le réduire à penser , à obéir et à agir , au moyen du seul acte mental d'un magnétiseur et sans le concours de l'imagination du patient. Ce système hypothétique n'a pu jusqu'à présent se ranger à côté de ces vérités frappantes qui saisissent également tous les esprits; d'ail-^ leurs les conséquences qu'on en tirerait , ne pourraient qu'être favorables à la superstition et au fanatisme^ ainsi que nous l'avons déjà dit.

Cette force attractive et répulsive de l'aimant , ainsi que la manière dont elle agit sur le fer et l'acier, par contact et sans contact ^ et à des distances plus ou moins éloignées , ont offert aux magnétistes des analogies dont ils se sont emparés , et dans lesquelles ils ont cru trouver des

rapprocliemens softisans pour assimiier ks effets du Magnétisme anin\al à ceux du Magnétisme minéral , et en conclure qu'il existait réellement un fluide magnétique animal. Je répéterai à ce sujet ce qu'a dit M. le docteur de Lichtenstaedt , savant médecin de Pétersbourg , dont j'ai déjà fait mention à ia page 21 ï de rou-vrage intitulé le Maguétisme éclairé,

« L'admission d'un tel fluide , loin ïi de jeter de la clarté sur la science ^ la » plonge 5 au contraire^ dans une plus )) grande obscurité. Pourquoi adopter » l'existence d'un principe dont on ne » peut se rendre compte?.... A peine » le Magnétisme animal a«t™il été connu, » qu'on l'a aussitôt rangé dans la classe » des fluides 5 ce qui n'a servi qu'à jeter )) plus de confusion dans nos idées 3 car ^ » rigoureusement parlant , nous ne de-- » vous reconnaître comme fluide que ce » qui possède le caractère de l'impénétrabilité , c'est-à-dire qu'aucun autre » corps ne puisse occuper sa place en » même temps « y>

On peut reprocher aux magnétistes d'avoir supposé bien gratuit^'" — ot

leur propre autorité , un nouveau lluide Magnétique animal , sans en prouver l'existence et sans comprendre ce que c'est qu'un fluide. Ils paraissent enfin ignorer entièrement quelles sont les qualités et les propriétés qui distinguent et qui caractérisent les fluides en général. Leur ignorance à cet égard semble Lien prouvée par leurs doutes sur la nature de ce prétendu fluide^ qu'ils disent pouvoir être ou matériel ou spirituel ^ mais sans oser décider la question. Il résulte de cette indécision ^ que les magnétistes ne sont pas éloignés de croire que ce nouveau fluide pourrait être immatériel ou spirituel ^ et j'ai déjà fait connaître la tendance de M. Deleuze à vouloir établir un système fondé sur des opinions mystiques et imaginaires (i).

Si 5 an contraire j ce fluide magnétique animal était matériel ^ il serait alors soumis aux lois de la nature 5 et il aurait toutes les qualités qui constituent les

(î) Voyez ic Magnétisme éclairé ^ pag. 118 et iSj.

fluides malériels 5 dont le principal attribut est PiiTipëcélrabilité.

Tous les fluides matériels sont com»

poses de molécules organiques arrivées à un degré plus ou moins élevé de ténuité 5 et sans oublier qu^elles peuvent encore être subdivisées à l'infini. On doit enfin réfléchir que deux molécules organiques ne sauraient occuper à-lafois 5 dans le même instant^ le même point pliysique de l'espace qui pourrait contenir l'une ou l'autre de ces molécules. Par conséquent 5 elles ne peuvent jamais s'ideoiitier Fune dans l'autre. C'est en cela que consiste Fimpénétrabilité.

Ces molécules 5 lorsqu'elles sont réunies et qu'elles formetitmie niasse 5 peuvent ^ il est vrai 5 se désunir , se dilater 5 se disséminer et augmenter en apparence de volume , mais non de pesanteur , par l'effet de la chaleur 5 elles peuvent également se resserrer et se contracter par le refroidissement ; mais elles n'en conservent pas moins leur caractère d'impénétrabilité : ainsi j dans telle situation que les molécules puissent se trouver ^ il

ne pcul y avoir que séparation ou aïe-lange j sans pénétration.

On doit donc regarder les masses des corps comme étant composées de parties plus petites 5 ou molécules adhérentes les unes aux autres 5 et c'est ce qui cons-titue l'essence de ces corps, qui néanmoins sont susceptibles d'être .divisés à l'infini. Il en résulte que ces molécules peuvent parvenir jusqu'à l'état de fluides matériels , doués de propriétés bien remarquables en raison de leur divisibi-lité^ de leur expansibilité et de leur élasticité : les propriétés extraordinaires de la matière ainsi subdivisée sont d'à-voir le privilège de correspondre entre elles dans le même moment 5 d'embrasser à-la-fois des espaces immenses , de pouvoir s'y élancer avec des vitesses dont on peut à peine se faire idée 5 et dont les bornes nous sont inconnues. C'est ainsi que toutes les exhalaisons , tous les effluves ^ toutes les émanations odorantes et inodores 5 ne sont autre chose que des fluides matériels composés de molécules d'une extrême ténuité.

Il est aussi d'autres iluides également

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matériels, qui semblent être d'un ordre encore plus élevé, c'est-à-dire formés de molécules qui auraient atteint un degré encore plus haut de divisibilité ^ et que

notre imagination peut à peine concevoir. Je veux parler des fluides du calorique 5 de la lumière , de Félectricité. de Faimant, du galvanisme , etc. , etc.

D'après cet exposé , on demande aux inagnétistes dans quelle classe de fluide ils prétendent placer celui qu'ils appellent fluide magnétique animaL Malgré leur inclination à en faire un fluide imma-îériel^ spirituel^ mystique ^ pour lequel il faut de la foi 5 ainsi qu'ils l'ont si souvent répété dans leurs écrits , il paraît néanmoins €[u'iîs ont comparé le fluide Magnétique animal au fluide Magnétique minéral } mais cette comparaison n'étantappuyée d'aucune expérience 5 elle ne prouve rien en faveur du système des magnétistes.

On veut bien accorder que Faction et la réaction que les procédés du Magnétisme animal produisent sur Fimagination 5 par l'intervention des agens pbysi-ques , -entre des cires vivans , ayeat quel»

( 3oi )

qu'analogie avec la manière dontraimant minéral exerce son action sur le fer et sur l'acier; mais il ne peut résulter de cette analogie qu'une simple comparaison purement métaphorique , ainsi que nous Tavons déjà dit. C'est dans ce sens et sous ce point de vue qu'il ne répugne nullement de conserver la dénomination de Magnétisme animal ^ pour désigner les procédés qui mettent en jeu Vonirexisme ^ Voniroscopisme (i) , le somnambulisme^ etc. Il est évident d'ailleurs^ que tous ces procédés ne servent qu'à étendre le domaine de l'imagination et à corroborer son pouvoir , ainsi que je l'ai déjà dit dans le Magnétisme éclairé ^ pag. 80 ; mais non à prouver la réalité d'un fluide magnétique animal, qui produirait et exercerait une action réciproque entre des êtres vivans 5 sans Pintervention des sens.

(1) Onirexisme oniroscopismO) tirés du grec q'vu^ù^ ( oneiros ) ova^ ( onar ) , sommeil accompagné de songes^ et des mots pé'l*/, fiict? ( rexai, rexas ), qui veulent dire fais oXfait^ tiré de ( praxis ) , action^ et exprime

Taction du sommeil ^ et de G-Kiitè ^ <rKi7!;T9>.<,^.t (sképoj ^}k^^XQm^i) y voir ,^ considérer , liénétrer.

Déjà T'usagc ci riiabitiiilc ont consacré le mot de Magnétisme animal 5 pour désigner et les procédés appelés magnétiques 5 et les phénomènes physiologiques et psycologiqoes^ qui dérivent de l'imagination» Les Magnétiseurs ont souvent produit ces mêmes phénomènes par la pratique qu'ils tiennent du docteur Mes^ mer^mdàs le mot de Magnétisme animal n'est employé que métaphoriquement dans plusieurs écrits anciens et modernes et par plusieurs savans. J'en ai cité un 5 entre autres 5 pages 88 et 89 du Ma-^ gnétisme éclairé ^ qui ne s'est pas fait scrupule d'employer ce mot j et bien certainement on ne l'accusera pas d'admettre le système ridicule des Magné lis tes, Je veux parler d'un médecin de îa Faculté de Paris ^ du célèbre docteur Vire y j riiîstorien de !a Physiologie j celui dont la plume éloquente a tracé avec autant de profondeur que de sagacité le tableau des opérations les plus secrètes que , de tout temps, la nature a laissé entrevoir dans les phénomènes du Magnétisme animai spontané ^ ainsi que du Magné-lismc animal arlijiciel^ fvoàvàx par îes

procèdes des magnétiseurs anciens lïîodernes. On pourra se convaincre de ce que j'avance , en lisant Farticle ou plutôt l'excellent Traité sur le Magné»

lisme animal , que cet auteur a inséré dans le tome XXIX j pag. 4^>3 du D/eiionnaire des Sciences médicales ^ dont il est un des savans collaborateurs. Ce philosophe éclairé ne cesse de combattre en toute occasion la superstition et le fanatisme qui 5 de nos jours, trouvent encore des moyens pour avilir des esprits déjà trop faibles et crédules. Les écrits de cet auteur sont ornés des cou-» leurs du style le plus brillant ^ et ses ouvrages seront aussi durables que les vérités qui y sont proclamées ; ils feront triompher la science en repoussant Fignorance présomptueuse et entêtée. Tous les ouvrages de ce savant médecin sont remplis d'érudition ^ et écrits d'un style élevé j témoin son éloquent discours préliminaire placé en tête du Nouveau Dic^ tionnaire cV Histoire naturelle ^ tom. I, pag. i5 j nouvelle édition, chez Deter-ville. Paris , i8i6. Ce physiologiste profond a fait remarquer que les phéno-

mènes du Magnéiisme ariitnal ont été otservés de tout temps sans qu'on y ait supposé rinlerventioo d'un fluide de Faimant animaL

La force attractive et répulsive de Faimaut ne présente donc autre chose en faveur des procédés du Magnétisme animal;, sinon, qu'uQe comparaison^ qu'une analogie avec ce qui se passe dans notre imagination par Fentremise des agens physiques , c'est-à-dire par les sens, que la nature a chargés exclusivement de transmettre à notre â,me toutes les sensations que notre corps éprouve. Cette analogie est sur-tout remarquable dans Ff ffet subit que nous éprouvons quelquefois au premier aspect d'un être qui se présente à nous , et pour lequel nous ressentons une forte impression de sympathie ou d'antipathie. C'est cette double impression qui a produit tant d'illusions dans l'imagination des partisans du prétenànjiuide magnétique animal ^ appelé également dans leurs écrits aimant animal. L'amour^ Famitié et la haine sont Fexpression de la sympathie et de Vantipaihie. C'est dans ces deux s.entimena

que réside le principe do bien et du mal ^ qu'iîo élre vivant peut produire ^ et quelquefois subitement ^ sur un autre être vivant 5 parla seule influence réciproque du pouvoir immense de l'imagination mise en jeu par Tentremise des sens entre tous les êtres animés.

Je viens de me servir du mot exclu^ sivement j dans un sens qui proî^ablement éprouvera des contradictions de la pari de quelques-uns de mes lecteurs.

J^ai employé ce mot avec connaissance de cause ; mais je oie réserve de discuter ailleurs cette matière, dont je ne parle ici qu'en passant ^ et pour ainsi dire par hasard.

On m'opposera sans doute que les sensations produites par Finstinct, dont Forigine parait prendre sa source à Fépoque de la formation des êtres dans le sein de la mère, et que d'autres feront remonter plus haut; on m'objectera encore les idées qui dérivent de la mémoh'e ou de certaines affections nerveuses ; mais je ne puis, pour îe moment, répondre à d'aussi fortes objections. J'essaierai un iorit^ de prouver que toutes nos sensa-

lions 5 toutes nos idées^ tant que nous vivons^ rentrent dans le domaine de l'imagination^ en vertu des lois de la nature ^ les seules connues jusqu'à présent, et d'après lesquelles il est évident que, de notre vivant, Fâme est si intimement unie à notre corps et dans une dépendance tellement absolue, qu'elle ne peut recevoir des autres êtres vivans, ni leur transmettre aucune sensation, aucune idée, aucun ordre, que par l'entremise du corps, c'est-à-dire par l'organe des sens. Celte loi invariable, qui jusqu'à présent n'a jamais encore souffert aucune exception , condamne d^nne manière irrévocable le système des magnétistes, qui prétendent qu'avec un simple acte mental de vo»

Ion té 5 accompagné d'un geste de la main, dont ils veulent qu^un fluide^ qui ne connaît ni distance ni obstacle , s^élance comme un trait , et au moyen duquel , avec contact ou sans contact, on peut, à des distances plus ou moins éloignées , et même en l'absence des personnes , leur intimer des ordres , les faire agir , parler , marcher , penser , etc. , etc. Il faut en convenir ^ de pareilles prétentions , dé-

J>ourviies de preuves et il'observatioîîs expérimentales, ne sont°-el!es pas bien erronées et bien absurdes ?

Lorsque j'ai avancé que les lois inva-riables de îa nature n'ont présenté jus=» qu'à ce jour aucune exception ^ je n'ai pas dû avoir en vue les miracles surnaturels ^ sur lesquels on ne peut faire aucun raisonnement, car la croyance aux miracles dépend uniquement de la révélation et de îa foi : or 5 îa foi et la révélation n'admettent aucun appel à la raison ^ mais au contraire elles exigent une grande soumission d'esprit et une crojraoce aveugle.

Il n'en est pas de même du grand nombre de faits extraordinaires et incompréhensibles dont les innombrables relations nous sont parvenues depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos jouis.

La manière dont ces faits ont été présentés , semble les ranger à côté des miracles surnaturels. La plupart des phénomènes du Magnétisme animal sont de ce nombre 5 parce que les ma-gnétistes p trompés par des apparences qu'ils n'ont pas su apprécier 5 nous Wes

racontent avec des circonstances exagérées 5 et les placent hors des lois de la nature. Pour être autorisé à réduire ces faits à leur juste valeur , et d'en rejeter ce qui est invraisemblable 5 il suffit de prouver que tous ces récits extraordinaires 5 anciens et modernes ; que toutes ces histoires de revenans , d'esprits 5 de vampires 5 de sorciers; que tous ces miracles de guérison qu'on nous présenté comme surnaturels , parce qu'ils auraient été accompagnés de pratiques pieuses et avec l'intervention des prê-^ très j que tous ces phénomènes magnétiques si exagérés et présentés sous un faux point de vue^ sont tous en contradiction avec les lois invariables ou imxmiables de la nature. Néanmoins un grand nombre de faits absurdes sont encore plus ou moins accrédités par des hommes crédules 5 qui ne savent pas se prémunir contre les prestiges de Fillusion ; mais le siècle est trop éclairé aujourd'hui pour être la dupe de l'erreur. On sait maintenant distinguer 5 dans les phénomènes du Magnétisme animal ^ le vrai d'avec le faux 5 et mettre au rang des

fables qui se débitèrent de tout temps , les faits exagérés auxquels les magnélistes donnent la couleur de miracles surnaturels. Cependant^ il faut en convenir, et c'est à la honte de l'esprit humain , si enclin au merveilleux , il se rencontre toujours des hommes crédules, non-seulement dans la classe du peuple la moins instruite, mais encore dans une certaine classe d'honnêtes gens, respectables, il est vrai , mais peu accoutumés à réfléchir sur les sciences trop métaphysiques, trop éloignées des idées communes , et qui sont disposés à ajouter foi très-legèrement à des apparences qui , toujours favorisèrent les croyances mystiques les plus absurde!! et les spéculations de ceux qui de tout temps abusèrent de la crédulité des hommes. B.ien n'a tant prêté à ce genre de trafic que la facilité avec laquelle les prêtres , dans ^antiquité , en imposaient au stupide vulgaire , au moyen de phénomènes naturels et incontestables , qu'ils savaient mettre en jeu, et auxquels ils ajoutaient un caractère extraordinaire , surnaturel et divin , par leur adresse et pai: leurs jonglerie-

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Ils s'appliquaient à former des oracles ^ des sybilles. des pyllionisses, des devins^ des èniroscopes , des somnambules , des onirologues, etc. Souvent ils parvenaient à donner d'avance à ces sortes d'inspirés ^ des notions sur les objets qui servaient de matière aux cfonsultations ^ et de cette manière les réponses en étaient moins obscures , moins vagues , et contribuaient merveilleusement à augmenter l'illusion.

On doit se rappeler que dès la plus haute antiquité les souverains , leurs gouvernemens^ les grands et toutes les classes du peuple 5 étaient, comme aujourd'hui, pour ainsi dire , les tributaires des prêtres. On ne doit pas oublier les richesses immenses qu'amassèrent les temples oii se rendaient les oracles ; mais tous les oracles n'étaient pas dans des temples.

Il y eut aussi, de tout temps, des devins , des oniroscopes, des somnambules, etc. , qui trafiquaient en particulier de leurs talens magnétiques.

Il me resterait maintenant une tâche difficile à remplir et au-dessus de mes forces , faute d^'elre suffisamment instruit de l'histoire antique des peuples et de

leurs religions» Je ne puis clone qu'indiquer 5 mais bien imparfaitement , les moyens qu'on devrait employer pour accomplir cette lâche laborieuse. Je veux parler de recherches historiques et d'observations philosophiques qu'il sdrait nécessaire de réunir , en remontant jusque dans la plus haute antiquité, pour prouver que ceux qui devaient prêcher la morale dans toute sa pureté, se laissèrent corrompre en trahissant la mission qui leur avait été confiée.

Les Mages ^ d'abord, qui n'étaient que les ministres des différentes religions , * dans les temps les plus reculés 5 ainsi que les autres prêtres des faux dieux ^ sous telles dénominations qu'ils puissent être désignés , sans en excepter les prêtres du peuple juif ainsi qu'un grand nombre de prêtres du christianisme , après avoir été 5 tour - à - tour , les dépositaires de la saine morale et des connaissances humaines dans tous les genres de science , se laissèrent corrompre par l'appât des richesses. Devenus égoïstes ils se montrèrent très-dangereux pour les peuples 5 pour les souyerains et pour

leurs gom'einemçns ^ au point de les avilir , de les asservir ^ et même de s'emparer de divers Etats. Cette corruption ^ dans laquelle ils se laissèrent entraîner , se fait remarquer dès le moment oîi ils ne s'occupèrent que de la possession des biens de ce Las monde , pour la con« quête et la conservation desquels ils se livrèrent , à toutes les passions les plus dépravées s'adonnèrent à toutes les actions les plus infâmes , ainsi qu'il est prouvé d'une manière incontestable par l'histoire ancienne et moderne 5 et commirent les crimes les plus atroces , sans remords, sous le masque de la religion et en sûreté de conscience , au nom d'un Dieu de paix et de charité ; mais je le répète , et ne saurais trop le répéter ^ ces prêtres démoralisés agissaient ainsi pour leur intérêt propre , en foulant aux pieds cette morale sublime qui nous ordonne de ne pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qui nous fût fait ; morale divine , basée sur la justice et la raison ; morale qui de tout temps a existé comme un présent du ciel ; morale destinée pour notre propre conservation ^

faisant partie intégrante de notre essence , morale, enfin, dont la divinité a fait une loi immuable , que la nature a em== preinte à jamais dans nos cœurs.

C'est dans cette morale divine , basée sur la justice et la charité, que consiste la vraie religion , et non dans des C2 oyan=ces absurdes et ridicules, ou dans des comparaisons symboliques , prises au pied de la lettre par des esprits simples, et soutenues le poignarda la main, par des ambitieux fanatiques éternels.

Il est un axiome incontestable que bien des gens répètent niaisement sans le comprendre^ lorsqu'ils disent que si la religion n'existait pas , il faudrait en inventer une. Sans doule la religion est indispensable pour le bonheur des hommes en société. Il n'est pas nécessaire de mettre en question des vérités aussi évidentes , telles que l'existence et la nécessité d'une religion ; mais combien de gens ignorans , peu éclairés , peu réfléchis, ou bien démoralisés, prennent le change sur cet axiome! Il serait facile de dén.iontrer jusqu'à quel point ils sont la dupe des fauteurs de ces maximes

détestables anti-religieuses, anti^sociales^ proclamées par les corrupteurs de la morale publique, lis ignorent enfin ce qu'on doit entendre par le mot Religion.

Celte question exigerait une discussion approfondie ; mais à laquelle je ne crois pas devoir donner^ quant à présent , de plus grands développemens.

Je me borne donc à répéter ce que cliacun sait, ce que chacun voit, mais sans y réfléchir assez, que c'est l'oubli de cette morale invariable, chrétienne et évangélique ^ qui a répandu sur la terre tous les maux qui n'ont cessé d'affliger l'humanité. La corruption s'est tellement enracinée ^ et l'immoralité religieuse , politique et parlicuîière , s'est tellement propagée , que le retour à la pratique de la vraie morale semble s'éloigner et faire aujourd'hui un pas rétrograde.

La lutte perpétuelle entre le vice et la vertu 5 entre la sottise et le bon sens , oppose sans cesse des obstacles au triomphe de la raison. Cette lotte dérive plus particulièrement de Finfluence extraordinaire de ces hommes , dont les principes et les maximes sont corrompus ^ et qui

abusent dé la religion cl se servent du règne de la terreur pour tyranniser les consciences 5 pour asservir les îiomoies à^des croyances absurdes 5 pour abrutir les peuples par l'ignorance ^ pour effrayer les Rois par des assassinats , pour en« Iraver les gouvernemens, en leur oppo* sant un pouvoir théocratiqae , auquel ils prétendent asservir l'autorité légitime des Souverains.

Ce qu'il y a de plus inconcevable 5 est que ceux-là même qui auraient le plus d'intérêt à déjouer les intrigues ambitieuses et les complots des corrupteurs de la morale publique, s'en déclarent les partisans; ils sont tellement ennemis des lumières et de la vérité, et tellement aveuglés et démoralisés 5 qu'ils deviennent, pour ainsi dire 5 complices des crimes dont ils sont eux-mêmes les vic« limes.

Ce que je viens de dire contient un reproche qui s'adresse également aux peuples^ aux Souverains et aux gouvernemens qui sont encore la dupe de la dissi-mulation et de l'ambition des prêtres , dont ils ont toujours été, et dont ils seront

toujours la victime. En effet^ il est encore des particuliers, des Souverains et des gouvernemens 5 assez peu éclairés , assez imprévoyans, et tellement asservis à des préjugés d'habitude ^ qu'ils ne comprennent pas encore les dangers auxquels ils s'exposent 5 en se déclarant les partisans aveugles de leurs dominateurs : ils s'y livrent sans réflexion , en croyant , avec simplicité j que l'autorité légitime des Souverains ne peut se raffermir qu'en la soumettant au pouvoir théocratique d'un clergé ambitieux. Celui-ci exerce encore sur ceux-là une influence pour ainsi dire magique.

Cependant j il faut en convenir, les lumières ont fait de grands progrès sur la majorité des peuples civilisés , et forment aujourd'hui l'opinion publique; mais les gouvernemens y en général , comparativement aux peuples civilisés qui leur sont soumis , sont beaucoup plus en arrière des lumières du siècle^ et semblent quelquefois repousser les conseils de la raison et du bon sens^ en se mettant continuellement en opposition à Popinion publique , ils refusent de se

conduire avec bonne foi y d'après les principes de la justice et de la morale chrétienne et évangélique. Ces mêmes gouvernemens n'offrent que trop la preuve des vérités fâcheuses que je viens d'annoncer. En effet , quelques-uns se déclarent les protecteurs entêtés de ce pouvoir théocratique , si ambitieux , si tyrannique et si sanguinaire ^ qui , dès la plus haute antiquité jusqu'à nos jours ^ s'est appesanti , pour ainsi dire, sans interruption sur les peuples , sur les Souverains et sur leurs gouvernemens. On a vu souvent les intrigues d'un clergé séditieux entraver sans cesse l'autorité légitime des princes 3 on a vu des prêtres arrogans menacer la tête des Rois, qu'ils décimèrent avec le poignard du fanatisme , soit par eux - mêmes et de leurs mains sacrilèges , soit par le ministère de leurs satellites pervertis par d'abominables maximes.

Qu'on lise l'histoire des Souverains persécutés et assassinés par ce pouvoir théocratique si corrompu et si formidable , on verra à quel point les prêtres parvinrent à en imposer aux Rois, jus-

qu'à les avilir 5 et à leur inspirer > ainsi qu'au peuple 5 la crainte ^ la frayeur ^ la terreur même.

On remplirait des volumes entiers ^ si on voulait peindre les nombreux attentats du clergé séculier et régulier contre la personne et l'autorité légitime des Souverains. J'en ai déjà donné quelques exemples dans la première partie de rat ouvrage j mais je vais citer encorCp en pas^anl^ ce que disait le grand Henri IV peu de temps avant sa fin tragique.

Ce Roi magnanime , l'amour des Français 5 savait par expérience tout ce qu'il avait à craindre pour sa personne^ de la part du clergé, I! avait ^ en effet , essuyé plusieurs tentatives d'assassinat ^ dirigées contre lui de la part des prêtres et des moines. Ce Prince, si brav5 à la guerre , qui si souvent affronta les plus grands dangers , en payant de sa personne , au milieu des combats les plus vifs , ne frit pas à l'abri du sentiment de terreur que lui imprimèrent les Jésuites , alors si altérés de Fillustre sang des Bourbons. ■ CcperrJsnl ces moines sans vergogne

relevèrent audacieusement leurs têtes insolentes^ au moment même où le déshonneur planait encore sur leur infâme société 5 ignominieusement expulsée du royaume , comme complice du parricide J. Chàtel y et malgré le supplice du Père Guignard ^ Jésuite ^ pendu et brûlé à la même époque en place de Grève. On se rappelle qu'il fut condamné au supplice pour avoir perverti la jeunesse dont l'enseignement lui avait été confié , et pour avoir proclamé et prêché^ubliquement la doctrine exécrable des régicides.

Cettè société jésuitique de Loyola, dont le nom seul inspire l'horreur^ et qui ^ dans la circonstance dont nous parlons , aurait du à jamais s'ensevelir elle-même dans l'oubli ; cette société , dis-je , eut néanmoins Faudace de solliciter hardiment sa réhabilitation et son rappel en France. Elle fît des démarches vives et arrogantes , elle employa les plus basses intrigues et quelquefois menaçantes. Les Jésuites réussirent enfin à circonvenir un R.oi généreux auquel ils avaient déjà fait sentir la pointe de leurs poignards parricides aiguisés par le fanatisme: Ils

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parvinrent enfin à créer des dangers occultes 5 sans cesse renaissans , sans cesse menaçans , et produisirent celle terreur panique , qui est , comme l'on sait , la peur des braves.

