‹ La morale dans le drame: l'épopée et le roman (volume 2)Chapitre 24 sur 49 · LES CONFLITS MORAUX · texte numérisé non relu

LES CONFLITS MORAUX

Conflits amenés par une faute antérieure (5/e2k( de Gœthe. une héroïne de M. H. Malot, etc.)* — Conflits entre des devoirs subordonnés (Patrocle devant Achille, Piccolomini devant Wallenstgin, le margrave Ruedegér des Nibelungen). De la discipline militaire. — Conflits tragiques : comparaison entre deux devoirs contradictoires ; opposition d'un devoir d'autorité à un sentiment ou à une fin de la conscience individuelle; démonstration qui n'est pas assurée (remarques sur Polyeucte et la Pharsale de Lucain, le Brutus de PluUrqueet celui de Shakspeare). Le duel (le tue-la^ de M. Dumas fils, et le saigne-la^ du drame espagnol). Analyse du conflit de GauTain dans OuLatrevingt'trei%e de Hugo. — Importance sociale des conflits moraux . Faits de droit (Coriolan de Shakspeare). Tendance a une conciliation du juste avec l'utile et de la justice avec la bonté (Horace de Corneille et Venceulas de Rotrou).

Un docte allemand, M. Julius Bahnsen, a publié récemment un livre curieux qui a pour titre : le Tragique comme loi du monde ^. Le tragique, c'est le conflit moral insoluble, c'est la lutte désespérée de la conscience prise entre des devoirs toujours

1. Voyez un compte-rendu de ce livre dans la Rev. philos, de juin 1878.

contradictoires. Pour M. Bahnsen, qui appartient à récole pessimiste trop florissante d*outre-Rhin, noire malheur vient de notre volonté : la volonté est contrainte d'agir, quoique la conscience doute; tantôt le respect humain, tantôt le remords la pousse deçà et de là ; mais à peine a-t-elle engagé l'action, qu'on nouveau et plus insoluble problème se pose devant elle; il lui faut rouler sa pierre de Sisyphe, et Tenfer commence. Je n'ai pas dessein de me risquer dans la critique du livre de M. Bahnsen ; mon point de vue n'est pas le sien, et je n'envisage les cas de conflits moraux ni en pessimiste ni en optimiste. Je voudrais d'abord bi^n entendre ce que c'est qu'un conflit moral.

Dans la Stella, de Goethe, Fernand a abandonné sa jeune femme enceinte, pour courir les aventures et chercher fortune ; il a rencontré une seconde maîtresse, la charmante Stella, dont l'âme est suspendue à son amour. Le hasard de la vie le place aujourd'hui entre ces deux femmes. Renouera-t-il le lien sacré qui l'unissait à Cécile, devenue mère? Briserat-il le cœur de Stela? Une telle situation est sans issue : elle se dénoue par la mort de Stella et le suicide de Fernand ; sa fille reste à Cécile. Mais c'est la faute première de Fernand qui l'a préparée; elle est dramatique, elle n'est pas de nécessité tragique au sens de M. Bahnsen,

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La vie elle drame ofïrent de nombreuses situations de ce genre, comportant des solutions singulières, qai ne sont pas de véritables conflits moraux ^ .

De même, je n'appelle pas proprement conflit moral la lutte entre un devoir et une passion. C'est Bérénice et Titus se séparant; c'est, dans le théâtre polonais^ Barbara Radziwil - que le roi Auguste de Pologne a épousée secrètement et que les Etats de la noblesse repoussent : elle périt h la fin empoisonnée par la mère du roi, qui est une sorte d'Agrippine. Ces luttes sont dramatiques, elles ne sont pas,

