‹ La morale dans le drame: l'épopée et le roman (volume 2)Chapitre 10 sur 49 · mte : tûe. tiê.y 4M»e il, 6k, Vî · texte numérisé non relu

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SOUS sa tente pour une injure personnelle, comme faille cruel Achille, et il ne repousserait pas la belle prière du vieux Phénix. Son point d'honneur est plus haut placé. Ulysse, il est vrai, reste fidèle à la cause des Grecs, et Hector défend noblement Troie. Toutefois Roland a le sentiment d'une obligation politique plus large, qui est étrangère à Tlliade, et qui le prend tout entier.

La Chanson nous montre des nations diverses unies dans une même pensée religieuse sous la main de Charlemagne. Il est vrai qu*elies restent divisées en dessous et que la pensée qui les unit contre les païens n'est pas plus capable de les retenir dans une communauté définitive, que la sympathie éveillée par le péril commun ne put fonder un accord durable entre les villes grecques, armées lin moment contre les Perses. Rome, d'ailleurs, en recevant dans ses temples les dieux des peuples vaincus, avait préparé leur réunion sous un principe plus large que la parenté du sang et de la race. Le christianisnote représenta ce principe par une formule précise, mais étroite. Dans la Chanson, la croyance est intolérante, exclusive, et Tunité politique qui y est sentie comme idéal est enfermée dans les limites de la croyance. Si Charles consent à accorder la paix à l'émir, c'est à la condition qu'il se^ convertira à la foi du Christ : « Reçois la loi que Dieu nous donne

à croire, lui dit-il, deviens chrétien et sur l'heure je t'aimerai (v. 3597-98). » Et le poète met cette dure parole dans la bouche du grand empereur :

« Pais ne amur ne dei à païen rendre. — ▼. 3596. »

Il faut convenir que la race et la foi religieuse sont des barrières qui arrêtent encore de nos jours la force de la sympathie : une guerre fait naître entre deux peuples une longue inimitié. Mais notre raison ne reconnaît plus ces barrières et notre sentiment les franchit sans cesse. Si la conception de « rhumanité » ne gouverne pas toutes les relations politiques des Éiats modernes^ c'est assez pourtant qu'elle existe Les poètes nouveaux ont vu les évènemenls à cette clarté et ils ont interprété les héros qu'ils mettaient en scène. Le Mithridate de Racine, et même le ISicomède de Corneille, ont une teinture de noire esprit. C'est l'intérêt du drame historique, et c'en est recueil, qu'il est toujours, à quel- Ijoe degré, la critique du passé par la conscience présente. ^

En résumé, nos sentiments, qui sont les sources de notre activité morale, peuvent être répartis en deux classes, celle des égoïstes et celle des altruistes. On peut en former une troisième, celle des — sentiments désintéressés, s'appli quant à de pures idées, et qui sont Tamour du vrai, du beau, du

it) LA MQRAL'B DANS LE DRAME

jtt^le. Ceux-ci parteat, il me sambie, d'un oOort spontané vers h r^alisatipo da rapports qui sont sentis : sous la fornie où nous les connaissons, ils sont à coup .'ûr un produit de la culture. C'est la vie sociale qui a tiré nos eentiments supérieurs des profondeurs de 1^ nature instinctive. Mais ce pussage de ranimalité à une existence supérieure ne serait p^s ppsfible sans Tactiop originale de Pélé^ npient intellectuel, et il convient de répéter avec Euripide : f Je rends hommage au dieu qui régla notre existence, auparavant désordonnée et sauvage , d'atiord en nous dotant de rinlelligence^ ensuite en nous donnant la langue, messagère des paroles, interprète de la pensée^ et ces fruits destinés à notre nourriture, sur lesquels il verse du haut des çieux rhqinide rosée qui nourrit les productions de. la terre et arrose son sein*. »

Nos sentiments, nos passions nous incitent à agir; mais c'est Tidée de justice, entrant dans les actes, qui leur donne le caractère moral. Diriger les puisr sauces actives de l'homme vers cette fin qui est le juste, le bien, tel est l'objet des préceptes de la ynoraie. Cette idée de bien, de finj est 1^ premier^ qui se présente h la critique ^ .

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