‹ La morale dans la démocratie (volume 2)Chapitre 30 sur 43 · LES FEMMES DANS L'ETAT · texte numérisé non relu

LES FEMMES DANS L'ETAT

éminents, tels que, en France, a l'époque de la Révolution, Condorcet l), l'ami et le biographe de Voltaire et de Turgot, ou, «ii Angleterre, de nos jours mêmes, l'illustre économiste Stuart Mill (2), ce n'est pas la ce que je demande.

'ii que je pense que 1rs femmes ne puissent être a l'occasion très-capables de diriger les affaires publiques »'t de gouverner l'État. L'histoire est l;i pour prouver qu'elles ont souvent égalé» sinon surpassé, les hommesdans cette fonction, témoin Elisabeth d'Angleterre, Catherine «le Russie, Haï Thérèse d'Autriche, que ses sujets appelaient notre />> tant d'autres. Mais je <t<>is «[n'en général elles ont reçu de la nature un autre rôle a remplir dans la société et que ce ne lerait pas sans détriment pour nous autres hommes et pour elles-mêmes qu'elles seraient admises a voter <'t à se faire «'•lire daii^ les corps politiques.

Dr deux choses l'une, en efl >u bien elles voteraient <•( pourraient être élues conjointement avec les hommes, »'l il en résulterait infailliblement une confusion où la dignité «-t le bonheur des femmes, et pai suite la société elle-même, n'auraient qu'à perdre. On bien elles formeraient des assemblées séparées où elles seraient appelées à discuter, soit les intéi inéraux delà société, soit les intérêts particuliers deleui sexe; ••! il en résulterait une division et des conflits fâcheux La <>ii (luit régner l'union, l'harmonie, l'unité. Dans l'un et l'autre cas, il leur faudi mettre en avant, appe-

ler li irds sur elles, jouer un rôle public, chose qui en gén< mi ne sied guère à leur nature «-t oe répond pas a leur vraie destination.

.1. sais très-bien «pi elles ue son! pas moins intéressées i\ui'

ÎII'ITII Mf LE

1rs hommes .1 la confection des lois, 1 gouvernement des affaires publiques, à l'administration de la justice; mais je pense, par les raisons mêmes <ju<v y viens d'indiquer, «ju'il ne leur convient pas <l\ participer directement, elles

il leurs représentants ou leurs mandataires naturels dans leurs pères, leurs ! leurs maris et h

le reconnais d'ailleurs qu'elles ont «*tr jusqu'ici fort mal représentées par les hommes, que eeux-ci leuronl fait le plus souvent des lois injustes, qu'ils istammen!

traitées en mineures; mais je ne pas qui 1 le à

ce mal soit de les appeler nous ou a côté de nous

dans lesconseilsde l'Etat. Réformons nos loisdans <<• < ] u . ont d'injuste et de Lyrannique à leui d, «I<* manière à ne plus laisser aux femmes aucun sujet <l«' plainte légitime, el la question sera résolue.

.i«' pense, en un mot, qu< Fonctions publiques rélire des représentants, discuter les lois, gouverner l'Etat, administrer la justice, doivent revenir exclusivement aui hommes, 1 que la vie qui convient en général aux femmes n'esl pas la vie publique, mais la vie p la m»* inté-

rieure, et que leur vraie place n'estpasau forum, mais an foyer domestique.

Vous voilà revenu a notre thèse, vonl peut-être pi nseï sonnes que je Faisais parler tout à l'heure; la Femme n'a donc point de rôle dans l'Etat. le prétends au contra mal que je 1 iens de dire, qu'elle m : et ce rôle, je

er «I»' k I - [u'il ^"ii bon < | m *

les femmes publîqm -. mais |<' crois

qu il est bon qu'elle . qu'elles n j in-

différentes connut? si ces affaires ne datent nulle-

ment, mais qu'elles b'j int it, qu'elles s'en occup

autant qu'il est en elles, et qu'elles j portent une influence 1 < lain e. le ne 1 rois pas <|iùl M>it bon qu'ell 1 nt des ilmih /»>' . mais je pense qu*ell<

tES FEMMES DANS L'ETAT. 129

politiques ;i remplir, el que les vertus civiques ne doivent pas leur ôti illes-mêmes toul à t'ait étrangères. C'est ce que je voudrais vous faire bien comprendre.

