ARGAN
Cela est vrai.
(Acte II, scvnc uu)
Argan est un débile. Harpagon n'apparaît pas moins déséquilibré, si l'on regarde à l'absurditi* de sa con*
I;)'!- LA MORALE DANS LE DRAMi:
duite, h Tangoisse où le tient la crainte des voleurs, et à ses ide'es de suicide quand il se croit volé. « Hélas ! mon pauvre argent! mon pauvre argent!.... tout est fini pour moi et je n'ai plus que faire au monde. Sans toi il m'est impossible de vivre. — Acte IV, se. vin. » Son amour de la propriété n'est un vice que par l'excès où il vient, et les qualités affectives de l'homme ont tourné chez lui au plaisir de toucher l'or et d'en voir l'éclat.
€ Si je voulais dans un sermon, écrit Saint-Marc- Girardin, dépeindre l'avarice et la rendre odieuse; si je disais que cette passion fait tout oublier, l'honneur, l'amitié, la famille ; que l'avare préfère son or à ses enfants; que ceux-ci, réduits parTavaricedeleur père aux plus grandes nécessités, s'habituent bientôt à ne plus le respecter, et que cette révolte des enfants est le châtiment de l'avarice du père; si je disais tout cela dans un sermon, qui s'en étonnerait ?... * i Sans doute, mais le sermon ne corrigerait jamais un père qui serait avare à la façon d'Harpagon. Un Harpagon est aussi malade de baiser « sa chère cassette » , que l'est un Argan de prendre des clystères carminatifs et des potions cordiales.
Si Molière ne songeait guère à peindre des cas morbides, l'observation de ses modèles lui a fourni les signes de la maladie. Cette remarque ne convient pas moins pour le Macbeth de Shakspeare. Argan n'a souci que de conserver son corps, et Harpagon son argent. Chez les Macbeth, l'égoïsme devient actif, agressif; l'mstinct de conservation s'est élargi et a pris la forme de l'ambition matérielle. Un violent désir du pouvoir pousse dans le crime ce couple fatal : il subit le vertige du meurtre, et puis il souffre les troubles physiques,
• Je prends ces citation*? dms les préfaces de l'édition Louandre, Charpentier, édit.
LES IIKROS PATHOLOGIQUES loi)
terrifiants, du remords. Shakspeare, sans doute, les avait observés sur le vivant. Gela Ta conduit à revêtir les personnages de Holinshed de la livrée pathologique, et il a créé de cette façon deux types criminels parfaitement caractérisés ^ .
L'apparition des sorcières, indiquée au texte du chroniqueur, a fourni au poète un moyen dramatique. Banquo voit les sorcières, comme Macbeth, et celui-ci n'a donc pas cette fois d'hallucination. Mais la prophétie de sa royauté future le frappe bien autrement que la promesse d'une descendance royale ne frappe Banquo. Macbeth reçoit un ébranlement instantané; \m d(Uire ambitieux s'implante dans son cerveau par un coup de foudre, et les mots qui peignent son attitude ^ déaoncent aussi son émotivité extrême. Il est impuissant à maîtriser l'ébranlement de ses nerfs; il est incapable même de commenter la suggestion magique. Il accuse par un aveu sa débilité mentale et la faiblesse de sa volonté : il voudrait que la fortune le couronnât sans qu'il eût à, la servir ^. Le crime se prépare dans sa tête, en quelque sorte, en dehors de sa conscience; le couteau qu'il tient à la main, il le voit se couvrir de sang, l'instruire ainsi de ce qu'il doit faire *; il est le jouet de cette vision sanglante, et ses yeux sont devenus les fous de ses autres sens ^.
Lady Macbeth connaît la faiblesse de son mari " ; elle l'entraîne dans l'action. Elle sait le prendre par sa
* Je suis, pour Macbeth, Tédition classique de Darmesteter. DeTagruTen tS^L « « Why do you start. . . (I, 3, 52) », et « That he seems rapt witha] |[, a, !>3). o
• «.... Chance may crown me — Without my stir (f, 3, 145). »
* « It is the bloody business wich inforins — Thus to mine eyes (l[, 1, SU}, v
• u Mine eves are made the fools o' th' other sensés — Or else -worib al) ihc rest (I, 1, 46'). »
« «.. . Wouldst not play false — And yet wouldst wrongly win t), 5, SÎOJ, *