‹ La Morale d'AristoteChapitre 16 sur 58 · DÉFAUT · texte numérisé non relu

DÉFAUT

1 Témérité.

Courage.

Lâcheté.

2 Intempérance

Insensibilité ou

ou débauche.

Tempérance.

stupidité.

4 Grossièreté,

vanité sotte.

Magnificence.

Lésinerie

5 Insolence ou for-

fanterie.

Magnanimité.

Bassesse d'âme.

6 Ambition.

Absence d'ambition.

7 Irascibilité.

Indulgence.

Patience excessive

SJactance ou

Dissimulation ou

charlatanisme.

Vérité.

modestie affectée

U Bouffonnerie.

Gaieté ingénieuse.

Rusticité.

10 Désir de plaire,

Humeur farouche

Flatterie.

Amabilité.

ou diriicile.

11 Etonneraentstu-

pide.

Pudeur.

Impudence.

12 Envie.

Némésis.

Malveillance.

Puisqu'il y a trois sortes de dispositions, parmi lesquelles deux sont vicieuses, l'une par excès, l'autre par défaut, tandis qu'une seule, celle qui tient le milieu, constitue la vertu, on voit qu'elles sont opposées les unes aux autres; 'car les deux

extrêmes sont opposés entre eux et au milieu, et le milieu l'est à l'un et à l'autre extrême. En effet (comme dans une progression arithmétique) le terme moyen est plus grand que le plus petit des deux extrêmes, et moindre que le plus grand; ainsi, les habitudes moyennes, dans tout ce qui tient aux passions et aux actions, sont, pour ainsi dire, un excès par rapport au défaut et un défaut par rap-|| port à l'excès. Car l'homme courageux parait téméraire, comparé au lâche; et, au contraire, il parait timide comparé au téméraire; de même, le tempérant paraît dissolu, quand on le compare à l'homme insensible à tous les plaisirs, et presque insensible, quand on le compare au débauché; enfin, le libéral semble prodigue, en comparaison de l'avare, et avare, en comparaison du prodigue. Aussi, chacun des extrêmes repousse-t-il, pour ainsi dire, le milieu vers l'extrême opposé ; le téméraire nomme craintif celui qui est courageux, et le lâche l'appelle téméraire; et il en est de même des j autres.

Mais, puisque telle est l'opposition qu'il y a entre ces choses, celle des extrêmes entre eux devra être plus grande que celle de chaque extrême à l'égard du milieu, car ils sont plus éloignés l'un de l'autre qu'ils ne le sont du milieu ; de même que dans une proportion numérique le grand nombre diffère plus du petit, et réciproquement, que chacun d'eux ne diffère du nombre égal ou du terme moyen. Cependant, les extrêmes, dans certains cas, ressemblent plus au milieu, comme la témérité au courage, et la prodigahté à la libéralité ; mais la plus grande dissemblance est entre les extrêmes. Or, on appelle contraires les termes qui sont le plus éloignés l'un de l'autre ; il y a donc une plus grande opposition là où se trouve une plus grande dis-

tance. De plus, il y a encore des cas où l'excès est plus en opposition avec le juste milieu, et d'autres où c'est le défaut : ainsi, par rapport au courage, la témérité, qui pèche par excès, n'est pas ce qui s'en éloigne le plus ; c'est la lâcheté, qui pèche par défaut : au contraire, l'insensibilité, qui pèche par défaut, est moins éloignée de la tempérance que la débauche, qui pèche par excès.

