livre : L" l:i>in<< wm Lonû Kl \ . j'ai vu couper par mor
<i\. dans une matinée , quatre-vingts, quatre-vingt-dix,
cent pièces i\>' drap; j en ai vu brûler en place publique, j'en
ai vu attacher an carcan avec le nom du fabricant pour un
t l'asM! nieux assurer l<- ti
l»li<: '!<• 11. épublique .nu. ne une
litivemen
m KEUVI1 M! ! I -, ON.
lissage inégal ou pour le défaut de quelque Gl en chat»
El lout cela était voulu par les - ments l'ai vu faire
des desi s chez les fabricants av< c une bande de satellites, bouleverser leurs ateliers, répandre l'effroi dans leurs familles, couper les chaînes sui le métier, assigner, ajourner, confisquer, amender et tout ce qui s'ensuit, tourments, bonté, frais, discrédit. El pourquoi? Pouravoii fait des pannes en laine et que les règlements dc font mention <|u<' des pannes en poil I ai vu des emprisonnements parce <|ut' des fabri-
i- compatissants, au lieu d'exiger que leurs ouvriers vins sent de trois ou quatre lieues travailler en ville, leur donnaient à travaille! chez eux l'ai vu, sentence en main,
huissiers el cohorte poursuivre à outrance, dans leur fortune •'i dans leur personne, de malheureux fabricants pour avoii acheté leur matière ici | » 1 1 1 1 * » t que là.
i cette tyrannie n'est plus aujourd'hui « j u« * de Pli Loire ancienne : mais certaines écoles, qui tyaient démo-
cratiques, ne tendaient-elles pas à nous y ramener en prêchant Coryum \ du travail par F l l s'en faut, d'ailleurs, que «la us les États qui admettent en principe la liberté «lu travail, L- respecl <!<• cette liberté soit |»<uissr aussi loin qu'il «l"it l'être, "u que le travail soit déh de toute entrave. N x
il plus, paj exemple, uull< part de monopole? Or, qu'estce qu'un monopole, sinon, comme le très-justement M. Laboulaye i . une atteinte à la liberté <lu travail?
( . ' i m ore une atteinte k la liberté «lu travail que les lois qui entraven I l'associatiou ot même la coalition des travailleurs Que les omme le dit l'éminent publiciste que je viens de citei 2 . punissent la violence, les menaces, l'intimidation, (te : niais le lait de B'entendre paisiblement poui régler le prix du travail, quel crime est <•• Il J'ajoute que la loi qui refusi 1 1 droit aux ouvriers ne porte
LES DEVOIRS Dl GOl \ ERNEMENT. 145
pas moins atteinte à l'égalité qu'à la liberté, puisqu'elle ne traite pas les ouvriers sur le même pied que les patrons. Je ne puis qu'indiquer tout cela : le champ que j'ai à parcourir est très-vaste, et le temps qui m'est accordé très-limité; niais il suffit que je pose ici les grands principes el que j'en note les plus importantes déviations. Je passe a la liberté des biens ou de la propriété.
Ce que je produis par mon travail es! bien a moi, puisque cette production <i>t mon œuvre, ma création; et, par conséquent, j'ai le droit d'en disposer librement. Fruit de mon activité personnelle, cette propriété acquise n'est pas moins légitime et moins Nacrer que celle même de mon corps, et nul n'a le droit d'en disposer «pu4 moi-même.
Mae. a-t-on dit. si vous avez le droit de regarder comme vôtres 1rs fruits de votre travail et d'en disposer librement, il n'en esl pas de même de la terre, qui, appartenant à tous, ne peut être légitimement appropriée par personne.
Si cette raison était valable, elle s'appliquerait toul aussi bien à l'appropriation de la terre par un peuple que par un individu ; elle ne vaudrait pas moins contre la propriété collective que contre la propriété individuelle, <it il faudrait admettre le communisme universel : mais elle esl mauvaise : la terre ne peut devenir fertile et produire les fruits nécessaires a la subsistance des hommes qu'à la condition d'être appro - . et elle appartient naturellement a ceux qui, en la défrichant et en la cultivant, la transforment par leur travail.