Le Gran d Henri^ cet i n trépide guerrier, i|ui , dans les combats , savait de sangfroid envisager la mort présente à ses ^eux y ne put cependant se défendre de ce sentiment d'épouvante que lui inspira le danger caché dont le fanatisme menaçait à chaque instant ses jours ; et voici les paroles remarquables que Henri //^adressa à ses Parlemens et à ses Ministres , qui étaient d'un avis contraire , au moment auquel le Roi , cédant aux instances des aveugles partisans de ses assassins , consentit , malgré lui , au rappel des disciples de Loyola.

F^ous nêtes pas cTavis ( dit Henri IV ) de faire retenir les Jésuites y mais pou-î^ez-'i^ous garantir ma vie ? Je sais r/u^ils en veulent à mes jours ^ auxquels ils ont attenté plus d'une fois. J^en ai la preui^e par expérience ^ et déjà je porte

les cicatrices ( i ) de leurs blessures. Il ne faut pas les irriter davantage , ni les pousser à des extrémités. Je consens donc à leur rappel , mais bien malgré moi , et par nécessité. Telles furent les expressions du Roi Henri IV , ainsi qu'on peut le vérifier en lisant l'histoire de la ligue et les mémoires du temps.

Quelle profonde sensation ce trait historique ne doit-il pas produire sur Pesprit des personnes d'une âme droite et accessibles aux réflexions dictées par la raison et le bon sens? Ne voit-on pas que, dans la circonstance que je viens de citer , les Jésuites étaient parvenus à se faire craindre et à faire trembler la Royati té? Ils s'étaient érigés , pour ainsi dire , au sein même du gouvernement français , en souveraineté formidable 5 et avec laquelle le Roi se trouva obligé de transiger malgré lui ; et en quelque sorte d'égal à égal. Il ne pourrait donc y avoir que des hommes corrompus et démoralisés, ou des imbé-

f i) On doit se rappeler que plus de quinze ans avant la mort de Henri IV, assassiné par Ravaillac le 14 mai 1610, le Roi avait été déjà frappé d'un coup de poignard, le 27 décembre 1594, par Jeau CJiâtel, qui lui fendit la lèvre supérieur^ et lui cassa une dent.

ciîes aveuglés par des préjuges absurdes^ qui voudraient justifier les Jésuites dans leur conduite passée et ne pas voir qu'ils seront les mêmes dans leur conduite future. N'est-ce pas le comble de l'imprévoyance de refuser de convenir que ces moines indociles et rebelles , en prétendant aujourd'hui se réhabiliter d'euxmêmes 5 et conserver leur constitution , ne peuvent que redevenir un jour aussi dangereux qu'ils Font été autrefois , s'ils parvenaient à obtenir la même influence, le même crédit et le même pouvoir dont ils jouissaient avant leur extinction par un bref du pape ? Ne doit-on pas craindre aussi qu'ils ne soient encore les dépositaires secrets des principes exécrables des régicides 5 qu'ils n'ont pas encore abjurés publiquement , mais qu'ils prêchèrent et pratiquèrent autrefois en justifiant ces mêmes principes , et en les étayant de nombreuses citations de la Bible?

Peut-on enfin se refuser de croire que les derniers attentats, vrais ou simulés, dirigés contre un Souverain éclairé, comme pour lui donner des leçons au moyen de

pétards 5 ou autres maclîiîîalions aussi insolentes que crimineîies 5 n'ayenl ëtc mises en œuvre par les partisans démoralisés de Fexécrable doctrine des régicidés, que les Jésrriies prêchèrent et mirent en pratique.

Les prêtres et les moines ^ implacables dans leurs vengeances 5 doivent toujours inspirer de la défiance 5 leur souplesse même et leurs démonstrations de sou-mission sont toujours trompeuses , jamais on ne doit y ajouter foi. Et comment pourrai t°on se fier à des hommes profondément corrompus et démoralisés en religion comme en politique j et qui propagèrent dans toutes les classes de la société l'immoralité religieuse et l'immoralité politique ? Ils sont également coupables d'avoir corrompu les mœurs , en prêchant une morale relâchée , uniquement fondée sur des pratiques religieuses, vides démérite^ sans la clia-rité ^ selon Saint PauL ( Vojez ci-dessus pages iS et 99. )

Ce qu'on vient de lire au sujet du Roi Henri ^ offre un exemple terrible qui prouve irrévocablement qu'on

ne doit jamais transiger avec la perfidie. Ce grand Roi fut la dupe de sa générosité sans exemple. En effet , à peine rentrés en France, les Jésuites^ souples par nécessité, ne se rapprochèrent de la victime qu'ils avaient juré d'immoler que pour la frapper avec plus de justesse : Lientôt ils renouèrent les fils de leurs intrigues criminelles , et proclamant de nouveau les principes et les maximes détestables des régicides , il se trouva bientôt un nouveau fanatique qui en fut perverti , et le scélérat Rwaillac , d'une main assurée^ plongea son poignard parricide dans le cœur du père des Français, de ce prince adoré , le modèle des Rois.

Qui le croirait! cet assassinat fut approuvé à Rome ; mais pourrait-on s'en étonner ? Tant d'autres crimes religieux n'y eurent ils pas l'approbation des papes?

Je ne veux pas accumuler ici de nouveaux faits j qui attesteraient les crimes nombreux et ^immoralité des souverains Pontifes 5 mais je me bornerai à rapporter que Grégoire XIII ( pape en iS^i, mort en 1 585 ) avait annoncé dans un consistoire le massacre de la Saint 'Barthé^

lemi comme un événement agréable a Dieu et consolant pour la religion. Ce Pontife Sowerain voulant éterniser la mémoire de cette exécrable journée , en fit peindre un tableau qu^il plaça dans son palais. Plusieurs prêtres et plusieurs moines imitèrent l'exemple de ce pape y et ent-re autres l'abbé Jean Noi^i de Ca^ çeirac y qui eurent l'impudence de publier l'apologie des massacres de la Saint- Barthélemi.

Je rappellerai encore en passant quelques pbrases du discours que le pape Sixte V prononça devant les cardinaux assemblés à l'occasion de l'assassinat da Roi de France Henri III, On doit se rappeler que ce Prince fut tué d'un coup de couteau 5 que le moine Jacques Clé^ ment lui enfonça dans le bas - ventre. Ce scélérat, qui était Domicain et prêtre , avait consulté son prieur^ et lui avait demandé s'il devait assassiner le Roi.

Le prieur , au lieu de détourner ce fanatique de mettre à exécution une aussi exécrable résolution , lui conseilla de jeûner el de se mettre en prières , pour

connaître la volonté de Dieu , et voici comme le pape s'exprima à ce sujet :

« Cette mort ( dit Sixte V) , qui donne )î tant à! étonnement et (T admiration , » sera crue à peine de la postérité. Un » très-puissant Roi , entouré d'une forte )i armée, qui a réduit Paris à lui de-' )) mander miséricorde , est tué d'un seul M coup de couteau par un pauvre reli-^ » gieux. Certes , ce grand exemple a été » donné , afin que chacun connaisse la » force des jugemens de Dieu. »

C'est ainsi que le fanatisme autorisait les crimes , tandis que la morale chrétienne et évangélique , ainsi que la saine philosophie ^ les proscrit , les condamne et les abhorre.

Il ne suffit pas d'avoir démontré , dans le courant de cet écrit , que la plupart des prêtres du christianisme se laissèrent corrompre aussitôt qu'ils oublièrent les choses spirituelles pour se livrer à la possession des choses temporelles. Cette corruption était inévitable j puisqu'ils abandonnèrent la morale chrétienne pour ne s'occuper que des choses mondaines ,

et employer tous les moyens possibles ^ c'est-à-dire tous les crimes , pour s'emparer de richesses immenses dans ce bas monde, pour les conserver, et enfin pour se procurer des établissemens et même des souverainetés terrestres. Leur conduite a une parfaite analogie avec celle des autres prêtres de l'antiquité , qu'ils n'imitèrent que trop, car ils furent également ambitieux , avides de richesses , et parvinrent souvent à s'emparer de différens Etats , qu'ils possédèrent en toute souveraineté , mais dans une dépendance plus ou moins grande des Rois et des Empereurs dans les états desquels les prêtres , en profitant de FinOuence qu'ils exerçaient sur les consciences , firent toujours de continuels efforts pour y former des établissemens considérables.

Nous observerons d'abord que tous les prêtres dans l'antiquité, tels que les Mages , prêtres et philosophes chez les Perses j les Lamas, prêtres du grand Lama, souverain pontife de la religion des Tartares , et tous les prêtres des faux dieux, sous différentes dénominations, étaient autrefois les seuls qui connais-

saient Phistoire , les lois , la morale ; eux seuls possédaient les livres sacrés et profanes j eux seuls cultivaient les sciences 5 telles que les mathématiques j la géométrie^ lastronomie , la physique ^ la médecine et toutes les autres connaissances humaines qui leur attirèrent l'admiration et le respect des peuples , sur lesquels ils acquirent une grande prépondérance. On voit enfin, d'après le témoignage de tous les anciens auteurs „ que les plus grands philosophes de «'antiquité fréquentaient les temples et visitaient les prêtres pour être initiés dans la connaissance de toutes les sciences.

Pour mettre en parallèle la conduite des prêtres chez les anciens, avec la conduite des prêtres des chrétiens , nous dirons que ces derniers furent également les seuls^ en quelque sorte, qui, dès les premiers t:?mps du christianisme et dans les siècles d'ignorance, s'occupèrent exclusivement, pour ainsi dire , de l'étude des sciences , et acquirent par-là une grande influence sur les peuples et sur les gouvernemens.

Les prêtres, chez les anciens, étaient chargés de l'éducation des Rois , des

grands et de ceux qui devaient occuper des places importantes dans Pétat , et l'histoire ancienne nous dit que, tant que les prèlres furent vertueux ^ ils étaient Finstrument du bonheur des peuples 5 et servaient dans les conseils des souverains ; ils se livraient alors entièrement à la mëditalion , à l'étude de la nature et à la contemplation des astres : ils étaient digces d'être les interprètes de la divinité. Leurs mœurs étaient aussi pures que leur morale , ils inspiraient le respect et l'admiration , et on leur donnait le nom de sages ^ mais bientôt profitant de l'influence qu'ils exerçaient sur les peuples et les gouvernemens , ils s'emparèrent de biens immenses ; dès-lors ils^ se laissèrent corrompre par Fambition. Ils se livrèrent à tous les vices qui naissent de Fopulenccj et se permirent tous les crimes que leur inspirèrent le désir de conserver leurs richesses et d'en acquérir de nouvelles. Ils firent servir la religion même et les symboles de la divinité ^ à leur amour-propre et à leur cupidité ; et pour en imposer aux ignorans, ils abusèrent

de la connaissance des sciences dans lesquelles ils étaient instruits , pour tromper les hommes par des impostures et des

illusions.

Ce tableau fidèle de la conduite des prêtres , dans l'antiquité , il faut en convenir ^ n'est malheareusement que trop en rapport avec la conduite des prêtres des chrétiens. Ceux-ci , également dans les premiers siècles de l'église, offraient des modèles de vertu et de science , leurs mœurs étaient aussi pures que leurs principes 5 qui étaient ceux de Févangile j mais bientôt ils se laissèrent corrompre par les richesses immenses dont ils s'emparèrent au moyen de l'influence qu'ils exercèrent sur les consciences ; ils abusèrent des sciences pour tromper les ignorans par des jongleries et par toutes les illusions de la superstition. Ils s'efforcèrent toujours de l'emporter sur le pouvoir temporel^ ils cherchèrent à plonger de plus en plus les peuples dans l'ignorance, et par conséquent à aggraver l'erreur 5 ils remplireut l'imagination des hommes de ces histoires fabuleuses et ridicules, qui dégradent la raison et offen-

sent la divinité. Les prêtres, orgueilleux , devenus trompeurs et cruels, se permirent tous les crimes qu^ils jugèrent nécessaires pour leurs intérêts ; ils les commirent sans remords au nom de Dieu ^ et sous le masque de la religion ils semèrent la discorde parmi les hommes, aliénèrent leur raison, bouleversèrent les Etats et attaquèrent la vie des Rois.

Je ne m'étendrai pas davantage sur l'immoralité religieuse, qui a propagé l'immoralité politique et la dépravation des mœurs dans toutes les classes des sociétés , et qui exerce encore ses ravages de nos jours 5 j'en ai assez parlé dans le courant du présent écrit ; mais je dois encore faire observer que la plupart des grands Prêtres et des grands Pontifes des différentes religions , dans l'antiquité, après s'êlre enivrés dans la coupe du pouvoir , se sont livrés à Tambition la plus démesurée ; et peu satisfaits des richesses immenses qu'ils accumulèrent, ils parvinrent encore à usurper divers Etats, dont ils se déclarèrent les souverains , ou bien à en faire donation à leurs proches.

Pour appuyer ce que je viens d'avancer,

je vais rapporter quelques traits histo-* riques puisés dans l'antiquité , d'après lesquels on verra que les prêtres, une fois corrompus par la jouissance des biens de ce bas monde , en cessant de pratiquer la morale pure que la divinité a empreinte dans nos cœurs ^ se livrèrent à tous les excès de l'ambition , à tous les crimes que leur inspira la soif insa-» tiable des richesses dont ils furent toujours altérés^ et à toutes les intrigues criminelles qu'ils employèrent 5 au mépris de la religion , pour obtenir à tout prix une grande influence sur les gouverneïïiens 5 pour rendre les souverains in-» justes et superstitieux , pour en faire des instrumens cruels , qui servirent aux vengeances théocratiques^ pour abrutir et asservir les peuples sous le joug de l'ignorance 5 nous allons voir encore que plusieurs prêtres réussirent enfin à usurper des trônes et à conquérir des souverainetés sur terre.

Les anciens Prêtres, Mages , qui adoraient le soleil j la lune et le feu, nous offrent un exemple de la perfidie et de l'imposture , au moyen desquelles ils

parvinrent à s'emparer momentanément, il est vrai ^ de l'Empire des Perses , sous le règne de Camhjses , il y a environ vingt - trois siècles et demi. Voici ce que nous en racontent divers historiens grecs et latins , tels que Hérodote , liv.3. — Ctésias ^ historien g^-ec et premier médecin d'Artaxerces Memnon ^ vers 4^o avant J. C. — Diodore de Sicile , liv. 2 , vivant sous Jules César et sous l'Empereur Auguste. — Ainsi que les historiens latins Justin^ liv. F"^. chap. g, vivant sous le règne de l'Empereur Antonin le pieux. — Valère Maxime^ liv. 6, chap. 3 5 vivant sous le règne de Tibère , etc. 5 etc.

Ces différens historiens nous racontent que Tanioxarcès ou Tanioxarès , fils du Roi de Perse Cjrus le Grand ^ 2^.

du nom ^ et frère cadet àe Camhjses ^ avait obtenu pour apanage le gouvernement de laBactriane, de la Carmanie , de la Choramnie et de la Parthyène , sous la condition d'être soumis à son frère aîné Cambyses^ qui venait de monter sur le trône de Perse et de lui fournir son contingent de troupes.

Tanyoxarcès ^ que l'historien grec Hé'rodote (i) appelle aussi Smerdis , en racontant le même fait , mais avec quelques différences , et qui est aussi désigné sous le nom de Mergis par Justin, et sous celui de Tanoaxarès par Xénophon y ayant eu à faire punir l'un des principaux prêtres mages de son gouvernement y Je fit condamner à être battu de verges ; mais l'histoire ne fait point mention du motif qui avait provoqué celte punition. Quoi qu'il en soit, ce prêtre , qui s'appelait Sphendadates , cruel et implacabfe dans son ressentiment ^ comme le sont tous les prêtres démoralisés par des principes et des maximes corrompues , jura de se venger de ce mauvais traitement , et à cet effet il s'adressa au Roi Cambyses 5 auprès duquel les prêtres mages avaient beaucoup d'influence et un grand crédit : il lui persuada que le prince Tanyoxarcès ^ frère du Roi , avait formé un complot contre la vie du frère aîné régnant.

(1) Hérodote^ historien grec, le père de THistoire Ancienne , né à Halicarnassey dans la Carie, Tan 484 avant J. C»

Camhyses ^ qui avait une confiance aveugle aux mages , ajouta foi très-légèrement à cette dénonciation , et se détermina 5 par raison Etat et de haute politiciue 5 à faire assassiner clandestinement son propre frère , qui disparut alors. Ce meurtre fut commis si secrètement qu'on ignorait en public ce qu'était devenu le frère du Roi , et trois officiers du palais seulement étaient dans la confidence de la mort du Prince Tanjoxarcès , appelé aussi Smerdis y ainsi que nous l'avons déjà dit.

Quelque temps après cet événement tragique , dont les prêtres mages de la Perse étaient par vengeance les véritables promoteurs, Cambyses entreprit la conquête de FEgypte , et Pambition de ce Prince fut la seule causé de cette guerre ^ que quelques historiens mal instruits attribuèrent à une révolte ; ce qui étaitfaux 5 puisque l'Egypte était alors gouvernée par le Roi Amasis , qui mourut au commencement de cette expédition y et eut pour successeur son fils Psame^ nitès y qui fut vaincu.

Mais avant de quitter la Perse pour

cette expédition d'Egypte . Camhjses^ superstitieux, peu éclairé, et dont Fesprit était subjugué par la confiance aveugle que lui avaient inspirée les prêtres mages de son empire , en confia la régence à un prêtre mage nommé Paîizitlies , pour diriger les affaires politiques et gouverner l'Etat pendant son absence.

Quelques mois s'étaient à peine écoulés depuis le départ du Roi Cambjses^ qu'aussitôt le perfide Patizithes , abusant de l'autorité qui lui avait été confiée , leva le masque de la rébellion contre son souverain légitime^ et employant l'imposture pour colorer sa trahison , il profita de ce que la mort de Smerdis^ fi'ère cadet ànVLOÏCambjses ^ n'avait pas encore été divulguée et se trouvait toujours enveloppée sous le voile du noystère. En conséquence^ il plaça sur le trône un autre mage^ qui était son .propre frère, nommé Oropcisles ^ qu'il entreprit de faire passer pour le fils du précédent Roi Cyrus , et qui , disait-on , avait quelque ressemblance avec Smerdis. Cette imposture s'accrédita en quelque sorte, par la coutume que les Rois d'Orient avaient de

se tenir renfermés dans le fond de leurs palais. Le prêtre Patizithes eut encore l'audace d'envoyer , de la part de l'imposteur son frère 5 des hérauts d'armes adressés à l'armée des Perses, qui était alors en Egypte ^ pour s'en faire reconnaître à l'avenir ; ordonner aux soldats d'abandonner Camhjses , et les délier du serment de fidélité envers leur légitime souverain.

C'est ainsi que Partizitlies y ce prêtre perfide, ce tartufe religieux;, travaillant en grand ^ mais qui depuis a eu tant d'imitateurs dont Molière a tracé si habilement les traits , parvint à spolier son propre Roi^ en le trahissant de la manière la plus indigne^ et il usurpa le trône, que ce souverain avait hérité de ses ancêtres.

Qu'on ne croyepas que Gambyses pût être justifié d'avoir placé si mal sa confiance ; car non^seulement il (ni la. dupe des prêtres mages auxquels il s'était livré si imprudemment 3 mais encore en se laissant guider par leurs principes et leurs maximes détestables , ce prhice était devenu l'un des souverains de son temps le plus démoralisé et le plus cor-

rompn , ce qui tend à prouver de plus en plus que le fanatisme et la superstition précipitent inévitablement les hommes dans le vice et corrompent les souve* rains. En effet, tous les historiens nous dépeignent Cambjses comme un tyran emporté, pour lequel les meurtres étaient des ^eux, selivrant à toutessortes de cruautés.

On vient de voir que ce prince sanguinaire se souilla du crime de fratricide, à l'instigation des prêtres; et peu de temps après, sa propre sœur , nommée Méroé (i) , en même temps son épouse,

(i) Quelques historiens ont nommé à tort A tasse au lieu de Méroé , qui cependant étaient sœurs, et toutes deux épouses de Cainhyses, Il est possible que ce prince, à Tcxemple de quelques souverains en Egypte, ait voulu épouser ses sœurs; quoiqu'il en soit, les historiens rapportent que Cambyse étant devenu éperdument amoureux de Méroé, il s'adressa aux juges, pour leur demander sMl y avait quelque loi qui permît à un frère d'épouser sa sœur. Les juges craignant l'humeur violente du Roi , lui firent cette réponse adroite: qiûils ne trouvaient point de loi qui le permit ; mais qu'il y en avait plusieurs qui permettaient aux Rois de Perse de faire tout ce qu'ils voulaient, Cambyses prit cette réponse pour une approbation , et il prit pour femme non-seulement Méroé, ceile qu'il tua d'un coup de pied lorsqu'elle éfail enceinte , mais encore il épousa son dMXxG SÇQWV j AtQsse j qui, suivant Hérodote, fut par

et alors enceinte, ayant tënioigne du regret de la mort de son frère Smerdis ^ ii lai donna dans le ventre un coup de pied dont elle mourut. Voici un autre trait de cruauté. PrexaspeSt ( ^ôXïks) PrexasrjueSj son grand eclianson et son favori, ayant osé lui faire des représentations sur sou goût pour le vin , Cambyses ordonna au même moment au fils de ce Seigneur de se placer au bout de la salle , en tenant la main gaucbe sur la télé 5 prenant alors son arc et s'adressant au père pour lui prouver qu'il avait le coup d'œil juste ei la main sûre , lui dit , cest au cœur où je vise. Aussitôt la flèche vole , le jeune homme est percé et tombe mort.

Ce roi féroce lui fait ouvrir à Pinstant le côté. J^oilà le cœur de votre fit s [ dit-il à Prexaspes en le lui présentant aî-je la main sûre? Ce père infortuné^ ma-D avili, lui répondit par une ilatterie in.'gne:

la suite la femme du faux Smerdis , et enfin de Darius , Ç\\s d* Hysiapf!es, successeur de Cambyses, On voit par là qu^un prince démoralisé et subjn^aé par des prêtres corronipus. ne propage que trop la corruption daus toutes les classes :;e la société, et principalement parmi les iuges j ainsi que parmi les agens et les eiiiployés du gouTemement^ qui en dépendent plus immédiatement.

(Ho)

Apollon lui-même ne tirerait pas plus juste. On juge par là qu'un tyran aussi cruel ne peut être entouré que par des courtisans corrompus. Ce Roi , un jour , avait c.ussi ordonné de faire mourir un nommé Crésusy l'un des seigneurs de sa cour qui eut la hardiesse de lui donner quelques avis ; ceux qui avaient été chargés de cette exécution ^ pensant qu'il en serait fâché par la suite , se contentèrent de le cacher 5 et Camhyses ^ quelque temps après, ayant paru le regretter, ils lui avouèrent qu^'ils n'avaient pas exécuté ses ordres , et firent reparaître Crésus. Le Roi fut aise de le revoir ; mais il n'en fit pas moins mourir ceux qui Pavaient sauvé 5 pour les punir de leur désobéissance.

Parmi ces traits de cruauté , l'histoire en rapporte un autre , qui porte en»

core l'empreinte de la férocité qui caractérisoit ce Prince , mais qui renferme cependant un acte de justice. Sisamènes y un des juges royaux de P«rse^ ayant été convaincu de corruption, fut écorché tout vif par ordre de Cambjses ^ et il ordonna qu'on en étendît la peau

sur le siège du tribunal oii se rendait la justice, et obligea le fils de Sisamènés, auquel il donna la charge du père, d'y siéger , afin que cet exemple de puniiion fût une leçon qui l'avertît de ne jamais lomber dans le même crime.

Cambyses mourut à Acbatane , dans l'Assyrie 5 d'nne blessure qu'il se fit luimême avec son sabre , par accident 5 en montant à cheval au moment où il se disposait à retourner dans ses Etals pour tâcher d'y recouvrer son autorité et punir les prêtres infidèles et parjures qui l'avaient détrôné ; mais le faux Smerdis 5 à la faveur de la mort deCambyseSj se maintint pendant quelques mois sur le trône de Perse , aidé des conseils de son frère , le prêtre ma^e Parizithes. Cependant leur règne sanguinaire , despotique et théocratique 5 ne fut pas de longue durée j car j après avoir commis des cruautés et des excès qui bouleversèrent l'Etat 5 ces prêtres rebelles furent bientôt chassés. En effet , les satrapes de Perse 5 qui étaient les plus puissans seigneurs de TEmpire 5 se réunirent pour expulser ce R.oi prêire , cet im-

posteur cruel , dont la fourberie s'était enfin divulguée. C'est alors que six d'entre les satrapes que je viens de désigner, formèrent un complot auquel se joignit DariuSyûh d'Hystaspes, qui était prince du sang des Acheménéens^ issu de la race du dernier Roi Camhyses, Ils parvinrent enfin àse défaire du prêtre Otopastes qui avait usurpé la royauté en jouant le rôle da faux Smerdis , et firent périr également le mage Parizîthes , frère d'Otopastes, ainsi qu'un assez grand nombre d'autres prêtres qui déjà occupaient les principaux emplois du gouvernement. Les satrapes réunirent leurs suffrages pour placer Darius sur le trône ^ et ce prince dut sacouronne, plutôt au droit du sang 5 qu'à l'adresse de son écuyer , ainsi que l'ont avancé quelques auteurs par un récit dénué de vraisemblance ^ et que je me dispense de rapporter ici.

Depuis cette époque de l'avènement de Darius au trône de ses ancêtres , les Perses célébrèrent pendant long-temps cette journée mémorable j avec de grandes solemnités , et ils en firent une fête qu'ils appelaient le meurtre des mages ^ pour

€orrserver le souvenir de leur délivrance de la tyrannie des prêtres mages. Le règne tliéocratique et sanguinaire du faux Sraerdis, qui avait débuté par une imposture , par une perfidie et par une insigne îraliison envers son souverain légitime , fut heureusement de courte durée. En effet 5 ce Prêtre Roi ne régna que cinq à six mois , et ^ selon quelques historiens 3 huit à dix mois , en l'an 35 1 4 de la création du monde , ou 486 années avant J. C.

Quant aux Mages , qui^ d'après l'évangile de Sainl-Matthieu ( chap. 2 ) ^ vinrent de l'Orient à Bethléem ^ lors de la naissance de J. C. , l'histoire n'offre aucun détail qui puisse les rattacher aux prêtres mages des Perses. L'Evangéliste Saint Matthieu est le seul; dans l'antiquité 5 qui en ait parlé, et il ne fait aucune mention ^ ni de leur nombre , ni de leurs noms , ni de leur prétendue royauté. Ce n'est que d'après une tradition purement (^^opulaire et assez moderne 5 qu'on en a fait trois Rois j et qu'on les a désignés sous les noms de Baltlias-sardy Melchior et Gaspard ^ qui sont d'une invention toute nouvelle , ainsi que

Fa dit Moréri^ Prêtre Docteur en théologie, dans son Dictionnaire j tom. vu , page [\0j édit. de lySg. D'ailleurs , ces trois noms ne paraissent pas dériver de l'ancienne langue des Perses ; car au dire Hérodote , 3 , les Persans terminaient par la lettre (S) tous leurs noms propres.