Cela vient de deux causes : l'une, qui est dans la nature même de la chose ; car, précisément parce qu'un des deux extrêmes est plus près du milieu et lui ressemble plus, ce n'est pas celui-là que nous lui opposons, mais plutôt l'extrême contraire. Ainsi, parce que la témérité ressemble plus au courage que la lâcheté, c'est plutôt celle-ci que nous lui opposons : car les extrêmes plus éloignés du milieu paraissent plus contraires. Telle est donc l'une des causes, prise dans la nature de la chose. L'autre est en nous-mêmes ; car nous regardons comme plus opposées au juste milieu, les dispositions auxquelles nous nous sentons plus naturellement enclins. Ainsi, nous avons reçu de la nature plus de penchant pour les plaisirs, et par conséquent nous sommes plus disposés à une vie molle et voluptueuse qu'à une vie sobre et réglée. Nous appelons donc plutôt opposées, au contraire, les choses pour lesquelles notre entraînement est plus grand, et c'est pour cela que l'intempérance, qui est un excès, est plus opposée, ou plus contraire à la tempérance. (Morale à Nicomaque, pp. 79-80.)

Entre la crainte et l'audace, le vrai milieu, c'est le courage ; mais l'excès produit par la confiance, ou par l'absence de toute crainte, n'a point reçu de nom ; et il y a un assez grand nombre de passions

qui sont dans ce cas L'excès dans l'audace s'appelle témérité ; l'excès contraire, dans la crainte, ou dans le défaut d'audace, se nomme lâcheté. Par rapport aux plaisirs et aux peines (non pas aux peines de toute espèce et toujours dans un moindre degré), le milieu c'est la tempérance ; et l'excès, la débauche. Au reste, il n'y a guère de gens qui pèchent par défaut, en fait de plaisirs ; aussi n'a-ton point imaginé de termes propres à les désigner ; appelons-les insensibles. A l'égard du penchant à donner et à recevoir de l'argent ou des présents, le juste milieu s'appelle libéralité; et l'on désigne par les noms de prodigalité et d'avarice, l'excès et le défaut relatifs à ce penchant. Mais ceux qui pèchent ainsi exagèrent en sens contraire : le prodigue a une facilité excessive à donner, et n'a pas assez de penchant à recevoir ou à prendre, tandis que l'avare n'a que trop de penchant à prendre, et n'en a pas assez à donner.

Mais il y a, par rapport aux richesses, d'autres dispositions de l'âme, car la magnificence est aussi un certain milieu. Le magnifique diffère du libéral en ce que l'un dépense des sommes considérables, et l'autre se borne à des dons de peu de valeur. L'excès en ce genre s'appelle sotte vanité, ridicule étalage, et le défaut se nomme lésinerie. Ces deux extrêmes diffèrent aussi de la libéralité par quelques nuances.

Le milieu, par rapport aux honneurs et à l'absence de toute considération, s'appelle magnanimité ; l'excès en ce genre prend le nom d'insolence, et le défaut prend celui de bassesse d'âme. Or, de même que nous avons dit que la magnificence diffère de la libéralité, en ce que celle-ci s'applique aux choses de peu de valeur; ainsi il y a, à l'égard delà magnanimité ou passion de l'âme qui aspire aux

honneurs importants, une autre passion qui n'est que le désir des honneurs de moindre importance: car on peut désirer les dignités et les honneurs, quels qu'ils soient, plus ou moins qu'il n'est convenable.

On appelle ambitieux celui dont les désirs, en ce genre, sont excessifs, et celui qui pèche par défaut, liomme sans ambition ; le caractère intermédiaire n'a pas de nom, de même que les dispositions qui le produisent, excepté qu'on donne le nom d'ambition k celle qui fait l'ambitieux. De là vient que les extrêmes se disputent, en quelque manière, la place du milieu. Nous-mêmes nous donnons quelquefois le nom d'ambitieux à celui qui n'a que des désirs modérés, et d'autres fois nous l'appelons homme saos ambition; et tantôt nous louons l'ambitieux, tantôt l'homme sans ambition.

Il y a aussi par rapport à la colère, un excès, un défaut et un milieu; mais on ne leur a presque pas donné de noms ; appelons donc le caractère intermédiaire indulgence , nommons indulgent celui qui a ce caractère, désignant par les mots irsisclble et irascibilité^ la personne et le caractère où se montre l'excès de cette disposition, et exprimons par les mots non-irascible et non irascibilité le défaut de cette même disposition.