Que si, reconnaissant qu'il esl nécessaire que la lerre soit appropriée, on maintien! que chaque portion <I<i terre appropriéedoil rire une propriété collective, la propriété d'un peuple ou loiitau moins d'une commune, et non une propriété individuelle, la propriété d'un particulier, je réponds qu'en refusant à l'individu le droit il<i i « ^urdei comme sienne la terre a laquelle il a appliqué son travail, tion-seulemenl on viole en lui un droit incontestable, mais qu'on frappe la société elle-
même dans Aspérité. M;i
déclamations ou les sophismes ,),• , ertaii croient démocratiques , tout cela est Irop évident »'t trop bien démontré pour que j'aie besoin «I v jnsis décla-
mations sent d ailleurs avoir t'ait leur
temps. N avons-nous pas vu f imeol le plus subtil et
le plus vigoureux adversaire que la prop tit rencontré
dans notre siècle, finir par célébrer la légitimité et les bienfaits de cette propriété qu'il avail dabonl d< un vol Il n'est plus m uijounl hui • fameux mémoire de Proudbon : I auteur^ tout en prétendant expliquerai première pei miment réfuté lui-même.
Il faut ai i ordei aux advei a de la propriété individuelle, s i! esl la « de beaucoup de \ i-
i et de beaucoup de maux : elle excite la cupidité, elle d< veloppe la oonvoitise, elle alimente I égnïsme, et elle • * - ndre par là beaucoup de mauvaises actions et de désordres mais il faut aussi leur rappeler qu'elle est, en même temps qu'un droit inviolable, un aiguillon puissant qui |* hommes au travail et entretient ans et la
pi C'est mi les phil< - qui,
M np| i - uniquement des \ maux
auxq >nne lieu la propi iét et ont
trn.iii la ; nom de la morale.
|i i r imme Mirabeau apr< s M ntesquieu, t"iit en i
- mi que la propriété individu tire, renie it qu elle tire ^t légitimité uniquement de la l<>i . ixile, il le conséqi la l"i ^ la réglei
ou la restreindre nu puisq
elle • pu l'a faite >t d'une ôqu
que S ut»- la propi iété n .1 d'<
l'état i ml. m.» i ivile qui ci
pro| lui est antéi ieur ••! dérive lui-même « 1 • • i
libre in tiviti bien |»lu' it la raison u
i l - M VOIRS Dl GOUVERNEMENT. 1 ô 1
de la société civile, puisque c'est en partie pour le garantir que les hommes s'unissent entre eux par le lien de cette sorte de société.
Si donc le droit il»1 propriété existe par lui-même, et si, en même temps qu'il dérive du droit primitif de la personnalité humaine, il est la condition et la source de la prospérité des sociétés, il doil être reconnu el respecté par les gouvernements. Et en fait nous voyons que le respect de la propriété individuelle est à la fois le signe de la liberté et delà prospérité des États. Autant les gouvernements despotiques l'ont bon marché de cette propriété vous vous rappelez la théorie de Louis XIV et de laSorbonne à ce sujet), autant les gouvernements libres la respectent et la favorisent ; et, par une conséquence nécessaire, autant sous les premiers la société languit et végète, autant elle fleurit et prospère sous is seconds. Le contrasteque signalait Voltaire entre la Suisse «•i 1rs États du pape esl un exemple frappant de cette vérité. i La moitié du terrain de la Suisse, écrivait le patriarche de Ferney, est composée il«à roches et de précipices, l'autre est peu fertile; mais quand des mains libres, conduites par des esprits éclairés, ont cultivé cette terre, elli anue flo-
rissante. » Et en regard de cette prospérité, issue <!»' la lib il montre le pays du pape d< s l'action du
despotisme, et du pire de tous les despotisme s, du despotisme ecclésiastique, inculte l).