Cependant on volt dans Fliistoire des Assyriens , que le dernier Roi de Babylone, en Fan du monde 3449? t.ué Fan 3466, c'est-à-dire 534 avant J. G. , portait le nom de Balihassard ou Balthassar ou Beltsatsar y petit-fils du Roi de Babylone Nahuchodonosor. Il est fait mention de ces deux princes dans la Bible, au Lii^re de Daniel j chap. ^ y 5. On y voit que Nahuchodonosor donnait le nom de Balthassar à Daniel, et qu'il l'avait institué le prince des mages , des enchanteurs , des Chaldéens et des augures.

Daniel , cui nomen Balthassar secun-

dum nomen ... (Dc^nel , cap. 4? v. 5. )

— Nam et Bex ]S abuchodonosor cons^^ tituit eum ( Danielem ) Principem ma^ gorum , incantatorum , Chaldeorum , et haruspicium, ( Ibid., cap. 5; versic, ii.)

' — Cui rex posiiit nomen Balthassar j.

nunc ( Daiîieî ) itaque vocetur et

( Ibid.j cap. 5^ versic. J2. )— On voit encore que Daniel partageait ce même nom de Balthassar avec le P\.oi Bal^ thassar lui-même. En effet, Daniel ^ en adressant la parole à ce prince , lui dit :

Tu quoque Balthassar , jilius ejus

( Ibid., cap. 5 , versic. 22. )

En lisant attentivement les cliapitres de la Bible que je viens d^indiquer , on se convaincra aisément que Daniel , qui était prophète , était aussi un devin oniroscope ou oniromante , c'est-à-dire, qu'il savait interpréter les songes, et que la science du Magnétisme animal ne lui était pas inconnue. On voit encore que ce prophète ne dédaignait point le titre de magicien , qui aujourd'hui est pris en si mauvaise part 5 mais Daniel ^ au contraire, s^en faisait honneur , puisque le Roi Nabucliodonosor l'avait nommé chef et prince de ses mages , de ses devins , de ses enchanteurs : il lui donna enfin le nom de Balthassar ^ que portait également le petit-fils du Roi. Tant de faveur ne peut s'attribuer qu'à l'influenraet au

crédit que Daniel oLtint j en expliquant ]es songes d'an souverain aussi riche et aussi puissant que l'était Nabuchodonosor. lî paraît enfin que Daniel fréquenta la cour des Rois deBabylone, sous quatre règnes 5 savoir celui de Nabuchodonosor y mort l'an du monde 344^ J celui rf jE'p'f ZmerodacJi ^ liîs du précédent 5 lequel succéda à son père et régna deux ans , jusqu'en Tannée 344^ ; celui de Néri- ^Jssar j hQdiU-îvhve du précédent^ qui régna près de quatre ans ; et enfin , celui de Baltliassar ^ fiis d'Evilaierodacli , et régna dix-sept ans, depuis Fan du monde 3449 5 jusqu'en 3466 ^ ou 534 avant J. Çj, y et fut le dernier Roi de Babylone de sa dynastie , ainsi que nous l'avons déjà dit ci-dessus.

On peut encore conclure de tout ce qui vient d'être dit, qu'aux époques dont nous venons de parler , les Mages , qui étaient les prêtres de la religion des Perses , passaient pour être des philosophes et des savans j et qu^ils avaient la réputation de pouvoir interpréter les songes : mais toute leur lUi^gie consistait dans la conuoissance qu'ils avaient

des procèdes du magnétisme aBÎmal, Je n'entreprendrai pas de pousser plas loin, quanta présent, des recherches jusques dans l'histoire que j'appellerais antique ^ c'est-à-dire Fhistoire de ces temps, dont il ne nous reste que des récits fabuleux qui manquent de suite et de précision j et que les poètes ne nous ont transmis qu'en les défigurant par des anachronismes , par des erreurs ^ des mensonges et des fictions. On y verrait que de tout temps les différons systèmes de religion , variés à l'infini , se succédèrent en grand nombre et s'anéantirent tour-à-tour ^ pour faire place à de nouveaux systèmes de religion, plus ou moins absurdes , plus ou moins ridicules les uns que les autres.

En^ considérant tant de vicissitudes dans ce grand nombre de rites religieux qui parurent et disparurent sur terre , on reste convaincu que la superstition dont ces différons rites furent environnés, causa leur destruction ; les prêtres, aussi , par leur corruption, en foulant aux pieds la saine morale , en y substituant les principes exécrables du régicide , les

maximes barbares et cruelles de Tintalërance et du fanatisme, et en ne faisant consister la religion que dans des pratiques vaines et dépourvues de mérite , lorsqu'elles ne sont point accompagnées de vertus, d'humanité et de charité , suivant 5"^. Paul 5 contrib aèrent également à discréditer les cultes dont ils se disaient les ministres. C'est ainsi que toutes les religions , fondées sur des symboles plus ou moins respectables , sur des idées plus ou moins justes de la divinité, qu'il n'est point donné aux hommes de pouvoir jamais définir avec précision , s'évanouirent tour-à-tour comme Nombre ; car la période de temps la plu^ longue ne forme qu'un moment ^ qu'un instant , qu'un point, dans l'éternité.

Les hommes, après avoir vu disparaître sur terre tant de différentes religions, dont un nombre incroyable de prêtres corrompus par les richesses abusèrent de tout temps j pour , au nom d'un Dieu de paix et de charité, asservir, abrutir , dépouiller et assassiner les peuples et les souverains , semblaient devoir enfin obtenir des destins une

religion pure , fondée sur la raison et sur la saine morale.

Cette religion exista en effet, elle se montra sous les plus heureux auspices.

Elle dissipa les ténèbres du paganisme ; elle devait consoler à jamais Thumanité, opprimée depuis tant de siècles par des prêtres superstitieux et fanatiques. Elle était fondée sur la morale la plus saine . et ses ministres 5 d^ibord^ l'annoncèrent dans toute sa pureté. C^est de la religion chrétienne et évangélique dont je veux parler ! Mais par une fatalité qu'on ne saurait trop déplorer 5 cette religion sublime parut et disparut comme un éclair.

A peine les deux ou trois premiers siècles du christianisme se furent -ils écoulés 5 que les prêtres des chrétiens perdant de vue les principes purs sur lesquels était basée la nouvelle religion , abusèrent de l'influence qu'ils exerçaient sur les consciences. Ils en profitèrent pour extorquer des richesses immenses à des peuples abrutis par l'ignorance , et pour avilir les Rois ^ les rendre superstitieux et inhumàîSs, leur persuader de

gouverner leurs sujets par la terreur^ leur coDseiller les formes arbitraires et tyranniques , eantraires à la raisou et à îa justice ; les dégrader enfin jusqu'à leur faire consentir à devenir eux-mêmes les cruels instrumens du fanatisme et de la vengeance du clergé.

Les prêtres, démoralisés par la jouissance des biens de ce bas monde , devinrent , 50US le ïiiasque de la religion 5 les êtres les phis profondéinent corrompus dans leurs principes et dans leurs actions. Ils îrivalisèrent de corruption avec tous les prêtres du paganisme auxquels ils succédèrent, et ne leur cédèrent en rien pour Fambition ^ Forgueil et la cruauté ; et en quelque sorte ^ ils les surpassèrent même en crimes et en atrocités : car au moyen d'un rafinement de perfidie 5 ils commirent les plus grands excès ^ sous le spécieux prétexte des intérêts de la religion y et ils exercèrent de terribles vengeances ^ en sûreté de conscience, sans remords, au nom de Dieu. Ils portèrent enfin la corruption dans toutes les classes des sociétés , et tous les pays oii la religion clîrélienne s'étendit , furent dès-

lors inondes de vices ^ de désordres , d'assassinats et de massacres. On ne peut retenir son indignation en pensant à tant de guerres de religion que les prêtres excitèrent de toutes parts , et aux flots de sang qu'ils firent couler en armant les peuples contre des hommes d'une religion différente , et les excitant à les exterminer d'une main 5 en leur présentant un crucifix de l'autre. C'est ainsi qu'ils égorgèrent plusieurs millions d'hommes par les Croisades et dans le Mexique.

Cette esquisse fidèle n'est point exagérée 5 on peut s^en convaincre en parcourant 1 inexorable histoire. On y verra que depuis quinze à seize cents ans , la religion chrétienne, travestie et dénaturée par des prêtres prévaricateurs , remplis de dissimulation et d'impostures , et prêchant une morale relâchée , est devenue 5 non par elle-même , mais par la perfidie de ses ministres corrompus , la source de toutes les calamités qui depuis tant de siècles inondèrent le monde et affligèrent l'humanité.

L'histoire seule de l'atroce Inquisition fait frémir les âmes sensibles. On y voit

que tous les moyens de perfidie , d'es-* pionnage 5 de manque de foi , d'induction au crime , y furent employés tourà-tour 5 pour attirer les victimes , les compromettre et enfin les précipiter avec plus de sûreté dans le malheur. On y voit que le clergé séculier et régulier^ sans en avoir le droit 5 eut Faudace de créer ce tribunal de sang. Ils s'en réservèrent la direction. Les prélres et les moines y seulement, exerçaient cette juridiction , et tout-à-la-fois juges et parties^ ils assouvissaient leurs implacables vengeances.

Ils étaient durs , inflexibles ^ sans pitié ^ sans compassion 5 et ne savaient point pardonner. Ils méconnaissaient toutes les inclinations les plus vertueuses et les plus affectueuses 5 que nous inspire la jvàtuve y et foulant aux pieds de si nobles sentimens^ ils parvenaient à les étouffer dans l'âme de ceux qu'ils tyrannisaient par la terreur. C'est ainsi qu'ils forçaient le père à dénoncer ses propres enfans , îes enfans à dénoncer leur père 5 leur mère 5 leurs frères , leurs sœurs ; les maris 5 leurs femmes ; les femmes leurs loaris^ ils faisaient enfin disparaître Fa-

tnitîé , en ordonnant à l'ami de livrer son ami,

La mort de Don Carlos (i), fils du Roi d'Espagne^ Philippe II, est un des plus terribles exemples qu'on puisse présenter à Tappui de ce qui vient d'être dit j et prouve en même temps la puissance pour ainsi dire magique , que les prêtres de l'inquisition exerçaient sur les gouvernemens et les souverains qu'ails rendaient fanatiques el cruels , et nous allons voir que ce Pioi superstitieux foulant aux pieds les sentimens de la nature^ livra lui-même son fils à l'inquisition et le fit périr diaprés la sentence de cet exécrable tribunal.

Von Carlos , jeune prince vif et bouillant, souvent manquait de prudence en exhalant sans ménagement son indignation au sujet des cruautés inouies du

(i) Charles d' Autriche i dit Don Carlos, né en l545, mort en 1568, fils de Philippe II d'Aulricbe , Roi d'Espagne, et de Marie sa première femme, fille de Jean II/, Roi. de Portugal. Philippe II eut de sa quatrième femme, Anne d'Aulriclie, fille de] l'Empereur Maximilien 11, un autre fils, PJiilippe III ^ né en iôyS, raort en 1621 , lequel fut Roi d'Espagne après la mort de son père.

gouvernement espagnol contre les fia-* mands. Il blâmait également les actes de barbarie que le tribunal de l'inquisition exerçait contre les hérétiques 5 et principalement contre les protestans. Dèslors la haine des Inquisiteurs fut portée à son comble contre Don Carlos,

D'après le Père Fahre ^ oralorien et continuateur de l'Histoire Ecclésiastique de Fleurj j on apprend a que ce prince » s'était expliqué en des termes qui fai- )) saient craindre à l'inquisition qu'il ne » la supprimât dès qu^il serait le maître , M et que c'était là son plus grand crime. »

Les Inquisiteurs formèrent donc le projet de faire périr Don Carlos, A cet effet, ils ne cessèrent pendant long-temps, de porter à Philippe II de grandes ])laintes contre Don Carlos ^ et présentaient souvent au Roi des mémoires dans lesquels ils dépeignaient le jeune prince comme le plus dangereux de tous les hérétiques.

On lit dans la vie de Philippe II y Roi d'Espagne , par Gregorio Leti ( tom. m, page 828 , édit. m-12 que Don Carlos eut le malheur de dire de-

vaut Févêque de Ségovie , que Lulher et Calvin ont été de fort honnêtes gens ^ et nous autres espagnols ^ nous les re~ gardons d'un autre œil sunsles connaître,

L'Evêque de Ségovie scandalisé de ce propos, en fit son rapport aux Inquisiteurs 5 avec des interprétations assorties à son zèle aigri. Le Saint Office ( c'est ainsi qu'on appelait ce tribunal de sang ) ne balança plus à inscrire Don Carlos en tête de la liste des hérétiques qui devaient périr pour les intérêts de la religion 5 et depuis ce moment ce tribunal entretint des espions affidés autour de la personne de ce jeune prince.

Après avoir réuni toutes les preuves, vraies ou fausses , que le tribunal de l'inquisition jugea nécessaires, et après avoir employé les formes d'une procédure en règle , les Inquisiteurs portèrent (ainsi que Gregorio de Leti nous l'apprend ) une sentence de condamnation à mort contre le Prince Don Carlos . qu'ils qualifièrent d^liérétique et de fauteur d'hérésie.

Le R.oi Philippe 11^ père de ce jeune prince infortuné , avait eu déjà l'inha-

inanité de signer l'acte d'accusation di* rigée contre son fils , et il l'avait adressé au tribunal de rinquisition. Dans cet acte d'accusation, Philippe II y Roi barbare^ sombre et défiant , avili par la superstition et le fanatisme , y montrait le plus grand dévoùment au tribunal de l'Inquisition , en lui annonçant qu'il lui livrait son fils pour y être jugé suivant toute la rigueur des lois du tribunal In- ? quisitorial. Il ajoutait que par cette démarclie il imitait X Qy^ç^xn^^X^ cV Abraham ^ qui avait consenti, d'après l'ordre de Dieu, d'égorger son fiis Isaac, II se comparait encore à Dieu lui-même, qui avait livré son propre fils y Jésus-Christ , pour être mis à mort sur une croix ; qu'en conséquence 5 il livrait également son fils Don Carlos ^ à la mort duquel il consentait, pour la gloire du saint nom de Dieu et pour soutenir les intérêts de la religion.

C'est ainsi que Philippe II livra son propre fils , sur le sort duquel il voulut que l'inquisition prononçât. En effet^ Don Carlos l'ut condamné à mort par ce tribunal odieux , et la sentence fut exécutée

s^crelement. Le supplice de ce prince fut tenu caché pendant quelque temps.

Sa fm mystérieuse et tragique offre des circonstances qui excitent une sensibilité douloureuse. Gregorio Leti (i) et plusieurs autres historiens , racontent que les Prêtres Inquisiteurs qui avaient condamné Z)o7Z Car/oj* , vinrent lui faire la lecture de sa sentence de mort, et lui présentèteot ensuite un tableau sur lequel on avait dépeint les divers genres de supplices;, dont on lui laissait la liberté de choisir, comme une faveur ; celui qui lui paraîtrait le moins affreux; mais plutôt encore pour imprimer la terreur dans l'âme de ce^'eune Prince, et le réduire à un état de désespoir, qui devenait une véritable jouissance pour ces monstres de cruauté. En effet 5 Don Carlos , frappé comme d'un coup de foudre, resta quelques instans immobile, puis adressant la pa-

(i) Gregorio Leti, né à Miian en 1630, d'une famille Bolonaise, mort à Amsterdam en 1701 , auteur d'uu grand nombre d*ouTrages historiques écrits en italien, et entre autres de la vie de Philippe II ^ Roi d'Espagne, traduite ea français 6 vol. in-x^ ^ 1734.

rôle à ses juges avec les termes les plus touchans y il leur demanda la permission d'implorer la tendresse paternelle , réclama ce qui était dû à son rang, et invoqua en sa faveur l'indulgence à laquelle sa grande jeunesse lui donnait des droits. Il les pria enfin d'user à son égard de la charité chrétienne. Les Inquisiteurs, sans pitiéj furent sourds à ses prières, et lui répondirent qu^il n'était plus temps, et que sa sentence était irrévocable.

Ce prince infortuné passa du ton suppliant à celui du désespoir , et transporté de fureur 5 il leur répondit : « Oui! je périrai y mais je veux faire connaître à tout V univers que mon courage est au-'dessus de la barbarie de mes juges. Faites-moi souffrir tel genre de mort que vous cr®irez convenable à la haine que vous m'aidez jurée depuis longtemps , faites^moi subir le supplice qui assowira le mieux votre rage. Je veux par cette résolution combler votre joie , et vous procurer le plaisir atroce de vous rassasier du sang rojal

de V héritier [i) de la Monarchie Espa^

gnole^ )) Il s'écria ensuite à plusieurs

reprises , avec Taccent de la douleur !a plus profonde : Ah! fils infortuné du plus misérable père qui soit au monde !

Le Roi avait déjà fait connaître à son fils qu'il le dévouait à la mort , bien avant la terribie sentence inquisitoriale , qui devait mettre le dernier sceau à un crime aussi atroce. En effet. Don Carlos était déjà revêtu d^un liabit de deuil par ordre de son père; il n'était plus servi par ses officiers 5 sa chambre élait entièrement démeublée ; il était couché sur un simple matelas à terre ; et entièrement privé de liberté, il était gardé à vue avec sévé-* rite, comme un criminel qui n'attend que le moment de son exécution. Si on veut se donner la peine de lire cette histoire tragique , et malgré la partialité avec laquelle l'ont raconté divers auteurs sé-

(1) Dans les Cortès généraux du rojattme d'Espagne, tenus à Tolède , le 22 février i56o. Don Carlos avait été reconnu solemnement pour successeur au trône, après son père l^hilippe II > et en cette qualité les memhres desdits Corâès prêtèrent «erment de fidélité au prince Don Carlos»

duits ou corrompus par rinquisitioii 5 on y verra que les dernières entrevues du père avec le fiis n'offrent que des scènes déchirantes.

On doit se rappeler enfin qu i le plus grand nombre des historiens font mention des démarches faites à cette époque , par plusieurs Cours de l'Europe , auprès du Roi d'Espagne, pour l'engager à ne pas se porter aux dernières extrémités contre le jeune prince Don Carlos. Le Pape Pie V ^ lui-même, intercéda auprès de Philippe ///pour le détourner de faire périr son fils \ mais les sollicitations 5 les prières même furent inutiles. Le parti était pris^ et le fanatisme l'emporta sur les droits de la nature.

Les historiens ne sont pas d'accord sur le genre de supplice que l'inquisition, du consentement de Philippe II, infligea à Don Carlos, Les uns , tels que Watson (r), historien anglais, disent

(1) Watson, historien anglais, et professeur en la ville de Saint André ou Santander , jadis capitale de l'Ecosse. Il est auteur d'une Histoire du règne de PJii' lippe 11^ Roi d'Espagne, traduite de l'aoglais par Miral)eaii«

qu'il fut empoisonné ; d'autres croyent qu'on lui ouvrit , comme à Sénèque (i) ^ les quatre veines dans un bain. Plusieurs s'accordent à dire qu'il fut étranglé par quatre esclaves , qui , introduits dans la chambre de ce jeune prince, le saisirent vivement par le corps , et lui passant au cou un cordon de soie , disposé en nœud coulant ^ l'éti-anglèrent à l'instant. On place cette mort le jour de la fête de St, Jacques , l'une des plus grandes solemnités chez les Espagnols , comme si on eût voulu honorer ce saint> protecteur de l'Espagne par un si grand crime. Quelques autres historiens ont rapporté que ce prince avait été placé dans un cercueil ^ la tête séparée du

(i) Sénèque > Luciiis Annœus Seneca y né à Cordoi^e en Espagne, six ans avant la naissance de J. G. H fut gouverneur de Néron, lequel devenu Empereur, condamna Sénèque à perdre la vie , en lui laissant le choix du genre de rgort qui lui conviendrait. Sénèque se fit ouvrir les veines aux quatre membres; mais les historiens rapportent que ses abstinences continuelles empêchèrent son sang de couler. Il eut recours alors à un bain chaud , dont la fumée mêlée à celle de quelques autres liqueurs échauffées, l'élouffa.

tronc , ce qui peut aussi faire croire qu'il aurait été décollé.

Don Carlos mourut à la fleur de son âge j n'ayant que 22 à ^3 ans. L'Inquisition 5 non contente d'avoir assassiné judiciairement ce prince , i'attaqua encore après sa mort, par un libelle diffamatoire ^ intitulé: la Vie et la Mort du

Prince Don Carlos cT Espagne

Mais les historiens 5 tels que Gregorio Léti {i) et Ferreras (2), rejettent cet ouvrage , comme rempli d'erreurs grossières, également attentatoires à l'honneur de Chailes-Quint , de Philippe II y de Don Carlos , et à'Elizabeth de France^ épouse de Philippe II et fille du Roi de France Henri II.

On doit se rappeler que cette princesse Elizabeth de France avait été promise à Don Carlos 5 et qu'elle lui fut

(1) Voy. la noie cj-dessus ( page 35;^ )

(2) Ferreras ou H errera s , savant Espagnol , né à Talavera, en Espagne, Tan i652 ^ mort en ifà^. Il fut curé à Madrid, et refusa deux fois l'Episcopat. Il est auteur de plusieurs bous ouTrages écrits en espagnol, et entre autresd'une Histoire d'Espagne, traduite, emo vol. i»-4*.^ Paris, 1/51, par M. c^'/Zm»////.

enlevée par son propre père. Elle mourut, dit-on 5 empoisonnée^ très-peu de temps après la mort du jeune prince. Plusieurs historiens s'accordent à dire que le mariage de cette princesse fut une des causes innocentes de l'inimitié funeste qui exista entre Philippe et son fils.

On doit encore remarquer j avec Gregorio Leti , que le Roi Philippe II assura toujours que son fils n'avait jamais tramé contre les jours de son père , ni contre l'Etat 3 et on cite une lettre de ce monarque , adressée à sa sœur l'Impératrice Marie y épouse de l'Empereur Maximilien II , dans laquelle il lui disait : Ma conduite à 1 égard dû prince Don Carlos n est fondée sur aucu n vice capital j ni sur aucun crime déshonorant ; d'où l'on peut conclure que, si ce malheureux Roi n'eût pas été corrompu par l'Inquisition , qui le rendit superstitieux et en fit un instrument de fana-^ tisme et de vengeance , il n'aurait pas commis un aussi grand crimé.

Lorsque les Inquisiteurs s'emparaient une fois delà victime qu'ils voulaient immoler , ils se procuraient la jouissance

infeinals de faire subir la torture à des êtres de tout sexe , de toutes conditions 5 accusés par ces mêmes prêtres et moines ^ dénoncés par leurs es- .pions 5 arrêtés par leurs sbirres ou par leurs familiers [i). Ils ne se lassaient jamais de repaître leurs yeux de la vue des souffrances inouïes qu'ils faisaient endu« rer à ceux auxquels ils voulaient arracher des aveux en les condamnant à la queS'tion ordinaire et extraordinaire. Je craindrais d'exciter ici une sensibilité trop

(i) Les familiers étaient des officiers du St. Office, Leurs fonctions éialeiit de faire prendre toutes personnes innocentes ou coupables , dénoncées à l'Inquisition et décrétées par elle de prise de corps. Ce tribunal avait^ en outre, ses sbirres, qu'on appelait aussi familiers^ mais des personnes les plus considérables , soit par leurs ricbesses et leur naissance, et même par leur crédit, se faisaient gloire d'exercer l'office (\q familiers de V Inquisition, dont le pouvoir absolu et indépendant inspirait tant de terreur. On regardait comme un grand avantage de servir ce terrible tribunal , même dans les fonctions les plus basses , pour diminuer par ce moyen les dangers sans cesse menaçans auxquels les personnes ricbes étaient principalemeut exposées , par des dénonciations toujours funestes dofit on ne pouvait jamais être quitte, malgré l'innocence la mieux reconnue, qu'en perdaat la plus grande partie de sa fortune, pour payer des frais énormes de procédure.

douloureuse pour mes lecteurs , en leur peignant la variété des tortures affreuses que ces prêtres insensibles et cruels employaient contre des hommes qu'ils avaient déjà intérieurement condamnés d'avance. En les considérant comme des damnés dignes de tous les tourmens éternels de l'enfer, ils ne gardaient plus aucune mesure vis-à-vis de ces victimes , sur lesquelles ils accumulaient leurs anathèmes. Ils savouraient comme un plaisir, digne d'eux seuls , le spectacle déchirant des palpitations, des angoisses, des cris aigus ou des mugissemens horribles que des souffrances incroyables arrachaient aux malheureux abandonnés et livrés sans ressource à la férocité de ces prêtres inhumains.

Par un raftlnement de barbarie dont l'histoire des peuples les moins civilisés n'offre que peu d'exemples , ces prêtres infâmes , tout-à-la-fois juges et bourreaux j non contens de martyriser leurs victimes de toutes les manières , et après les avoir tenaillées , chauffées et disloquées pendant des heures entières , pour les forcer à s'avouer coupables^ trou-

vaient encore le moyen de produire le désespoir , d'exciler la rage , même dans l^âme des malhemeux dévoués à tant de cruautés.

Cependant , ces tourmens inexprimables n'étaient que le prélude d'un supplice encore plus affreux ^ celui d'être hrùlé vif et à petit feu sur des charbons ardens. C'est ainsi que ces tigres altérés de sang et tourmentés par la soif de l'or , parvenaient , en quelque sorte ^ à réaliser sur terre les peines physiques et morales 5 telles qu'on les suppose en enfer; mais combien d'innocens ne condamnèrent-ils pas à être étranglés , égorgés y empoisonnés , ou à mourir de faim dans le silence des prisons 5 ou bien à subir de longues ou de perpétuelles détentions dans des cachots étroits 5 obscurs j humides et malsains ^ qui toujours compromettaient la santé et abrégeaient la vie des infortunés qui y étaient séquestrés^ et en quelque sorte condamnés à y subir une agonie prolongée ! Tous, enfin j innocens ou coupables 5 étaient spoliés en grande partie de leurs biens 5 pour payer les frais énormes de la procédure.

" ( 367 ) Ah! combien n'en firent-ils pas brûler vifs en leur présence I L'àme est glacée d'effroi quand on pense qu'ils immolèrent à lenrs ressentimens tant de milliers de malheureux pendant près àe sept siècles^ et qui n'étaient coupables d'autres crimes, que d'avoir des opinions religieuses différentes de la croyance de leurs juges , que dis-je I de leurs bourreaux. Si parmi ces victimes de la barbarie sacerdotale , il s'en trouva de véritablement criminelles envers la société^ ce n'était pas à des prêtres à les juger et à les faire mourir. Ils empiétaient ainsi sur l'autorité civile , et, pour se venger, ils commettaient sans remords des atrocités et des assassinats judiciaires . au nom d'un Dieu de paix et de charité.

