‹ La Morale d'AristoteChapitre 20 sur 58 · LA LACHETE · texte numérisé non relu

LA LACHETE

La lâcheté me paraît être une disposition opposée au courage, plutôt que le manque de courage. On peut manquer d'une vertu sans avoir le vice contraire. Il y a un certain état négatif qui fait qu'on se tient prudemment à l'abri du danger et qu'on évite avec soin les difficultés et les embarras. Ce n'est pas encore la lâcheté, mais cette sorte de neutralité morale ne peut durer : vienne un danger pressant, ou un devoir direct qui impose une action immédiate et courageuse, et celui qui est dominé par la crainte, devient lâche et se soustrait à l'obli-

gation d'agir par une fuite plus ou moins honteuse qu'il cherche à dissimuler sous de vains prétextes et sous les faux noms de prudence, de timidité, peut-être môme de discrétion et de réserve.

Ainsi qu'il y a deux espèces de courage, le courage actif et le courage passif, il y a aussi deux espèces de lâcheté, celle qui craint d'agir et qui s'y refuse tout à fait, ou bien qui agit avec indécision et imollesse, et celle quinesaitpas supporter les maux inévitables, tels que les coups de la fortune, le chagrin, la souffrance, en un mot les épreuves de la vie. Peut-être le nombre des lâches qui ne savent )as souffrir est-il plus grand que celui des lâches ui ne savent pas agir, par là même que l'obligation 'agir est intermittente, et celle d'endurer et de supporter est continue.

Si le courage est la base de toute vertu, la lâcheté rend la vertu impossible.

Le lâche est celui en qui domine l'excès de la îrainte;"car il redoute ce qu'il ne faut pas craindre, m autrement qu'il ne faut, et ainsi des autres conlitions que nous avons marquées. Il pèche par le léfaut d'audace et de confiance. Mais incapable de le modérer dans l'aflliction, c'est alors qu'il se déîèle davantage. Le lâche est donc un homme qui lonçoit difficilement de bonnes espérances ; car il l'effraie de tout : le brave, au contraire, ne perd amais cette noble confiance qui tient à la bonne pspérance. {Morale à Nlcoinaque, p. IIG.)

Pour ce qui est de chercher la mort, afin d'échapper à la pauvreté, ou à quelque chagrin, ou à l'amour, ce n'est pas le fait d'un homme de courage, mais bien plutôt d'un lâche ; car c'est une lâcheté de fuir les choses pénibles et affligeantes: et alors ce n'est pas par un motif honorable et généreux qu'on supporte la mort, mais seulement pour fui un mal. (Jd., p. 117.)

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