‹ La morale dans la démocratie (volume 2)Chapitre 21 sur 43 · SIXIÈME L · texte numérisé non relu

SIXIÈME L

contemplant toute cette activité de tant de bras réunis, on est tenté decroire qu'une si vaste et si ardente industrie i répandre une oertftine aisance parmi les nombreux ouvriers qui se sont groupés autour de ces manufactures pour vivre du travail qu'elles leur fournissent. M le contraire qui

a lieu. Chaque fabricant cherchant à produire au plus bas prix possible pour vendre le meill»'in man-h»- | m »ssît »1»

ondition même de la concurrence . et, d'un autre côté, l'offre <l«'s bras ne manquant mais augmentant tou-

jours, le salaire <lu travailleur tombe si l>a^ «|u il suffit a peine ou ne suffit plus du tout à ses lx»soins et à ceux d famille, ijoutei h cela que le prix de son loyer et des déni nécessaires a sa subsistance s'él Bnt en raison d'une

des causes qui fontbaisseï celui <l«i son travail, en raison de iih'mi de la population ouvrière. Et notei que je pari»' ici, non des années de disette, mais des temps ordinain s. L'insuffisant e du salaire met déjà l'ouvrier sur la pente de la misère; que maintenant il lui survienne quelque maladie qui I empêche de travailler, et le voilà réduit .1 l indigent 1 1 ne s'agit encore là que d'un mal restreint : si tous \ sont exp tous n'en sont pas atteints : mais que, soit par I effet

de la surabondai les produits, soit par celui de la rareté

des matières premières comme il estarrivé récemment pour le ( oton par suite «1 d Amérique , soit par toute autre

cause, l industrie vienne à languir, que les manufa< tures ne fournissent plus la même quantité de travail ou 1 I I

res sortes de crises ne sont, comme on sait, que trop fréquentes), et voilà, non plus quelques individus «mi quelques Iles, mais toute une population pl< ois dans la

1 par » • • 1 I10111 • néral, voilà en un mot le

; né avec l'affreux < 01 lége <|iùl train»

« je h«esoin de vous «In.- de »|u»»i il m-

1 maladies les plus tristes, une mortalité effravante

des enfants, la décrépitude »Icn individus, l'abâtardissement

de la race, roilà pour le physique : la démoralisation, l'extinction de la pudeur et de la vie de fainille, l'ivrognerie, l'abrutissement, la mendicité ou l'habitude de l'assistance, voilà pour le moral.

11 ne faut pas. comme on l'a fait quelquefois, s'exagérer le mal au point de donner à cel égard la préférence au passé sur Ir présent. Il y a l»ien la quelque chose de nouveau, je

\ dire la concentration de la misère sur certains points déterminés où elle atteint des classes entières de population, ♦'i où elle devient, par le l'ail même de cette agglomération, plus grave encore que lorsqu'elle était disséminée sur toute

irface du pays; mais il >uiïit de se rappeler les chiffres que j'ai cités tout à l'heure d'après Vauban, pour se convaincre que la misère a plutôt perdu du terrain qu'elle n'en a gné, au moins en France : si «'11»1 est aujourd'hui plus saillante, plus grave même là où elle est agglomérée, elle est en revanche moins générale. Que l'on se rappelle, d'un autre côté, la peinture que Labruyère Faisait des paysans au temps de Louis \IV : « L'on voit, disait cel écrivain, qui joignai au génie du style l'exactitude de l'observation, l'on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus dans ne, noirs, livides, et tout brûlés du soleil, attachés I !a terre qu'ils touillent el qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible : ils ont comme une voix articulée, et quand ils h lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humain, en effet ils sont des hommes. IU s.- retirent la nuit dans «les tanières où ils vivent de pain noir, d'eau et «le racines. Ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer

e recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé. » Que l'on rapproche <!<• tableau l'état «les paysans que nous voyons aujourd'hui en l'un, e, et que l'on dise si de le passé vaut mieux que