Je pourrais offiir ici une infinité de récits curieux , mais bien affligeans , sur les cruelles persécutions que des Inquisiteurs féroces et avides de richesses firent éprouver à des milliers de victimes innocentes , qu'ils immolèrent avec tant d'inhumanité 5 dans toutes les classes de la société : mais il devient en quelque sorte superflu de donner plus d'étendue

à un simple caup-d'œil historique, tel que je me suis proposé de le présenter ici. On connaît d'ailieurs en grande partie les horreurs de Tlnquisition , dont, cependant 5 il nous manque encore une histoire générale bien faite , rédigée avec méthode 5 suivant Tordre des siècles et des pays oii ce tribunal exerça ses fureurs. On doit, eu outre, être bien persuadé, que si des juges-prêtres , aussi pervers, n'épargnèrent pas les Princes et les Rois, qu'ils faisaient trembler, ils ne durent pas non plus ménager de simples particuliers , ainsi que de grands seigneurs^ les plus riches et même les plus en crédit , qui succombèrent si souvent sous les attaques de ce tribunal exécrable.

On remarqua , et principalement à la Cour de Madrid , que toutes les intrigues des courtisans y prenaient ordinaii Cment une couleur tragique , par l'intervention des Inquisiteurs , toujours intéressés à saisir les occasions qui pouvaient les autoriser à séquestrer dans leurs cachots les hommes les plus opulens , et à les frapper de terreur , pour les dépouiller

avec inoins de résistance. Ils soufflaient^ €n conséquence le feu , de la discorde parmi les grands. Ils irritaient leurs passions 5 excitaient leurs haines et servaient les vengeances de ceux qui leur étaient les plus dévoués.

Je terminerai donc mes observations à cet égard j en rappelant encore ici un trait d'insolence et de félonie , difficile à croire, siThistoire ne Tattestait de toutes pari 5 et dont l'abominable Inquisition se rendit coupable envers la royauté, qu'elle foula à ses pieds. Le fait que •je vais citer se passa en Portugal.

Le tribunal de l'Inquisition s^introduisit chez les Portugais vers Fan ï556 j par Pintrigue d'un moine faussaire qui apporta un faux bref pontifical qu'il avait fabriqué. Cet imposjteur fut néanmo'ns convaincu de fausseté et envoyé aux galèresj oii il y finit ses jours. Cependant l'établissement de cette Inquisition se soutint 5 et commit d'abord de grandes cruautés ; mais le gouvernement opposa des bornes aux entreprises de ce tribunal ambitieux.

I)on Juan , IF^ du nom j auparavant

duc de Bragance , et duquel est issue la dynastie actuellement régnante en Portugal^ étant parvenu à monter sur le trône ^ sentit la nécessité de réprimer les exactions des Inquisiteurs , qui confisquaient la plus grande partie des biens de ceux qu'ils arrêtaient, et quelquefois sous les prétextes les plus légers. Il ordonna, en conséquence ^ qu'on ne confisquerait, plus à l'avenir , les biens de ceux qui seraient arrêtés par le tribunal de l'Inquisition.

Cette déclaration du Roi Don Juan fut l'origine de la haine implacable que les Inquisiteurs vouèrent à leur Souverain , dont 5 cependant, les qualités de justice et d'humanité le firent toujours aimer du peuple. Le tribunal de l'Inquisition ne se rebuta point , et à l'insçu même du Roi, il obtint un bref du Pape, par lequel Sa Sainteté oràonDSLil « que les confiscations eussent lieu comme î) par le passé, sous peine d'excommu- » nication contre quiconque s'oppo- » serait à l'exécution de ce bref. ^)

Les Inquisiteurs se présentèrent à Sa Majesté j et lui firent la lecture du bref

du Pape. Le Roi^ en ayant écoute trèsattentivement la lecture 5 demanda aux:

Inquisiteurs: « Au profit de qui les con- )> fiscations doivent-elles tourner ? >/ Les Inquisiteurs répondirent : ce Au profit » de Votre Majesté. »

a Puisque c'est ainsi (^répondit le Roi)^ » il m'est sans doute permis de faire » de mon bien ce qu'il me plaît; mais » pour ne point contrevenir aux ordres » du Pape, et pour lui marquer mou » profond respect , je consens à vous » laisser prononcer la confiscation des » biens de ceux que vous ferez arrêter ; » mais je déclare dès-â-présent que je » leur fais don et à leurs familles de ces » mêmes biens j et j'entends qu'ils leur » soient rendus fidèlement 5 à quelque » peine que vous ayez jugé à propos de J) les condamner. »

Les Inquisiteurs interdits se retirèrent conius. Ils furent obligés d'obéir, et le Roi, tant qu'il vécut, eut la fermeté d'empêcher l'Inquisition de faire autant de mal qu'elle en était capable ; mais il n'eut pas assez de courage pour la détruire.

Après un règne de seize an5 environ ,

le Roi étant décédé à Lisbonne le G novembre 1656, la mort de ce Prince rendit aux Inquisiteurs toute leur insolence, et ils allèrent représenter à la Reine , veuve de Don Juan IK^ que « le défunt ayant contrevenu aux ordres y> du pape ^ il était mort avec le sceau de » la réprobation et avait encouru l'ex- » communication portée par le bref )) de Sa Sainteté contre ceux qui en » empêcheraient l'exécution concernant » la confiscation des biens de ceux qui » seraient condamnés par l'Inquisition ; » . qu'en conséquence^ ils ne pouvaient se « dispenser de faire les cérémonies né- » cessaires pour absoudre le cadavre « avant ses obsèques, et que, sans cette » absolution , le corps du Roi devait être » privé de la sépulture , et son âme S) serait condamnée aux peines éternelles » de l'enfer. Ils enjoignirent enfin à cette » veuve éplorée d'assister à cette cé- » rémonie. »

La Reine encore accablée par la douleur que lui causait la perte de son époux ^ manquant de fermeté, interdite par celte démarche hardie des Inqui-

siteurs ^ effrayée peut - être de leurs menaces superstitieuses , et ne pouvant sans cloute s'imaginer jusqu'à quel point ces Inquisiteurs audacieux porteraient l'insolence envers les restes inanimés du Roi 5 ne répondit que par des larmes , et sembla consentir à cette cérémonie , qu'elle ignorait devoir être si outrageante 5 ainsi qu'on va en juger.

En effet , le Grand Inquisiteur , accompagné de tous les membres du tribunal, revêtus d'habits sacerdotaux ^ suivi d'un grand nombre de moines ^ traversèrent la ville processionnellement , au milieu d'une foule immense de peuple^ et arrivèrent dans l'église oii tout était disposé pour les obsèques du Souverain; Après s'être tous placés autour du corps du défunt ^ et avoir entonné le miserere ^ le Grand Inquisiteur ordonna en même temps à ses sbirres d'escalader le catafalque, qui était très-élevé 5 en un instant ils arrachèrent les tentures , précipitèrent en bas le cercueil , qu^ils ouvrirent , ou plutôt qu'ils violèrent avec effort , en brisant les planches qui contenaient le cadavre j îe dépouillèrent de ses linceuls , et

mirent ie corps à nu sur le marbre , aux pieds du Grand Inquisiteur. Celui-ci fit alors la lecture de la sentence d'excommunication devant un grand nomljre d'assistans , et en présence de la Reine et de ses deux fils , Alphonse et Pèdre ^ le premier âgé de treize ans, portant le nom à] Alphonse Henri II ^ et Roi de Portugal par la mort de son père , sous la régence de sa mère 5 et le second, âgé de huit ans ^ qui fut aussi R.oi de Portugal , sous le nom de Pierre II ^ en i683.

Après que le Grand Inquisiteur eut terminé la lecture de la sentence d'excommunication , il proclama que le Roi défunt était mort dans l'inimitié de l'Eglise, et l'insulta à haute voix par des reproches sanglans sur sa conduite , pendant qu'il vivait ^ tandis qu'au contraire son gouvernement paternel lui avait toujours attiré des actions de grâces de tout son royaume.

Le Chef arrogant du tribunal de l'Inquisition voyant enfin qu'il était temps de terminer cette cérémonie , qui offrait la scène hideuse d'un cadavre traité avec le dernier uiiépris et exposé aux yeux de

la multitude, prononça l'absolution du Roi Don Juan IV , en permettant qu'il fût enterré ; mais il ne daigna pas assister aux obsèques du Roi , dont il abandonna le cadavre. Il entonna le Te Deum d'un air de triomphe ^ et se retira aussitôt, accompagné de tout son monde^ en traversant de nouveau processionnellement la ville , au milieu d'un Public étonné par la singularité de cet acte de vengeance de l'Inquisition , contre un Souverain qui , de son vivant , avait mérité Faffection de son peuple.

Ce trait historique n'a pas ici besoin de commentaire. Il fera naître sans doute des sensations profondes , auxquelles je livre le lecteur.

Tant de désordres , tant de crimes , ne pouvaient toujours subsister ; mais si l'Inquisition, qui malheureusement existait encore de nos jours , est passée de mode 5 on en doit la réforme à l'esprit philosophique, qui, en dépit du fanatisme, commence à éclairer les hommes ; mais contre lequel tant de prêtres acharnés , ainsi que leurs partisans aveugles , subjugués ou démoralisés; s'élèvent avec

furie 3 en appelaat de lem s vœux Tigno^ rarice, la superstition et la barbarie^ dans lésquelles ils voudraient replonger les peuples^ les souverains elles gouvernemens.

La oîorale corrompue des prêtres et leurs principes détestables , qui tendent à asservir l'autorité civile à l'autorité théocratique, sont toujours les mêmes; ces .principes sont encore disséminés dans J[eurs livres de théologie , Ils veulent encore

faire craindre par la terreur : non-seulejnaent ils cherchent à faire trembler les peuples 5 mais aussi les souverains ^ aux* ^uels ils voudraient donner des leçons , piême par des attentats simulés ^ par jdes pétards , par d^ prétendues conspirations 5 etc.\j etc. , en leur faisant redouter les entreprises du fanatisme religieux et du fanatisme politique. Entendez parler les prêtres ^ entendezles prêcher , et vous vous convaincrez que l'intolérance est la base de leur conduite. Si on les en croyait, on ferait des lois répressives , qui défendraient , sous des peines afflictives, de dévoiler leur conduite odieuse , de démasquer leur hypocrisie , de réclamer contre leurs

intrigues 5 leur avidité pour extorquer des richesses dont ils sont si avides. Ils voudraient faire un crime de la moindre réflexion qui serait défavorable à leurs vues ambitieuses ; bientôt ils feraient renouveler en leur faveur les formes tyranniques de l'inquisition. Si les gouvernemens voulaient les écouter , il faudrait que chacun fût assujéti à produire des billets de confession pour se marier^ pour occuper un emploi. Ils font tous leurs efforts pour circonvenir les gouvernemens , pour les influencer , les tromper , les démoraliser et les indisposer contre les peuples. Leurs sermons, dans lesquels ils se donnent toute liberté , de déclamer contre la justice , le bon sens et la raison , souvent sont remplis de diatribes menaçantes. De telles provocations dictées par le fanatisme^ qu'ils proclament avec audace 5 ne prouvent que trop qu'ils sont toujours les mêmes. Ils seront en effet toujours tels^ tant qu'ils professeront la morale relâchée qu'ils ne cessent de prêcher, et tant qu'ils n'auront pas abjuré la doctrine détestable des régi» cides, ainsi que les maximes d'intoléi^ance^

de vengeance et de cruauté, qu'ils exercé-» rent de tout temps , et qu'ils exerceraient infailliblement aujourd'hui , s'ils parvenaient à recouvrer la même influence et * la même autorité qu'ils avaient autrefois envahies. Ils n'attendent, enfin, que le moment favorable de mettre à exécution leurs menaces journalières.

La démoralisation religieuse et les doctrines pernicieuses et cruelles, basées sur l'intolérance, ont tellement asservi les prêtres eux-mêmes, et ont propagé à un tel point l'immoralité dans toutes les classes de la société^ qu'on peut, sans prendre un ton prophétique , pressentir que , malgré les efforts de la superstition et du fanatisme, pour ramener l'ignorance et s'opposer aux progrès des lumières, nous ne sommes pas éloignés de V é-^ poque a laquelle il en sera de la reli-gion chrétienne , comme de toutes les autres religions qui Vont précédée et qui ont subi des réformes et des changemens.

Celte réforme est nécessaire, l'immoral îllé religieuse des prêtres la rend inévitable. Il est temps que la religion chrétienne

reparaisse dans toute sa pureté primitive , telle que les Apôtres la prêchèrent.

Les anciens chrétiens n'usaient d'aucune violence contre ceux qui n'étaient pas de leurs opinions , et même contre les idolâtres elles hérétiques. Saint Ignace y disciple de Saint Pierre et de Saiut Jean y lequel fut évêque d'Antioche , en Fan 68 , nous dit 5 dans son épître aux Philadel-' pliiens : « Il ne faut point user de vio- » lence envers les hérétiques ; mais il >) faut les avertir et prier pour eux. »

Tertullien^ qui vivait en l'an 216 ou 220, disait dans le cliap. F^. de son livre sur l'idolâtrie : « Les magistrats chrétiens » ne doivent pas pour cause de religion )f condamner à mort ni les idolâtres, M ni les hérétiques. » Le même auteur , dans son apologie pour les chrétiens ( chap. Î7 ) 5 répète le même précepte. « Il n'est pas permis, dit-il, d^user de » violence contre les idolâtres et les .hé- » rétiques.- » Tertullien y dans la même apologie , en parlant des persécutions injustes dirigées contre le christianisme, dit expressément : « Si les chrétiens M eussent voulu repousser la force par la

» force 5 les moyens de le faire ne leur » eussent pas manqué ; mais les maxi- )) mes de la religion chrétienne ne le » permettent pas 5 et les vrais chrétiens w sont persuadés qu'il vaut bien mieux » se laisser tuer que de tueries autres. » ( Tertidl. y ApcAog, , chap. S^. )

C'est ainsi que l'on parlait^ que l'on écrivait dans les premiers siècles de l'Eglise. La tradition de la vraie morale n'était pas encore perdue ni mise dans l'oubli. Elle n'était pas foulée aux pieds, comme elle le fut depuis par des prêtres corrompus. On avait encore présens à l'esprit les préceptes et les maximes que le fils de Marie , que Jésus-Christ avait prêches lui-même aux hommes ; écoutons-le parler. »

Primum omnium, mandatum est^ Di-liges Dominum Deum tuum ex toto

corde tuo — Secundum autem man--

datum ... Diliges proximum tuum ,

tanquam teipsum,,,^,,, majus est omni'^ Ims holocautomatibus et sacrificiis .

( S. Marc 5 cap. xiî, versic. 2g, 3i ^ 33. )

Vous aimerez Dieu de tout votre p coeur 5 c'est là le premier commande-

» ment Vous aimerez votre pro-

» chain comme vous-même ; c'est là le « second. Il n'y a aucun autre comman-

» dément plus grand qae ceux-ci.

» ilssont au-dessus de tous les holocaustes » et de tous les sacrifices.» ( S, Marc ^ ibidem. )

Les autres Evangéîistes rapportent les mêmes préceptes , et bien d'autres çncore , qui constituent la morale la plus pure. Je les transcrirais ici bien volontiers^ si je ne craignais de trop m'élendre. Cependant je citerai Fapôtre 5. Jean ^ dans son épître [chap. ir j vers. 21)5 au sujet du commandement dont il est fait mention ci-dessus , et voici ce qu'il dit : Hoc niandatum ha-bemus a Deo^ ut qui diligit Deum diligat et fraîrem suum...,. « C'est de Dieu a même que nous avons reçu ce com- » mandement ^ que celui qui aime Dieu }) doit aussi aimer son prochain. »

Saint Luc et les saints de cette première époque du christianisme^ répètent tous que le Christ ne cessait de prêcher la douceur^ la charité , le pardon des injures^ le mépris des richesses^ etc.^ etc. i

en voici divers passages : Dili"

gite inimicos vestros , benefacite lus qui oderunt vos, ( S. Luc, cap. 6, V. 27 ) 5 benedicite maie die entibus vobis y et orate pro caliimniantibus vos

( ibidem , vers. 28 } Qui te

percussit in maxillam prœbe et alte-ram ^ et ab eo qui auffert iibi vesti-* mentum , etiam tunicam noli prohibere

( ibidem , v. 2g ) Et prout vultis ut

faciavd vobis homines , et vos facile illis

similiter{ ibid. ^ v. 3i , ) Estote ergo

miséricordes , si cul et pater v ester mi-'

sericors est [ ibidem ^ v. 36 ] Nolite

judicare et non judicamini ^ nolite condemnare et non condemnabimini ( ibid. ,

v. 37 ) « Aimez vos ennemis , faites

» du bien à ceux qui vous baissent m

(( Bénissez ceux qui vous maudissent et ^> priez pour ceux qui vous calomnient...» « Si on vous frappe sur une joue ^ tendez » Faulre. Si quelqu'un vous prend votre » manteau^ îaissez-lui prendre aussi votre

robe » Traitez les hommes de la

même manière que vous voudriez vousmême qu'ils vous traitassent.... « Soyez » pleins de miséricorde comme votre

» père..... Ne jugez point et vous ne » serez point jugés 5 ne condamnez point

M et vous ne serez point condamnés »

( S. Luc y chap, 65 versets 27 , idi , 2g , 3i ^ 36 5 37. )

On voit encore par les reproches que Jésus-Christ fait aux pharisiens ^ aux scribes 5 aux docteurs de la loi et aux prêtres des Juifs , que ceux - ci et ceux-là étaient tous corrompus et démoralisés ; qu'ils étaient tous avides de richesses , d'honneurs et de distinctions, et que leur égoisme les rendait insensibles aux malheurs des autres hommes. Voici ce que le Christ raconte lui-même dans S. Luc [chap,x , v, 3o et suii^ans) : « Un homme tombe entre >j les mains des voleurs, qui, après Favoir » dépouillé et blessé, le laissèrent à demi-

» mort sur le grand chemin » Ac-

cidit autem ut sacerclos quidam^ descenderet eâdem via ^ et viso illo ^prœ-

teri^it Similiter et lei>ita ; cum esset

secus locum et videret eum pertransivit, ( S. Luc, cap. x, vers. 3i et 32. )

« 11 arriva qu'un Prêtre descendant » par le même chemin , rencontra cet

» homme assassiné, mais il passa outre.., » Un lévite également vint au même » lieu 5 et ayant considéré cet homme 5 » il passa outre encore 5 sans lui porter » du secours. »

On doit se rappeler que ce fut un Samaritain qui recueillit ce malheureux , pansa ses plaies et le conduisit dans une hôtellerie.

Voici encore un autre passage qui a rapport à la morale relâchée des Pharisiens 5 qui faisaient consister la religion dans les pratiques extérieures^ mais qui étaient corrompus aa-deda:is.... Nunc vos Pharisœi , quod deforis est 5 calicis et catini mundatis : quod autem intus est vestrum ^ plénum est rapinâ et îni-

quitate, ( S. Luc 5 cap. xi 5 v. 3g. )

c< Mais le dedans de vos cœurs est plein » de rapine et d'iniquité. » ( S, Luc^ ibid, ]

vohis Pharisœis quia decimatis

et prœteritis judicium et caritatem Dei^ V ce vohis Pharisœis qui diligitis primas cathedras , in synagogis , et salutationes inforo, ( S. Luc, cap. xi, vers, t^i et 4-3. )

Malheur à vous , Pharisiens , quoique w vous payiez la dîme ^ vous négligez k

«justice et la charité de Dieu..,, Malbenr » à vouSj Pharisiens^ qui aimez les places M d'honneur dans les synagogues et des » salutations en public. « (5. Luc^ ihid. ). Vœ vobis legisperids , c/uia îulistis cla^ vem scient! ce , ipsi non introistis , et eos qui introibant proliibiiistis,,,, (ibid, ^

vers. 52 ) « Malheur à vous qui vous

» êtes saisis des clefs de la science , et qui 5 n'en faisant point usage , eni- » péchez les autres de s'instruire. )).... { Ibid. )

Cavete à scribis qui volunt in stolis ambulare . et salutari in foro.\,, in pri-mis cathedris sedere et primos discuhitis in cœnis,,,, qui deporajit domos viduarum subobtentu prolixœ orationis.

( S. Marc 3 cap. xii j v. 38 , et [\o, ),.. (,< Qui dévorent la fortune des veuves » sous prétexte qu'ils font de longues » prières. ( 5. Marc^ ibid, )

Ces différens passages et d'autres qu'on pourrait y ajouter^ n'indiquent que trop les abus qui s'étaient introduits dans l'exercice de la religion des Juifs , ainsi que la mauvaise conduite de leurs prêtres.

La religion chrétienne^ en prêchant tin^ morale pure , était donc venue non-seulement pour détruire les erreurs du pa-* ganisme ; mais encore pour réformer la religion juive et la remplacer. Les Prêtres du judaisme étaient corrompus depuis long-temps dans leurs mœurs et dans leurs doctrines ; c'est Jésus-Cihrist lui-même qui confirme de sa propre touche tous les reproches qu^on était en droit de leur faire ^ et qui sont consigne'» dans la Bible. Nous voyons que cette corruption des prêtres juifs remontait à des époques bien reculées: on envoyait déjà là preuve plus de onze siècles avant Jésus - Christ , sous le gouvernement théocratique de leurs souverains PontifeSe Pour avoir une idée de la corruption des Prêtres Israélites^ il suffirait de lire ce qui se passa sous le gouvernement du Grand-- P 7 être Héli ^ souverain Pontife des Juifs 5 et Joge après la mort de Samson. Sa famille exerçait le sacerdoce depuis cinq générations^ et ce grandprêtre avait commencé à gouverner le peuple d'Israël , en Fan du monde 2879^ ou ans avaîil JésuS'-Qirist, Heli

mourut à g8 ans , et il avait commandé le peuple d'Israël pendant quarante ans.

Les fils de ce grand Pontife s'appelaient Oplini et Phînée, Ils étaient pré Ires euxmêmes 5 et tenaient le premier rang parmi les Lévites. Ils abusaient du pouvoir de leur père pour commettre toutes sortes d'injustices et de mauvaises actions. Leur conduite était si corrompue , qu'ils sont nommés fils de Bélial dans la

Bible Porrb filii Heli sacerdolis ^ filii

Belial j nescientes Dominum, ( Regum lib. I^ V. 11. ) (f Or les enfans du » Grand-Prêtre Héli étaient les enfans » de Bélial , qui méconnaissaient le Sei- )) gneur. » ( Ibidem. . Erat ergo pec-catum puerorum Helisacerdotis^ grande nimis coraux Domino : ( Regum lib. I , vers. 17. ).... « Ainsi le péché des enfans ^ du Souverain Pontife Héli était très- » grand devant le^ Seigneur. » [Ibidem, ) Heli autem erat seiiex valdè , et audii^it omnia quœfaciebant filii uniçerso Israël^ et quomodo dormiebant ciim mulieribiis fjuœ obser^abant adosiium tabsrnaculi, . , Et dixit eis: quare facitis res hujuscemodi j qiias ego audio , res pessimas ]

ah omni populo? ( Reg. lib= I ^ versîc. 22 et 23. ).... « Or le Grand Prêtre » Fléli était extrêmement vieux , et y) ayant appris la manière dont ses enfans 3> se conduisaient devant tout le peuple )) d^Israël , et qu'ils dormaient avec les )) femmes qui venaient en dévotion veiller )) dans le temple à l'entrée du taber- » nacle ^ il leur, dit : Pourquoi faites- » vous toutes ces choses que j'entends ^ )) ces crimes détestables que j'apprends )) de tout le peuple ( les Bois y ibidem. ) ». . Et non audierunt vocem patris sui : quia voluit Dominus occidere eos, ( Ibid., versic. 25. ).... « Et les enfans d'Héli n'é- » coûtèrent point la voix de leur père ^ » parce que le Seigneur les voulait - » perdre. » { Ibidem. )

Samuel , qui succéda au Souverain Pontife Héli ^ ne fut pas plus heureux dans ses enfans 5 que ne l'avait été son prédécesseur. En effet , Samuel étant devenu vieux et ayant établi ses deux {As Joël et Ahias P^^^i' l'assister dans le gouvernement théocratique du peuple juif et dans radiiiinistration de la jastice 5 ces deux preires ^ devenus avares

et corrompus , vendaient la justice 5 et ayant mis le comble à leurs violences et à leurs débauches , le peuple ne pouvant plus supporter leurs iniquités , se souleva ^ et ils obligèrent Samuël à leur donner un Roi.