.Ir ne prétends pas qu i nement doivi
limit ut étrange) k\
leur droit de pi opriété. i otnme il a le dev< i veiller a la
sûreté publique . evuir et par conséquent le
droit d'enipêchei que telle propriété individuelle ne devienne un danger. louner, | i i >lition d'une
m u !•• ou est insalul ner
des centres populeux certain lisscments trop bruyants
ou n s'il a ainsi ta
pro] uns ne soil nui la lit" la sûi
«1rs autres, cela - uifie pas qu'il soit le i
la propriété et qu'il ail le
( omine le I W\ ndenl
rtaine • - qui, pensant im\ en faveui «i»' la
dém - font nuiuno
avec l'absolutisnie. .1 ad n ets !.)• ne que la loi permette
i Uiiues expropi - [>oiii itilité | m -
blique, mais à un*' iTtii»* condition. Laquell I n'est pas seulement qu'une juste indemnité soit déeaux
: i ela \ : mais xpropi iations
ne soient qu'une exception et ne deviennent pas en quelque -•il»- la !• . • commune, comme nous voyons qu'il arrivé dans certaines capitales. N'est ce pas en effet, delà part d'une administration, une singulière especter la propi
individuelle que d'expropi e tous les propi
et tous les locataires, — in< sanl I ent,
— poui struire toute un< ! ne telle raçon
de priM'édcr n«ui-seulrim»nl i ir la
libei té indivii . - • une Poule de sentiments
intimes et d< mieux
. un / II
bien défendus de reconstrut Lion qui nis-
tral iter au d< i ette
nu i il»* l'ai -n est retraité, on « si i enti<
on «'^t homme d'habitudef on mbitieux on
Ikmii. u\ ,• un loceinrnl
\rn i poui j Bl( cocon ; on a î là tout
un petit monde intéi ieui , oi . tout
ail à meubler son chez soi, aie décorer, car il y a unsentimentet une poésie jusque dans l'aménagement d'un salon ou d'une salle à manger. Ici c'esl la bibliothèque; là c'esl la toilette; là encore, c'esl le cabinel de travail; de ce côté, c'esl la gravure <l<i Raphaël , «le cet autre c'est la statuette
Michel-Ange. On sait par cœur la place de la moindre tête de clou, la fonction de telle ou telle autre tablette, on a le doigté en quelque sorte de chaque touche de son ménage. On a vécu dans ce logement, c'est-à-dire qu'on y a versé une petite part «1«; soi-même; on y a aime on y a bercé son enfant, on v a élevé sa Famille. La religion du
ira fait pour vous de ce! appartement une sorte de sanctuaire; vous tenez à chacune de ces pierres pur un souvenir «•u pur une affection, et a vos heures de solitude, la tête penchée sur vos tisons, il vous semble que chacune de ces pierres à son tour vous interpelle a voix basse h vous raconte le roman intime de votre existence. Pendant que vous écoutez cette confidence délicieuse «lu passé, voici qu'à la même heure, là-bas, dans une salle <!<■ l'Hôtel «le ville, un homme étudie, le sourcil Froncé, une carte de la cité, el de temps en temps la pique (l'une épingle noire, comme un in'iai d'armée qui médite une opération de stratégie. I u nouveau boulevard vienl de passer par l'imagination Féconde «le l'édilité. Votre maison doit tomber. Demain matin, à voira réveil, un billet imprimé vous priera polimenl de plier *. \ilieu donc à toul ce qui étail encore vous, autour ne vous, « ce petit monde de création, imprégné de votre pensée : ce ne sera bientôt plus que du plâtras qui va partir «•n tombereau pour quelque trou u combler.
