LE THEATRE JUSTICIER
Le jttf eiii«iit d6 l'opinion «t ceim d« la loi ; le théâtre juge à la manièi^ 4^ i'opiiiion. •- Besoins de logique et d» syr^patbi^ à satis/çiire; la ju^tiQ0 fsùte est uno source, une condition même du plaisir dramatique. — Dénouements (aux (la Ctoserie des genêts de Pr. Soulié). La moralité de la fable n'est pas le but «le V9rt Le» ^fi pratiquas ^e la tragâdie grecque ^^im^ un f tôsort de l'action et non p*§ l'objet môme de l'ouvre d'art. — La comédie grecque et latine, la comédie espagnole : le dénoument y est l'issue d'une aventure plutôt que la suite d'un caractère. iCoBiédie dite moraia : équilibre du rapfiiart /antre l'acte et la sanction; liaison de la cause et de l'efTet, qui est d'abpnl OQ^ qualité de composition (Dénouements de Tattufe et du Afwanthropé). — Le but propre de l'œuvre d'art est une émotion spécifique. — Infériorité des littératures qui dépendent étroitement de la morale (léaziés persans, théâtre indien, théâtre chinois); la tragédie bourgeoise de Diderot ; Voltaire, Lessing, Kotzebue). Optimisme au xviii» siècle. Le mélodrame (Nodier et Pixérécouil). — Pessimisme de l'école contemporaine. — Sévérité de M. Dumas lils (V Etrangère). — Le divorce au théâtre, à propos de MM. Dumas et Augier. — Le châtiment par la conscience (Marion Delorme et Lucrèce Borgia de Hugo) ; le châtiment par le fait physiologique {Germinie Lacertftux de MM de Concourt et la fille Elisa; Gervaise de V Assommoir de M. Zola). — Le romancier n'est pas justicier à la manière du juge, ni pour les motifs de la loi.
Le jugement de ropinion est celui de la œns-
cience et de la raison de chacun appliqué aux actes de ses semblables. En sorte que ropinioo est comme un tribunal mobile dont la compétence est infini-^ ment plus étendue que celle de la loi. La loi a de larges maillet ; puis elle ne s'occupe pas de tout. L'opinion est plus vigilante ; elle a les mille yeux d'Argus ; elle scrute la conduite privée et daisit les moindres actes.
Le théâtre juge à la manière de Topinion, et il tente quelquefois d'agir eur elle. Elle est plutôt un pouvoir conservateur, il est volontiers agent révolutionnaire. Selon la philosophie morale dont il procède, et selon aussi l'individualité do poète, la règle qu'il applique peut varier ; mais il a toujours sa règle. Il surgit ici une question de critique littéraire^ qui, pouf être incidente, n'est pas étrangère à mon . sujet.
11 s'en faut que, dans la vie réelle, toutes les actions coupables soient châtiées, ou que les mêmes fautes entraînent les mêmes conséquences. Mais c'est une règle du théâtre que le drame s'achève et trouve sa sanction datls l'espace de temps qui lui est nfiC'^ sure. Le spectateur apporte ses besoins de. logique et de sympathie que le poète doit satisfaire. Jadis, dans lelle ville de province, l'acteur qui jouait les traîtres des mélodrames de Pixérécourl, de Victor Ûucange ou de Bottchardy, devenait l'objet de l'animadversion
du parterre; quoique exécuté au dénouement, il survivait à son personnage, il fallait qu'il se retirât secrètement de la salle pour' ne pas être maltraité à la sortie, et si Ton était plusieurs semaines sans casser les vitres de sa chambre, il se désespérait d*avoir été médiocre. Le moyen de ne pas châtier le traître de la pièce devant un pareil public 1 Le romancier, à cet égard, est plus libre que le poète dramatique ; il n'a pas à ménager les colères de la foule. H s'agit d'ailleurs,* pour l'un et pour Tantre, de choisir des circonstances telles que le châtiment soit la conséquence naturelle du crime ou de la faute, et que le dénouement, conforme à notre désir de justice, sorte des prémisses proposées. Toutefois une action dramatique où tout tinirait systématiquement, pour le mieux serait artificielle ; une parfaite justice dislributive n'est pas dans la. vérité. Le vice et le crime ne traversent pas un coin de la vie sans y laisser leur ombre.
 ce propos Jules Janin critique avec bon sens le dénouement du drame tant applaudi de Frédéric Soulié, la Closerie Mes Genêts, Le sujet du drame, c'est la jeune fille devenue mère, que son amant Irahit pour épouser une courtisane. Georges d'Eslèvc est ce malheureux ; il a séduit Louise, la fiUc du fermier Kérouan, compagnon d'armes de éon père. Sa sœur, Lucile d'Estève, compromet sa propre répu-
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talion pour couvrir la faute de Louise et prendre soin do son enlcini ; elle se laisse soupçonner et maudire. Soulié ne s'est pas contenté de dégager Lucile et d'absoudre Louise ; il a voulu châtier la courtisane Léona (le type des futures lionnes) et rendre Georges à la fille de Kérouan: « Châtier la fille de joie, dit Janin, à quoi bon? C'est le jeune homme livrant sa vie entière à ces joies honteuses qu'il s'agissait de châtier. On ne châtie, en fin de compte, que les créatures dignes qu'on les corrige, et, Dieu merci, le châtiment de ces créatures immondes, il est dans les rides de leur visage, à la pointe de leurs cheveux qui blanchissent... Pour tout châtiment, j'aurais voulu voir CB malheureux écrasé sous les ruines de tous ces honnêtes amours. Justice alors eût été faite ; le drame était accompli ; on eût laissé cet homme à sa femme, et Lucile et son père, et Louise et Kérouan, ces jeunes gens, ces enfants, ces vieillards, trahis ou déshonorés par ce coupable absurde, se seraient trouvés trop vengés ^ »
La suite naturelle de cette action, c'est que Taffreuse Léona reste riche et comtesse, et que la pauvre Louise élève un enfant qui n'aura pas de père. Il ne faut pas mettre sur la scène plus de bonheur qu'on n'en trouve dans la vie; peut-être même qu'il est dangereux de donner à croire qu'on répare si aisé-