‹ La morale dans le drame: l'épopée et le roman (volume 2)Chapitre 30 sur 49 · Trad. F.-V. Hugo · texte numérisé non relu

Trad. F.-V. Hugo

La MoraLë bANS LE Drame 111

tourment éterael passe devant lui : la vieille reine Marguerite le dévoue à Tenfôr et appelle le démon . Dans Macbeth, il n'est question que du mal terrestre; la conscience n'y est pas si riche de démonstrations, le crime y est moins étudié. Macbeth est superstitieux : le mot amen s'est arrêté dans sa gorge! S'il hésite, c'est que la bonté de Duncan déroute la logique de son ambition. Quant à làdy Macbeth, elle eût fait la chose elle-même, si le roi dans son sommeil n'eût ressemblé à son père ; rien ne la gêne, que la pitié bestiale, le cri des entrailles, « le lait de la tendresse humaine. »

Dans Mudarra le Bâtard, Lope de Vega a esquissé une lady Macbeth sous la figure de dona Lambra. Cette cruelle femme a poussé son mari, Ruy Velasquez, ^à livrer ses neveux, les infants de Lara, au More. Maintenant, après de longs ans passés, elle insulte encore au père de ses victimes, et chaque jour, avant le lever du soleil, elle frappe sa fenêtre de sept pierres, qui racontent au vieillard le meurtre de ses sept enfants. Au contraire Ruy est agité comme Macbeth : « J'ai passé tous ces jours-ci à imaginer, à rêver. J'ai là présente devant moi la mort de mes neveqx, je vois leurs débris sans sépulture, et cette idée mêle en moi la crainte au remords. A peine suis-je sfeul, que leurs ombres, comme si elles étaient rendues à la vie, m'apparais-

i13 LA MOHALl!: DANS LE t)HAME ,

sent et m'entourent. Je vais, je viens pour leur échapper... Que me vouiez-vous, imaginations vaines? Pourquoi, mon âme, me suggérer des images si funèbres? — Troisième journée, se. vu. »

Dans le drame de Pouchkine S Boris Godounof a fait tuer le tsaréwitch, fils d'Ivan le Terrible. Boris est devenu maître; mais « le reproche socne à l'oreille comme un marteau ; l'on a mal au cœur, la tète tourne, et de petits garçons sanglants vous dansent devant les yeux. — Depuis treize ans, je vois en songe un enfant assassiné!... Oui^ c'est décidé, je ne mourrai pas de crainte... Oh! que tu es lourd à porter, bonnet de Monomaque ! »

A son tour, M. Emile Zola a essayé de peindre les troubles nerveux qui sont l'aspect tragique du remords ^, dans sa Thérèse Raquin. Je m'en tiens au drame qu'il a tiré de son roman.

M"' Raquin a recueilli et élevé Thérèse ; elle Ta donnée pour femme à son fils, un garçon débile, qui a l'égoïsme d''un enfant gâté. Thérèse s'est laissé marier; mais elle souffre, sa nature ardente appelle

Page 1