LA HOHÀLE DANS ^ATELIER
le viens de rappelât l'édil par lequel Turgot abolit le système des cmporations, ce système qui, comme le déclarait le préambule de cet édit, «. introduisait l'inégalité jusque dans la propriété là plus sacrée cl la plus imprescriptible, ledroit de travailler». Après la disgrâce de ce grand homme d'Etat, disgrâce que Voltaire avait si spirituellement prédite en ces termes: «Ce ministre fera tant de bien qu'il finira par avoir t. >ut le monde contre lui. » le régime des jurandes .>f <|(>n maîtrises, dont l'abolition avait en effet soulevé tout le monde contre Ttirgot, fut rétabli; et il ne fut définitivement supprimé que par la Constituante (décret du là février î 7 * ) 1 .
Aujourd'hui, sauf certaines réformes, capitales il est vrai, qui restent encore a introduire dans la législation pour achever d'affranchir le travail de toute entrave, le droit de travailler n'est plus Contesté au travailleur, et ce droit, il l'eftercé librement.
\\ee la liberté, le travail a repris aussi si dignité.
h. us l'antiquité, comme il était en général la fonction des I passail pourdegradant.il avait encore quelque chose d'avilissant an moyen âge, ou il était exclusivement r<ru\re d( f$ »'t des roturiers, taillables et corvéables a merci. De nos jours, ♦'•tant redevenu ce qu'il doit être, une ,1'iin >■ d'hommes libres, d n'est plus méprisé, mais il est au
ntraire en honneur : on honore l'ouvrier laborieux qui vit de von travail et en fait vivre sa famille.
Bien plus, au moins <he/ fa peuples qui sont entres l(
pleines voiles dansleo tirant dé itrque, comme en Frau< e
H en ! leur a été adlUfS a l'égalité, 10 01 seufe-
ment du érmi ewiL rr'afsdu droit politique : d est aujourd hui n nfîéw •• que ses pat ■ i tes propriétaires; il a, comme em, droit de suffrage dans les affaires publiques; il part m droit commun dans toute sa plénitude.
Malheureusement, la condition matérielle de l ouvrier n'i pas suivi dans la même proportion sa condition civile et po-
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li tique II faul uièuie reconnaître qu'elle souffre souvent d< qui doit précisément servira , améliorer, de la liberté «lu travail et des progrès de liudustrie. Pai suite, -.m^ parler autres causes, la moralité de l'ouvrier ne s'est pas élevée autant que l'espéraient 1rs économistes «lu wm siècle et que I exigent les principes démocratiqui
Il Tant donc, sans attenter au princip( bertè du i
mil et de t industrie, qui est aussi un principe démocratique, mais en le développant au contraire, chercher tous les moyens
sibles d'améliorer la condition matérielle de l'ouvrier et «I»' relever sa moralité. Là est le grand problème pour la société démocratique, c'est-à-dire pour la société moderne. Ce problème rentre à la fois dans l'économie politique, dans la politique et dans la morale ; c'est parsoncôU moral quejedois I envisagei dans ce cours, mais le côté moral est si étroitement uni ici au côté économique et au côté politique queje ne pourrai guère l«' traiter sans toucher les deui auti seulement je ne les toucherai qu'autant que cela sera m i saire au but que je poursuis.
I i première choa t de travailler à restaurer la famille • li.v i.-s ouvriers. La famille est essentiellement adulai non-seulement elle est pour l'enfant une école « 1 1 » morale indispensable, mais elle développe dans l'homme le sentiment dû devoir en donnant a sa vie un objet différent <!»• lui-même, qu'il s'identifie a lui même; par la aussi elle le sauve de l'ennui, des vagues tristesses, du désespoir, «'t même elle répand sur son existence un charme qu'aucun autre ne saurait remplace! tassi la famille est elle bonne pour tout le monde, mais elle l'est particulièrement pour les classes ouvrières. Qui a plus besoin «1rs enseignements de la famille que l'enfant de l'ouvrier {Comment réparerait il lui même plu^ tard les vices de son éducation! 1 t a qui les influences morales, lesd< uceurset les encouragements de la famille sont ils plus ssaires qu'à celui «juirsi condamné au
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plus rude labeur? Malheureusement c'est précisément chez ceux a qui le foyer domestique serait le plus précieux qu'il fait le plus souvent défaut ou qu'il est 1»' plus altéré, ^développement même de l'industrie, qui a eu pour effet de substituer les grandes fabriques aux petits métiers à domicile, «a concouru a la dissolution ou à l'altération de la famille chez les ouvriers, soit fil 1rs disputant a leur sol natal pour les attirer au sein des grandes villes, soit, dans les villes mêmes ou ils sonl nés, en les enlevant du matin au soir a leur foyer, soil surtout en arrachant a la maison les femmes et les enfants.