Voici ce qu'on lit dans la Bible, concernant les deux fils de Samuël. Fuitque nomen filii ejus ( Samuelis ) , primo-^ génitif Joël : et nomen secundi Abia^

jitdicum in Bersabee Et non amhu"

la^erunt Jilii illius in viis ejus y sed declinwerunt post waritiam , acceperuntque mimera j et pewerteriint judi-

cium Congre gati ergo uni^ersi ma-^

jores natu Israël y veneriint ad Samue^

lem dixeruntque ei : Ecce tu se--

nuistiy et Jîlii tui non ambulant in viis tuisy constitue nobis Regem,,.. [Ke^nm lib. 1 5 cap. VIII 5 versic. 2 ^ 3 ^ ^et 5, ) « Le fils aîné de Samuël s'appelait » Joël 5 et le second Abia y ils exerçaient » les fonctions de juges dans Bersabee y » mais ils ne marchèrent pas sur les )) traces de leur père. Ils se laissèrent ;) corrompre par l'avarice ^ reçurent des » présens et rendirent des jugemens inl-

>ï ques. Tous les anciens d'Israël s'étant » donc assemblés 5 vinrent trouver Sa- » muël.... ils lui dirent : Vx)us voilà de= )) venu vieux , et vos enfans ne marchent n pas sur vos traces , établissez donc un » Roi sur nous. ».... ( Les Rois j F^j ibidem. )

Displicuit sermo in oculis Samuèlis ^ eo qubd dixissent : Da nobis Regem ut judicet nos,,,. (Ibidem, versic. 6. )

(( Cette proposition déplut à Samuël , » voyant qu'ils lui disaient 5 donnez-nous » un Roi, afin qu'il nous juge.... [Ibid, }

C^est ainsi que le peuple juif passa du gouvernement théocratique au gouverîiement monarchique. Samuel fit voir en cette circonstance combien cette proposition des anciens d'Israël lui déplaisait^ et la peinture qu'il fit des abus d'autorité auxquels le peuple serait exposé de la part des Rois , fait voir qu'il îi^était pas partisan du gouvernement monarchique. Ce morceau est curieux à lire. [Voy, le liseré des Rois^ cli, viiiy vers, 9 , jusqu^au verset 22. ) On y voit que Samuel ne cède au peuple que malgré lui 5 et il termine ainsi :

Et clamabîtis in die illa afacie Régis V es tri y qiiem elegistis "vohis : et non exaudiet vos Dominus in die illa^ quia petistis vobis Regem, (Reg., lib. I, versic. i8. )

« Vous crierez alors contre votre Roi , I) contre celui que vous aurez ëlu ; mais j) le Seigneur ne vous exaucera point, )) parce que c^est vous-même qui avez » demandé un R.oi. » ( Ibidem, )

On voit ici que les expressions de Samuel ne sont point flatteuses pour les Souverains , et cela n'est pas étonnant de la part d'un homme qui exerçait depuis si long - temps sur le peuple un pouvoir absolu au nom de Dieu , et qui se persuadait que le meilleur de tous les gouvernemens était le régime arbitraire et despotique des Théocrates. Ceux-ci 5 dans tous les pays , dans tous les temps , furent, en effet, ainsi qu'on l'a remarqué, les éternels rivaux de l'autorité des Rois, dont ils regardaient la puissance comme de beaucoup inférieure au pouvoir théocratique sur terre, lis supposaient ce pouvoir immédiatement émané de la divinité et en contact avec J)ien même; ainsi qu'ils

prétendaien l le prouver par des merveilles^ par des prodiges et des miracles , qu'ils produisaient au moyen des procédés qui leur étaient connus. On remarque , en effet 5 que toutes les histoires desgouvernemens tliéocraliques abondent de la manière la plus ridicule de prodiges et de merveilles j n'offrant que des faits miraculeux , les plus absurdes et les moins prouvés , qui se seraient passés a des époques plus ou moins reculées, et principalement chez des nations peu civilisées 5 plongées encore dans la barbarie^ et sous les yeux d'un peuple enfoncé dans les ténèbres épaisses de l'ignorance la plus profonde.

Samuel^ par les reproches amers qu'il adresse aux juifs qui demandaient un Roij semble leur faire envisager, comme une punition , comme un malheur même^ d'être un jour obligés de supporter malgré eux et comme un joug pénible et trop coûteux y l'autorité d'un monarque.

Telle était l'opinion de Samuel sur la forme du gouvernement monarchique.

Ses regrets^ en voyant un changement de gouvernement , étaient d'autant plus vifs^

qu'il se voyait dépouillé, en grande partie, de l'influence que jusqu'alors il avait exercée sur le peuple hébreu , à la faveur de son caractère de Prophète, de Devin 5 d^Oniroscope , d'Oniromante , etc. 5 dont il était investi , et dont il s'acquittait avec succès. En effet; il connaissait parfaitement la science des procédés du Magnétisme animal , dont les Théocrates, de tout temps , apprécièrent l'importance. Au moyen de cette science purement naturelle , ils multipliaient à leur grêles phénomènes^ les merveilles , qui servaient à persuader , à convaincre lestupide vulgaire, que ceux qui avaient le don des miracles et qui produisaient tant de prodiges 5 étaient indubitablement en contact immédiat avec la Divinité ; et c'est ainsi que la superstition exerça toujours son empire sur les ignorans et sur les âmes faibles.

D'après l'exposé historique précédent , concernant la religion judaïque , il est évident que les prêtres juifs , en abandonnant la morale pure , en cessant de la pratiquer et en se livrant à toutes sortes d'excès et de débauches , devinrent eux-

mêmes aussi corrompus que les anciens prêtres-mages et les prêtres des fauxdieux dont nous avons aussi déjà parlé.

Cet état de corruption du sacerdoce , dans Fantiquîté; provoqua la réforme qne la religion chrétienne est venue opérer dans la religion juive en Fan 4^00 de la création du monde.

Depuis cette dernière époque mémorable dont je viens de faire mention , les prêtres de la religion chi^étienne , sans parler ici de leurs dogmes religieux , que je n'ai nullement en vue, mais par la corruption de leurs principes , de leurs maximes et de leurs mœurs, imitèrent bientôt les anciens mages -prêtres des Perses , les prêtres des faux Dieux et les prêtres Juifs. Ils foulèrent également à leurs pieds la morale pure que la divinité a empreinte dans nos cœurs pour le bonheur de Fhumanité. Ils perdirent de vue la morale chrétienne et évangélique , pour adopter des doctrines pernicieuses et mettre en pratique, lorsqu'ils le jugent nécessaire , le principe exécrable du régicide et les maximes cruelles de Fintolérance ^ se permettant toutes sortes

de crimes 5 tels que des assassinats, des empoisonne mens , des massacres , des guerres civiles ; des guerres de religion , qu'ils commirent et qu'il? excitèrent sans remords au nom de Dieu et sous le masque de la religion.

De cette manière , les prêtres du christianisme ne cessèrent , depuis environ quinze siècles ^ de répandre le trouble dans tous les Etats oli ils s'introduisirent j d'y assassiner des Rois ^ d'y exciter un grand nombre de guerres de religion , aussi injustes que sanguinaires. Ils séduisirent et corrompirent des Rois faibles et- des gouvernemens peu éclairés; ils les rendirent superstitieux 5 ils en firent des instrumens cruels de fanatisme , pour servir les vengeances et l'ambition des prêtres , entretenir une désunion perpétuelle entre les sowe-^ vains et les peuples } conseillant à ceuxlà de gouverner despoliquement leurs sujets 5 et de les opprimer par la terreur j et en cherchant à avilir et à abrutir ceux-ci par Tignorance ; s'opposant constamment aux progrès des lumières ^ prêchant une morale relâchée j qui pro-

pagea la corruption dans toutes les classes de la société ; se livrant enfin à de Lasses et criminelles intrigues^ fondées sur Fimposture 5 sur l'erreur et le mensonge , et sur la superstition , afin d'acquérir de grandes richesses et se procurer à tout prix de l'influence 5 du crédit ^ de Fautorité, dont ils abusèrent toujours , et qui toujours furent si dangereuses pour les souverains et les peuples.

Il résulte de tous les griefs , de tous les dommages qu'on esc autorisé à mettre sur le compte des prêtres ^ et de tous les reproches sans cesse renaissans ^ et parce qu'ils n'ont point encore abjuré les maximes pernicieuses qu'ils ont adoptées, et en continuant de décéler p^v leur conduite le même esprit d'ambition et de domination qui les caractérise , il en résulte , dis«je , la nécessité d'une réforme dans la religion chrétienne ^ non quant aux dogmes et aux rites, toujours respectables lorsqu'ils sont adoptés par les gouvernemens , mais uniquement pour rappeler cette religion à sa pureté primitive, ainsi que nous l'avons déjà annoncé. ( Voj, pag^ 378. )

On demandera encore : En quoi donc doit consister cette réforme? Quel doit être le réformateur ? Celui-ci prétendraitil innover en matière de croyances religieuses? Prétendrait-il prouver sa mission par des prodiges ? etc. , etc....

De pareilles questions exigeraient des réponses susceptibles de longs détails, qui pourraient former un écrit très-étendu; mais quant à présent je n'ai point la volonté de m'en occuper, et un pareil écrit serait, d'ailleurs, entièrement au-dessus de mes forces. Je dirai seulement que cette réforme ne peut regarder un particulier , toute entreprise à ce sujet de la part d'un individu , serait anarcliique et ne pourrait manquer de troubler l'ordre social.

Il serait sans doute tenté d'employer des idées mystiques, pour s'emparer des imaginations , les agiter^ les mettre en mouvement et les diriger ; il voudrait substituer de nouvelles superstitions aux anciennes , produire la même immoralité religieuse ^ et retomber dans les mêmes abus et dans les mêmes vices.

La réforme, telle qu'on doit l'envisager, ne doit s'opérer que par les gouvernemens

€ox-mêmes ; c'est le seul moyen de pi e«- \enir tous les désastres de l'anarchie. Il semble réservé aux gouvernemens seuls de reconstituer avec plus de succès la morale publique dans toute sa pureté primitive , pour l'intérêt des souverains et des peuples. Il faut que les gouvernem'ens posent les fondemens de cette morale ^ non sur des superstitions toujours vagues j incertaines et symboliques^ enfantées par l'imagination et sujettes à de continuelles vicissitudes 5 mais sur des bases impérissables , qui de tout temps exislèrent dans le fond de nos cœurs et y existeront toujours. C'est sur de telles bases que se forme l'opinion publique ç, bien diOérente des préjugés et de l'esprit de parti.

Les bases de la morale, dont je veux parler 5 ^ont V éc/uité ^ la bonne-foi ^ la raison et le bon sens. Ces bases sont visiblement méconnues et foulées aux pieds par les maximes ambitieuses et cruelles que les prêtres proclamèrent hautement et mirent si fréquemment en pratique , ainsi que Fhistoire de tous les siècles le prouve incontestabîemenî. 11

faut que les gouvernemens éiaLlissent à jamais une ligne de démarcation insurmontable entre Tautorité civile et l'autorité religieuse. Ces deux autorités , si y on réfléchit bien , ne sont pas de nature à se confondre et à se mettre l'une et Pautre à l'unisson ^ sans se détruire mutuellement et sans nuire à l'Etat.

Toute autorité , pour être conséquente avec elle-même , doit se contenir dans les bornes qui la constituent. L'autorité civile est établie pour maintenir le bon ordre dans la société et pour punir le malfaiteur par des peines corporelles. Mais l'autorité religieuse n'est point établie pour punir qui que ce soit sur terre. Quoi qu'en disent les faux dévots 5 les hommes superstitieux et les partisans de la tyrannie religieuse , c'est là où les prêtres furent toujours dans l'erreur, en prétendant donner un effet civil à leurs menaces et à leurs excommunications. Il est absolument nécessaire de séparer la morale publique d'avec les croyances religieuses. Aux gouyernemens seulement appartient d'en- 3eigner et de faire pratiquer la morale

(4oo)

publique , et de punir ceux qui offensent cette morale au préjudice de la société. De même, aussi, il appartient aux prêtres de prêcher les croyances mystiques et religieuses , mais non de punir sur terre ceux qui refusent de se soumettre a de pareilles croyances. Les prêtres qui usent de violence pour propager la religion par la terreur, parles supplices, ainsi que le pratiquèrent Icii Inquisiteurs , ressem-- Llent à Mahomet^ qui prêcha sa religion à coups de sabre. Les prêtres se rendirent également coupables de violence ^ en séduisant les souverains et les gouvernemens, en les rendant superstitieux et cruels 5 et en leur persuadant de prêter mciin^forte pour propager la religion à force ouverte. Les gouvernemens s'avilissaient ainsi , en devenant les inslrumens du fanatisme et de la vengeance des prêtres. C'est ainsi que les gouvernemens se démoralisèrent 5 en abandonnant le régime paternel , pour adopter les formes arbitraires et tyranniques , et gouverner par la terreur.

11 est temps que les gouvernemens secouent la tutelle du clergé et cessent

d'en être dupes et de s'en laisser avilir jusqu^à fournir des sbirres et des bourreaux à des prêtres fanatiques , vindicatifs et cruels. Ceux-ci^ par la nature même de leurs fonctions et par leur position dans Tordre social , ne peuvent plus être les dépositaires de la morale publique; car ils Font toujours trahie, dénaturée et travestie , pour l'intérêt particulier de leur ambition et de leur égoïsme. Ils se montrèrent toujours d'autant plus dangereux ^ qu'ils abusèrent, dans tous les temps , des idées séduisantes que toutes les religions adoptèrent concernant la divinité incontestable j qui existe , que nous sentons ^ mais que nous ne comprenons pas , et que nous ne comprendrons jamais ici bas. En élevant nos âmes vers la divinité, nous devons nous attacher invariablement à cette sublime morale chrétienne et évangélique , qui doit toujours nous servir de euide dans notre conduite.

Par quelle fatalité faut-il que les prêtres de toutes les religions ayent si indigne-

I ment trahi et abandonné cette morale

II divine? Pourquoi ont-ils employé; au

( 4oa )

contraire , un zèle si outré à répandre des dogmes et des mystères auxquels ils avouent eux-mêmes ne rien comprendre ; et cependant les prêcher avec fureur , avec un air menaçant, tenant le poignard du fanatisme d'une main , et présentant, de l'autre^ les symboles de leurs diverses religions 5 en s'écriant d'une voix d'énergumène , Ce.ois ou je te tue. Pourquoi faut-il donc que de tels imposteurs ayent j sans opposition, séduit, trompé, tyrannisé et immolé, depuis un si grand nombre de siècles , tant de victimes humaines, qu'ils dépouillèrent, qu'ils égorgèrent, en les sacrifiant à leur intérêt , à leurs passions , pour assouvir leur haine et leurs vengeances?

Qu'il me soit permis de présenter ici , par extrait, et avec quelques changemens , des réflexions utiles dont je ne prétends pas m'attribuer tout l'honneur^ mais dont je ne crois pas devoir indiquer la source.

« Quand on veut examiner de sangfroid les opinions des hommes, on est tout surpris de trouver que , dans celles mên'iC qu'ils regardent comme les plus

essentielles j rien n'est plus rare que de leur voir faire usage du bon sens^ c'està-dire de cette portion de jugement suffisante pour connaître les vérités les plus simples, pour rejeter les absurdités les plus palpables , pour apprécier les contradictions les plus frappantes. Nous en avons un exemple dans la théologie.

Cette science fut révérée en tout temps , en tout pays , par le plus grand nombre des mortels. Les hommes regardèrent cette science comme la plus importante^ la plus utile et la plus indispensable au bonheur des sociétés : cependant, pour peu qu'on se donne la peine de sonder les principes sur lesquels cette science s'appuie , on est forcé de reconnaître que quelques-uns des principes qu'on jugeait incontestables , ne sont que des suppositions hasardées, imaginées par l'ignorance , propagées par l'enthousiasme, protégées par la mauvaise foi, adoptées par la crédulité timide^ conservées par l'habitude, qui jamais ne raisonne , et révérées uniquement parce qu'on n'y comprend rien. »

a Les uns ( dit Montagne ) font croire

au monde quiUls croient ce r/uils ne croient pas ; les autres , en plus grand nombre , se le font accroire à eux^ mêmes , ne sachant pas pénétrer ce que c\est que croire, »

<( Quiconque daignera consulter le bon sens sur les opinions religieuses , et porter dans cet examen l'attention que Ton donne communément aux objets auxquels on attache de l'importance, s'apercevra facilement que la plupart de ces opinions n'ont point un fondement solide j et que les nombreuses religions qui ont paru sur terre depuis tant de siècles ne présentèrent que des édifices bâtis en l'air. La théologie n^est donc que l'ignorance des causes naturelles.

Elle a réduit en système un long tissu de chimères et de contradictions. Elie ne présente en tout pays ^ aux différens peuples de la terre , que des romans dépourvus de vraisemblance , dans lesquels la divinité est présentée comme un êtrq composé de qualités impossibles à combiner. D'après de tels romanciers , le nom de Dieu^ excitant tour-à-tour le respect et reffroi^ et en punissant les

hommes le plus souvent d'après des motifs injustes et contraires à Féquité^ à la raison et au bon sens , ne devient plus qu'un mot vague , auquel on ne peut attacher des idées et des qualités qui ne soient démenties par les faits.

De pareilles opinions, si contradictoires et qui répugnent à la raison , seraient sans doute une chose indifférente, si elles n'avaient causé des ravages sans nombre sur terre 5 mais les pi'êtres prétendent éclairer les hommes malgré eux^ et les obliger par 1j violence à adopter des croyances absurdes. C'est en convenant eux-^mêmes de ne pas comprendre les prétendues vérités qu'ils annoncent , que les prêtres n'en furent que plus entêtés ^ leur ignorance même les rendit d gmatiqaes , impérieux, et les portèrent à s'irriter contre quiconque opposait des doutes aux rêveries enfantées dans leurs cerveaux exaltés.

Quelle perplexité pour les prêtres qui en métaphysique voulurent résoudre des problêmes insolubles ! Leurs méditations inquiètes et leurs folles décisions sur

des objets impossibles à saisir , les

placèrent toujours dans une position critique j et continuellement aigris et irrités ^ ils en éprouvèrent des transports de îiaine et de vengeance , et des accès de fureur et de cruauté. L'intérêt, Fambitioo , joinls à la vanité 5 à Torgueli et à la présomption , se réunirent à des dispositions aussi chagrines. C'est ainsi que les prêtres sont nécessairement devenus le fléau de F humanité 5 en semant de toutes paris la discorde et les troubles ^ et en inondant de leurs crimes les sociétés et les gouvernemens sur lesquels ils exercèrent leur influence. Telle est la raison pour laquelle tant de nations devinrent si souvent le théâtre des extravagances de ces rêveurs féroces 5 qui prêchèrent des idées mystiques , et les qualifiaient de vérités éternelles. Ils allumèrent ainsi Fenthousiasme des princes et des peuples 5 les armèrent pour soutenir des opinions qu'ils présentaient comme essentiel !es au bonheur des Kmpires. Ils trompaient ainsi la crédulité et le manque de lumières des peuples et des gouvernemens.

On a vUj dans tous les pays, des mil-

liers de prêtres superstitieux^ enivrés de fanatisme et de vengeance^ s'entr'égorger les uns 5 les autres , allumer des bûchers 5 et se faire un devoir de coiwiiettre sans scrupule les plus grands crimes pour la gloire de Dieu , faire enfin ruisseler de toutes parts, le sang humain. Pourcp^oi donc tant de forfaits ? Pour propager les conjectures vagues et absurdes de quelques enthousiastes, et pour accréditer les fourberies de quelques f aialiques , qui ne se firent connaîcre que par les impostures, les disputes et les ravages qu'ils répandirent sur terre.

Dans l'origine 5 les nations sauvages , souvent féroces , et perpétuellement en guerre entre elles , adorèrent , sous des noms divers 5 un Dieu couioraie à leurs idées 5 c'est à-du^e , cruel , carnassier , intéres'^é 5 avide de sang. " On trouve dans toutes les religions de la terre un Dieu des armées ^ un Dieu jaloux , uu Dieu vengeur ^ un Dieu exterminateur ^ , qui se plaU au carnage ; et ses adorateurs se font un devoir de le servir à son goût, îfon-seuleoient on lui immole des animaux, mais encore des hommes 5 des

feiriuies , des enfaDS. Le zèle lliéocratique alla jusqu'à égorger des Rois et massacrer cles nations entières. Quelques-uns àe ces ministres exaîlés d'un Dieu qu'ils supposaient si barbare, poussèrent le fanatisme josqu'^à se croire obligés de s'cffrir eux-mêmes en sacrifice en se soumettant à des austérités excessives. Partout on voit des forcenés qui , après avoir médité tristement sur le Dieu qu'ils se sont forgé dans leur imagination déréglée , se figurent que pour lui plaire, il faut se faire tout le mal possible en son honneur , et s'infliger à soi-même et aux autres des tour-^ mens recherchés. En un mot, les idées sinistres d'une telle divinité, loin de consoler les hommes des malheurs attachés à leur existence , ont porté le trouble dans les cceurs , ont altéré l'esprit et la raison , et ont fait éclore des folies religieuses , destructives de rhumanité.

Comment eût-il été possible de faire faire des progrès vers les lumières, à l'esprit humain, infesté par tant de fantômes effrayans , et guidé par des prêtres si in-

téressés à perpétuer l'ignorance ? Les prêlres forcèrent les peuples à végéter dans leur stupidité primitive. Ils ne les entretinrent que de puissances invisibles, desquelles le sort des hommes était supposé dépendre. Ceux-ci, continuellement alarmés et troublés par des menaces et des rêveries inintelligibles , se trouvaient toujours à la merci de prêtres adroits , qui se réservaient le droit de réflécnir et de penser , pour ceux dont ils prétendaient régler la conduite.

L'homme fut ainsi réduit à l'état d'un enfant sans expérience^ d'un esclave sans courage, d'un être stupide , qui craint de raisonner 5 et qui est incapable de jamais se tirer du labyrinthe dans lequel des conducteurs perfides l'égarèreot. 11 se vit forcé de gémir sous le joug des dieux dont il ne s'était formé une idée que diaprés des récits fabuleux et effrayans.

Après avoir garotté Fentendemeat humain par les liens de la superstition , des préjugés , des erreurs , des impostures et des illusions , les prêtres se rendirent maîtres des peuples , pour les livrer sans défense au pouvoir arbi-

traire des, tyrans , non moins terribles oue les Dieux. A ia voix de ces prêtreS; pei (ides et corrupteurs 5 les tyrans se persuadèrent aisémeat qu'ils étaicnl aussi les représerilaDS de la divinité sur terre, et qu'a ce titre ils avaient également sur les peuples une autorité sans Lornes. Ils leur dirent qu'à riniitation d'un Dieu jaloux , d un Dieu vengeur ^ d'un JJieu exterminateur ^ il devaient gouverner avec une autorité absolue et par le régime de la terreur.

Ecrasés sous ce double joog de la tyrannie religieuse des prêtres , et de la tyrannie temporelle des souverains despotes 5 les peuples étaient dans l'impossibililé de vaincre l'ignorance dans laquelle ils étaient plongés , et encore moins de travailler à leur bonheur.

Ainsi que la religion , la politique et la morale publique devinrent des sanctuaires de corruption. C'est de cette manière qu'on vit se propager de toutes paris Fiiumoralité religi'euse^ Fimmoraiité politique et k corruption des mœurs . dans toules les classes de îa société. Les hommes n'eurent plus alors d'autre morale que

celle de leurs prêtres et de leurs tyrans.

L'esprit humain , égaré par des idées théologiques , perverti par des maxiaies pernicieuses , fut tellement asservi et abruti ^ que bientôt il méconnut les droits de la raison et du bon sens.

Il se laissa subjuguer par l'autorité religieuse et politique coalisées ^ et se soumit sans réclamations auK croyances les plus absurdes et les plus contraires au bon sens et à la raison. L'hon^me^ fut une pure macbioe entre les mains de ses tyrans et de ses prêtres ^ qui seuls eurent le droit de régler sa croyance : l'homme ainsi traité en esclave 5 en eut également le caractère el les vices.

Voilà les véritables sources de !a corruption des mœurs, à laquelle la religion , entre les mains des prêtres ^ n'opposa jamais que des digues idéales et sans effet.

TJ ignorance et la sevAtude rendent les hommes médians et malheureux ,

La science , la raison , le bon sens et la liberté^ peui^ eut seules corriger les hommes et les rendre plus heureux.

Tout conspire à aveugler^ à abrutir les peuples 5 et à les confirmer dan > leurs égare mens. Les prêtres et les tyrans trempent et pervertissent les hommes.

Le despotisme fut et sera toujours la source de la dépravation des mœurs et des calamités des peuples.

Les prêtres 5 en opprim*ant continuellement l'esprit humain par des opinions ^ superstitieuses et par des fictions mé-taphysiques 5 cherchèrent à efirnyer le peuple pour l'induire à apaiser la colère des Dieux par des sacrifices, par des présens 5 des offrandes^ pour obtenir le sou-? lageaient d'infortunes qu'il n'éprouvait C[ue par la perversité de ses guides ^ par la folie de leurs institutions , et par les calamités que produisirent leurs maximes pernicieuses.

Ce r/esL qu'en remplissant les esprits d'idées vraies . en cultivant la raison des hommes 5 en rectifiant leurs pré--? jugés 5 qu'on peut les corriger de leurs vices. Ce n'est qu'en leur montrant la vérité , que les peuples connaîtront leurs intérêts les plus chers , et les motifs qui doivent les porter à la vertu.

- (4t3) Trop Ion g- temps ceux qui se cîiaigèrent d'instruire les peuples , les trom-pèrent sans les rendre mei!îeurs. Les prêtres des anciennes religions fatiguèrent Tesprit humain par une théologie et une théogonie inconcevaLîes , par des fables ridicules , uar des mystères absurdes et im.pénétrabîes , si ce n'est qu'ils n'eussent quelque rapport avec des symboles mal énoncés , ou des comparaisons entortillées d'expressions inutiles ou insignifiantes. Il est temps que l'esprit humain s'occupe de choses naturelles . d'objets intelligibles , de vériles sensibles , de connaissances utiles. En dissipant les vaines chimères qui obsèdent les peuples, bientôt des idées raisonnables viendront éclairer des hommes , que les prêtres et leurs partisans imbéciles ou corrompus semblaient avoir dévoues pour ton jours à l'erreur. Ce qui est iar^cncevable pour Fhomme , ne perU réellement lui convenir. 11 1 e faut autre chose que le simple bon se^^s^ pour apercevoir que la défini ion de l'Etre Suprême, telle que les prêtres s'obstinent à la présenter , n'offre qu^in être incompatible avec les notions

les plus évidentes ^ qu'un être incohéreni avec des causes continuellement opposées aux effets qu'on lui attribue ; qu'un être, dont on ne peut pas dire un mot sans tomber en contradiction ; qu'un être 5 enfin , qui 5 loin d'expliquer les énigmes de l'univers 5 ne fait que les rendre plus obscures encore. Faut-il plus que îe bon sens pour reconnaître que l'idée d'un pareil être est l'idée d'un être fantastique , qiïi ne serait évidemment qu'un être de raison ? Faut-il, enfin , plus crue le sens commun , pour comprendre qu'il y a au moins du délire et de la frénésie 5 à se tourmenter les uns les autres , à se bair , à se persécuter et à s'assassiner mutuelleoicnî pour des opinions ausfsî folles, aussi déraisonnables ^ aussi inintelligibles , au sujet d'un être iiicom-préliensible? Cet Etre inexplicable exige il est vrai , notre respect le plus profond j mais le culte le plus agréable que nous puissions lui décerner, est la pratique des vertus sociales et de la morale chrétienne et évangéîique la plus pure , et non de s'enlr'égorger pour de vaines définitions . pour de r:'::.:'.'r-. ]:-Ies discus-*

sions sur des objets vides de sens , ainsi que pour des rites religieux ^ qui depuis un si grand nombre de siècles éprcuvèient t'irit de vicissiludes.