La femme, comme l'homme, t'ait partie d'une société civile un politique, en un mot d'un État; elle est donc citoyenne ;i : si le mut a été rendu ridicule par l'abus qu'on .mi a t'ait, la chose ne l'est pas et reste vraie. Qu'elle 1 ais>. l'homme l'action extérieure et publique, fort bien; mais qu'elle ne se montre pas plus «pic nous indifférente eu matière politique, car il s'agit là du droit, de la justice, du ! de' la patrie et de l'humanité, c'est-à-dire de choses auxquelles nul être humain ne doit demeurer indifférent.

J'ai combattu cette indifférence comme un vice honteux el funeste chez les hommes; mais c'est aussi un vice et un vice d isasl ix '-le'/ les femmes. Qu >i de plus favorable au despoli -if iiais dans la bouche des hommes cette parole si ne en certains pays et a certaines époques : « Je ne m • mêle p i> de politique, cela ne me regarde pas; » je In blâme aussi dan- la bouche des femmes, quoiqu'elle \ semble moins déplacée. Ne dites donc pas non plus, Mesdames, que ne vous regarde pas, comme si la politique était en dehors de la société dont vous faites partie, comme s'il ne ,ut pa<. indépendamment de vos propres droits r\ ,|r vos propres intérêts, des dr< its el des intérêts de vos pères, df vos frères, de vos époux, de vos enfants, de vos concitoyens, il nes'agissail pas du bien de votre pairie, comme s'il ne ut pas en général de la justice et de l'humanité!

( )i\ a remarqué, je le que l'affection des femmes s'athu plus volontiers a des objets particuliers qu'à des ch

ii qu'elle ne s attache aux chos< térales que le moyen des objets particuliers; mais ici les objets particuliers de leurs affections sonl dans une si intime dépencèdes choa térales qu'elles ne sauraient les séparer impunément. Je n'admets pas, d'ailleurs, que les femmes soient

M in mi \n i

radi< ' ibles de s'é aver et de s'attacher a des

ohc» i telles que le droit commun, la justice, la patrie, l'humanité, et l'histoire me fournirait assez d'exemples ints «lu contraire* Cette prétendue incapacité tient a un défaut d'éducation plutôt qu'à leur nature; la preuve, c'eat que là l'éducation a été mieui dirig défaut a disparu.

|< nonnais aussi (j'ai commencé par lit que o est au foy< i domestique qu est le vrai rôle de la fem le, qui

est de soutenir son mari et d infants, elle ne le rem •

ptira pas dans toute sou étendue, *te indifférente aux

choses politiques. Il faul qu il l'é^artl il»* <v> <li mimir

de tout le reste, elle pense avec son mari, qu elle l éclaire et

ijde .m besoin, en tout cas qu'elle l'encourage dans bonne voie; il faul qu'elle élève ses enfants de manièn lai iv des citoyens^ qu'elle s'applique à l« nr jnrul<|u< r les . tus civiques el à les détourner îles vnv> npjinsrs a « - lus.

i» i niin'iil ferait-elle tout cela, si Hlr nr s'iiilnvssail aux

publiques et s> elle n'offrait elle-même à son mari et a

• m que cela convient a sa nature, le modèle

vivant îles vertus qu'exige la société politique poui réaliser

l'idéal <l'' la (l'-iiiMcrahr ?

Reprenons donc ces vertus p ur montrai comment elles s'appliquent nmes mêmes uiumii «vlli ilniwui

les pratiquer et donner par là a leur mari et a leurs enfants IVn. imenl el le modèle qu'ils doivent attendra d'elles,

,,M g i om nent i eat souvent le < ontrairo qui i

première de i as fei Uu est I»' culte « I « * la libei t< Je ne Mh approuve! « as paroles qu H lu, dai - \ melti n faitéci ii«' pai lulie 1 avoue que la politique i

i easoi I des femmes... S >d utilité eal trop loin de moj pour me toucher beau ( mp, h s«^ luuurivs s«»ni imp >ul»l mes pour frappei vivement mes jeu* 1 1 timei le gouv< r-