La vie de fabrique, jointe a tant d'autres causes que j'ai signalées dans les précédentes leçons, tue la vie de famille. Ce m. il a été si éloquemment décrit par M. Jules Simon dans son livre de {'Ouvrière que je ne saurais mieux faire que de lui en emprunter le tableau.
« Dans un ménage d'ouvriers, dit-il dans la préface de cet ouvrage, le père, la mère sont absents, chacun de leur côté, quatorze heures par jour. Donc il n'y a plus de famille. Au lieu de eelte vie cache, abritée, pudique, entourée de chères atlcrtn.il>. et qui est si nécessaire à son bonheur et au nôtre même, la femme vit sous la domination d'un contre-maître, au milieu de compagnes d'une moralité douteuse, en contact perpétuel avec des hommes, séparée de son mari ci de ses enfants. Ne pouvant plus allaiter son entant, elle l'abandonne a une nourrice mal payée, souvent même a une gardeuse qui le nourrit de quelques soupes De la une mortalité effrayante,
habitudes morbides parmi les eufants qui survivent , une dégénérescence croissante de la race, l'absence complète d'éducation morale. l-*es entants de trois ou quatre ans errent au
ird dans des ruelles fétides, poursuivis par la faim et le froid. Quand, a sept heures du soir, le père, la mèreel les enfants se retrouvent dans l'unique i bambre «pu leur sert d asile, le père et la mère, fatigués par le travail, et les enfants par le vagabondage, qu'j a t-il de prêl pour les recevoii ' l i
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chambre h étd vide toute la journée; personne n'a vaqué aui soins 1rs plus élémentaires de la propreté; le foyer <iM mort; la mère épuisée nfa plus la force de préparer des aliments; tous les vêtements tombenl en lambeaux : voilà la Famille telle que les manufactures nous l'ont Faite. Il ne Faut pas trop tonner si l«i père, au sortir de l'atelier oi sa fatigue est quelquefois extrême, rentre avec dégoût dans cette chambra étroite, malpropre, privée d'air, <»ù l'attendent un repas mal préparé, des enfants à demi-sauvages, une Femmequi lui est (l.'\rinif jtifs.jiir »'tr;ui<:»'n\ puisqu'elle n'habiteplus la maison, ''t m \ rentre que pour prendre a la liât*1 un peu de repos entre deux journées de travail. s '«l»' .aux séductions du cabaret, ses profits s'] engouffrent, sa santés*] détruit; le résultat produit est celui-ci, qu'on croirait a peine possible: I»1 paupérisme au milieu d'une industrie qui prospèn
Pleur compléter ce tableau, il est encore un liait a ajouter, qoeM. Jules Simon ne rappelle pas ici, mais qu'il n'a pas manqué d'indiquer dans le corps desonouvi l'ai -us «In travail des enfants dans les manufactures i M. Blanqui, «lans son célèbre rapport sur le sort des dm !
dont tannée ls'is. le signalait déjà lui même comme l'un des plus scandaleux abus du régime manufacturier. L'atelii-i •. disait-il, Fait partout mu» ltu'tîv sourde <•! incessante a
oie, et Ton est sAr de trouver au service du manufacturier l'enfant «pu manque i l'appel de l'instituteur. Cette Fatale
-• ne n.iiiHv ■■■ nulle part d'exception, Il est Facile,
ajoutait-il, de penser a quelles Funestes influent es se trouvent ainsi exposés «I»'- itre les i - <lu
travail et contre la pe de l'exemple. Leui i
leur àme sont attaqués k la Ibis. Misère el dénAmenl au 1 domestique, Fatiguée! démoralisation dans l'atelier, voili qoi les attend. Paut-il s'étonner après cela de la p
1 M J .1 -oui retiennent | juvial : 10»
dépravation des ouvrières? M. Jules Simon en a aussi tracé un tableau qui n'a rien d'exagéré.