!.<• gouvernement ne doit pas oublier non plus que l'impôt n Vsi pas le prix d'un* ession faite par l'État, comme si celui— < i était I unique »'t véritable propi îétaire, mais une simple redevance pour la garantie et en «I les avant i «pi il nous procure. Mais il n'est que trop enclin à oublier i ••
M I \ Il Ml | !
principe, en traitant la propril chose, p
droits exorbitants dont il la frappe, po sfaireses appé-
tits vol en quoi non leulemenl il porte atteinte au droit individuel, mais il nuit à l'intérêt commu
\i je besoin d'ajouter que le droit de propriété implique celui de transmettre et de léguer ses biens, autre i lion que celle <l<' la justice et des légitimi - rôts de la imli i ii est point là non plus un droit purement i ml. mais un droit naturel, bien que, i onime le ilmii de propriété lui-même, il ne puisse se passer de rantie de l'État.
L'Étata donc aussi le devoir de le respe< ter : mais i est là encore un devoir dont il n'est que trop disposé à s'écarter.
l'arrivé à un droit qui tient encore plus essentiellement a la personne humaine que ««'lin de propriété, parce qu'il inhérent ;i la personne même, et qu'à ce titre il est absolu, imprescriptible, inviolable, mais qui n'en a | moins
méconnu et moins violé par les gouvernements : qui aujoui (I hin même, en plein \i\ siè( le, est a peii s la plu*
part des États de l'Europe, et qui, même chei les plus l il m. -s. ren< ontre diu ms la loi et dans le gouverne*
ment ; je veux pai lei de la ou <l<" « ■»• que l'on
appelle plus particulièrement, en tant qu il s'agit des qu lions 1 ' la
S'il ya un droit évident . - il doit j avoir un dio ■• et inviolable, c'est assurément celui-là ; et quand je parle delà liberté de penseï . je ne la sépare pas iprimei et
de manifeste! w pensée, oai la premii illusoire ; et pourtant la plupart uvernements modernes
i« poussent ou restreignent encore « ette lit" u nom
d'une religion d'État qu'il n'est pas permis d'examim .m nom d'une ou de plusieurs religions, sinon un . «lu
moins nnues par l'État, et qui .1 ru litre sont également
placées -i oute libre dis* 11, soit enfln au nom
d'un prétendu intérêt al que • iamen«
LES DEVOIRS m GOUVERNEMENT. 155
Examinons brièvement ces divers titres au nom desquels on prétend interdire mit' liberté aussi sacrée
Une religion d'État n'es! autre chose qu'un attenta! ;i la iberté de conscience. De quel droit prétendez-vous in'iinpoler votre dogme et votre culte! Du droit de la vérité, dites-vous? Mais la vérité, n'en suis- je pas juge comme vous! Et, m je ne pense pas comme vous à cet égard, si ce que vous appelez la vérité, je le regarde comme l'erreur, n'ai-je pas non-seuletnenl le droit, mais le devoir de ne pas suivre votre religion !
On invoque le droit delà conservation sociale. Mais ce que vous nommez la conservation sociale, <;Vst la conservation de l.i société telle qu'elle est, et non pas nécessairement telle |U'elle doit être; ••» le U-soin de conserver la société telle au 'elle est ne vous donne pas le droit d'opprimer l<^ cotiiciences et de torturer les corps, comme on l<i Rusait si fré guemment naguère et comme on le lait encore aujourd'hui, knême en des pays de qui l'on n'attendait pas un tel attentat ;ui\ droits de l'homme.
La reconnaissance ou la protection d'une oude plusieurs religions ne saurait non plus donner aucun droit sur 1rs dissidents : elle n'est pas non plus conforme aux vrais principes.
La vérité ici, c'esl que lit société civile ou l'Étal est absolument incompétent en matière de dogmes et de culte, qu'il ■e doit intervenir dans les choses de la religion, qui sont de h sphère de la conscience, non i\*> la sienne, que pour maintenir le droit de chacun »■! empêcher que l'ordre public ne soit troublé. Il admettra donc indistinctement* eu tant qu'État, tous les cultes, sauf h les empêcher d'attenter à la liberté et aux droits des citoyens, car assurei cette liberté ••! ces droits • •si son devoir el par conséquent son droit.
