‹ La Morale d'AristoteChapitre 51 sur 58 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

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Bien des affirmations d'Aristote témoignent de sa croyance à la spiritualité de l'âme: « L'âme, dit il, est l'essence que conçoit la raison ». Et encore: <i L'âme est ce par quoi nous vivons, sentons et pensons primitivement ; elle doit donc être raison et forme, et non pas matière ou sujet ». Dans une autre parole, il y a moins de certitude : « Ce qui reste obscur encore, dit-il, c'est de savoir si l'âme est la réalité parfaite, l'entéléchie du corps, comme le passager est l'âme du vaisseau ». Comparaison aussi juste que belle qui assimile la vie humaine à une traversée faite par l'âme renfermée dans le corps, comme le passager dans le vaisseau qui le transporte à travers l'océan et qui n'a sa raison d'être que pour le passager. Le corps sert de véhicule à. l'âme et la met en rappoi't avec le monde extérieur ; mais l'âme est la réalité parfaite, le principe de vie, la pensée dont le corps n'est que l'instrument. L'homme doit honorer « ce principe divin qui, par sa puissance et sa dignité, est au-dessus de tout » et, dans sa condition mortelle, « s'ap-

pliquer à se rendre digne de l'immortalité », vivre pour connaître, contempler et servir Dieu.

L'âme est l'essence que conçoit la raison. (Traité de râme^ Trad. Barthélémy Saint-Hilaire, p. 166.)

Ce qui reste obscur encore, c'est de savoir si l'âme est la réalité parfaite, l'entéléchie du corps, comme le passager est l'âme du vaisseau. (Id., p. 169.)

L'intelligence semble être un autre genre d'âme, et le seul qui puisse être isolé du reste, comme l'éternel s'isole du périssable. [Id.^ p. 176.)

L'âme est ce par quoi nous vivons, sentons et pensons primitivement; elle doit donc être raison et forme, et non pas matière ou sujet, (/d., p. 178.)

C'est seulement quand elle est séparée que l'intelligence est vraiment ce qu'elle est ; et cette intelligence seule est immortelle et éternelle. (Id., p. 304.)

Il ne faut pas suivre le conseil de ceux qui veulent qu'on n'ait que deb sentiments conformes à l'humanité, parce qu'on est homme, et qu'on n'aspire qu'à la destinée d une créature mortelle, puisqu'on est mortel ; mais nous devons nous appUquer autant qu'il est possible, à nous rendre dignes de l'immortalité, et faire tous nos efforts pour conformer notre vie à ce qu'il y a en nous de plus subHme. Car, si ce principe divin est petit par l'espace qu'il

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occupe, il est, par sa puissance et par sa dignité, au-dessus de tout. On est môme autorisé à croire que c'est lui qui constitue proprement chaque individu, puisque ce qui commande est aussi d'un plus grand prix; par conséquent, il y aurait de l'absurdité à ne le pas prendre pour guide de sa vie, et à lui préférer quelque autre principe. {Morale à Nie O" maque, p. 479.)

Il faut ne vivre que pour la partie de nous qui commande. Il faut organiser sa vie et sa conduite sur l'énergie propre à cette partie supérieure de nous-mêmes, comme l'esclave règle toute son existence en vue de son maitre, et comme chacun doit le faire en vue du pouvoir spécial auquel son devoir le soumet. L'homme aussi se compose, par les lois de la nature, de deux parties, dont l'une commande et dont l'autre obéit ; et chacune d'elles doit vivre selon le pouvoir qui lui est propre. Mais ce pouvoir lui-même est double aussi. Par exemple, autre est le pouvoir de la médecine ; autre est celui de la santé ; et c'est pour la seconde que travaille la première. Ce rapport se retrouve dans la partie contemplative de notre être. Ce n'est pas Dieu, sans doute, qui lui commande par des ordres précis ; mais c'est la prudence qui lui prescrit le but qu'elle doit poursuivre. Or, ce but suprême est double, parce que Dieu n'a besoin de rien. Nous nous bornerons à dire ici que le choix et l'usage, soit des biens naturels, soit des forces de notre corps, ou de nos richesses, ou de nos amis, en un mot, de tous les biens, seront d'autant meilleurs qu'ils nous permettront davantage de connaître et de contempler Dieu. C'est là, sachons-le, notre condition la meilleure ; c'est la règle la plus sûre et la plus belle; et la condition la plus lâcheuse à tous ces

égards est celle qui, soit par excès, soit par défaut^ nous empêche de servir Dieu et de le contempler.1 Or, rhomme a cette faculté dans son âme ; et la, meilleure disposition de son âme est celle où il] sent le moins possible l'autre partie de son être, en] tant qu'elle est inférieure. [Morale à Eudème, pp. 464-466.)

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