1 Tel, p. ex., un dénouement hardi, hasardé de M. Hector Malot : les Batailles du mariage. Une intrigante dévote, M^»* Prélavoine, rechercha» pour son fils Âurélien la main de la petite-fille du comte de la Roche-Odon. Elle va à Rome acheter à son fils le titre de comte du pape; elle agit sur le vieillard par les prêtres; elle arrache le oui à Bérengère lassée, en lui donnant à croire, par une odieuse tromperie, que le capitaine de Gardilane, qui a son amour, la trompe lâchement. Mais Bérengère a son plan d'enfant terrible, elle refuse son lit à l'iiypocrite « bon jeune homme. » Puis, découvrant le piège où elle est tombée, elle va résolument au fiancé de son cœur : plus tard, après la mort de son grand-père, elle quittera l'époux légal qu'elle méprise pour élrc la maitresse légitime de M. de Gardilane. Ce qui Ta mise là, c'est sa précipitation, ce sont les préjugés catholiques du vieux la Roche-Odon. Un tel dénouement satisfait l'intérêt que nous inspirent les divers personnages; mais il engage, au-delà du livre, une situation fort délicate dans la vie du monde. — Voir encore la Morte civiley de Tommaso Salvini, et le drame français de M. Ctiarles Edmond» V Africain, que rappelle M. Sarcey à propos de l'adaptation du drame italien à notre scène (le Temps du 2 dêc. 1878).

2. Tragédie de Félinski, dans la collection, incomplète et médiocre, de chez Ladvocat : Chefs-d'œuvre des Théâtres étrangers.

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je le répète, des conflits tragiques, parce que le devoir n*y est pas douteux et que la conscience suffit à le montrer clairement.

Je passe à des cas d'un autre genre. Quand Achille boude sous sa tente et compromet par son inaction le salut de 'toute l'armée, le fidèle Patrocle s'abstient aussi de combattre, quoique à regret. Mais il ne se demande point si son devoir de soldat grec n'est pas supérieur à son devoir de compagnon et d'ami ; dans ce monde homérique, les liens individuels sont les plus puissants, et Patrocle est avant tout le leude d'Achille. Il ne retourne aux combats que sur la permission de ce héros ; il attend que Torgueilleux fils de Pelée, irrité à la fin de la hardiesse d'Hector qui menace d'incendier ses vaisseaux, le revête de ses propres armes et commande à ses Thessalieas de lui obéir.

Dans la mort de WaUensteiny le jeune Max Piccolomini se trouve vis-à-vis de Wallenstein dans une situation analogue à celle de Patrocle devant Achille. Mais il agit tout autrement que le fils de Ménétius. Wallenstein, blessé dans son orgueil, a décidé de passer aux Suédois avec son armée. Max suivra-t-il son général, qu'il chérit plus que son père, et dont il aime la fille? Il ne saurait hésiter longtemps ; il demeure fidèle à l'Autriche et à l'empereur, il abandonne l'illustre rebelle, il renonce à Thécla, et il se

fait tuer à la tête des cuirassiers de Pappcnbeim, dont il est le colonel, 6n combattant les Suédois qui venaient recueillir le fruit de la trahison. Wallenstein ouvrait pourtant une issue à ce généreux jeune homme, invoquant les liens de subordination étroite qui rattachent à sa personne : * Le devoir, envers qui? qui es-tu? Si j'agis mal envers Tempereur, c'est mon tort et non le tien. T'apparliens-lu ? Es-tu Ion propre maître.? Es- tu libre dans ce monde, comme moi, et peux-tu te dire l'auteur de tes actions? Tu es uni à moi, comme la branche au tronc. Légère sera ta responsabilité dans cette lutte... act. llly se. XVIII. » Mais Max se sent vraiment responsable, parce que sa raison lui démontre clairement ce qu'il doit faire. Les conflits de ce genre se produisent quand un événement extérieur vient à opposer deux devoirs l'un à l'autre, et on les résout selon qu'on attribue la supériorité à l'un ou à l'autre de ces devoirs. Patrocle demeure auprès d'Achille; Max Piccolomini, au contraire, juge l'intérêt de l'Autriche supérieur à la fin particulière de Wallenstein, tout grand qu'est cet homme et malgré le prestige qui l'environne. Il n'y a pas doute dans son esprit et sa conviction est assez forte pour le déterminer à un entier et douloureux sacrifice.