I h < onséqui ni «• d principes, « •• n est pas seulement
cette séculai isation de l'Etat , l 'est i duc de la loi civil de tous les actes qui en relèvent (naissance, mariage, dé< (pu est aujourd'hui établie dans la partie la plus avancée de
a II. Ml. I I < ON.
l'Europe, mais qui, j'ai le regret de le dire, ne Test pas encore dans tous les cantons de la Suisse : c'est aussi un système qui n'existe encore qu'en Amérique, que la Révolution française avail adopté el réalisé, mais que Napoléon, ce premier des contre-révolutionnaires, comme l'a si bien appelé madame de Staël, a supprimé pour rétablir le régime suranné de» concordats, el qui, malgré les obstacles que lui oppose l'es* prii du passé, finira bien par devenir la loi générale de la ciété moderne, car il esl le seul qui soit vraiment conforme a s.. h esprit : je veux parler de l'entière séparation de l'Église et de l'État. Un illustre homme d'Étal a récemment donné une nouvelle formule du même principe, en parlant de V Eglise libre dans F État libre. J'admets cette formule : oui, que l'Église, ou, pour mieux dire, les Églises soient libres, mais a la condition que la société civileou l'État qui la représente le soit aussi. La liberté de l'Église ne signifie pas sans dente celle de reconstituer les biens de main-morte, de capter les testaments ou d'enlever aux parents leurs curants: car. si c'est en cessons que l'Église doit être libre, alors la société on I il ne Test plus. La liberté religieuse, comme toute autre liberté, n'est légitime qu'autant qu'elle s'accorde avec celle de tous.
Si l'État attente à la liberté de conscience en imposant aux citoyens une religion soi-disant révélée, ou seulement en inlerdisanl a son égard le libre examen, il n'attenterait pas moins droit en leur imposant un dogme philosophique, comme le voulait Rousseau, el comme l'a fait la Convention a l'instigation <l<' Robespierre, ou seulement en poursuivant a titre il»- délits des opinions contraires a une certaine philosophie ardée comme orthodoxe, comme nous le voyons faire
chaque jour en certains pays qui prétendent marcher a la
tête de la civilisation.
I< i encore on invoque l'intérêt social ; mais l'intérêt social • •il pareille matière esl <lms,< sujette a diverses interprétations,
suivant les diverses opinions; et d'ailleurs le premier intérêt social, c'est que le droit de chacun soit respecté. J'ajoute que rien ne peut être plus favorable à l'intérêt général que la libre discussion, puisque la découverte de la vérité en suppose nécessairement la libre recherche.
Je dirai donc avec l'auteur de la Critique de la raison pure: «La liberté de soumettre toutes ses idées au jugement du public, sans être réputé pour cela un citoyen turbulent et dangereux, a son principe dans le droit primitif de la raison humaine, laquelle ne connaît d'autre tribunal que la raison commune où chacun a sa voix; et, connue c'est de celte raison commune que doivent venir toutes les améliorations dont notre État est susceptible, un tel droit est sacré et doit être respecté. »
« Qu'y a-t-il donc à faire, poursuit Kant, dont j'aime à citer ces belles paroles, qu'y a-t-il donc à faire, surtout par rapport au danger qui semble menacer le bien commun ? Rien de plus naturel, rien de plus juste que le parti que vous avez à prendre. Laissez faire ces gens-là : s'ils montrent du talent, une investigation neuve et profonde, en un mot de la raison, la raison y gagnera toujours. Si vous employez d'autres moyens que ceux d'une raison libre, si vous crie/ à la trahison, si, comme pour ('teindre un incendie, vous appelez au secours le public qui n'entend rien à de si subtils travaux, vous vous rendez ridicules. Car il n'est nullemenl question desavoir ce qui est ici avantageux ou nuisible au bien commun, mais seulement jusqu'où la raison peut s'avancer dans la spéculation, indépendamment de tout intérêt... Il es! toul à t'ait absurde de demander à la raison des lumières, cl de lui prescrire d'avance le parti qu'elle doit prendre. D'ailleurs la raison est assez bien réprimée et retenue dans ses limites par la raison même ; vous n'avez pas besoin d'appeler la garde pour opposer la force publique au parti dont la prédominance vous semble dangereuse. Dans celle dialectique, il