Mr nent aou V quel le ciel m'a E Lre, je me sou< ie pea uv lavoû i il en est de meilleurs. !>• quoi ose s itnl de

LES FEMMES DAN8 I. Kl \T 131

les connaître avec si peu <1<' pouvoir de les établir? et pourquoi contristerais-je mou àme à considérer de si grands maux où je ne peui rien, tant que j'en vois d'autres autour <lr moi qu'il m'est permis »l»1 soulager? » Ces paroles, érijs en : '. prêcheraient aui Femmes l'indifférence en matière politique, c'es dire l'indifférence a l'égard de ces libertés publiques qui ne doivenl pas leur être moins chères qu'à nous-mêmes, car il y va des droits »it du bonhetur de tous. Il n'est pas vrai, d'ailleurs , que les femmes soient aussi impuissantes a oet égard que Julie veut bien le dire ; elles sont capables .au contraire d'une très-grande infl : et,

si cette influent i est trop souvent mau \ s elle pourrait aussi être bonne.

Ij-s femmes n'ont point, en général, de goût pour la lit ence, et elles ont surtout horreur des désordres de la rue; mais elles subissent trop volon tiers le despotisme el fin -oui,! -eut trop rarement leur époux et leurs fils dans la résistance a la tyrannie. Elles sont trop rares les mères capables de dire à leurs fils ce que dit au sien la mère d'un de mes amis, en apprenant qu'il venaitde briser si carrière, -- une carrii niblemenl oonquiseet pleine d'avenir, — pour ne pas servir le despoti? triomphant : «Tu as bien fait, mon fils. >• Trop souvent, au contraire, en pareil cas, ce sont des paroles rie lâcheté qui la bouche tlr> mères ou de ép • . à cet égard,

la femme n'est que ti >p souvent la corruptrice de ! h

nbien d'hommes, en effet, qui auraient voulu résislei tenir ferme, el qui on . poussés par leur m

leur femme ! Loin de rendre plus facile i mnies le

mu: civil, déjà si rare chez eux, el ppliqueul a le

e plus difficile encore, iém : comment

renoncer u une place luci . quan

iifim a ai son ' • > où \ ient cette p

■ des t les calomniai i n

pétai il ce qu'on a dit, qu'elles ont le goût ùuU du •<< spofa

llClil! ME l l I

mais, d'un.' part, elles sont plus effrayées que nous «1^ talions de la liberté »'t k plus forte raison des désordres de la licence populaire; et, d'autre part, le manque d'élévation d'esprit, les goûts frivoles, l'amour du luxe que développe ri 1rs la fausse éducation qu'on leur donne, ne les disposent que trop en Faveur de cette espèce de gouvernement, Quand j'enlends dire que dans certains salons les femmes se montrent avec des robes qui ne coûtent pas moins de deux ou trois mille francs et qu'elles rougiraient de les porter deux fois de suite, je m'étonne moins des bassesses de leurs maris.

Il est juste d'ajouter que, si les femmes font l«'s homm< 1rs hommes aussi font les femmes. Relevons leur esprit, appliquons-nous à développer en elles des goûts moins Frivoles,

•us en sorte qu'elles soient moins i - lav( a de leur lux de leurs caprices, et a leur tour elles nous soutiendront au lieu de Mnii^ découraj

La i de des grandes vertus du démocrate, c'est le respect de l'égalité civile et p >litique, qui n'est elle qu'un

, liant* de humaine. < !ette vertu est ei plus

difficile et plus ! la femme que la pn cédente. I !

Femme a naturellement, comme on l'a remarqué, des goûts

nsent pas aist'-ment a voir <lrs nmi itoyens, il plus forte raison i iux dans mes qui

sont moins favorisées qu'elle par la fortune. Elle aime d'ail leurs les distinctions extérieures, les privil - les lit

ml pas 1 1 de; ils favorables ,i la démocratie dont la loi fondamentale esl réalité. Vussi est i es plus e que des hommes que i iennenl

i ,, 3 .m rapprochemenl et k l'union de de la « illes maintiennent obstinément dans les

h les barrières que les lois démocratiques tendent à supprime! C'est tout juste le contraire qu'elles devraient faire. on nr leur demande pas, — p;is plus qu'on ne demande aux hommes, - de faire leur compagnie intime de personnel

