‹ La Morale d'AristoteChapitre 17 sur 58 · DEUXIEME PARTIE Les vertus (individuelles et sociales · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE Les vertus (individuelles et sociales

La vertu est une, ainsi que nous l'avons vu : c'est le principe de vie de l'âme, et ce principe est immuable. Mais les manifestations de la vertu sont infiniment diverses: elles varient selon les circonstances qui révèlent dans les mêmes individus les caractères les plus opposés. Ainsi l'homme véritablement vertueux est, tour à tour, ferme, inflexible même dans la pratique de la justice, et doux, indulgent, plein de pitié, miséricordieux et charitable. Il est d'un courage intrépide pour parler et agir selon sa conscience , et plein de prudence , de réserve et de délicatesse, lorsqu'un motif supérieur l'incline à cette manière d'être. Ce que l'on appelle les vertus n'est donc autre chose que les formes diverses sous lesquelles se manifeste la vertu. Ces dispositions particulières semblent s'exclure réciproquement lorsqu'elles sont l'effet de la nature ; cultivées et fortifiées par l'habitude et par la règle

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morale qu'on s'impose à soi-même, elles se développent et s'exercent harmonieusement. Parmi les vertus, les unes ont surtout pour base le respect de la personne humaine en soi et comprennent les devoirs de l'homme envers lui-même. Ces vertus, qu'on peut appeler individuelles, sont le courage, la tempérance, la magnanimité et la sagesse. Les autres vertus qui comprennent les devoirs de l'homme envers ses semblables, ont surtout pour principe le respect de la personne humaine chez les autres. Telles sont la libéralité, la justice, l'équité, la bonté. Aristote semble attribuer à ces vertus sociales une supériorité plus grande : « Les plus grandes vertus, dit-il, sont celles qui rendent le plus de services à autrui ». Mais élever telle ou telle vertu au-dessus des autres, c'est opposer la vertu à ellemême. Ainsi que nous l'avons déjà dit, toutes les vertus ne sont possibles que par la vertu une et indivisible, qui est l'essence de toutes, la force toujours inspiratrice et agissante qui rend la vie parfaite.

Le beau ou l'honnête est ce qui, étant désirable en soi, est en outre digne de louange, ou bien aussi ce qui, étant bon, est agréable parce qu'il est bon. Si c'est là l'honnête et le beau, il s'ensuit nécessairement que la vertu est belle ; car étant bonne, elle est louable aussi. La vertu est, on peut dire, une puissance d'acquérir et de conserver les biens ; une puissance qui nous procure des biens aussi nombreux que grands, et qui en tout produit toute espèce de biens. Les parties diverses de la vertu, c'est le courage, la tempérance, la dignité, la ma-

gnanimité, la libéralité, la douceur, la réflexion, la sagesse. Par une suite nécessaire, les plus grandes vertus sont celles qui rendent le plus de services à autrui, puisque la vertu est une faculté puissante de faire du bien. Voilà pourquoi on a une estime supérieure pour les gens justes et courageux ; car l'une de ces vertus est utile aux autres dans la guerre, et l'autre dans la paix. Après le courage et la justice, vient dans l'estime publique la libéralité; car les hommes généreux abandonnent volontiers et ne disputent jamais les richesses dont le vulgaire est avide par-dessus tout. La justice est la vertu qui fait qu'on ne veut que ce qui vous appartient ou que ce que la loi vous accorde ; l'injustice veut au contraire le bien d'autrui et ce que la loi n'accorde pas. Le courage est la vertu qui nous fait accomplir de belles actions dans le danger, et nous fait agir comme le veut la loi, dont nous sommes les serviteurs dociles. La lâcheté est tout le contraire. La tempérance est la vertu qui fait que nous ne prenons les plaisirs du corps que dans la mesure où le veut la loi de la raison. La débauche est le vice opposé. La libéralité consiste à faire du bien avec les richesses que l'on possède ; l'avarice est le contraire. La magnanimité est la vertu qui inspire les plus grands actes et les plus grands bienfaits ; et son contraire, c'est la petitesse d'âme. La magnificence est la vertu qui pousse à la grandeur dans les dépenses qu'on doit l'aire ; et son contraire c'est la mesquinerie, de môme que la petitesse est le contraire de la magnanimité. La prudence est la vertu de la pensée qui nous éclaire dans le choix judicieux des biens et des maux relatifs au bonheur. [Rhétorique^ Traduction Barthélémy St-IIilaire^ pp. 91 9'i.)

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