le présent. Mais s il ne tant pas grossir le mal au delà de

véritables proportions, il ne tant non plus fermer les yeui

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pour De pas !•• \"ir. Il faut au contraire avoir le sonder toute la profondeur. Oui, il j a là uh mal affligeant pour l'humanité el menaçant pour l'avenir de la démocratie, lehoute en effet pour dos sociétés, si Bères • I ♦ - leur civilisation, el quel danger pour la liberté politique, iju«' ces m

de prolétaires à chaque instant exposés .1 tomber dans la plus profonde misère ou qui j sont déjà pi - ■ contractent les vices qu'elle engendre! ^ussi la question de (ion du paup< est-elle l'une des questions capi-

tales »!»' notre temps

M, un comment résoudre cette question?

Si je consulte d'abord, sur les moyens <!<' combattre et de détruire le paupérisme, le grand oui où l«i> économistes les pluséminents de notre temps ont exposé les principes de leur science, le Dictionnaire de l >'<<>,, •>//-

tiqm . je lis, .1 l'article Pai pi bismi n digé par !«' savant pro«

seur de l'école polytechnique de Zurich, H. Cherbuliez, que 1 la solution du problème du paupérisme n'appartient pas proprement .1 1 • •< onomie politique p. l'é-

conomie politique ne fournit guère sur la question <lu paupérisme que des enseignements négatil I que donc ailleurs qu'il faul chercher le remède au paupérisnn Ainsi, tout en reconnaissant que ■ le paupérisme actuel 1 été précisément le produit d'un immense progrès économique 1 , l'économie politiqu Ile du moins « 1 u«* prof( M. Cherbuliez, s'avoue impuissant .1 guérir par elle même le mal <l"!it elle fait remonter la < ause .1 l'appli< ation de propres principes. Nous voilà bien avant

D autres »•< onomistes prétendent que le mal rsi venu que les prin< ipcs du laim r fain et du laisser passa ren i l'économie politique d ont pas en< ore été appliqués dans toute leur étendue, que l'interdi< tion «lu libre éi ha été

i.niti obstacle .1 lu diffusion du bien Être, et que I établissement du libre échange sera l< grand remède au paupé-

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risme; mais il est permis de douter que ce moyeu soit suffisant pour détruire ta misère : il contribuera certainement, connue l'a déjà fait la liberté de l'industrie établie jusqu'ici, à accroître en général la somme de l'aisance dans la société, mais il produira aussi pour sa part les mêmes effets que le système de concurrence industrielle dont il n'est que la généralisation. Le libreéchange pourra bien fournir les moyens d'atténuer plusaisémenl ces effets, mais il ne concourra pas moins nécessairement a les produire.

Faut-il abandonner pour cela les principes de l'économie politique et chercher la solution <lu problème dans l'organisation du travail par l'État, comme l'ont lait certains esprits, «■il France et ailleurs? Non, les principes du laisser faire et du laisser passer dérivent eux-mêmes d'un principe inviolable, d'un droit imprescriptible, celui de la liberté individuelle, ci ils doivent être aussi a ce titre ceux de toute libre démocratie. L'économie politique peut bien être, et clic est eu effet insuffisante par elle-même : aussi doit-on chercher a la compléter par des moyens qui ne sont plus de son ressort : mais le système qu'on lui oppose est inadmissible. J'ai déjà eu occasion de le juger : en deux mots, il livre infailliblement la société au despotisme et a la ruine. Ce n'est donc pas là qu'il faut chercher la solution d\i problème.

Quant a ceux qui, sans adopter le système de l'organisation du travail par l'Etat, eut réclamé le droit au travail, ils si sont montrés en cela peu conséquents; car le droit au travail iinpliipie nécessairement ! isation du travail par

l'État. C 'ut eu effet l'État pourra-t-il assurera chacun

du travail et justement le travail qui convient a chacun, s'il n'organise ci ne règle lui-même le travail en général. D'ailleurs, indépendamment de cette conséquence, ou, m l'on n admet pas cette conséquence extrême, de. embarras inexii c .il>les que le droit .m travail susciterait a l'Etat, il aurait nécessairement] >ur effet de détruire «ai de paralyser dans

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