DIXIÈME M'.' "V
penser loui haut, ou de publier libremenl sa pensée sur 1rs lois auxquelles il esl ou va être soumis el sui tes du gou-
vernement qui le régit. Cette liberté est, comme on l'a dit bien souvent, le palladium de toutes 1rs autres : <ill<' «'si la sauvegarde des citoyens contre l'arbitraire, les exactions, en un mot ions les abus d<i pouvoir des dépositaires de l'autorité publique. " Elledonne, comme un spirituel écrivain lefail dire
Montesquieu dans un dialogue avec Machiavel récemmenl rapporté des enfers, elle donne à quiconque esl opprimé le moyen de se plaindre el d'être entendu.» Le gouvernement qui en dépouille les citoyens, ou qui, ce qui revient au même, en soumet l'exercice à son bon plaisir, commet un double attentat envers eux • il viole en eux le droit naturel, et il leur enlève une de leurs plus précieuses garanties. Cet attentat <ist l'ac-
npagnement nécessaire de tout gouvernement despotique : il Faut que le despotisme tue la liberté de la pn - qui
m1 vaut pas mieux, qu'il la musèle. 1! ne peut vivre lui-même qu'à ce prix, \ussi n'est-on pas étonné quand on voil l'epipereur Napoléon r écrire en ces termes cl Qoréal an xiu, 22 avril 1805 à son ministre Fouché au sujet des journaux qu'il avait bien voulu laisser subsister : « Réprimez un peu les journaux, Faites-] mettre de bons articles, Faites comprendre aux rédacteurs des Débats et du Publiciste que le temps n < pas éloigné où, tn'apercevant qu'ils ne me sont pas utiles, je les supprimerai avec tous les autres, et n'en conserverai qu'un seul... Mon intention esl donc que vous z appeler
les rédacteurs du journal des Débais, du Ptibli de la Ga-
'/r de France, qui sont, j<i crois, les journaux nui ont le plus de vogue, pour leur déclarer que s'ils continuent à n les truchements des journaux et des bulletins anglais, et a alarmer -ans i esse l'opinion, en répétant bêtement les bulletin! de F rancfoi i el d'Auj sb< m ans discernement et sans jugement, leur durée ne i pas loi que le temps de la Révolution est fini et qu'il n'y a plus en Fran< e qu'u rtij
que je ne souffrirai jamais que les journaux disent ni fassent rien contre mes intérêts; qu'ils pourront faire quelques petits articles où ils pourront mettre un peu de venin, mais qu'un beau matin on leur fermera la bouche (1)». Fermer la bouche aux contradicteurs, tel doit être en effet le premier et le dernier mot de la tyrannie. Le respect de la liberté de la presse est au contraire la marque de tout gouvernement libre. Aussi n'aurais-je pas besoin de chercher ailleurs qu'ici l'exemple de ce respect.
Sans doute la liberté delà presse peut, comme toute autre, dégénérer en licence et engendrer ainsi des actes punissable Je n'admets pas avec un célèbre publiciste que la presse doive être dans tous les cas impunie. On peut se servir de la presse, comme de tout autre moyen, pour commettre certains délits, tels que calomnier les citoyens, outrager les magistrats, faire appel à la révolte. Ces délits, punissables de leur nature, ne deviennent pas innocents pour être commis par la voir de la presse; ils en contractent au contraire une gravité plus grande. Qu'ils soient donc au besoin réprimés par la loj ; mais il ne faut pas que, sous prétexte de les réprimer, on attente à la liberté elle-même. J'ajoute en m'adressant ici aux mœurs, qu'à l'égard des offenses donl ils peuvent être l'objet dans la presse, les dépositaires de l'autorité publique, sans -< désarmer absolument du droit de les poursuivre devanl les tribunaux, doivent montrer une extrême modération, parce que la ligne qui sépare ici la critiquai iffense est très-difficile à maintenir dans l'ardeur de la polémique, qu'ils en
ut eux-mêmes très-mauvais juges, el que louten laissanl aux tribunaux le soin d'en décider, sans exercer sur eux aucune pression, ils ne multiplieraient pas les procès de presse sans danger pour la liberté même de la presse. Qu'ils répondenl plutffl par la même voie ou mieux encore par leurs
(i) Ccrreti .• •. i X, p