‹ La morale dans le drame: l'épopée et le roman (volume 2)Chapitre 31 sur 49 · Poèmes dramatiques^ trad. Tourguéneff et Viardot · texte numérisé non relu

Poèmes dramatiques^ trad. Tourguéneff et Viardot

2. Rappelons le Juif polonais, de MM. Erckmann-^llhatnan. — En même temps que les Erynnies sont )es gardiennes de la justice domestique, Eschyle a objectivé en elles le remords, v La terreur est un juge vigilant toujours attaché à la conscience, » dit l'horrible chœur. L'hallucination d'Oreste dénote l'ébranlement de son cerveau.

l'amour. Au moment où le drame commence, elle est déjà la maîtresse de Laurent, Vami du mari. Les coupables simulent hypocritement rindifférence ; mais ils sont las de se contraindre. Âhl si Thérèse était jamais veuve?... veuve! le vertige du plaisir les entraîne au crime. Lé dimanche qui suit, dans une partie sur la Seine, Laurent fait chavirer le bateau, il sauve sa maîtresse et noie le malheureux Camille. Un an se passe. La maison Raquin a repris ses habitudes ; les triviaux comparées y vrennent le soir jouer leur partie de dominos. Nul ne soupçonne les complices; on plaint Thérèse, on estime Laurent; la vieille mère a reporté sur eux sa tendresse. Mais eux, le cauchemar les point et la complicité qui les accole les fait se haïr sourdement. On les marie. En vain ils tentent de recommencer les scènes d'autrefois et de parodier la nuit des noces ; le crime a fait s'enfuir l'amour ; ils se sont trompés. Et ils ont peur l Laurent veut pourtant être homme, redevenir l'amant de Thérèse. Ses yeux troublés rencontrent le portrait du mort, dont le regard fixe semble le menacer, le .poursuivre; il va retourner le portrait, et affolé, halluciné, il vomit Taveu du crime, La vieille mère, qui montait de la boutique au bruit de leur querelle, entend cet aveu et tombe frappée de. paralysie. Elle ne meurt point ; elle sera le témoin muet de leurs tortures, la vengeance qui attend.

La paralytique esl toujours là, immobile dans son fauteuil; elle n'a de vivant que son regard, qui les épie, qui les juge. Une fois même, elle réussit à remuer les doigts et écrit sur la table où chacun épéle les lettres qu'elle forme : (c Thérèse et Laurent ont...» Elle s'arrête. Pourquoi? Si elle parlait jamais 1 Elle préfère les voir souffrir, laisser « leurs remords les choquer Tun contre Taulre. » Car ils se haïssent tout à fait, nlaintenant. Ils parlent de se livrera la justice, non pour réparer, mais pour se soustraire au îourment de la haine et de la peur. Un jour, Thérèse surprend Laurent qui lui verse du poison dans son verre, et Laurent, se retournant, voit Thérèse qui tient un couteau levé sur lui. Ils boivent tous deux, pour en finir, harassés de viyre ainsi. Madame Raquin les contemple expirer et murtnure : ils sont morts bien vite !

De tels désordres cérébraux ne peuvent se produire qu'à la suite d'une excitation violente dé la volonté, et même d'une lutte morale, qui suppose la conscience du commandement moraL Us ne se produisent pas, du moins au môme degré, chez certains individus déterminés pour le crime, quelle que soit la cause physiologique de cette détermination. Le remords organique, sous la forme que M. Zola^ par exemple, lui a donnée dans Thérèse Ratjuin, enferme une qualité morale ; seulement la terreur, en de pareils

cds^ est rélément dominant du remords, le carac* tère qui efface les autres.

Comment expliquer, d'ailleurs, que la conscience n'ait pas retenu ces malheureu)^ au bord du gouflVe où ils s>bimaient? C'est que le mobile qui les pou&^ sait au crime a été assez puisant pour relbuler un moment les autres mobiles qui les en pouvaient détourner. Il &ut, pour faire criminels les individus qui ont reçu une éducation morale, qu'un vent furieux ait soufQé sur eux et emporté leur volonté dans son tourbillon. Aussitôt que Tacte a été accompli, les motifs qui avaient été écartés reparaissent et reprennent le dessus : la conscience parle en « créan* cier brutal », comme dit Pouchkine ^ et l'être moral se retrouve désaccordé^ en quelque sorte.

Une scène trés-curieuse du Faust est celle de ta cathédrale, iûAiqxkée d'un trait par Gœthe. Au lieu que ce soit une ^oix sainte qui parle à la conscience de Marguerite, c'est « l'Esprit malin » qui lui commente le chant lugubre du Dies irœ et qui est la figure de son remords. L'effet tragique de cette scène est d'accord avec la philosophie de la pauvre pécheresse. Sa conscience parle à la simple Grelchen la langue du confesseur : le péché, c'est la dam^ nation. La terreur qui envahit tout son être et la

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