n\ a pas de victoire dont vous ayez sujet de vous alarme
M lis i es vérités si simples sont encore bien nouvelles aujourd'hui. A entendre beaucoup de gens de notre temps no* 1.7 que je ne parle pas seulement des défenseurs de l'JEw cliqtu . a voir l»^ condamnations qui frappent en France la libre pensée, et, en Suisse même, dans un d< voscantons,la bastonnade infligée a l'auteur d'un Examen de la vie de Jésus, il semble qu'elles n'aient pas encore lait beaucoup de che* min depuis le wm siècle. Nous avons donc ici encore àcon« tinuerla lâche commencée en faisant pénétrer dans lor^u-iN, dans les mœurs «'t dans les 1 » ► i ^ w principe de liberté intellect tuelle, ce principe de libre examen et de libre discussion dont i Renaissance «'t la Réforme ont jeté le germe dans le monde moderne, et que la Philosophie du wm' siècle, dont vous venez d'entendre l'un do principaux organes, a développé dans toute son étendue.
LA MORALE DANS L'ÉTAT (suite).
ITT
les devoirs ï)v gouvernement (suite).
Mesdames , Messieurs ,
Vous avez trop bien apprécié, j'en suis sûr, la grandeur du motif qui m'a empêché de venir ici mardi dernier pour que j'aie besoin de m'excuser auprès de vous de mon absence (1). Je ne doute pas que la mort du colonel Charras ne vous ait inspiré des sentiments semblables à ceux (pie j'ai vus éclater avant-hier parmi vos confédérés de Bâle. L'honneur revendiqué par les sous-officiers bâlois de porter au champ du repos le corps du vaillant proscrit ; l'immense concours de population qui accompagnai! ou saluait au passage le funèbre cortège; l'engagement solennel, quoique muet, de garder religieusement le dépôt confié a la terre helvétique jusqu'à ce qu'il puisse être rendu a la terre française ; la douleur et les larmes qui répondaienl aux nôtres : tout cela a témoigné assez hautement du respect de la Suisse pour le grand républicain qui vient de mourir et de la part qu'elle prend a ce malheur. La perte d'un (cl homme est en effet un»' calamité que doit ressentir toute libre démocratie. Ils sont
(1) .l'avais dû nie rendra à Bftte pour assi^tn- aux funérailles de Chants, mort -m la terre d'exil, le 23 janvier 1865, Km reproduisant ici les parolei que je prononçai
;tu début de cette !<■' on, et qui furent alors publié» - par quelques journaux, mé
par des journaus français, j<; émis remplir un devoir: la mémoire de Charras est de celles qu'on ne saurait trop honorer.
Lrop rares el trop précieux les caractères de cette trempe, le esprits de cette force, les hommes qui savent unira ce poinl civique au courage militaire, el qui, maniant la plume aussi bien que l'épée, se sarvent de la première, quand la seconde leui a été arraché* . pour continuer à défendre la cause <lu droit et de la justice : ils sont lrop rares et trop précieux ces soldats de la liberté, ces héros du devoir, grands citoyens, pour que tous les hommes libres ne les pleurent pas quand ils viennent à disparal surtout quand ils tombent avant d'avoir achevé leur œuvre. Celui-là a été pleuré comme il le méritait. Je n'avais jamais vu tant de larmes couler des yeux de lant de forts. Quel plus bel éloge pourrais-je faire du colonel Charras? Je n'en dirai rien de plus aujourd'hui ; mais je rentrerai en quelque sorte dans mon sujet en ajoutant qu'il a été l'éclatant modèle el la glorieuse victime de ces vertus civiques que je m'applique ici a décrire pour vous y montrer les fondements de toute vraie démocratie. (Applaudissements.)