Tout ne prouve~t-il pas que la morale et la verlu sont désormais incompatiL-Ies avec les definitiolis systématiques que les pré- res da loules les religiCiis , dano tous les temps et dans tous les pays, soutinrent avec tant d'opniàtre'^é'^ Ils s'efforcèrent toujours de peindre Dieu comme un être bizarre, tout-à-la-fois bon et mécliant , à-îa-fois tout-puissant et faible 5 ayant de bonnes intentions; mais avec une autorité continuellement balancée et contrariée par le diable , auquel les pî:êtres accordent avec tant d'in» conséquence et si libéralement , une puissance égale a celle de Dieu , et plus grande encore , puisqu'ils s'accordent tous a dire qu'il y a plus de mal que de bien sur terre. Les prêtres, enfinj nous représentent Dz<5Zi comme le plus irascible et le plus cruel des tyrans, dont pourtant les prétendues volontés ^ que les liiinistres des autels s'arrogent la droit CAclusif d'interpréter ; doiyent cepeu-

dant servir de règles et cle lois aux haj3îtaDS de îa terre. Par quelle fatalité , faut-ii que les fondateurs de toutes les sectes religieuses ayent donné à leurs Dieux les caractères les plus féroces et qui rëvoilent la nature? Pourquoi leur ont-ils attribué tant de cruautés ^ tant d'atrocités commises envers des créatures? Pourquoi ne les aurait - il tirées du néant, que pour jouir du plaisir atroce de les précipiter dans le malheur , et de leur faire endurer eiî enfer des supplices éternels ?

Les hommes n'ont besoin que de bon sens pour démêler les vrais principes de la morale, ils n'ont qu'à rentrer en eux-mêmes 5 ils y trouveront la morale la plus saine ^ empreinte dans leurs cœurs. II leur suffit de réfléchir sur leur propre nature, de consulter leurs propres intérêts, et de considérer le but de la société en général, et de chacun des membres qui la composeîît en particulier. Us reconnaîtront que la pratique de la vertu, est pour davantage de tous , et que le vice fait le malheur de chaque individu qui s'y trouve entraîné^ ou qui en est la victime»"

C'est aux gouverrieinens qu'il appartient de dire aux ho aimes , soyez justes j bienfiûsans , modérés^ sociables , utiles les uns aux autres 5 et c'est seulement à l'autorité civile des gouvernemens à punir celui qui , oubliant la pratique de la morale , s^égare dans la route du vice et trouble la société : mais les prêtres , malgré tQutes leurs prétentions exagérées j si coriiraires à tous les principes sacrés , n'ont aucun droit d^exercer une action civile sur les citoyens : ils n'ont aucun droit d'appliquer à qui que ce soit une punition sur terre 5 pas même dans l'intérieur des séminaires et des couvens , oii se commirent tant d'atrocités envers des moines infortunés 5 que d'autres moines firent souvent périr^ ou incarcérèrent à perpétuité dans des culs de basse«-fosse. Mais tirons le voile sur les horreurs que ces moines cruels commirent dans leurs monastères ; il faudrait des volumes pour en présenter des récits fidèles , qui feraient frissonner. Les prêtres n'ont donc que des prières à diriger vers le ciel , et des exhortations à adresser aux hommes vicieux , pour

tâcîier de les x^aoïeoer à la pi^atiqtie cle îa vertu 5 niais commeal les prêtres oseraierU'-îis s'acquitter de ce saint minisjère 5 eux qui, depuis un si graud nombre de siècles , se souillèrent de tant de crimes ; eus qui ne mirent jamais en pratique îa saine morale, eux qui ne prêclièrenf iaroais iVexeiii pie ? Le célèÎ3re Montesquieu a dit : « Il y a des moyens » pour empêclier les crimes . ce sont les » peines • il y en a pour clianger les » mœurs , ce sont les bons exemples, n Ce Gérait sans donteaux prêtres à prêcher d'exemple ; mais mallieureuseoient, dans toutes les relisions , denuis les épotpjes les plus reculées, et/dans tous les p^^^ys , ils dévièrent constamment des principes de la saine morale. lisse dispensèrent toujours de la pratiquer- ils se livrèrent ^ au contraire , à tous les vices et à tous les crimes , dans lesquels ils furent nécessairement entraînés^ soit par Favidité avec laquelle ils extorquèrent les biens d'ici«bas, soitpar leur détestable ambition, soit par l'obstination qu'ils mirent à s'emparer , sur terre, d'une portion de l'autorité civile ^ soit en voulant ip-

fluencer Tautorité des gouvernemens 5 et la diriger à leur profit. C'est ainsi qu'ils envahirent des ricliesses immenses, en abrutissant les peuples par l'ignorance j en trompant par des impostures les souverains faibles et peu éclairés , qu'ils rendirent superstitieux et qu'ils firent trembler; en agitant au-dessus de la tête des Rois le poignard du fanatisme , qu^ils plongèrent trop souvent dans le cœur de victimes augustes ; en tyrannisant, enfin, tous les gouvernemens sur lesquels ils exercèrent et exercent encore , aujourd'hui , une influence en quelque sorte magique.

Les prêtres eux-mêmes ont accumulé de temps immémorial, jusqu'à ce jour 5 des motifs sans nombre et irrécusables^ pour prononcer un arrêt qui doit être irrévocable, qui doit les priver du droit exclusif d'enseigner la morale pure, qu'ils ne pratiquèrent jamais^ et à laquelle, au contraire, ils subitituèrent de tout temps les principes exécrables des régicides , et les maximes pernicieuses et corrompues d'après lesquelles ils se permirent tant de fois des

crimes sans nombre j des atrocités qui font frémir rhumanitë , qu^ils comiiiirenl sans remords , en sûreté de conscience , sous ie spécieux prétexte des intérêts de la religion^ et au nom d'un Dieu dont ils profanaient le caractère sacré.

Les prêtres vous diront, pour s'excuser : On ne doit pas nous faire des reproches ' aussi amers , parce qu'il y aurait eu quel» ques-uns d'entre nous de déoioralités.

Mais ces reproches ne sont que trop fondés 5 et en général , on est en droit de les leur adres^^er; ils portent moins sur îes personnes cjue sur les doctrines perverses et sur îes maximes détestables dont tous les prêtres j dans tous les temps ccoime aujourd'hui , sont tous solidairement responsables les uns pour les autres ; car ces doctrines , ces principes et ces maximes^ sont encore généralement adoptés par eux. Ils sont encore répandus dans tous les livres de théologie, dont aucun , peut-être, n^est entièrement exempt. Il n'est, d'ailleurs, aucun prêtre qui ait encore abjuré solemnellement de pareilles doctrines»

La conduite de tous est encore présente-

ment et visiMeixent. ^^fiivlée par !es mêmes principes d^ii . lérance , d'ambitioiî ^ de déôiv des ri.:;- V ses , et de domination. Si les prêtres n'étaient pas si inconîeslabîement attacLés à leurs fausses doctrines et à leurs maximes dangereuses si nuisibles aux intérêts des souverains et des gouvernemens ^ comme à ceux des peuples , et si on ne pouvait enfin leur reprocher qu'un petit nombre de traits d'immoralité, ils seraient en quelque sorte excusables , car quel est celui qui oserait se croire entièrement exempt des faiblesses attachées à l'humanité? on pourrait peut-être espérer de leur part un retour sincère vers la saine morale ; mais ils n'ont que trop prouvé qu'il n'y a plus de remède. Un changement de leur part est impossible. Les crimes trop nombreux qu'ils accumulèrent depuis tant de siècles , et pour ainsi dire sans interruption, en suivant toujours les mêmes principes et les mêmes maximes , nous menacent sans cesse du retour des mêmes désordres et des mêmes calamités , dont tous les pays oii les prêtres exercèrent leur influence se trouvèrent inondés.

Si !es prêtres vous disent , faîtes ce que nous disons , et ne faites pas ce que nous faisons , n'est-on pas en droit de leur répondre : Celui qui exerce des vengeances cruelles avec tous les caractères de i'atrocitë ^ celui qui recherche les biens de ce bas monde avec une insatiable avidité ; celui-là , dis-je , a-t-il le droit d'oser prêcher V oubli des injure et le mépris des richesses?

On pourrait nommer tous les crimes commis habituellement par les prêtres , et les mettre en parallèle avec toutes les vertus qu'ils foulent habituellement à leurs pieds. On demanderait alors si de pareils prévaricateurs peuvent tout-ala-fois prêcher la morale et se dispenser de la pratiquer. De tout temps les prêtres voulurent se donner de l'importance , de tout temps ils s'agitèrent de mille et mille manières , en se livrant à toutes sortes d^intrigues , pour s'emparer de Renseignement public et s'arroger le droit d'envoyer des Missionnaires errans de toutes parts ^ pour prêcher les peuples ; mais plutôt encore pour les séduire et abuser de leur crédulité , afin d'en ob-

tenir des offrandes plus considérables 5 et exciter les âmes failjles et crédules à faire des donations, des legs et des testamens en faveur des églises. On se ressouvient même encore d^avoir vu autrefois ces sortes de Missionnaires^ du temps des croisades, dans le Mexique et ailleurs, se répandre de tous cotés et jouer une espèce de pantomime; pour intéresser et attirer le peuple ^ sans s'apercevoir ou sans vouloir faire attention qu'ils étaient bien éloignés de jouir de l'estime du public, et principalement de la classe la plus instruite, qu'ils redoutent, à laquelle ils portent une haine implacable.

Le progrès des lumières est ce que les prêtres craignent le plus ; ils voudraient, au contraire, plonger le peuple dans l'ignorance, ils voudraient le prêcher , le fanatiser, et non l'instruire et l'éclairer. Ils savent qu'en avilissant et en abrutissant les hommes , ils peuvent plus facilement les tromper et les dépouiller, et leur inspirer la crainte et la terreur. Aussi avaientils soin de s'étayer de l'autorité , ^t d'environner leurs Missionnaires de soldats armés 5 sans lesquels ils ne pourraieni

olilenîr U respect et la confiance aux-» ! . Ls prêtres^ qui ne prêchent pas d'exemple , ne peuvent jamais parvenir. C'est cependant de cette manière qu'irs prétendaient, avec le secours de la force arniëe, preclier la morale cbrétienne, la morale évangëHque 5 qui recommande, avant toat^ la charité ^ Tamour du prochain , la douceur et rhumiîlté, et qui prescrit de prier^ d^exhorter , d\xltirer^ et non de commander impérieusement.

Ils croy liient encore, pour mieux réussir auprès du peuple , lui adresser la parole dans un langage bas et populaire, en se servant d'expressions triviales , souvent inconvenantes , qui, loin de produire la persuasion et l'admiration , excitaient plutôt le rire et le mépris, mais quelquefois entraînaient le peuple vers le fanatisme. Quels succès de pareilles missions pouvaient - elles donc obtenir?

L'histoire nous l'apprend. Elle nous atteste qu'il en résulta des crimes sans nombre , des flots de sang humain répandus , et plusieurs millions de chrétiens qui furent égorgés et qui égorgèrent

plusîems millions d'infidèles et criiéré- ' tiques sans les convertir.

C'esc bien -en vàUx que les prêtres pv^^teii dent faire accroire quf? s?ds eux ia morale serait un ouliîi ^ qu^à eax seuls appartient le droit exclusif de la prêc'.er ; qu'on ne peut^ enfin, se presser d'eux pour l'enseignement public ; que le sort des gouvernemens, leur stabilité et la force de F^iutoriié souveraine, dépendent uniquement de l'influence, du crédit et de l'autorité des prêtres : tandis qu'au contraire il est visible et incontestable ainsi qu'il a été prouvé dans le courant de cet écrit , que les prêtres , par leurs intrigues , leur esprit de domination , leur avidité pour les richesses , et par leurs entreprises ambitieuses ^ ont toujours été une source de désordres , de divisions et de calamités pour les gouvernemens dans le sein desquels ils ont eu l'adresse de s'insinuer et d'y acquérir de la prépondérance et de l'autorité. Ils sont enfin comme une pierre d'achoppement pour tous les pays dont ils font le malheur ; ils sont enfin la cause réelle de

la désunion qui existe entre les souverains et les peuples.

Il m'est déioontrë^ maintenant, qu'à l'exclusion des prêtres , ce doit être aux gouvernemens seids , au moyen d'agens ou de fonctionnaires civils, , entièrement dans la dépendance du Souverain y à se charger de faire enseigner la vraie morale, a en surveiller la pratique 5 et à punir ceux qui 5 en s'en écartant , porteraient le trcable dans h société.

Je parierai bientôt sur ce que je viens de dire relativement à renseignement de la morale publique. Les propositions que j'ai avancées à ce sujet , feront partie de oies conclusions pour l'entreprise du rétablissement des mœurs. Cette entreprise est de la plus haute importance , puisqu'elle est destinée à s'asseoir sur des bases solides et impérissables , et à produire la tranquillité publique et le bonheur inséparable des peuples et des souverains.

Tout nous annonce la nécessité d'une grande et inévitabe réforme dans l'ordre social y c^est aux gouvernemens euxmêmes à l'opérer ^ ainsi que je l'ai déjà

dit plus haut [page 126). Cette grande réforme, qui préviendra les révolutions sans cesse menaçantes 5 aura pour objet principal la restauration de la morale publique ^ qui , de temps immémorial , dans tous les pays, dans tous les gouvernemens, est aujourd'hui travestie et corrompue , du plus ou du moins ^ par l'influence pernicieuse des principes et des maximes détestables que les prêtres n'ont cessé de mettre en pratique , en foulant à leurs pieds la véritable morale et en propageant l'immoralité politique^ non-seulement dans tous les gouvernemens , au sein desquels la corruption s'est malheureusement en quelque sorte enracinée ; mais encore dans les différens ordres de la société et parmi les différentes classes desagens, des employés et des fonctionnaires de l'Etat.

Cette immoralité politique s'est propagée jusques dans les tribunaux , elle y produisit une espèce d'inquisition judiciaire 5 qui s^y exerça en faveur de l'esprit de parti. Que de désordres dont les tribunaux étaient anciennement entachés^ et dont les rudimens qui y exis-

tent encore 5 font craindre d'y voir renouveler les mêmes abus ! On a vu aatrefois , dans certabîs gouverDeraens , des juges qui 5 pour plaire à l'autorité., et celle-ci asservie eiîe-mêine à Finfiueuce du clergé , se déclarèrent sans réserve les serviles partisaiis du régime arbitraire et^ tyrannique de la terreur , principalepient dans les procès en matière d'état et de religion.

Loin de protéger les intérêts des peuples contre les entreprises ambitieuses des prêtres , loin de résister à l'influence de leur ponvoir occu'te , on a , au contraire 5 observé plus d'une fois . que des tribunaux démoralisés favorisèrent le parti le plus corroiopn par la superstition et ie fanatisme 5 et montrèrent la plus grande partialité dans les procédures en matière d'éiat et de religion. On les a vus quelquefois donner , sans règles ni preuves 5 une interprétation forcée à la loi 5 et des jnges pleins d'animosité admettre une opinion entièrement contraire à l'équité , déclarer que telle ou telle proposition , telle ou telle réflexion ^ extraites isolément d'un livre^ sont se-

■ . (4^9) djîj'én-es . pîovoqiierjt à la révolîe et sont atteDlatoIres à !a oersonce sacrée da Souverain. De pareilles décisions prises ah iraîo , el foî:dées sur la préventian ^ ccnstiiu.^ient Fiéaîiaicins des crimes la cil il n'y avait souvent que des fautes , eu des imprudences ; de pareilles décisioES emportaient cependant la peine capitale , ou des punitions graves et infaniantes ; tandis que ceux auxquels elles étaient infligées ne méritaient peut-être que des corrections moins fortes , pour réprimer i'ef-ervescence du mécontentement, trop souvent excité par des actes arbitraires, ou par la vengeance et les réactions favorisées par les gouvernemens.

Lorsque les membres d'un tribunal criminel sont influencés par un esprit de parti et animés de liaine et de vengeance, malheur aux prévenus qui sont livrés entre leurs mains 5 comme des holocaustes destinés pour les sacrifices !

Tout est criminel aux yeux de pareils juges: gestes, paroles , écrits , tout est séditieux; tout est devenu attentatoire au respect et à la sûreté dus à la personne du souverain ; tout enfin a été fait

dans rinlention de commettre des crimes et d'exciter les peuples à la révolte. C'est alors que la mauvaise volonté et la partialité d'un juge influencé devient en quelque sorte une loi liomicide , qui s'élève au-dessus de la loi muette ^ qui prononce la peine contre tel ou tel crime désigné 5 mais celte loi muette ne prononce pas que Taccusé auquel on infligera cette peine ait mérité de la subir.

Quand l'esprit de parti vient à irriter les passions , les hommes les plus innocens peuvent succomber. Ils ont tout à risquer. C'est ce qu'a exprimé d'une manière aussi juste que piquante , un

célèbre jurisconsulte qui disait : « Si

w un ennemi puissant qui aurait juré ma » perte venait à rn'accuser sérieusemeni y> d'avoir volé les Tours de JSotrQ-Dame^ » je prendrais la fuite. »

Il est donc bien à craindre que des - juges se laissent influencer et corrompre par un esprit de parti. Ils y sont continuellement exposés par les sollicitations dont ils sont environnés, ainsi que par la crainte de perdre leur place , ou par l'espoir d'obtenir des faveurs. C'est eu vue

d'hypothèses si iacheiises ^ maïs incoiuestabies , que le h^rj fut aclmis dans plusieurs gouvernemens 5 mais on remarqua qu'en générai tout partisan des formes arbitraires eî tyran niques , que tout faux dévot 5 démoraJi^é par la superstition et le fanatismej étaient ennemis implacables de cette belle institution philaiitropique àn jurj^ qu'un grand roi éclairé, juste et hramain protège. Néanmoinsj ain^^ique je Tai dit précédemment ( ^^J' ci-dessus 5 pag. 208 , ) ceux « là font tous leurs efforts pour entraver cette institution. Voulant en atténuer les bons effets 5 ils cherchent à s'emparer des hommes destinés à composer le jury ^ et parviennent à défendre au sort d'y appeler ceux qui ne voudraient pas se laisser influencer par le parti qui favorise l'oppression. ;

11 résulte des précédentes réflexions ^ que, s^il existait des magistrats susceptibles d'être corrompus , l'immoralité judiciaire daus laquelle ils se laisseraient entraîner , ne pourrait mieux se comparer qu'à l'immoralité religieuse des prêtres. Sous ce point de vue, la magistrature

corrompue serait une espèce de sacerdoce ' inquisilorial, qui ressemblerait aux prêtres et aux moi ne:^ j j wges au tribunal de Finfâme inquisition, qui commettaient jad.is des assassinats judiciaires en matière de religion. Il suffit de se rappeler ces nombreuses procédures des tribunaux civils^ intentées à Fiiistigation desprêtres^ contre des sorciers et sorcières , contre des hérétiques;, accusés trop souvent et injustement de crimes , de maléfices et de sortilèges 5 et condamnés sans appel à être brûlés vifs sur des charbons ardens. On ne peut prononcer les noms àe Calas j de Sij'wenei de tant d'autres victimes, sans éprouver des souvenirs douloureux , qui n'attestent que trop les effets de l'inquisition des tribunaux civils et de leur immoralité judiciaire.

D'autres joges, partisans dés formes arbitraires et du pouvoir absolu, oppriiBerent aussi d'une manière évidemment contraire a i'équiîé, des prévenus poursuivis par Tesprit de parti. On les a vus entraver les moyens de défense des accusés j et repousser obstinément des témoignages el des dépositions , qu'ils refu-

saîent d^enlendre , parce que ces dépositions et ces témoignages pouvaient atténuer raccusation.

On éprouve encore de bien pénibles sentimens ^ que réveille le souvenir de ces menées occultes et perfides d'agens provocateurs , chargés de créer des conspirations et des crimes , afin d'avoir à punir des crimes et des conspirations ^ et inspirer ainsi la terreur par de terribles punitions. De pareils moyens , employés autrefois pour contenir et gouverner le peuple, n'étaient pas assurément des procédés paternels j mais ils étaient bien certainement entachés d'immoralité politique. Je le repète donc, ainsi C|ue je l'ai déjà dit (Voyez page 128 et suivantes ) : « N'est-ce pas un moyen vil et » honteux j qui n'a pu être conseillé que » par le J)arti influencé par le fanatisme » des prêtres , que de mettre en jeu des » êtres corrompus et perfides , capables y^ eux-mêmes de commettre de mau- )) vaises actions? De tels agens pervertis, » souvent recrutés parmi des scélérats » déjà repris de justice ^ formaient une w espèce de milice corrompue , dont

M rinfame métier consistait à empriiniei' w le laDg^ du crime pour attirer des >i lionniies , déjà ti op enclins à mal faire , » él les c\ luluire p^^s-à-pas vers le pré- )) cipice 5 et au lieu de les faire rentrer )) dans le sentier de î honneur et de la » fidéiiië envers leSouverainj les attirer, » au contraire^ par degré, jusqu'aux bc^ds » de Tabime ? Arrivés jusques-là , ces » provocateurs peifîdes , arrêtaient les » malheureux qu'ils avaient séduits , et )) dent îl n'étaU que trop facile de prouver M^la culp abilité i ils les livraient enfin à )) des tribunaux complices de mesures » aussi immorales j et des juges pleins » d'animositë se cîiargeaient ^ av«c le » zèle (le la partialité, d'égorger judi- » ciairement la victime qui leur était » livrée, et de la précipiter dans l'abîme. »

Par quelle fatalité faut«il encore que le ministère public ait contracté autrefois Fliabitude de ne prendre que trop souvent des conclusions injustes, entièrement contraires à l'équité, sans faire attention que la balance est le symbole , de la justice, et néanmoins prononcer ah irato des punitions disproportionnées

pour Pexpiation de crimes non-prouvés^ et plus souvent pour de simples fautes , qui ne réclamaient que des peines correctionnelles ! On aurait dit, dans ces tempslà 5 mais heureusement déjà reculés , que le ministère public était une école d'mjustice 5 dans laquelle de jeunes magistrats, égarés par leur ambition, croyaient d'autant plus assurer leur avancement , qu'ils montreraient un plus grand acharnement contre les victimes qui leur étaient désignées. Si les autres magistrats eussent toujours suivi des conclusions aussi peu équitables, que d'innocens auraient succombé sous le glaive des lois î C'est ainsi que l'esprit de partialité a propagé la corruption dans les tribunaux^ et que des juges se laissant influencer par l'espoir d'obtenir des grâces et des faveurs, ont donné la preuve que des inductions étrangères à la justice ont eu accès auprès d'eux.

Si on voulait jeter un conp-d'œil sur toutes les calamités judiciaires qui , dans les causes purement civiles , pèsent sur les particuliers, il faudrait des volumes pour les décrire. Que d'abus^ que de

rapines aurait-on à dévoiler , et qui aiili efois s^exerçaient par les agens subaîternes des tribunaux ! leur lactique constante est d'entraîner el d'égarer fa partie adverse dans le dédale des lois , en iircitiplianl les formalités , devenues , trop souvent ^ abusivement indispensables.

C/est ainsi qu'ils parvenaient à multi-plier également les frais de procédures , qui deviennent énormes et accableîit celui qui perd son procès , et même celui qui le g":gne. Ces agens secondaires, dont on permet mal-à-propos que le prix de leur emploi soit à un taux trop élevé, par le prix d'origine ou par un prix de convention qui s'exige entre particuliers [ors des mutations de la charge , semblent être autorisés à exiger des salaires 5 qui ne sont véritablement proportionnés qu'eu égard au prix de leur office. Parmi ces agens secondaires dont la plupart n'ont point de charges à payer^ il en est quelques-uns qui se livrent à l'intrigue 5 s'emparent de toutes les causes douteuses, et même des procès les plus injustes. Ils se laissent corrompre par l'or que leur prodigue l'homme riche.

puissant ou en crédit , qui veut opprimer le pauvre et le faible. Ces agens secondaires, dont les tribunaux fourmillent 3 employent leurs talens et toute leur adresse 5 à faire triompher les procès les plus iniques. A cet effet , ils trompent les juges eux-mêmes ; ils les abordent en particulier , leur fascinent les yeux , leur présentent la cause sous un faux point de vue^ Que d'arrêts furent ainsi préparés d'avance et rédigés dans le silence du cabinet, et avant d'être prononcés à l'audience 5 pour favoriser l'oppresseur du pauvre ! Que de juges aussi, très-indifférens pour la justice , craignant de compromettre leurs prétentions à la faveur , et même leur emploi inamovible y mais en même temps si facile à perdre , au moyen des retraites motivées^^ se laissent entraîner à l'opinion dominante et influencer par l'esprit de parli ! Que d'actes frauduleux , testamentaires et autres , frappés d'anatlième par l'opinion publique , qui néanmoins se maintinrent autrefois à la faveur de formalités évidemment contraires à l'équité î De pareils abos existèrent vérilablemenl.

personne n'ose les contester , les juges eux - mêmes ne peuvent en disconvenir y mais sans pouvoir y porter remède.

On pourrait présenter ici un tableau plus étendu^ plus détaillé^ de toutes les immoralités judiciaires. Les faits , les abus seraient bien nombreux sans doute; mais, il faut en convenir^ tant d'immoralités judiciaires sont émanées de l'immoralité religieuse et de ^immoralité politique. Cette immoralité judiciaire est tellement enracinée 5 qu'elle semble ne pouvoir disparaître qu'à l'époque delà grande réforme de l'immoralité politique et particulière dont je vais bientôt reparler encore.

Il en est de même de toutes les classes delasociété : parmi les agens du pouvoir, comme parmi les particuliers , tous suivent l'impulsion qui leur est donnée , chacun craint de compromettre sa place ou sa tranquillité^ ou de nuire aux espérances auxquelles il se livre. Cette influence si dangereuse ne cessera donc qu'autantquelesgouvernemens cesseront

d'être influencés par les maxîmés pernicieuses des prêtres.

Aussitôt que les gouveroemens se seront eux-mêmes réformés , au même moment aussi la morale publique se rétablira comme par enchantement ^ dans toute sa pureté et dans toutes les classes de la société. Dès-lors, la paix ^ Funion et l'affection réciproque s'établiront de lâ manière la plus intime , la plus durable , enlre les gouvernemens et les peuples , entre les souverains et leurs sujets 5 dèslors la confiance mutuelle , qui est évidemment altérée ^ renaîtra; dès-lors l'autorité , qui semble redouter l'esprit national, ne cherchera plus à l'étouffer ^ elle ne considérera plus le patriotisme comme un sentiment dangereux ou comme l'élément des révolutions. Elle ne soupçonnera plus ses propres soldats, ne redoutera plus , lorsqu^i! sera nécessaire ^ d'avoir une armée mobile de nationaux proportionnée à la population de FEtat; dès-lors, enfin, les gouvernemens auront honte de leur défiance envers leurs propres ejnfans , envers les défenseurs nés de la patrie ; ils nuiront p us donner leur

confiance à des troupes mercenaires ^ à des étrangers salariés à grands frais ^ et qu'ils ne regardent comme nécessaires et même indispensables à leur propre sûrelé5 que parce que depuis longtemps ils se sont placés dans une fausse position. Les gouvernemens ne pourront jamais sortir de cette fausse position, qu'en secouant le joug honteux sous lequel les prêtres les ont asservis depuis si longtemps, et dont ils suivent encore les maximes pernicieuses et les conseils perfides.