Enfin, il y a encore trois caractères intermédiaires, qui se ressemblent à quelques égards, quoiqu'ils diffèrent sous d'autres rapports. lisse ressemblent en ZQ qu'ils sont relatifs au commerce des hommes ians la société, tant par leurs discours que par î'eurs actions; mais ils dilTèrenten ce que, dans l'un, 3n ne considère les discours et les actions que sous e rapport de la vérité; et, dans les deux autres, on le les considère que sous celui de l'agrément, que ui-même peut être envisagé par rapport à la simple

plaisanterie, ou comme embrassant tous les détails de la vie. Il faut donc que nous parlions encore de ces trois caractères, afin de mieux faire voir que, dans tous, c'est le juste milieu qui est digne de louanges, tandis que les extrêmes ne sont ni esti* mables, ni louables, mais méritent au contraire d'être blâmés. A la vérité, la plupart des affections ou dispositions, d'où résultent ces caractères, n'ont pas de noms ; mais nous essaierons de leur en donner, comme nous l'avons fait pour ceux dont nous avons parlé précédemment, tant pour répandre plus de lumière sur ce sujet, que pour rendre notre pensée plus facile à comprendre.

Et d'abord, appelons vérité le milieu entre la jactance orgueilleuse d'un homme qui cherche à donner aux autres une idée exagérée de ses avantages, et la dissimulation de celui qui affecte de les diminuer ; et donnons le nom de vi^ai au caractère qui est placé entre ces extrêmes opposés. Quant à l'agrément qui consiste dans l'art de plaisanter avec grâce, celui qui y observe un juste milieu pourra être appelé un homme d'un caractère gai, jovial, tandis que l'excès en ce genre sera exprimé par le nom de bouffonnerie, et le défaut par celui de rusticité. Mais, pour ce qui contribue, à tous les autres égards, à l'agrément ou au charme de la vie, le caractère qui ne pèche par aucun excès, est Tamabilité ; et l'exagération en ce genre, quand elle n'est le produit d'aucun sentiment d'nitérêt personnel, peut être appelée manie de plaire ; et flatterie, quand elle est l'effet d'un calcul intéressé. Le défaut en ce genre , qui caractérise un hommdésagréable en tout, lui fait donner les noms bourru, fantasque, difficile à vivre.

Il y a aussi ce qu'on pourrait appeler des moyeni termes dans les passions, et dans ce qui tient aU3

LA VERTU, JUSTE MILIEU lOt

passions. La pudear, par exemple, n'est pas proprement une vertu : cependant on loue celui qui en est susceptible ; car, dans les choses où ce sentiment intervient, l'on peut tenir un juste milieu, et pécher par excès ou par défaut L'homme que tout fait rougir, et qui est comme frappé de stupeur, pèche par excès ; celui qui ne rougit de rien, est impudent et pèche par défaut ; l'homme modeste est dans le juste milieu.

Je donnerai le nom de Némésis (ou de généreuse indignation), à un sentiment qui tient le milieu entre l'envie et la malveillance : deux passions qui se rapportent au plaisir ou à la peine que nous ressentons de ce qui arrive aux personnes que nous connaissons. En effet, l'homme susceptible d'une indignation généreuse, s'afflige du bonheur qui arrive à ceux qui en sont indignes; et l'envieux, exagérant ce sentiment, s'irrite du bonheur de tout le monde ; mais le malveillant, au contraire, est si peu disposé à s'affliger ou à s'irriter qu'il se réjouit du mal d'autrui. (Id,, pp. 74-79.)

ou IL n'y a pas de milieu

Aristote reconnaît lui-même que le milieu ne se rencontre pas dans toutes sortes d'actions et de passions. « Il y en a, dit-il, dont le nom seul emporte avec soi l'idée de quelque chose d'odieux et de vil. » Et il cite, à cet effet, la malveillance et rimpudence qui, déjà, figurent à son tableau, l'une

