LA MORALK DANS LE DRAME
agir sur le théâtre ; il l'est aussi c de savoir comment ils se sont formés, et c'est l'objet propre du roman, ou du moins de ce que jusqu'ici le roman a produit de plus rares chefs-d'euvre >. C'est pourquoi, ajouterai-je, le romancier n'a pas à conclure d'une action, comme fait le dramaturge ; il lui suffit de montrer les effets d'un caractère, et ce que chaque nature enferme de malfaisance ou de bienfaisance, pour les autres et pour soimême ; la peinture seule donne à l'œuvre sa philosophie, sa moralité.
Le mélodrame se débarrassait volontiers des méchants en les livrant aux tribunaux ; le roman, tel que l'ont fait comprendre Balzac, Mérimée S préfère exposer les conséquences fatales du vice, et cela est souvent d'un plus grand exemple, car la loi humaine peut être faussée ou éludée, mais non le fait. Dans V Assommoir^ dans Gei^minie Lacer teux^ dans la Fille Elisa, le romancier assiste au châtiment de la nature plutôt qu'il ne l'exécute ; ce qui choque dans les œuvres de ce genre ne vient pas de la poétique du roman, mais du mauvais goût de l'écrivain, et très souvent de sa préférence pour les personnages moralement inférieurs et déséquilibrés.
Les études modernes de pathologie mentale ont eu, en effet, une influence considérable sur l'école littéraire la plus récente. Cette influence n'a pas toujours été heureuse , j'aurai bientôt l'occasion d'en parler. Je voudrais maintenant présenter quelques considérations de pure esthétique, auxquelles ce chapitre nous conduit naturellement.
* De simples nouvelles, Arsène Guillot^ Carmen, lui valent cette place.