Entre ces deux, le poème des Nibelungen nous offre un exemple intéressant dans la mort du mar-

>{:2 I.A MOftALK DANS LK DRAM F.

gf*ave Raedegér de Bechlàren^ Le roi des Uiunefl, Eizel, avait jadis confié à Ruedegér la difficile mission d'aller en Burgondie demander pour lui la main de la belle Kriemhilt, veuve du brave Sifrit, tué traîtreusement par Hagene deTrojene. Quand la haineuse Kriembilt, devenue la femme d'Etzel, fait inviter ses frères à la visiter, dans le but de perdre Hagene et, s'il le faut, ses propres frères avec lui, le margrave leur donne l'hospitalité sur ses terres, à Bechlàren, et il y marie sa fille à Giselhêr, le plus jeune frère de la reine. A présent la reine lui demande de massacrer les Burgondes, qui ont échappé à ses embûches et se sont retranchés dans le palais. Le^î^rrible Hfgene a abattu tous les guerriers d'Elzel; il ne reste plus que Ruedegér qui soit assez fort pour le vaincre. Mais ce héros hésite à satisfaire sur ses hôtes de la veille, sur son propre gendre, la vengeance de la reine ; il est partagé entre deux devoirs, celui d'hôte et beau-père, celui de vassal. Son hésitation le fait accuser de lâcheté ; plus cruelles sont les angoisses de sa conscience. Il a juré à la reine d'exposer sa vie et son honneur pour elle, mais il n'a point juré de perdre son âme ; il aurait fait à ces guerriers étrangers tout le mal qu'il aurait pu, s'il ne les avait lui-même conduits ici; il a été leur guide

\. Ed. E, de Laveleye, xxxvii.

LA MORAf.K hANS I.K DRAMi: Sîî

au pays de son maitre et son bras ne doit point les attaquer. '

« Le puissant Ëtzel se mit aussi à supplier. Tous deux se jetèrent aux pieds du guerrier! On vît le noble margrave l'âme profondément troublée. Ce très loyal héros parla lamentablement : — Malheur, à moi, abandonné de Dieu, d'avoir vécu jusqu'à ce jour I II faut que je renonce à mon honneur, à ma loyauté et aux vertus que Dieu m'a commandées. Hélas ! Dieu du ciel, pourquoi la mort ne peut-elle ra'enlever? — Quel que soit le parti que je repousse ou que j'embrasse, j'aurai mal et très méchamment agi. Et si j'abandonne à la fois la reine et ses frères, tout le monde me le reprochera. Oh ! que celui qui m'a donné la vie m'éclaire en ce moment * . »

Le roi et la reine continuent à le suppHer. Il leur offre alors de reprendre les terres et les burgs qu'il tient d'eux ; il préfère ne rien garder, aller pieds nus en pays étrangers. Â la fin pourtant, il se résout à s'armer. C'est sa qualité d'homme d'Etzel et d'Hiune qui oblige Ruedegêr; il s'arme donc, il adresse des paroles émues et tristes aux amis qu'il va combattre ; il frappe sur eux des coups terribles et tombe lui-même touché à mort.

1. n ne faut pas oublier que le poème d.'S Nibelungen a été rédigé des dernières années du xii* siècle aux premières années du xni' ; mais les vieiUes sagas en ont fourni les sujets.

Ces exemples^ me donnent occasion de parler de la discipline militaire. L'obéissance passive est imposée à Tofficier et au soldat sous la condition des lois qui garantissent la forme de la société; dés qae l'ordre qui commande l'obéissance contredit à ces lois et viole le pacte, elle n*est plus exigée. Toute la difficulté est de constater cette violation. Ensuite la décision de la conscience n'est pas douteuse et il n'y a pas ici de conflit moral. Lorsque les hommes de Pappenheim sont avertis par une lettre de l'empereur de refuser obéissance à leur général, ils viennent droit à lui et l'interrogent : c Nous voulons que tu nous dises toi-même ce que tu projettes, car tu as toujours été vrai avec nous, nous avons ta plus grande confiance en toi ; il ne faut pas qu'une bouche étrangère se glisse entre nous, entre le boa général et ses bonnes troupes... act. III, se. xv. » Us se détacheront de lui sans hésiter, s'il est vraiment traître à l'empereur.