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comme excès de l'indignation généreuse causée par le bonheur des méchants, l'autre comme l'opposé de la pudeur. Là encore, je remarque que la malveillance qui part d'un tout autre principe, ne peut avoir rien de commun avec l'indignation généreuse. Dans cette même page, Aristote dit qu'il ne peut y avoir ni excès ni défaut par rapport à la tempérance et au courage, le milieu étant un extrême. Or, il nous montre ailleurs le courage entre la témérité qui est son excès, et la lâcheté, son contraire. De même, la tempérance entre l'insensibilité qui serait son excès si elle était possible, et l'intempérance, son contraire. Toutes ces contradictions montrent ce qu'il y a d'artificiel dans le système du juste milieu, dans le cadre duquel Aristote, malgré d'ingénieux efforts, n'a pu faire entrer toutes les passions, ni toutes les vertus, ni tous les vices.

Le milieu ne se rencontre pas dans toutes sortes d'actions et de passions ; il y en a dont le nom seul emporte avec soi l'idée de quelque chose d'odieux et de vil ; par exemple, la malveillance (ou la disposition à se réjouir du mal d'autrui), l'impudence, l'envie, et, en fait d'actions, le vol, le meurtre ; car ces actions-là et d'autres du même genre sont déclarées criminelles par leur nom même et non par l'excès ou le défaut qui s'y trouvent. On ne peut donc jamais bien faire en les commettant ; on ne peut que se rendre coupable. On ne peut pas non plus considérer, en de telles choses, ce qui est bien et ce qui ne l'est pas, ni avec quelles personnes, quand et comment il faut les commettre ; mais l'on peut dire qu'absolument parlant, c'est tomber dans

LA VEUTU, JUSTE MtLIEÛ * 109

l'égarement que de faire quelque action de ce genre. 11 en serait de même si l'on prétendait qu'on doit envisager un milieu, un excès ou un défaut, dans l'injustice, dans la poltronnerie ou la débauche ; car, de cette manière, il y aurait donc milieu dans l'excès ou dans le défaut, ou excès d'excès et défaut de défaut. Mais comme il ne peut y avoir ni excès ni défaut par rapport à la tempérance et au courage (car le milieu, dans ce cas, est, s'il le faut ainsi dire, un extrême), ainsi à l'égard des actions et des passions dont j'ai parlé tout à l'heure, il n'y a ni milieu, ni défaut, ni excès ; mais, de quelque manière qu'on s'y laisse entraîner, on se rend criminel. En un mot, il ne peut y avoir ni milieu dans l'excès ou dans le défaut, ni excès ou défaut dans le milieu. Mais cela ne doit pas seulement se dire de la vertu en général; il faut aussi qu'on puisse appliquer le même principe à chaque vertu en particulier. Car les raisonnements qui ont nos actions pour objet, quand ils sont très généraux, ne peuvent pas être d'une grande utilité ; il y a toujours plus de vérité dans ceux qui s'appliquent aux détails, puisque les actions n'ont pour objet que des choses particulières et que c'est avec elles que les raisonnements doivent être d'accord. (Morale à Nicomaqae^ pp. 71-73.)

DIFFICULTÉ DU JUSTE MILIEU ; MOYENS d'y PARVENIR

Aristote qui, déjà, nous a montré combien il est difficile de tenir le juste milieu, y revient encore pour y insister davantage. « Faire le bien autant et M- JULES FAVRE. — Aristûte. 7