La grande et importante réforme de la morale publique, dont je veux parler, ne pourra avoir lieu^ qu'autant que les gouvernemens auraient la force et le courage de s'affranchir de l'influence des ea^ nemis les plus dangereux de cette morale, et de se soustraire à cette puissance théocratique , qui exerce continuellement son empire sur les consciences , par les intrigues occultes des prêtres et par leurs menées sourdes, toujours marquées an coin de la petitesse, de la mauvaise foi , de la méchanceté et de la cruauté^ de cette influence, dis-je, d'autant plus dangereuse, que presque tous les gouverne-

mens y sont réellement asservis , sans pour ainsi dire s'en apercevoire Ils sont en quelque sorte, entraînés copime malgré eux dans cette immoralité politique^ qui 5 devenue générale , place les gouvernemens dans la fâcheuse nécessité d'opposer , au dehors comme au-dedans de l'Etat^ la corruption à la corruption 3 pour résister aux effets de la mauvaise foi 5 dont on n'aperçoit que trop l'empreinte déguisée avec plus ou moins d'adresse, dans tous les actes et dans toutes les transactions diplomatiques.

C'est de cette influence théocratiqne aue dérive incontestablement Y lité politique et la corruption des mœurs , qui s'étendirent dans toutes les classes de la société et se propagèrent également dans tous les cabinets politiques de l'Europe , qui tous sembleiit s^accorder à s'opposer aux progrès des lumières et à préférer les formes avhitraires et le régime de la crainte et de la terreur.

En considérant l'influence que les prêtres exercent sur les souverains , on serait pjorlé à croire que les lumières et Fins--

truction 5 déjà répandues à un haut degré dans Tordre social , et au milieu des na-^ tions qui composent les états civilisés, auraient moins fait de progrès parmi les agens même des gouverneu ens. En effet , ceux-ci 5 en général ^ s'opposent cons-' tamment à la publication de la vérité , et toutes leurs mesures annoncent qu'ils regardent Fignorance des peuples comme un moyen de les gouverner avec plus de facilité. Cette opposition des gouvernemens aux progrès des lumières ne prouve point que les agens des gouver-^ nemens ^ je veux parler des agens de la première classe , manquent de lumières ; mais cette opposition ne prouve que trop jusqu'à quel point les gouvernemens sont asservis à cette influence magique des prêtres , qui , en travestissant la saine morale, ont propagé la corruption de toutes parts. Les souverains ont Leau faire choix de l'élite des hommes les plus instruits ^ pour en faire des hommes d'état et leur accorder leur confiance; ils ont beau s'entourer des per-^ sonnages les plus distingués par leur esprit, leur savoir , leur éloquence 3 et par

toutes les qualités éminentes qui délerminent ordinairement leur admission au ministère , cependant ces hommes si éclairés, du moment qu'ils sont arrivés au poste important auquel les a appelés le talent 5 dès-lors , comme par enchantement, se trouvent liés ^ garrottés par la force des circonstances, et partagent bientôt l'asservissement dans lequel le gouvernement lui-même se trouve avili :

ils sont obligés ^ pour se conserver en place , de transiger avec leurs propres lumières , avec leur propre conviction ; et entraînés dans le torrent de la corruption politique, dont ils ne peuvent plus se dégager 5 ils consentent , comme malgré eux, à des mesures erronées, à des fautes même qui dérivent inévitablement des mauvais principes adoptés par le gou=vernement et également nuisibles aux intérêts du souverain comme à ceux du peuple. Si quelques-uns de ces hommes d'état osent résister à l'esprit de parti auquel le gouvernement est ordinaire-ment en proie , et veut faire le bien , en proposant une marche franche , fondée sur la justice et la bonne-foi , bientôt il

succombe , et se trouve remplacé par d'autres hommes , doués également de mérite , mais qui , malgré les meilleures intentions qu'ils pourraient avoir ^ n'obtiennent pas davantage que leurs prédécesseurs 5 un résultat plus heureux. Il résulte de cette fausse position , qu'aucun ministre ne pourra jamais sortir de ce cercle vicieux , tant que les gouvernemens seront asservis sous Finfluence théocratique j et tant qu'ils en adopteront les principes et les maximes détestables 5 qui de tout temps reproduisirent sans cesse les mêmes abus et les mêmes vices politiques, et sans cesse les reproduiront.

Le joug honteux que les prêtres ont imposé aux souverains et à leur gouvernement est d'autant plus difficile à secouer 5 que les gouvernemens et les souverains auraient fait moins de progrès vers les lumières , ou se seraient laissé plus ou moins asservir aux préjugés de la superstition et du fanatisme, etauraient adopté plus ou moins les principes tyranniques du gouvernement théocratique Çt les maximes détestables des prêtres ^

au moyen desquels ceux-ci corrompirent de tout temps les souverains 5 dont ils ne réussirent que trop souvent à faire des tyrans 5 en leur conseillant de gouverner despotiquement 5 avec des formes arbitraires ^ et en adoptant le régime de la terreur.

Tous les gouvernemens , au lieu d'employer un régime paternel envers les peuples 5 se rapprochèrent, au contrairej des principes et des maximes du gouvernement théocratique ^ en adoptant les formes arbitraires du pouvoir absolu ^ en repoussant avec dédain ^ avec orgueil 5 les réclamations et les plaintes les mieux fondées , en exerçant même une véritable inquisition politique sur la pensée 5 et en punissant les réflexions les plus justes, émanées de la raison et du bon sens, que des juges visiblement asservis à l'esprit de parti ne s'arrogent que trop souvent le droit de qualifier de propos séditieux , sans donner aucune preuve de leurs allégations, ainsi qu'il a été déjà dit ( p. 427 et suiv. ) C'est ainsi que les opprimés et ceux qui veulent s'en déclarer les défenseurs ;j se trouvent

comprimés et punis^ le plus soiivenî^ pour des fautes idéales ou des crimes factices.

Que de gouvernemens , loin de consulter l'intérêt de tous, loin de concilier les opinions opposées, excitent , au contraire , les passions et l'animosité des partis , et s'abaissent même jusqu'à prendre les livrées de celui de ces deux partis qui est le plus démoralisé; en favc-risent les partisans ; par une prédilection marquée ^ leur accordent des grâces ^ des faveurs 5 des distinctions ^ soudoyent la plupart de leurs ouvrages périodiques 5 ne donnent aucun accès à la vérité dans les journaux officiels , et accablent de toute leur défaveur les autres journaux qui osent la dire ! Ces sortes de gouvernemens, croyant maintenir le bon ordre, condamnent au silence quiconque n'est pas de l'avis du parti favorisé j et nonseulement leur refusent toute espèce de faveur j mais cherclient encore le moyen de leur faire éprouver des disgrâces, et trouvent des prétextes pour les punir.

Ce genre d'oppression a donné naissance à ce prétendu axiome ^ qui en po«

lilique est hien immoral, que^ toutes ' u^rités ne sont pas bonnes h dire. Mais pour parler avec plus de justesse ^ il faudrait s^exprimer ainsi : Toutes mérités sont dangereuses à dire. En effet , si toutes les vérités sont bonnes à dire pour l'utilité des gouvernemens , pour l'avantage des souverains et le bonheur des peuples, elles sont dangereuses à dire , lorsqu'un gouvernement est démoralisé , lorsqu'il est asservi sous le joug de l'influence des prêtres , lorsqu'il en a adopté les maximes anti-sociales , qui dérivent des principes du gouvernement tliéocratique ^ si absolu, si tyrannique et si sanguinaire. C'est alors que les vérités sont dangereuses à publier, pour celui qui oserait démasquer les injustices commises arbitrairement par les agens d'un gouvernement démoralisé, pour celui qui aurait le courage de dévoiler la turpitude des hommes riches y puissans et en crédit qui oppriment le faible et le pauvre ; c'est alors , dis-je , que ceux-là s'exposeraient aux plus grands dangers.

L'homme qui a de l'autorité , non-seulement ne veut point souffrir la vérité

qui lui est défavorable ; mais encore i! prétend en imposer par son crédit et usurper l'estime publique. Il fait un crime au pauvre et au faible de réclamer contre l'oppression , et il l'écrase sous le poids de sa supériorité. C'est ainsi que le pauvre et le faible succombent d'autant plus facilement, que le gouvernement est démoralisé.

Si, au contraire, un gouvernement était assez fort pour se soustraire à l'influence tliéocratique, et assez moral pour abjurer les maximes anti-sociales des prêtres et pour adapter à Fart de gouverner la bonne foi et l'équité ^ observer la morale cîirétîenne et évangélique dans toute sa pureté ; c'est alors que toutes les vérités seraient bonnes sans être dangereuses à dire. Un pareil gouvernement non-seulement accueillerait la vérité avec bonté; mais encore il encouragerait ceux qui îa connaissent;, à la publier. Il s'empresserait d'en profiler pour réprimer ceux de ses propres agens ou employés qui s'écarteraieiit des voies de la justice , et pour empêcher enfin les particuliers riches et puissans d'opprimer le pauvre el le faibfe.

Il est donc vrai de soutenir que toutes ^vérités sont bonnes à dire pour le bonheur de la société; pour l'utilité et la gloire du souverain et de son gouvernement ; mais elles ne sont dangereuses à dire qu'à cause de la méchanceté des hommes j qui se sont laissés corrompre par les principes détestables de la prétendue théocratie;, que des prêtres avides, despotes, fanatiques et cruels, imaginèrent pour opprimer les souverains et les peuples , et pour égorger et dépouiller les victimes qu'ils sacrifièrent de tout temps et en si grand nombre à leur ambition.

Si toutefois il est si dangereux de.

dire la vérité , c'est alors que le courage qu'on doit mettre à la proclamer, à ses risques et en faisant abnégation de soimême , est une vertu fondée sur la morale chrétienne et évangélique , qui nonseulement nous permet et nous invite à dire la vérité, mais encore nousFordonne.

Les évangélistes nous fournissent différens passages qui établissent d'une manière en quelque sorte précise , que la vérité, comparée à la lumière, ne doit pas être cachée, mais au contraire doit être

mise en évidence et produite eii public^ pour éclairer les hommes et leur être utile. Je ne citerai que saint Mathieu ; car les deux autres évangélistes répètent les mêmes préceptes : savoir, saint Marc ^ chap. IV ^ {>ersets 11 et 11 ^çX saint Luc^ cliap, viïi^ versets 16 17 , chap. xi^ verset 33 , chap. xii ^ s>erset 2.

Neque accenduntlucernani et ponant eani sub moclio^ sed super candelahrum^ ut luceat omnibus....^ [Sanctus Matth. ^ cap. i^ersic. i5. ) Sic luceat lux çestra

corani hominibus [Ibidem^vers. 16.)

Nihil enini est opertum quod non rei^elabitur^ et occultum quod non scietur. ( Ibid.y cap. X , vers. 26. )

(( On n'allume point une lampe pour » la mettre sous le boisseau, mais on la met » sur un chandelier , afiQ qu'elle éclaire >/ tout le monde. ( Ibid.^chap. Z^, p». i5. )

Ainsi, que votre lumière luise devant » tous les hommes.... ( Ibid. , p». 16. J

» Il n'y a rien de caché qui ne doive >î> être découvert. [îhid.^chap .x^ vers. 26.)

Si la publication de la vérité est recom-^ mandée par l'évangile , les gouvernemens eux-mêmes doivent montrer l'exemple.

Ils ne peuvent mieux à cet égard accomplir le précepte de l'évangile, qu'en favorisant ceux qui veulent publier des vérités utiles 5 et il n'est pas de moyen plus efficace pour y parvenir, ainsi que je l'ai déjà dit ( J^oy. pag. 204 ) 5 que d'affranchir entièrement laliberté de la presse^ sans en excepter les ouvrages périodiques, c'est-à-dire d'accorder la permission franche et libre de dire toutes les vérités utiles à la société , mais non de publier le mensonge et la calomnie ; car si laliberté de la presse^ dont nous reparlerons encore 5 peut aussi donner naissance à des abus 5 les lois sont là pour les réprimer. Mais il est bien facile de distinguer la vérité d'avec l'erreur et le mensonge. La vérité est simple^ l'erreur est compliquée , sa marche incertaine est remplie de détours. Le chemin de la vérité est droit , celui de l'imposture est oblique et ténébreux.

La vérité sera toujours nécessaire aux hommes ; tout esprit juste la comprend. La vérité et la raison ne font qu'un. Les hommes ne sont malheureux que parce qu'ils ignorent la vérité ^ ils ne sont mé-

chaîis, que parce que^ la vérité leur étaiîE refusée , sa raison ne peut se développer^

Il en est de même d^un gouvernement ; plus il aimera la vérité , plus il la provoquera ^ la protégera , plus il sera juste et humain , et plus il repoussera avec indignation l'influence des prêtres corrompus , qui toujours ont mis la division entre les souverains et leurs sujets.

L'aversion ou l'inclination des gouvernemens pour la vérité^ pour le progrès des lumières ^ et enfin pour la liberté de la presse ^ franche et dégagée des entraves de la mauvaise foi et de Fimmoralité politique, sont et seront toujours des dia*gnosliques infaillibles pour connaître le degré d'immoralité des Ministres d'Etat.. C'est un thermomètre certain , qui ne trompera jamais l'observateur de bonne fol 5 qui voudrait juger les principes d'un gouyernemeot ^ apprécier ses intentions 5 connaître sa direction 5 et savoir s'il marche vers îe bien, ou s'il fait des pas rétrogrades vers le mal; si enfin il se conduit diaprés les principes d'une morale pure 5 ou s'il se laisse égarer dans ies sentiers tortueux de la corruption.

Malheur aux peuples dont le gouvernement repousse la vérité et se laisse influencer par les infâmes maximes régicides et tyranniques de la théocratie , si sanguinaires , prêchées et mises en pratique par les prêtres. Ge sont les prêtres seulement , et non les gouvernemens , qui sont intéressés à repousser la vérité et à mettre des entraves à la liberté de la presse. Eux seuls ^ et tous les hommes peu éclairés , séduits par leurs principes funestes , veulent non - seulement modifier et comprimer cette précieuse liberté de la presse ^ mais encore l'anéantir aussitôt qu'ils le pourront. C'est seulement aux prêtres , et aux agens corrompus 5 employés par les gouvernemens , que la liberté de la presse inspire tant d'effroi et leur imprime la terreur. Tous redoutent la vérité , la lumière , le progrès des sciences • tous , pour leur propre intérêt, veulent avilir et abrutir les peuples par Figorance ; tous veulent séduire , tromper et corrompre les gouvernemens; toussent réellement les véritables ennemis des rois et des peuples.

Les Recherches historiques dont j'ai

présenté une esquisse rapide dans le courant de cet écrit, devraient comprendre non-seulement les actions criminelles des prêtres de toutes les religions, mais faire connaître encore la source où ils puisèrent des principes et des maximes aussi détestables , qu'ils prêchèrent hautement avec tant d'arrogance, et mirent en pratique avec tant de cruauté 5 en se couvrant du manteau de la divinité : je me contenterai d'indiquer ces sources funestes dont les prêtres s'autorisèrent pour adopter les principes dont je veux parler , qui sont eu opposition directe avec la saine morale, avec Féquilé, la raison , le bon sens , et qui malheureusement se trouvent aujourd'hui disséminés dans tous les livres de théologie, presque sans exception. Le fanatisme s'en est autorisé pour fouler aux pieds la morale chrétienne et évangélique.

Les prêtres , entraînés de plus en plus dans les crimes qu'ils commirent sans remords , pour acquérir et conserver les richesses dont ils furent si avides^ poussèrent la corruption jusqu'à inter-

prêter en faveur de leurs abominables principes et de leurs cruautés atroces 5 un grand nombre de traits historiques et de maximes tirées de Ibl Bible ^ dont ils abusèrent.

La Bible est un livre sacré , qui contient des choses sublimes, mais souvent tien mélangées. L'église n'a point prononcé que toutes les parties de cet ouvrage ayent été révélées verbum pro verbo , ainsi que quelques théologiens corrompus avaient voulu l'avancer.

Puisque l'Eglise n'a point prononcé que la Bible ait été révélée verbum pro verbo 5 il s'ensuit que l'Ancien Testament est l'ouvrage des hommes , et que ceux-ci n'étant point infaillibles, ils ont pu se tromper. En effet, quoique la Bible renferme des choses divines 5 il n'en est pas moins vrai qu5 des théologiens et des pères de l'Eglise ont prononcé que la lecture n'en devait pas être, permise indifféremment à tous les fidèles, et principalement aux jeune^ gens , à cause des poésies érotiques qui s'y rencotitrent.

En différens pays de l'Europe , et même en Espagne; la lecture de la Bible n'était

permise qu'à \ingi-cinq ou trente ans ^ comme étant l'époque à laquelle le jugo ment devait être formé et les mœurs affermies : ce qui équivaut à dire que certaines parties de la Bible sont dangereuses à lire 5 parce qu'on en peut abus-f^r. Il serait bien facile sans doute de démontrer jusqu'à l'évidence ce qui vient d'être dit , si on voulait entrer dans une explication sérieuse à ce sujet. On pourrait réunir un grand nombre de passages tirés de la Bible 5 qu'il serait impossible de justifier. Si on voulait en raisonner de bonne foi , d'après les principes de l'équité , du bon sens et de la raison , et sans se laisser abuser par des réponses évasives et absurdes , par des interprétations forcées et ridicules , d'oii il est résulté que certains théologiens ne cessèrent de faire tous leurs efforts pour jeter l'épouvante en représentant la divinité comme un être féroce , toujours irrité , prompt à exterminer les hommes sur terre , et à les condamner à subir, dans l'autre monde, des supplices affreux et éternels.

De ces différens passages 5 tirés de la

Bible ^ tous les prêtres démoralisés 5 et particulièrement du temps de la ligue , en déduisirent des principes ec des maximes détestaliles , sur lesquels ils fondèrent la doctrine exécrable des régicides 5 des meurtres et des empoisonnemens, et basèrent les prétentions sans bornes du pouvoir théocratique , si tyrannique et si sanguinaire ^ qui fut toujours l'ennemi déclaré de l'autorité légitime des souverains. C'est d'après de tels principes qu'ils cherchent constamment à influencer , à subjuguer et à asservir les gouvernemens, en regardant les rois comme leurs sujets, entièrement inférieurs à l'autorité ecclésiastique , qu'ils ont la prétention si erronée de pouvoir exercer sur terre; et ajoutant Terreur à l'erreur , ils se croyent ici-bas les représentans de la Divinité et investis de tous les droits que Dieu peut exercer sur l'homme. Telle est l'origine des folles et exécrables prétentions des prêtres , qu.i s^arrogent le droit de vie et de mort sur les souverains et sur les peuples. Ils se décl:irent dépositaires du pouvoir de Dieu 5 ils prétendent être immédiate-

îuent en contact avec lui 5 et le prouver par des impostures , par de prétendus miracles , et par des phénomènes qu'ils empruntèrent à la nature. Ils se disent enfin les ministres inflexibles d'un Dieu vengeur et inexorable , dont ils doivent mettre à exécution les ordres 5 sans pouvoir y rien changer , ni se laisser fléchir par aucun des tendres sentiniens que la nature nous inspire , mais qu'ils se croyent autorisés à fouler aux pieds.

Ces prêtres démoralisés poussèrent l'astuce et la corruption jusqu'à choisir dans la Bible ^ pour modèle de leur conduite, les exemples les plus révoltons des mœurs dissolues 5 d'actes de mauvaise foi 5 de cruauté et de barbarie , qui font frémir l'h u m a n i t é ; e t a u moy e n de s r ai s o n n em e n s et des interprétations les plus absurdes 5 ils osèrent soutenir que tant de crimes aussi atroces avaient été ordonnés par un Dieu de paix et de charité; qu'il était enfin permis d'en commettre de semblables 5 pour la gloire de Dieu et pour les intérêts de la Religion.

Ce n'est pas seulement dans la Bible que les prêtres puisèrent des principes

aussi funestes. Semblables à ces reptiles dangereux , se nourrissant des venins qu'ils aspirent , ils exhalent ensuite leurs poisons et propagent de toutes parts le désordre , la corruption et la mort. C'est dans TEvangile même qu^ils prétendent trouver l'autorisation de porter partout le trouble et la division sur terre^ de semer la discorde dans les Etats ^ d'y exciter des guerres civiles , des guerres de religion , pleines d'acharnement et de cruautés , de commettre , s'il le faut , des actes d'injustice et de mauvaise foi 5 de massacrer y d'assassiner , d'empoisonner les rois et les grands sur terre lorsque la religion l'ordonne , de faire enfin couler à grands flots le sang des peuples pour apaiser la colère d'un Dieu vengeur 5 que les prêtres ont l'impiété de proclamer comme un être altéré de sang et de carnage.

On pourrait présenter ici un assez grand nombre de citations prises dans le nouveau Testament , et auxquelles les prêtres donnent le sens dont je viens de parler. Je n'en citerai que deux, pour servir d'exemple 5 ils sont tirés de Tévan-

gile selon saint Luc. Les théologiens eo ont d'autant plus étrangement abusé , que ces deux passages y dans lesquels l'évaDgéliste fait parler le Christ^ semblent entièrement isolés et n'avoir d'autre interprétation que celle qui se présente naturellement. Ces deux passa»

geSj d'ailleurs^ n'ont aucun rapport 5 pour ainsi dire 5 avec leurs antécédens. C'est ce qu'on pourra vérifier, en lisant, dans ]e même chapitre que j'ai indiqué , les versets qui précèdent et qui suivent ces deux passages , dont voici le texte :

Jgne?n veni miitere in terram : et r/uid volo y nisi ut accendatur ? { Saint Luc , chap. XII 5 vers. 49- )

« Je suis venu pour jeter le feu sur » terre : et que désirai-je^ sinon qu'il w s'allume? »( Ibidem, )

Putatis c/uia pacem veni dare in ter-^ ram^ Non^ dico vobis ^ sed séparation nem, ( Ibidem , versic. 5i. )

« Croyez-'vous donc que je sois venu )) pour apporter la paix sur terre ? Non , » je vous le dis, mais la division. » ( Ibidem. )

Les prêtres firent encore plus que de

proclamer leurs doctrines cruelles et de provoquer publiquement Fassassmat des souverains et des peuples. Ils pratiquèrent eux-mêmes les maximes exécrables qu'ils proclamèrent. Oo a vu des prêtres et des moines fanatiques^ armés de poignards , frapper d'une main parricide, sans remords et en sûreté de conscience, les têtes couronnées dont ih avaient juré la perte. Ils prétendaient avoir droit de i^ieetde mort sur les souverains , comme sur les peuples. Ils les regardaient tous comme inférieurs et sujets de ceux auxquels était délégué^ sur la terre, le pouvoir théocratique , ainsi que je l'ai dit plus haut.

Par une conséquence aussi fausse qu'abominable , mais spécieuse pour les prêtres et pour leurs partisans imbéciles ; ou corrompus ^ ils en tiraient la conclusion 5 que 5 si Dieu^ quand il le veut et lorsqu'il lui plaît ^ peut enlever la vie aux hommes , pour sa gloire et pour l'intérêt de son culte ici bas ; les prêtres doivent également ^ comme lieutenans de Dieu sur terre , comme étant ses ministres favoris, et recevant immédiatement

leur pouvoir cfe la divinité , exécuter ses ordres avec inflexibilité , et même enlever la vie aux hommes qui offensent Dieu en rie lui rendant pas le culte qui lui est dû conformément aux rites j aux cérémonies et aux pratiques religieuses ordonnées par les prêtres; mais sans s'embarrasser delà pratique de la morale . que ceux-ci furent les premiers à ontrager et à fouler aux pieds 5 en permettant à leurs aveugles disciples et à leurs partisans corrompus d'en faire autant , ainsi que nous l'avons déjà dit précédemment.

Il est donc bien évident que de tout temps les prêtres corrompus, ne faisaient consister les religions dont ils étaient les ministres y que dans le culte seul ^ que dans l'observation derites^ de cérémonies et de pratiques religieuses^ et non dans !a pratique des mœurs pures qu'ils outrageaient. Ils se montrèrent aussi très - intéressés à démoraliser les souverains et les particuliers , à les avilir; et en corrompant la morale pubiique , à abrutir les peuples dans la plus profonde ignorance. Ils repoussèrent également la vérité ^ en s'opposant constam-

ment et avec acharnement au développement des sciences, aux progrès des lumières 5 et à la manifestation de l'opinion publique , si nécessaire pour le maintien de l'ordre et pour le bonheur des hommes en société.

C'est ainsi que les prêtres de toutes les sectes, telles qu'elles se succédèrent en si grand nombre sur terre et depuis tant de siècles . eurent toujours des idées fausses sur la religion et sur les mœurs , ainsi que sur le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel.

Les prêtres tombèrent de tout temps dans une grande erreur , et cette erreur grossière fut la source de la corruption , des désordres et des crimes innombrables dont ils inondèrent la terre. Cette erreur de leur part consiste à séparer la pratique des mœurs d'avec la pratique des rites religieux 5 et par un contraste aussi funeste que déplorable ^ de vouloir réunir entre leurs mains le powoir spirituel et le powoir temporel.

Les ministres des différentes religions 3UV ^terre parvinrent de deux manières

à celte réunion fatale des deux pouvoirs spirituel et teinporel,

D'abordj les prêtres, profitant des connaissances qu'ils acquirent en quelque sorte exclusivement 5 dans les sciences 5 influencèrent et dominèrent les souverains superstitieux , ainsi que les peuples stupides et ignorans et les gouvernemqns peu éclairés ; puis mettant en jeu l'imposture et l'illusion , ils parvinrent à séduire les gouvernemens ^ et principalement les rois faibles et ignorans , qu'ils rendirent fanatiques. Par ce moyen , ils les asservirent, et îes subjuguèrent à un tel point 5 que les souverains et les gouvernemens étaient réellement aux ordres I des prêtres , ainsi qu'ils le sont encore aujourd'hui pour la plupart. Ceux - ci exerçant sur ceux-là un pouvoir pour ainsi dire magique , les prêtres parvinrent à diriger secrètement et par euxmêmes les fils ou les ressorts qui mettent e!i action le pouvoir civil, et ils avilirent tellement les souverains et îes gouvernemens^ qu^ils les démoralisèrent et les réduisirent jusqu'à devenir les ins-

Irumens actifs et passife de la superstition et du fanatisme , et à servir Famjbition 5 les haines et les vengeances des 'ministres des autels.

A rimitalion des prêtres, les gouvernemens et les souverains, pour la plupart 5 foulant aux pieds la saine morale^ se dispensèrent également delà pratiquer, et ils adoptèrent les principes qui découlent de l'immoralité religieuse.