« De truites jeunes Biles, dit-il [deuxième partie, chap. III), sonl enl s dans un atelier avec des «Mitants ou des Femmes d'un certain Age, la plupart sans moralité. Qui veille sur elles? Un contre-maître, chargé seulement de diriger e! d'activer leur travail; le reste ne le regarde pas. Si la fillette est jolie et le contre-maître libertin, il abuse, pour la mettre à mal, de l'autorité qu'il a sur elle. Le patron ternie les yeux, pourvu qu'il ne se passe rien de compromettant à l'intérieur de l'atelier. Les jeunes ouvrières qui ne retrouvent le soir qu'un père abruti par l'ivresse, une mère sans conduite et sans principes, nnt-elles une chance, une seule, d'échapper à la corruption? Loin de surveiller leurs tilles el de leur enseigner les lofa de l'honnêteté, il y a des mères qui leur conseillent de chercher un amant, parce qu'elles espèrent tirer de la pour ellesmêmes quelque honteux profit. Si l'affaire tarde trop, on leur tait des reproches : • Tu ne feras donc rien pour les tiens 1
jeunes tilles ont des enfants à seize ans. même plus tôt. H. Yillermé assure qu'à Reims, elles s'offrent des l'âge de douze ans. Reims a été longtemps la grande pourvoyeuse des maisons de prostitution parisiennes. A Saint-Quentin, on parle des plus grands désordres sur le ton de la plaisanterie. On dit des jeunes tilles un peu coquettes qui s'attifent le soir pour plaire aui bourgeois • n sortant de l'atelier, qu elles vont faire leur cinquième quart de journée, on les appelle des cinq-quarts. A Lille, dans les maisons les pins honnêtes, on préfère une Bile-mère : un man, une famille sont nn embarpour les maîtres! On n'en est pas moins austère et moins digne pour son propre compte. La pauvre Bile, qui n h jamais entendu parler du devoir, qui est entourée de mauvais exemples, que ies d'atelier raillent impitoyablement jusqu'à i e qu'elle ait trouvé un amant comme les autres, ne i roit a peine mal faire, Sa tante est pour elk
CINQ! II.MI l
h l'atelier un sujet d'orgueil. Quand son auiaul esl généreux <'i peu! lui donner quelque bagatelle, elle élale le dimanche ses brillantes toilettes, pour exciter l'envie et l'émulation de toutes les autres,
Comment combattre un mal tel que celui dont les trop véridiques tableaux que je viens de mettre sous vos yeux vous ont retracé les affligeants efli ts? Comment ramener l'ouvrier .1 U vie de Famille
Le premier moyen, — c'est l'économie politique elle-même • l11' nous fournil celui là, — est de lui offrir, au plus bas prix possible, à un prix en barmonit avec son salaire, un logenu ni ' onvenable.
{ ela, comme je vais vous en fournir des preuves, n'est pas impraticable; cela même commence à se pratiquer; mais il u j a pas longtemps qu'on s'en est avisé, et il s'en faut que ■ temple donné soit généralement suivi.
Si ceux qui n'ont pas habité ou visité des villes manufacturières, et \u. de leurs propres yeux, dans ces villes, les l ments des ouvriers, veulent avoir une idée de ce qu'étaient einents en France à l'époque où éclata la Révolution de février} et de ce qu'ils j sont encore aujourd'hui, qu'ils lisent les deux ouvrages que je viens de citer : le ttappoi / « 1«* M. Blauqui, et I Oui • e M. Iules Simon.
■ Oui, disait M, Blanqui, il existe à Rouen, et nousen verrons bientôt de plus terribles à Lille, <l«,s repaires mal à propos honorés du nom d'habitations, où l'espèce humaine n pire un air vicié qui tue au lieu de Faire vivre, qui attaque les enfants sur le sein <!»• leur mère, et qui les i iduit à une \iè répitude précoce, au travers des maladies les plus tristes, Fuies, les rhumalis a phthisie pulmoi I es pauvres enfanta qui rchappenl au \ es mortelles i meures, finissent par tomber dans l'imbécillité. Quand ils parviennent u vingt ans. mm n'eu Lrouve pas dix sui cent ca pables de devenir soldats : la misère, les privations, le l I.