ilO LA MORALE d'aRISTOTE

de la manière qu'il le faut, dit-il ; avoir, en le faisant un juste égard aux personnes et aux motifs, voilà ce qui n'est pas facile et qui n'est pas donné à tous ; c'est pour cela que ce qu'on fait bien est beau, rare et digne de louange. » Il nous prouve, une fois de plus, par ces paroles, que le juste milieu n'est autre chose que la perfection; car ce qu'il exige, c'est la raison parfaite unie à des sentiments purs de tout alliage et produisant des actions si complètes et si belles, qu'il n'y ait rien à y ajouter, ni rien à en retrancher. De telles actions sont rares, en effet, et c'est en s'y exerçant toujours qu'on peut y arriver. Pour parvenir à ce juste milieu, Aristote nous conseille de nous éloigner de l'extrême le plus opposé et de nous approcher plutôt de l'extrême le moins dangereux. Il est évident que pour acquérir une vertu, il faut se détourner du vice opposé. Mais par le seul fait d'aspirer à cette vertu, on hait son contraire et l'on s'en éloigne. Le conseil ne me semble plus judicieux lorsqu'il nous incite à nous rapprocher de l'extrême le moins dangereux, à tendre, par exemple, à l'inso-i lence pour arriver à la magnanimité, et àlajaci tance pour arriver à la vérité. Ce moyen peut s'appliquer à la rigueur à certaines vertus ; ainsi, pour devenir courageux, quand on a un naturel pusilla* nime et lâche, il faut faire de violents efforts qui, d'abord, nous rendent plutôt téméraires ; de même, pour devenir tempérant lorsqu'on est trop enchn ài rechercher le plaisir, il faut se rendre insensible.

c'est-à-dire s'abstenir entièrement, ce qui est moins difticile que de se modérer. Mais pour atteindre à un état parfait, est-il nécessaire, est-il bon même de se proposer d'abord pour but un état plus imparfait? Nous ne le croyons pas. Ce qui est important, c'est de se connaître, d'avoir conscience de ses penchants naturels, de lutter avec énergie contre les tendances mauvaises et de se porter avec courage vers les dispositions opposées. Et, à ce sujet, nous trouvons une parole d'Aristote qui a lieu de nous surprendre : « Il faut, dit-il, surtout se garantir, en tout genre, des choses qui donnent du plaisir, car nous n'en jugeons jamais sans partialité ». Cette parole nous semble en contradiction avec beaucoup d'autres sur le plaisir et la douleur qui, selon lui, caractérisent, l'un les actes de vertu, et l'autre les actes faits par nécessité. Il est vrai, il est question ici des choses qui donnent du plaisir, et tel est le cas de tout ce qui satisfait nos penchants. Ce n'est donc le plus souvent qu'en résistant au plaisir que l'on devient vertueux.

C'est une affaire que de devenir vertueux ; car, en tout genre, tenir le juste milieu est une tâche difficile. Ainsi, trouver le centre d'un cercle n'est pas le fait de quiconque voudra l'entreprendre, mais de celui qui sait la géométrie, et pareillement, s'abandonner à la colère, ou prodiguer l'argent est chose facile et que tout le monde peut faire ; mais ne e faire qu'autant et de la manière qu'il le faut ; avoir, en le faisant, un juste égard aux personnes et aux motifs, voilà ce qui n'est plus facile et qui n'est pas

donné à tous ; c'est pour cela que ce qu'on fait bien est beau, rare et digne de louange.

Il faut donc que celui qui aspire à ce juste milieu commence par s'éloigner de l'extrême le plus opposé, suivant le conseil de Calypso :

Loin des lieux où s'élève une sombre vapeur Dirige ton vaisseau

Car, entre les deux extrêmes, il y en a un qui est plus vicieux et l'autre qui l'est moins. Et, puisqu'il est très difficile d'arriver à ce point si désirable, il faut, en changeant (comme on dit) la manœuvre, s'approcher plutôt de l'extrême le moins dangereux. Morale à Nicomaque, p. 82.)

On doit, de plus, observer vers quels objets on se sent le plus porté, car les uns ont naturellement plus de penchant pour une chose, les autres pour une autre et c'est ce qu'on reconnaîtra parle plaisir ou par la peine qu'on ressent ; il faut alors se diriger en sens contraire, car c'est en nous écartant le plus possible de l'excès vicieux, que nous nous approcherons du miheu désiré, comme font ceux qui; entreprennent de redresser un bois tortu. Mais il faut surtout se garantir, en tout genre, des choses qui donnent du plaisir, car nous n'en jugeons jamais sans partialité. (Id., 83.) j

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