‹ La Morale d'AristoteChapitre 37 sur 58 · I/ÉQUITÉ · texte numérisé non relu

I/ÉQUITÉ

l'équité se confond avec l'honnêteté

L'équité n'est possible qu'à une âme droite qui assure aussi la rectitude du jugement. Elle se confond donc avec l'honnêteté même. L'honnête homme, selon Aristote, est celui qui se conforme au droit naturel. Il cède de son droit là où le législateur est dans l'impuissance de le déterminer avec précision. Mais il ne rabat rien sur les droits qui sont conférés par la nature, c'est-à-dire sur ceux qui constituent la personne morale et qu'on ne peut abandonner sans perdre sa dignité. Il renonce à des droits légaux , précisément parce qu'ils ne touchent pas à sa personne et que sa bienveillance le dispose à complaire à ses semblables, aux dépens de son intérêt particulier.

« L'honnêteté unie à la bonté, la beauté morale, tel est le caractère de l'homme complètement vertueux, désigné dans la langue grecque par une expression composée de deux mots. » Aristote ajoute : « On dit d'un homme qu'il est honnête et bon, pour expliquer qu'il est d'une vertu accomplie. Du reste, cette expression générale d'honnête et bon peut s'appliquer à la vertu dans toutes ses nuances. » Ainsi sommes-nous toujours amenés à la môme conclusion, savoir, qu'il n'y a pas des vertus, mais la vertu, la beauté de l'âme limpide et

pure qui réfléchit le vrai et le bien sous un nombre infini d'aspects.

L'équité qu'assure la rectitude du jugement, s'applique aux même cas que l'honnêteté; c'est-àdire aux droits passés sous silence par le législateur, qui n'a pu les déterminer tous avec précision. L'homme équitable juge des lacunes laissées par la législation; et, tout en reconnaissant ces lacunes, il n'en constate pas moins que le droit qu'il réclame est bien fondé. C'est donc le discernement qui fait surtout l'homme équitable. Ainsi, l'équité, qui distingue exactement les choses, ne saurait exister sans l'honnêteté ; car c'est à l'homme équitable et de sens droit de juger les cas ; mais c'est ensuite à l'honnête homme d'agir suivant le jugement ainsi porté. (Grande Morale, p. 114.)

L'honnêteté est la qualité de l'homme qui exige moins que ne lui assureraient ses droits fondés sur la loi. Il y a une foule de choses où le législateur est dans l'impuissance de déterminer avec précision les cas particuliers, et pour lesquelles il ne dispose que d'une manière générale. Or, céder de son droit dans les choses de ce genre, et ne demander que ce que le législateur aurait voulu, mais n'a pu dans tous les cas particuliers préciser, malgré son désir, c'est faire acte d'honnêteté. Mais l'honnête homme ne réduit pas indistinctement tous ses droits ; il ne rabat rien sur ses droits qui sont conférés par la nature et qui sont véritablement des droits ; il ne réduit que ses droits légaux, que le législateur dans son impuissance a dû laisser indécis. (Id.,pp. 113-114.)

l'équité 267

Nous ne désapprouvons pas l'expression, composée de deux mots dans la langue grecque, par laquelle on désigne le caractère de Thomme complètement vertueux : l'honnêteté unie à la bonté, la beauté morale ; car on dit d'un homme qu'il est honnête et bon, pour exprimer qu'il est d'une vertu accomplie. Du reste, cette expression générale d'honnête et bon peut s'appliquer à la vertu dans toutes ses nuances, à la justice, au courage, à la sagesse en un mot, à toutes les vertus sans exception. Mais, en divisant le mot dans les deux éléments dont il est formé, nous disons qu'il y a des choses qui sont spécialement honnêtes, et d'autres qui sont spécialement bonnes et belles. Parmi les choses bonnes, il y en a qui le sont d'une manière absolue, et d'autres qui ne le sont pas absolument. Les choses honnêtes et belles sont, par exemple, les vertus et tous les actes que la vertu inspire. Les choses bonnes, les biens sont le pouvoir, la richesse, la gloire, les honneurs e^ les autres avantages analogues. Ainsi donc, l'homme honnête et bon est celui pour qui les biens absolus sont les biens qu'il poursuit, et pour qui les choses absolument belles sont les belles choses qu'il tâche de faire. Voilà l'homme honnête et bon ; voilà la beauté morale. [Id., pp. 166-167.)

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