‹ La morale dans le drame, l'épopée et le romanChapitre 17 sur 52 · L-\ NORALE DANS LE DRAME · texte numérisé non relu

L-\ NORALE DANS LE DRAME

lull»- d»»u:'»ureu>«^s. qii -Ique chose néanmoins se fonde et do :n curera. Depuis Anti^one jusqu'à Egmont et à Orant'*. les hôro< proie-lent au nom d'un droit contre l'arbitraire du pouvoir.el ils nous laissent le grand principe de la liberté de conscience. Ce-dri>its qui demeurent, ces f»rinci[»ês, forment comme l'axe autour duquel s'accroît une société; mais ce travail continu d'accroissement est à la fois modificateur, et il existe toujours dans les sociétés, si Ton me permet cette flgure, une zone d'indétermination, enveloppant leur noyau solide, qui est celle des faits discutés et des conflits moraux.

Dans les conflits politiques, l'homme cependant agit d'ordinaire avec pleine certitude : Lantenac est royaliste quand même, et Cimourdain ne doute pas un moment de la justice de la Révolution. Toute cause a ses martyrs, également convaincus. Un mauvais régime social peut subsister, lorsque les vices n'en ont pas blessé encore notre sensibilité ni notre raison. Il suffît enfin, pour qu'une démonstration oblige, qu'elle passe pour certaine.

Les conflits, on vient de le voir par des exemples, se produisent le plus souvent sous leur forme tragique dans les cas où les émotions sympathiques de l'homme le poussent à se révolter contre la loi sociale ou religieuse, contre les besoins d'utilité générale et de conservation commune. Tel est le cas du héros de Quatre-vingttreize *. Si les sociétés vivent, en effet, sous la condition de la sympathie et de la justice, elles ne réalisent pas spontanément le règne de l'équité et de la bonté, elles n'en donnent qu'une approximation grossière, et il arrive que le salut de l'Etat, que les besoins de l'or-

• On pourrait dire, si l'on cherche avec Guyau dans le u risque niéfaphysiqucn le dorniiT equi> aient |M>s>il)le de rohiigation morale, que le poète a fait \A courir k Gauvain le risque de ?a propre doctrine.

ganisme social, qui est l'ébauche possible de ce règne idéal, contredisent des sentiments naturels.

Quelle conduite différente ont ces deux pères ! Le vieil Horace de Corneille ne pleure passa fille ; il plaint son fils d'avoir souillé sa main victorieuse en frappant l'indigne amante de Guriace. Le Venceslas de Rotrou, obligé, comme roi, à condamner son fils Ladislas, dépose la couronne pour avoir le droit, comme père, d'épargner sa vie. Un poète tchèque moderne, Victorien Hâlek, a mis sur la scène le tsar Pierre laissant frapper son fils Alexis. Il s'écrie, accablé de douleur à la vue du cher enfant mort : « C'est à toi, Russie, que ton empereur apporte ce sacrifice * . »

L'homme est toujours de chair, en dépit de la règle sociale. Le milieu ne le modifie jamais au point de changer le vrai fond de sa nature. Ses émotions tendent constamment à s'harmoniser sous une nouvelle forme ; le droit s'oriente vers un état irréalisable où elles seraient enfin conciliées. Les conflits tragiques signifient donc les révolutions morales de l'histoire ; ils ont pour conséquence d'agrandir l'horizon des sociétés humaines, d'élargir le droit, et ils aboutissent à fixer une certaine organisation durable dans le flux continuel des événements.

« Qui m'a forgé un cœur d'homme ? répond à Mercure le ProméthéeàQ Goethe. N'est-ce pas le temps tout-puissant et le destin éternel, mes maîtres et les tiens ? »

La révolte habite ce cœur de l'homme, que le temps et le destin ont pétri. Révolte contre les nécessités sncinvies j révolte aussi contre la nature. La guerre des iiuLioua nous offre le spectacle du droit humain en défense cuii-

• La tragédie de Halok (1860) m'est signalée par M. Juliu* Piiiiliifi, p^ffe*seur à Uchiii.

Arréat. — La Morale. ,j

tre un appétit brutal et sourd, et la lutte des intérêts devient alors le conflit dernier du droit et de la force.

Cette lutte pour la vie emplit les chants épiques où nous voyons l'Hellène batailler contre l'Asiatique, l'Aryen contre le Sémite, et la Croix contre l'Islam. L'incessante bataille des peuples n'est autre chose que ce dernier conflit. Des hommes formés par une haute culture ont pu jeter au monde l'affirmation d'un principe de justice et d'amour, sur lequel ils prétendaient le régler. Malheureusement nous ne démêlons pas bien comment l'action humaine détermine l'histoire humaine. La survie des plus forts a été sans doute une condition du progrès- La poussée des instincts conservateurs demeure la plus énergique entre les races, et la violence déchire trop souvent le droit, cette enveloppe protectrice des individus. Les poètes de grande marque n'ont pas cessé d'exalter la valeur physique et la vertu morale. Il semble qu'une nation n'ait plus raison d'exister, dès quelle n'a plus la vigueur de résister. Faibles du moins sont les peuples qui se reposent dans la chimère d'un règne de la paix, et qui comptent sur ce qu'ils nomment leur droit pour vaincre effectivement la force !

Sully Prud'homme a écrit, dans son poème de la Justice, ces beaux vers :

Mais rhomme est obligé de s'inventer des lois. Artisan douloureux de sa propre excellence.

Pour fonder la justice il éprouve les poids Et semble en tâtonnant afifoler la balance.

C'est là le point de l'évolution morale. Nulle doctrine ne peut épargner à la conscience les angoisses qui la font grandir. Révérons la loi, mais pour d'autres motifs que les anciens ; donnons carrière à notre jugement,

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mais sans élever une contradiction absctltic ^lu droit contre la loi. La conscience n'est pas si divine, ni t^ï instable *.

' Les Grecs étaient plulôl hobtilcs aux cnircprises du jdff^iîiffil ln<}itiduel contre l'autorité sacrée de la loi. Au contraire, la metapbyiJ'itji^ s^pihLuptljutv a accordé volontiers la prérérence au jugement individuel (J.-J, MiHir^rHUr Ueor|^ Sand, Hugo). — A Athènes, vu le petit nombre des lois, le jiipc iKnirUnt dtjci^dait à l'ordinaire par l'équité. Arislote conseille de ne pas s'en U-nic ricuurcui^:^* ment aux lois écrites, car elles peuvent sembler le droit et ne p;ksliïilru, Il vi!iitt|iifi roratcur fasse valoir « que le juge, comme celui qui vérifie Ilï tUrir dE^rurgi^nt, doit distinguer ce qui est droit et vrai de ce qui n'en a que l'a^ipincuce. — IfJtét. liv. 1, ch. XV. »

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