Mais sortons de ce monde étroit et transportonsnous au milieu d'une société troublée, dans l'Athènes de Selon, dans la Rome des guerres civiles, dans TAngleterre de Guillaume d'Orange, dans la France révolulionnaire. Alors l'individu pourra se trouver engagé en des aventures où sa conduite sera extrêmement difficile, parce qu'il lui faudra apprécier les ordres qui commandent son respect de citoyen ; il

pourra se trouver placé entre deux devoirs contradictoires, dont Tun sera extérieur et d^autorilé, et dont Tautre résultera d une démonstration de la conscience individuelle. Ce sont là des conQits d'un troisième genre, et cette fois de véritables conflits moraux, en ce qu'il y faut prendre parti quoique la volonté manque de certitude. Ils sont les révolutions morales de Thistoire, et c'est en les traversant que la conscience humaine se développe et que les sociétés élargissent leur hqrizon.

Supposons un chrétien du second siècle, qui était décurion dans sa commune. Sa charge, dont il ne pouvait se démettre, Tobligeait à des actes religieux que sa nouvelle croyance lui interdisait; un conflit grave s'élevait entre son devoir de citoyen et son devoir de croyant. On sait que le chrétien, en pareil cas, n'hésitait guère à déserter ses fonctions, son rnunicipe et à tout sacrifier à l'intérêt de sa foi; ce fut même une des causes de la décadehce des municipalités. Durant notre Révolution, le prêtre mis en demeure d'accepter la constitution civile du clergé se trouvait dans une position très-délicate, selon l'idée qu'il se ftiisait du pouvoir de TÉtat et de celui de l'Église. La séparation des pouvoirs, la prévalence du contrat, l'indépendance des charges publiques, tous les progrès enfin qui dégagent et .font plus mobile, plus libre l'action individuelle,

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épargnent aux hommes beaucoup de ces luttes intérieures.

Le Polyeucie de Corneille n'a pas soupçon d*un conflit moral. Ce gendre du gouverneur Félix ne s'inquiète point de ce que sa qualité de citoyen exige de lui ; il prorane le temple, il brise les autels et les statues des dieux, cet exalté ne conserve nulle attache avec la vie. Corneille, si étroitement respectueux envers Tautoriteé établie, a ici, de son point de vue chrétien, glorifié la révolte sans éprouver aucun scrupule : tant il est vrai que notre conscience est faite des jugements de notre raison !

Si Lucain eût ressenti Témotion poignante de son sujet, il eût déroulé dans sa Pharsak le conflit tragique des guerres* civiles. De la lutte de César et de Pompée, de celte crise de la grande révolution qui a élargi la cité romaine, il n'a rien deviné et il n'a pas su ce qu'il en pouvait connaître. Son Caton, interrogé par Brutus, déclare se ranger du parti de Pompée pour mieux servir la liberté :

« Ideo me milite ^incat, « Nesibise vicisse putet. » (Lib, sec.)

Mais ce mot abstrait reste vide; le poète n'a prêté à Caton ni le raisonnement du patricien, ni le raibonnement du stoïcien, et il n'a compris de ce con-

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Ait ni la valeur historique^ ni la valeur morale. Son Gatoa n^a qu'un mot qui prend un sens plus profond, si on dépasse la pensée de Lucain, comme on a fait pour le célèbre homo $um de Térence :

a Sammum, Brute, nefas civilia beUa fatemur.

Sed quo fata trahant, virtus secura seqaetur : Grimen erit Superis et me fecisse nocentem. i

C'est-à-dire que Caton, et tout honnête homme qui prend parti en ces époques troublées, suit la démonstration que lui fait sa conscience, et, s'il se trompe, la faute n'en est pas à lui : 11 faut qu'il agisse, sans avoir pourtant la certitude, et sa prévision ne saurait s'étendre aux conséquences lointaines, de son acte.

Toute grande révolution oppose Tune à l'autre deux démonstrations, deux fins. C'est chose grave, pour César, de porter la guerre dans Rome, et pour Caton, de s'attacher à Pompée. Il sera plus grave encore pour Brutus de frapper un jour César.