bSS FEMMES DANS I. ÉTAT. 133

dont la fortune, l'éducation et les manières ne sont pas en harmonie avec les leurs, mais de ne pas les mépriser comme des créatures inférieures, car ces créatures peuvent leur être moralement très-supérieures; de les respecter au contraire comme leurs égales en tant que créatures humaines, particulièrement en tant que membres de lit même société, et d'inculquer a leurs enfants, au lieu de cette sotte vanité qui tait en quelque sorte partie de l'éducation, le respect et la dignité de l'homme et du citoyen. On leur demande, au nom du même principe, de repousser tout privilège, de s'attacher, non aux distinctions extérieures, mais a celle du mérite, i I d'inspirer ou d'entretenir ces sentiments autour d'elles.

C'est en ci' sens que Rousseau entreprit de réformer l'éducation au xviii siècle, dans ce temps où. suivant le témoignage deTurgot I . la première leçon qu'on donnait aux enfants était de mépriser les domestiques, parce que les parents regardaient cela comme une vertu; il voulait préparer ainsi la société a l'avènement de la démocratie qu'il voyait poindre.

.Mais, si |,i femme, favorisée de la fortune, doit écarter de sa personne et chasser ne sa maison cette vanité dédaiise qui est si contraire a l'esprit démocratique, la Femme pauvre ou moins heureuse doit aussi repousser cette envie qui n'est pas seulement un mauvais sentiment en soi, mais qui est un sentiment funeste a la démocratie. La diffén nce des positions peut exciter une émulation légitime et salutaire : mais 1 envie est toujours un sentiment détestable et malsain. Il \ a. d'ailleurs, un bien par lequel chacun peut toujours se relevei : i est la moralité, devant laquelle tous les esprits doivent s'incliner. • Devant nu grand, répétait Kant après Fonlenelle 2 , mi incline, mais mon esprit ne s'incline pas:

incline, au contraire, devant un honnête homme. • I s incline plus profondément en< ore, ajouterai-je, devant une

III II II \ll 11. ON

h» mi. < iniiir. parce que plusunt créature est bible, plus son hou né te té a de prix.

Le respect de la loi el Je la légalité est encore une vertu qui ne convient | »a^ moins à la femme qu'à l'homme. Il <'si vrai qu elle eu comprend moins) bien en géni ral la nécessité : «via lient a la nature \i\« et prompte * 1 « * son esprit, qui va droit à la< même, sans s'arrêter aui formes; cela tient aussi a son défaut d'éducation politique; mais c'est une raison de plus pour nous appliquer a lui Faire comprendre que, dans la société civile, il ne suffit pas qu'une «h it juste

ru soi, mais qu'il tant encore qu'elle si.it légale, <'t que la légalité, tout 'Mi garantissant < ral !<• droit, peut pan dans les cas particuliers, dou pas ^aiis doute justifier, mais confirmer i injustice. Elle a de la peine aussi a < comprendre que I»- respect des décisious «!<• la majorité s"it un «1rs <»u <i»'s citoyens; il Faut bien l'admettre pourtant, sous p(

la Société a I an,:

1 i riv( a la dernièi mde vertu «pi \%\ -«• le titre <!<• citoyen : I'* p C'est la une \«'i tu que les femmes

pratiquent moins malaisément, pourvu qu uni' mac édu « iiicii m m étouffe pas le germe «laus !»• oui < est «pu1

atrie est que bose <l«' concret et <i« vivant «pu p mieux a leui àme que i<" droit ri la légalité \ussi rhistoire «•-i elle remplie d«es exemples éclatantsqu'elles ont donné cette vertu, dans l«-s républiques île la (î temps de la république . en France à I époque de la Révolution partout enfin où l'amour de la patrie n1 » pas été refoulé le despotisme.

\ "in. d'ailleurs, de i ajoutei fLepati ol ui sit*l

a la Femme n est point n Farot* be et artificiel qui va

jusqu'à étouffei lea sentiments tes |»lus naturels et tes plus

i Sparte dout

m dans 17 i Une Femme de Spai te

avait cinq lus à l'armée, et attendait des nouvelles de la

Page 1