Cette première manière, avec laquelle les prêtres parvinrent à réunir, de fait^ entre leurs mains, les deux pouvoirs spirituel et temporel ne fut pas la seule qu'ils employèrent ; car ils voulurent aussi exercer , £Ïe droit et de fait , le pouvoir souveraiu sur terre et c'est ainsi qu'ils imaginèrent le gowernement thêocratique ^ qu'ils parvinrent à exercer ici-bas. Mais ce gouvernement théocratique , uniquement fondé sur la superstition , sur des merveilles et des prodiges absurdes, sur des illusions et des impostures , ne put jamais obtenir de solidité. Aussi a--t-on observé que , dans Faotiquité 5 les gouvernemens purement tliéocratiques j dont j'ai donné précédem-

ment quelques exemples 5 ne furent ja-* niajs de longue durée.

L'autorité souveraine entre les mains des prêtres , qui l'exercèrent dans une entière indépendance , n'en a pas été plus avantageuse pour les différentes religions^ qui semblaient devoir en obtenir plus de solidité ; mais 5 au contraire , ces religions^ qui ne consistaient que dans des rites, des cérémonies et des pratiques religieuses^ s'écroulèrent toutes, les unes après les autres, avec rapidité parce qu'elles n'avaient pas l'appui de la morale pure , sans laquelle aucune religion ne peut subsister , ni faire le bonheur des hommes.

C'est précisément la position dans laquelle se trouve aujourd'hui la religion chrétienne ; et de même que toutes les autres religions payennes , ainsi que la religion juive , elle s'écroulera par les mêmes raisons : elle disparaîtra, ou elle n'aura plus qu'une existence obscure , peu honorable ; et les chrétiens , enaban-donnant la morale , s'en tiendront uniquement à des cérémonies , à des pratiques et à des rites religieux , ati^quels;,

à Fimitation des juifs, iis resteront obstinément attachés.

On voit maintenant qu'il est démontré d'une manière incontestable , que les prêtres ont pris malheureusement une fausse route, et qu'ils se sont égarés de manière à ne plus pouvoir retrouver le chemin de la vertu. Ils sont entièrement dans la voie de Terreur et de la corruption , en abandonnant la morale évangélique 5 en se refusant de la pratiquer , en l'outrageant de mille manières , par leur avidité pour les richesses , par leur ambition , par leurs intrigues^, par leur esprit de domination sur terre j par leur manque de charité chrétienne, par leurs crimes^ parleurs vengeances et par leurs atrocités. Ils sont encore doublement dans l'erreur 5 en abandonnant les voies de la douceur et de la persuasion , et eu prétendant contraindre les hommes^ par la force et la violence , à se soumettre à des pratiques vides de mérites sanslac Jio 777e 5 ainsi qua FEvangile Fa annoncé (i) , et en tenant en main le poignard du fa-

(i) Voyez les pages 25 et 99.

îiatisme, dont ils menacent sané cesse les rois et les peuples qu'ils frappèrent toutes les fois qu'ils purent usurper le pouvoir.

C'est ainsi que les prêtres furent toujours en opposition avec Tequité , la raison et le bon sens, qu'ils ne cessent d'outrager dans leurs écrits ^ dans leurs discours et parleurs actions^ et ils sont en contradiction perpétuelle avec la morale chi élienneet évangélique, qu'ils se dispensent de pratiquer et qu'ils ne cessent également de travestir et d'avilir, s'il était possible , en prêchant la morale corrompue qu'ils propagèrent dans toutes les classes de la société.

lî n'est plus étonnant que les prêtres se soient formé des idées aussi fausses sur la religion 5 sur les mœurs , ainsi que sur l'autorité spirituelle et temporelle , qu'ijs ont la monstrueuse prétention de vouloir réunir et confondre entre leurs iiiains ; les aveugles partisans des prêtres n'ont également que des idées entièrement privées de justesse sur l'autorité temporelle, dont ils se figurent que l'étendue et le pouvoir dussent se modeler

sur l'autorité ou le pouvoir théocratique tel que les prêtres ont imaginé qu'il devait exister sur terre 3 aussi n'oot-ils donné que des définitions inexactes et souvent fausses de l'un et l'autre pouvoir spirituel et temporel , voulant que ces deux autorités ayent les mêmes attributions , les mêxïïes prérogatives , la même étendue 5 telles que Dieu en jouit effectivement^ savoir 5 une autorité entièrement indépendante des lois humaines et entièrement arbitraire ^ou absolue. Ceuxlà se trompent également et se perdent dans des diçfagations y lorsqu'ils veulent définir la légitimité de l'autorité civile.

Sans entreprendre de définir ce que c'est que la légitimité ^ je dirai en passant qu'elle consiste dans le droit d'héritage 5 que les destins accordent aux Souverains investis de l'autorité souveraine soumise aux lois. Toutes les nations sont invinciblement intéressées , pour leur tranquillité et pour leur bonheur, à considérer Fautorité souveraine comme l'héritage lé^gitime des dynasties régnantes ou des gouvernemens investis de la souveraineté , sous telle dénominar

tion que ce soit. C'est moins du personnel des peupleSj que de l'exercice de l'autorité souveraine, que les souverains ont droit d'hériter ; c'est donc dans cet héritage sacré de l'autorité souveraine j que consiste la légitimité. Le bonheur des peuples et des souverains dépend du maintien de cette légitimité. Tous les hommes réunis en société sont essentiellement intéressés à respecter et à défendre la légitimité , ou ce qui est la même chose 5 l'autorité légitime qui les gouverne. Toute entreprise, toute révolution qui tendrait à attaquer, à affaiblir, à renverser l'autorité légitime ou la légi^ limité soumise aux lois , est criminelle et contraire à l'intérêt de tous , car elle ne peut que produire les horreurs de l'anarchie.

Toute corporation réunie sous un chef particulier , avec une autorité indépendante de l'autorité légitime, est un abus dangereux , est une monstruosité dans l'Etat ; de plus encore elle est criminelle et séditieuse dans son principe , lorsqu'elle cherche à influencer , à diriger , à subjuguer, à usxu^per, à avilir l'autorité légi-

iîme. C'est un attentat de lèze-légitimité ^ lorsque de pareilles corporations font leurs efforts pour s'approprier y pour usurper Fautorilé légitime ^ ou une portion de cet le autorité.

A la téte de ces corporations , toutes ennemies jurées delà légitimité ^ on voit se placer naturellement , dans l'histoire des peuples, la corporation des prêtres de toutes les sectes religieuses, qui de tout temps existèrent en si grand nombre , dès l'antiquité la plus reculée et dans tous les pays.

Les prêtres de toutes les sectes religieuses furent donc de touttempsles ambitieux rivaux de la légitimité , c'est-àdire qu'ils s'appliquèrent toujours à influencer ou à diriger Tautorité légitime , ou à l'avilir , la subjuguer , ou à Pusurper et s'en emparer en tout ou en partie ; et ils apportèrent en outre le désordre et la division dans tous les gouvernemens oii ils s'insinuèrent avec souplesse.

En outrageant constamment la morale publique ; ils se livrèrent à des crimes et commirent sans remords et pour l'amour de Dieu ^ des atrocités

qui font frémir l'huraanilé , et cela pour propager des rjtes et des pratiques religieuses , et pour contraindre par la violence les hommes à s'y soumettre ■malgré eux. C'est ce que j'ai essayé de prouver dans le courant du présent écrit, et ce que d'autres auteurs plus érudits ont démontré et démontreront bien facilement.

Cette première corporation formée de prêtres 5 fut fondée sur la superstition , le fanatisme et le crime ^ et elle donna naissance à d'autres corporations secondaires 5 qui suivirent les mêmes principes exécrables , et qui, se livrant à tous les genres de corruption 5 semblèrent renchérir sur les prêtres, s'il eût été possible. Au nombre de ces odieuses corporations 5 on compte l'atroce Inquisition et l'infâme société des Jésuites régicides 5 sans compter tous les ordres monastiques, qui, sans prendre une attitude aussi ambitieuse et aussi criminelle 5 ne profitèrent pas moins des principes dangereux des prêtres^ pour s'emparer de ricliesses immenses, au moyen desquelles ils vécurent dans l'abondance, se livre-

rent souvent à la luxure , et se vautrèrent dans la corruption. On distingue parmi cet essaim de moines vicieux , parasites et complètement inutiles a la société ^ les Domini-cains , qui servirent de bourreaux à l'Inquisition. Il est juste^ cependant ^ d'observer que ceux d'entre les moines qui se livrèrent à des recberches historiques ^ se rendirent utiles aux sciences et à la litiérature.

On peut encore ranger dans la même catégorie qu'occupent ces corporations dangereuses 5 et comme dérivant des mêmes principes de superstition et de cruauté^ toutesles autres sectes de fanatiques^ d'anthousiastes, d^illuminés^ etc., etc, qui^j se donnant des chefs particuliers auxquels ils accordaient une autorité indépendante de la légitimité , se livrèrent à des désordres et commirent également des atrocités , tels le Vieux de la Montagne ^ les Francs-Juges^ etc. ^ etc. , etc. dont je n'entreprendrai point d'indiquer ici l'origine et de décrire les crimes ^ ce qui exigerait des volumes entiers.

On a vu précédemment j dans le courant du présent ouvrage;, quelques-uns

des cliefs de ces différentes corporations religieuses parvenir à former sur terre des gouveruemens tîiëocraliques et à exercer ici-bas une autorité souveraine ^ tels les Juges et les grands Prêtres chez les Juifs ; les Mages chez les Perses j les Braminés chez les Indiens dans les grandes Indes, oii Brama ^ tout-à-la-fois Roi et grand- Prêtre 5 était considéré par les peuples qui étaient sous sa domination , comme ayant été établi lieutenant deDieusur terre avec une puissance absolue sur toutes choses. C^est Brama ou Brahma qui fut le premier souverain connu de FInde et du Mogol. C'est lui qui partagea le peuple en quatre grandes castes différentes 5 en défendant , sous peine de mort y à quiconque de passer d'une caste dans une autre. Les prêtres àe Brama s'appelaient Bramais ou Bramines ^ et les Grecs et les Romains les appelaient Brachmanes y c'est-à-dire philosophes ou prêtres des Indes, lesquels se chargeaient d'expliquer les mystères dç leur religion au peuple ignorant et stupide^ et par-la les Bramines acquéraient une grande iîifluence sur les hommes supers^

titieux. D'autres peuples encore furent gouvernés théocratiqueaient ; mais ce gouvernement s'altéra , devint mixte , car il ne pouvait se maintenir : en effet 5 ain^i que nous l'avons déjà démontré, tout gouvernement arbitraire et despotique , fondé sur ia superstition 5 le fanatisme et la terreur , fut toujours continuellement agité par des troubles et des divisions , et ne fut .jamais de longue durée.

A des époques moins reculées , et depuis la naissance de J. G., on voit encore quelques chefs de corporations religieuses se livrer à des intrigues ambitieuses , déjouer la vigilance des gouvernemens faibles et peu éclairés , et parvenir à enlever à la légitimité diverses provinces^ divers Etats, qu'ils usurpèrent , pour les posséder en toute souveraineté. Tels furent les souverains Pontifes romains en Europe , les Grands Lamas en Tar tarie ^ et les Jésuites au Japon et dans le Paragaai.

Nous avons déjà précédemment fait mention de la puissance temporelle des Jésuites ; qui possédèrent en toute sou-

veraineté des élcils considérables, qu'ils usurpèrent soit dans le Jopon, soit au Paraguai ^ et qui y exercèrent l'autorité souveraine sous la forme du gouvernement théocratique ; mais ce règne fut de courte durée. (Voy. ci-dessus, pag. t t2,) Nous nous bornerons donc , quant à présent; de donner quelques notions historiques sur la souveraineté des Pontifes romains de la religion chrétienne et sur le grand Pontife des tartares païens, connu sous la dénomination du Grand Lama^ souverain Pontife des Callnaicks^ Coschoti et du Kuiiichîa ^ souverain Pontife des Mongales ou Mongous , ou Chaiclia^Mouns(ales ,

Nous commencerons à présenter ici quelques notes historiques sur les souverains Pontifes du culte àe Lama ^ et 310US parlerons ensuite de l'origine du pouvoir temporel des souverains Pontifes de la religion chrétienne.

Le souverain Pontife de la religion desTartares s'appelle Dalai-Lama ^ c'està-dire prêtre universel ^ dans le langage du pays.

Les historiens s'accordent à dire que

le culte (le Lama a beaucoup de rapport avec la religion chrétienne dans Texterieur de la discipline , et qu'il doit son origine aux Missionnaires JS estoriens j qui 5 en effet , étendirent fort loin leurs missions 5 du coté de la Tartarie indépendante ^ vers la fin du huitième siècle.

Je ne veux pas hasarder des détails sur l'origine et Fépoque précise de la puissance temporelle du souverain Pontife Dalai~*Lama. Pignore quel a été le commencement de son pouvoir et s'il y est parvenu par des moyens légitimes, vers le viii^ siècle , ainsi que je viens de l'indiquer. Je ne saurais même assurer si dès cette époque il posséda le royaume de Tangut, Quoi qu'il en soit , ce que je puis avancer de plus précis et de plus certain, d'après Mgréri ( t. x^pag. i8i , édition de i^Sg ) , le Dalaï-Lama^ ou Grand-Prêtre du culte de Lama^ parvint à la souveraineté du Thibet , par une perfidie et par une conspiration , dont il fut l'auteur , et qu'il fomenta et dirigea contre le prince légitime des Cal-moulks ' Mougales du Thibet, en suscitant le peuple des Mongous Kalkas

à lui déclarer la guerre. Le grand" Lama , par ce moyen ^ parvint à détrôner ce prince et à le dépouiller de ses Etats , dont il est dit que les Mongous lui firent donation vers la fin du seizième siècle ou au commencement du dix-septième.

On voit déjà que cette usurpation du Dalai^ Lama offre quelques traits de ressemblance avec l'origine du pouvoir temporel des Souverains Pontifes romains, ainsi que je le démontrerai ci-après.

Le grand Lama^ ou Dalai-Lama , est donc souverain des royaumes de Tangut et du Thibet , dont il jouit comme de son patrimoine; mais 6ur lequel néanmoins le grand Kan des Calmoucks , dénommé aussi le Contaicha ou Grande-Seigneur ^ conserve la suzeraineté. On peut encore remarquer ici un trait de ressemblance entre le pouvoir temporel du grand Lama el le pouvoir temporel des Papes ^ qui furent long-temps sous la dépendance des empereurs d'Orient et d'Occident 5 et qui ne parvinrent que peu à • peu à s'emparer avec adresse d'^e la souveraineté des états, qu'on appelle auioui d'hui le natrinioine de saint Pierre.

Les souverains Pontifes du culte de Lama adoptèrent une mesure pleine de sagesse sans doute, relativement à la forme du gouvernement qu iîs établirent dans leurs souverainetés. En effet ^ le grand-Lama ne se mêle en aucune manière du temporel de ses états, qui, ainsi que nous l'avons dit , consistent dans les royaumes de TafigiU et du Thibet y et il ne souffre pas qu'aucun de ses lamas ou prêtres s'en mêle non plus. Il en confie l'administration à deux Kans ou Grands Seigneurs des Calmoucks , qui occupent dans chacun de ces deux royaumes le poste important de Tipa ou souverain ministre, qui sont en quelque sorte des Vice^rois , à la charge par eux de fournir aux dépenses et à l'entretien de la maison du Grand-^Lama. D^oîx l'on peut conclure que le gouvernement du souverain Pontife Dalai^Lama n'est point théocratique, et on ne voit pas que leurs Tipa ou ministres souverains ayent adopté comme des moyens de mieux gouverner les peuples, les mesures dictées par la superstition et par le fanatisme des croyances religieuses. C'est en cela que

les Souverains Pontifes de la religion clirélienne auraient dû imiter le grand Lama^ plutôt que d'admettre un gouvernement en quelque sorte mixte , c*est - à - dire civil et tliëocratique , et en adoptant l'inquisition , qu'ils établirent dans leurs états et qu'ils cherchèrent à propager dans tous les gouvernemens de la chrétienté 5 pour contraindre les peuples , par la violence' et par les supplices les plus atroces, à se soumettre aux pratiques religieuses de la religion chrétienne.

On ne peut nier que Finquîsitiou lirait fait le plus grand tort à la religion. C'est Finquisi lion qui a produit le schisme qui a séparé de la communion papale plus de la moitié des états chrétiens. C'est enfin le conseil le plus perfide que les prêtres puissent donner aujourd'hui aux gouvernemens sur lesquels ils exercent encore une influence bien funeste, en leur persuadant d'établir une inquisition politique ^ qui reproduit en quelque sorte Finquisition ecclésiastique , et par ce moyen ils mettent le désordre dans les gouvernemens, font commettre desassasïïijiats judiciaires , et perpétuent la division entre les souverains et les peuples.

Le Grand-Lama réside près de Ton* ker 5 dans le Barantola ^ et il habite un palais y ou grand couvent , situé sur une haute montagne , appelée Pou-iala ^ près la ville du même nom^ dans le royaume de^ Tan gai j sur les frontières de la Chine, au sud des déserts de Cobi ou de Xmno,

Au pied de la montagne de Poutala les Lamas , ou prêtres du culte de Lama , y sont cantonnés , au nombre de plus de vingt mille 5 dans plusieurs enceintes, à l'entour de cette montagne, et ils sont destinés à former la cour du Grand-Pontife 5 de la personne duquel ils ne peuvent approcher^ que selon le rang ou la dignité dont ils sont revêtus.

Le Grand Lama , ou Dalai-Lama , passe pour immortel dans l'esprit des peuples ignorans qui habitent ses états. Les prêtres de Lama , aussi imposteurs

Tartarie que dans tous ies autres pays du monde , ont grand soin d^entretenir cette opinion ; et lorsque le grand Pontife vient à mourir, aussitôt iîs'en substituent un autre qui lui ressemble. Le Grand Lama reçoit de toutes parts de

riches présens et des offrandes immenses de tous les peuples de la Tartarie ; il est révéré comme un Dieu et consulté comme un oracle divin possédant tous les attributs de sainteté et à' infaillibilité . Sous ce rapport^ le Grand-Lama a encore quelque ressemblance avec le Grand-Pontife des chrétiens^ qui est revêtu du titre de Sainteté , et auquel un grand nombre de théologiens attribuent sérieusement le privilège de V infaillibilité,

lî faut enfin qu'on sache que le Grand- Lama n'est pas le seul souverain Pontife qui existe aux Grandes-Indes ^ dans cette partie de la Tar'tarie indépendante ^ de la même religion et du même culte de Lama,

En effets le Grand-Lama se vit enlever la moitié de ses états par un grand vicairt qu'il entretenait autrefois auprès des Monnaies de l'Ouest ou Callmoucks MongouSy pour l'administration du culte religieux 5 en faveur de ces peuples trop éloignés de la résidence ordinaire du Grand- Dalaï- Lama. Il en résulta un schisme ou plutôt un partage d'autorité souveraine , et une division dans les états

appelés le Patrimome du GrancULama.

Ce grand vicaire , souverain chef délégué pour l'administration du culte de Lama chez les Mon ml es de l'Ouest .

trouva donc le moyen de se soustraire à l'autorité du Grand- D al aï- Lama et de s'en rendre indépendant. Il est dénommé Kutuchta ^ et devint, en effet, souverain Pontife, chef de la religion des Callmou c ks ' Monnaies , et jouissant des mêmes honneurs , titres et prérogatives , àe souveraineté ^ de sainteté^ à' infaillibilité ^ possédant d'immenses richesses et un patrimoine très -étendu et presque égal à celui du Grand-Lama.

Cette révolution, dans la souveraineté du Grand-Pontife Dala'ULama ^ s'opéra j)ar un motif politique. Le gouvernement des Chinois y eut la plus grande part , comme ayant un intérêt direct , ainsi que nous allons l'expliquer, d'établir une division entre les Kallmoucks restés fidèles au Grand- Lama et les Callmoucks- 3Ion gales ^ devenus le patrimoine du nouveau souverain Pontife Kutuchta , lequel n'avait point encore de résidence fixe ; cependant il se tient ordi-

îiaîrement dans le voisinage des rivières à'Orehon et de Sélinga il est loujours environné de lamas ou prêues du culte de Lama y ainsi que d'un bon nombre de soldats mongales^ bien armés et équipés.

Les Callinoucks ou Kallmacks-Cos^ choti y qui occupent tout le royaume de» Tangut, dans lequel se trouve enclavée la souveraineté du Grand-Lama, forment un peuple puissant commandé par un Grand- Kan ou Grand -Seigneur, dé-* nommé aussi Contaicha ^ ils ne faisaient qu' un autrefois avec les Callmouck- Mongoles ou Blongales j peuple aussi très-nombreux et occupant une grande étendue de pays. Les Tartares , qui ont fait la conquête de la Chine , sont toujours dans la crainte d'en être chassés à leur tour , si les deux peuples puissans dont je viens de parler , venant à se réunir 5 voulaient tenter cette entreprise. Le gouvernement chinois a donc le plus grand intérêt à empêcher la réunion de ces deux peuples de Calmoucks - Cos-choti et Callmoucks - Mon gales , qui ne faisaient jadis qu'une seule nation, occupant le milieu de la grande Tar tarie,

et celte nation de laquelle descendent les Turcs , tire elle-même son origine des Mogols.

C'est donc sous un point de vue politique que la cour de Pékin a favorisé de tout son pouvoir le partage des états du patrimoine du GrancULama^ qui autrefois étendait son autorité religieuse , et en partie son autorité souveraine , sur les deux peuples. En effet , ces deux Grands-Pontifes ne possèdent qu'un patrimoine circonscrit au milieu des Cal-moucks 5 et ils y ont obtenu une autorité souveraine 5 sous la protection du Grand- Kan ou Contaïclia , prince très puissant, lequel , ainsi que nous l'avons déjà dit 5 exerce une suzeraineté sur les états pontificaux de la religion de Lama , et il surveille de près les Tipas ^ ou ministres souverains de ces Grands-Pontifes, de peur qu'ils n'abusent les uns et les antres de leurs pouvoirs , pour augmenter leur indépendance^ ainsi qu'ils Font tenté plus d'une fois.

C'est de celte manière que le gouvernement Cliinois a cru trouver le moyen de rendre plus diificile la réunion des '

Calmoucks^Coschoti avec les Calmoucks- Mongoles ^ en divisant l'autorité de ces deux pontifes , en les rendant entièrement indépendans l'un de Tautre , mais dont néanmoins l'ambition inspire toujours de la crainte.

Cette espèce de schisme^ qui a eu lieu, il y a environ deux siècles, entîe les Souverains Pontifes du culte de Lama y rappelle en quelque sorte l'idée du grand schisme que Luther et Cali>in ont opéré dans la chrétienté 5 mais avec cette différence 5 que Pun ne paraît avoir été qu'un schisme purement politique , et que l'autre en Europe aj été un schisme pour des opinions religieuses.

On peut encore remarquer ici , que ce dernier schisme 5 chez les chrétiens, a produit des crimes innombrables , a fait commettre des atrocités qui font frémir l'humanité , et a fait couler des flots de sang humain , tandis que la scission d'autorité et de souveraineté qui a eu lieu entre les deux Souverains Pontifes tartares du coite de Lama, ne paraît pas avoir produit autant de désordres dans les grandes-Indes qu'en Europe :

OU du moins il nous manque des détails sur Tétat dans lequel se trouvait alors la religion de Lama.

Quoi qu'il en soit, dans les Grandes- Indes , comme en Europe , les ministres des cultes religieux y sont tous en proie à des désirs ambitieux ; tous sont insatiables de richesses , d'honneurs , d'influence et d'autorité ; tous sont les rivaux des souverains ; tous sont les ennemis déclarés de la vérité ; tous s'opposent aux progrès des lumières , et voudraient voir les hommes replongés dans les ténèbres de la barbarie et de l'ignorance , afin de les avilir , afin de pouvoir les dépouiller plus facilement , et les tromper par des illusions et des mensonges.

Tous les peuples ^ tous les souverains, tous les gouvernemens, qui pendant tant d'années furent la dupe de l'imposture des prêtres , de leur immoralité , de leur ambition , de leur perfidie , devraient bien se désabuser^ et leurs yeux devraient être enfin désillés , après une expérience de plus de quarante siècles.

Qui les empêche donc de conclure que des êtres qui se croyent privilégiés ^

qui de tout temps proclamèrent pour leur intérêt particulier des maximes détestables y contraires aux bonnes mœurs et à l'ordre social , et qui^ enfin, mirent en pratique des principes aussi funestes j ne peuvent qu'enseigner une morale corrompue j né peuvejit que propager l'immoralité politique dans tous les gouvernemens 5 et l'immoralité particulière dans toutes les classes de la société ?

Quelques gouvernemens sont asservis sous le joug des prêtres , ou plutôt sont avilis sous l'influence funeste des principes qu'ils en ont reçus, et qu'ils ont malheureusement adoptés. Ces gouvernemens semblent, ainsi que les prêtres faire consister toute leur adresse à s'opposer au progrès des lumières ^ à repousser la vérité^ à s'opposer à ce qu'elle apparaisse sur terre pour consoler l'humanité. Mais les efforts de ces gouvernemens sont inutiles ; c'est en vain qu'ils qualifient de mesures prudentes : les obstacles qu'ils opposent au bonheur des peuples y ils n'en sont pas moins jugés par la voix pnblique , par Topinion générale 5 qxxï ne cesse de leur reprocher

de ne pas opérer sur eux-mêmes une grande réforme , de se laisser entraîner par Timmoralité politique , qui est Fattribut de tous les gouvernemens arbitraires et despotiques.

Les gouvernemens , voulant rétablir la morale publique, ne pourront jamais obtenir de succès , qu'en montrant euxmêmes l'exemple de Féquité et de la bonne foi , en pratiquant la morale la plus pure, et en se chargeant, à l'exclusion des prêtres y de faire enseigner et de faire pratiquer la morale chrétienne et évangélirjue aux peuples dont le bonheur leur est confié.

Avant de passer aux conclusions du présent ouvrage, je vais, ainsi que je Fai promis^ donner quelques notes historiques et succinctes , pour faire connaître la source impure de laquelle est sortie la puissance temporelle et souveraine des Grands Pontifes de la religion chrétienne, et je démontrerai par des faits incontestables , déjà consignés dans tous les recueils historiques les plus authentiques 5 que les Evêques de Rome , dans Fcrigine, ne sont parvenus à usurper

un pouvoir souverain et à envahir des principautés sur terre , que par des moyens illégitimes et frauduleux, en mettant enjeu la superstition , en employant l'imposture , et en invoquant de faux actes de donation supposés \ de fausses décrétales^ ect., etc., évidemment fabriqués par des faussaires , la plupart prêtres et moines. De pareilles pièces créées par l'intrigue , la mauvaise foi et le mensonge , furent néanmoins soutenues avec arrogance par une foule de théologiens corrompus, par des Evêques et par les Papes eux-mêmes, comme étant des pièces légitimes , tandis que l'opinion publique les a toujours rejetées avec indignation et en a dévoilé la fausseté „

Terminé d'imprimer , et tiré à deux cents exemplaires; le i3 Décembre 1821.

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