Plularque raconte le meurtre de César sans en accuser ni en louer Brutus. Shakespeare ne se prononce pas davantage sur la qualité de Tacle ; mais il a esquissé le conflit moral, et son Brutus se pose cette question, difficile à résoudre en l'espèce, à savoir s'il lui est permis de tuer le tyran dans Tœuf, et

s'il est juste de changer Tordre établi, sous raction d'un sentiment personnel. II répond à Gassius, qui le tàte adroitement : « Cassius, ne vous abusez pas : si mes regards sont voilés, c'est simplement qu'ils sont tournés sur le trouble intérieur de mon âme. Je suis assailli depuis ces derniers temps par des sentiments qui se font quelque peu la guerre, par des pensées qui me sont entièrement personnelles. — Act. I, se. II*. » Bientôt il précise l'objet de ces pensées, qui est d'affranchir Rome en tuant César : « Cela doit se faire par sa mort : pour ma part, je ne me connais aucune raison personnelle de le frapper, si ce n'est l'intérêt général.... Oh! que ne pouvons-nous atteindre l'âme de César, sans frapper ses membres ! Mais hélas ! pour arriver à ce résullat, il faut que César saigne ! — Act. II, se. i. »

M, Monlégut estime que Shakespeare, comparant le grand César à l'étoile du Nord immobile dans le ciel et faisant de cet homme le ministre de la destinée, s'est associé à la pensée de Dante qui jetait Brutus et Cassius dans le neuvième cercle de son enfer, avec Judas, pour avoir attenté, celui-ci à Tordre spirituel, et ceux-là à l'ordre temporel. Shakespeare aurait écrit la tragédie de Terreur et du châtiment du noble Brutus. Si la tristesse de Brutus

l.Xrad. E. Montégut.

trahit un doute, peut-être un regret, elle s'explique d'ailleurs par le déchirement de son amitié pour César et par l'inquiétude du succès. Shakespeare s'est gardé de qualifier Tacte, et il n*avait pas besoin de le faire. Brutus est une droite nature qui a agi selon la démonstration de sa conscience. Cette démonstration était fondée sur des données particulières à sa classe et à son temps ; le poète n'avait pas à le critiquer. C'est la tâche de Thistoire d'apprécier les fins et les résultats.

Sa décision coûte d'autant plus à Brutus qu'il s'agit de frapper directement César et d'assumer presque seul la responsabilité d'un crime. Il semble ^ en effet, que le respect de la vie humaine soit une loi supérieure de la conscience, qui doive être obéie dans tous les cas. Et c'est pourtant la vie humaine qni est l'enjeu de la plupart des conflits tragiques I Disons un mot, en passant, des conflits sanglants qui engagent Yhanneur, considéré comme un véritable devoir envers soi-même.

Le duel risque la vie de deux hommes. Mais nul ne balance d'aller sur le terrain pour avoir lu la belle lettre de Jean-Jacques, ou parce que le duel constitue une violation de la loi. Il est vrai qu'il est des querelles privées pour lesquelles la loi ne saurait fournir une solution satisfaisante, et qui coûteraient parfois plus de sang si le combat singulier ne les

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réglait pas; au lieu que, par une fiction acceptée de part et d'autre, on attribue à un coup d*épée la rertu de purger l'honneur*. Comme dit le comte dans le Cid de Guillen de Castro, lorsqu'on raccommode ce vêtement, l'honneur, ce doit être du même drap :

c Que el remiendo en ei honor Ha de ser del mismo pano. »

M. Dumas fils, conseillant au mari de tuer la femme adultère^, engage un conflit entre le respect de la loi qui interdit de tuer, et le respect de la famille qui le commande peut-être. Sa thèse, je l'ai déjà dit, est une machine de guerre, et le divorce accepté par notre Code, sans guérir la plaie ouverte par Tadultère, dispenserait au moins de recourir à cette médecine violente. Du reste, la démonstration de M. Dumas, quoiqu'il l'appuie de la Bible et de la philosophie de la création du monde, n'est pas valable pour la conscience moderne. L'auteur même ne s'y tient que dans ses préfaces et ses brochures ; pour réaliser sa thèse au théâtre ou dans le roman, il est obligé de faire agir ses exécuteurs sous Tînfluence de passions qui les excusent, et il n'oserait

1. Je n'entends pas, bien entendu, légitimer la pratique, le plus souvent ridicule, du duel. --'

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