Je n'en avais pas Bni encore avec les devons du gouvernement par rapport aux droits naturels, innés ou acquis, des citoyensel aux libertés qui en découlent. La liberté de penser, dont j'ai parle à la fin de la dernière leçon, implique, comme je l'ai dit, la liberté d'exprimer et de répandre sa pensée, soit par la parole, soit de toute autre manière;elle implique par conséquent la liberté de la presse 1 1 , la presse
|Ut Unit le monde no l'entend pas ainsi. Je sais qu'il y i qui, tout en accordant !<• principe, contestent la conséquence. Voici par exemple "•nt, dan ce du 2 mars 1866 . un ancien mini
ublique, aujourd'hui gouverneur -' I | . définissait et
: » Qu'estn <■ que la liberté d< l
ue 1 1 rni<i»n aborde. 'M lis lors- •i'"" en cherche d'autres poui eux une communauté de
• former une i lors la liberté <i
n droit d'intervention, l»ei 'i<>«- i autrui. i ainsi <mi veut
bien reconnaître i ; mais, dès qu'elfe
la soumet aux entrai
n'étant autre chose qu'une manière d'exprimer et de propager nos opinions : la presse, c'est la pensée imprimée et publiée par le moyen de l'impression. C'est encore ici une liberté naturelle, comme celle même de penser, une liberté qui dérive du droit primitif de notre nature, et non d'une permission de la loi ou du gouvernement. «Ce n'est pas», disait supérieurement un homme qui plus tard, il est vrai, a fait litière de tous lesgrands principes de la Révolution, indignement livrée par lui à l'auteur du 18 brumaire, mais qui avait eu la gloire d'en dicter en quelque sorte le magnifique programme, Siéyès, — « ce n'est pas en vertu d'une loi que les citoyens pensent, parlent, écrivent et publient leurs pensées; c'est en vertu de leurs droits naturels, droits (pie les hommes ont apportés dans l'association, el pour le maintien desquels ils ont établi la loi elle-même et tous les moyens publics qui la servent. La loi n'est pas un maître qui accorderait gratuitement des bienfaits. Laloi n'est Là que pour empêcher la liberté de s'égarer. >■ C'est-à-dire de dégénérer en licence en attentant à la liberté d'autrui, el c'est là en eiftt l'unique rôle delà loi et du gouvernement. Cette liberté de publier sa pensée ne s'applique pas simplement aux matières dont j'ai déjà parlé, aux matières religieuses et philosophiques; mais elle s'applique aussi à la politique comme à loul le reste, je veux dire a l'examen, non passeulemenl des principes philosophiques de la politique, ce qui rentrerait dans ce tpie je viens de rappeler, mais delà manièredont elle est conduite, des lois et des actes du gouvernement ou en général des pouvoirs publics. C'est en effet le droit de tout citoyen de
gouvernement. Cette concession, avec celte restriction, esl dérisoire : je l'ai déjà dit, la liberté de penser sans la liberté d'exprimer sa pensée n'es! qu'une ironie. Il i il vrai que, pour justifier L'intervention du gouvernement, on invoque son droit d'empêcher que certaines i royances ne soient imposées à autrui ; mais il y a là une équivoque et un lopins i ut : royances à autrui que de les exposera qui veut
le- entendre? Oui, suivant les gens dont je parle ici. On violente les consciences* on attente à la fbid'aulrui quand on dit ce que l'on pense. Voilà, il faut l'avouer, une singulière façon d'entendre la liberté de conscience, uni- qui ne d il pas ètoanerde la pari <l nu orateur du Sénat.
r.MiM. \i