LA MORALi: D\S% LE DRAME
c'est l'Idée qui hait et qui est impitoyable, ainsi qu'un autre poète allemand, Robert Hamerling S le lui fait dire.
Le Robespierre de Hamerling vient rafraîchir ses pensées à l'ermitage de Rousseau, dans la forêt de Montmorency ; il se fait doux avec la nature, et ramasse un oisillon tombé du nid dans le moment môme où la tête puissante de Danton roule dans le panier du bourreau. C'est qu'il est vertueux, vraiment, et peut-être sensible. Mais, chez ce déclassé, les émotions ne sont plus en équilibre. Ni sa sensibilité ne le retient de verser le sang, ni sa moralité ne l'avertit que sa politique est monstrueuse. La fonction raisonnante aafîaibli, et presque absorbé, les autres fonctions de la nature ; mise au service de la vanité, de te. jalousie, elle a amené la perversion dans la conduite. En l'absence d'autres signes bien accusés, Robespierre et ceux qui lui ressemblent portent au moins ce caractère frappant d'un état mental défectueux, qui est le méfait continu de leur logique '.
La figure du c barbare > a servi, à Hamerling comme à Bûchner, d'un repoussoir vigoureux à celle du < cuistre >. La nature saine de Danton fait mieux paraître l'homme artificiel dans Robespierre. Celui-ci n'a pas touché à la folie, je l'accorde volontiers. Mais les poètes qui ont voulu le faire revivre l'en ont assez approché, pour que j'eusse licence de le ranger dans cette série des héros pathologiques.
n est des personnages de comédie que j'y aurais aussi pu faire entrer : l'Etourdi de Molière, les Plaideurs de
^ Djnt^n und Robespierre , Tragûdie in fiiof Aurziigen. — Hamburg, Richter, iÂ77, ^^ ^diL. — La tragédie de Haraerlinç est en prose et envers. Elle est lùuoinB géniale que le drame de Biichner, mais plus patiemment construite.
* Lu mâikk raisonnant* n'est -elle pas quelquefois bien visible dans Proudhon?
LES IIK«OS TATOOLOCIOUES 17»^
Racine, le Distrait et le Joueur de Regnard, etc. Leurs défauts, si marqués qu'ils ne les connaissent par euxmêmes, dénotent, à un certain degré, l'indépendance des centres inférieurs vis-à-vis les centres suprriuurts do contrôle et d'inhibition, comme on dit dans 1 école. Ces défauts ne sont que des travers ; mais les travers occupent le champ entre la santé et la maladie, un vnsle champ, où les « originaux » de La Bruyère iVml bonne figure. On est c déséquilibré >, plus ou moins, sans être fou ; on peut approcher de la folie, sans y verser jamais, et ce serait un abus de langage que d'étendre le signe et d'accorder le bénéfice de la maladie à tous les passionnés, à tous les excentriques. A plus forte raison, les extrêmes du génie et de la folie ne se touchent pas, il s'en faut bien, quoique des aptitudes remarquables se montrent souvent dans plusieurs sujets d'une famille, au début de sa dégénérescence.
Je termine là ce rapide examen. La quantité des exemples n'ajouterait guère à l'instruction qu'oTi en peut tirer, soit sur l'emploi de la folie dans le drame, soit sur les variations ordinaires de la volonté.