‹ La morale dans le drame, l'épopée et le romanChapitre 40 sur 52 · L ÉVOLUTION ET LA RAGE · texte numérisé non relu

L ÉVOLUTION ET LA RAGE

domination de cet autre sentiment conservateur, qui est l'orgueil, et la dignité de soi.

Je trouve dans la Saga de Frithiof, une œuvre moderne où le poète suédois Tegner a lait revivre resprît des âges passés, un épisode qui peint ces qualités de la race. Lorsque Frithiof aborde, aprèï^ la tempête, sur les côtes où le Jarl Angantyr commamlo, Atle le guerrier, à la barbe noire, vient à lui et le provoque, pour savoir s'il est vrai, comme ledit la renommée ^ qu'il sait endormir les glaives et qu'il ne demande jamais merci. * Frithiof terrasse son ennemi, et, lui meLLanl le genou sur la poitrine, il lui fait entendre ces paroles de colère : « Si j'avais mon glaive, guerrier à la barbe noire, j'en- « verrais sa lame aiguë à travers ton corps, a — i Qu'a € celane tienne, > répond le superbe Atle, * va clierclier € ton glaive, je ne bougerai pas. I/un et Tautrcj nous « devons voir le Valhalla. C'est mon lour aujourd'hui ; c demain, peut-être, ce sera le tien. » — Frithiof s'empresse de revenir, car il veut en finir avec ec jeu. Il lève Angurvadel (son épée) ; Atle demeure immobile. Alors, le cœur du héros s'émeut ; il nitiitriae sa colère, et, retenant le coup prêt à tomber, il prend la ojuin du vaincu. »

Frithiof, errant sur les mers solitaires, écrit des lois pour les guerriers de son bord ; ces lois fout un devoir au Viking de la témérité. « Le manleau de Thor, le vie* torieux, est court, le glaive de Frey n'a qu'une aune de longueur. Cela suffit. Si tu as du cœur, affronte de prè§ ton ennemi, et ton glaive ne sera point trop eourL — * Quand la tempête gronde avec force, liisse la voile; il est doux de cingler sur la mer courroucée. En avant, en avant I Lâche qui amène la voile I plulcU couler à fondl — Les blessures sont le gain du Vikingj.jilie^ji^rcnt Arréat. — La Morale.

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le héros, f|uand elles brillent sur son front ou sur ^a poitrine. Laisse-les saigner, attends la fin du jour pour y mettre l'appareil, si tu veux être compté parmi les nôtres *. >

La Nibelunge tissée par Wilhelm Jordan avec les vieilles histoires exalte la bravoure des héros anciens, qui combattaient les monstres, ou risquaient leur vie pour conquérir une femme, et elle rappelle à la moderne Germanie son âge héroïque. Dans le prélude de -son premier lied, paru dès 1863, le poète invoquait en ces termes la « Sage >, la chanson : « Veille maintenant ô divine Sage, toi, immortelle mémoire de la famille tudesque, à ce que, délivré enfin de ses chaînes, le premier des peuples sorte de son profond sommeil, uni et fort, pour les batailles, pour obtenir à son tour sur la ronde terre le trône dont il a été frustré, car ce qui assure seulement aux chants héroïques le succès pour une longue durée est le soleil de la victoire *. » Et il lui était permis de chanter, dix ans plus tard, la victoire prédite :

«... Oui, elle est venue, cette tourmente.... telle qu'il n'en avait pas soufflé encore. Gomme des héros seulement pouvaient donner salut et aide, alors nous fut suscité celui qui triompherait du monde. Oui, nous avons trouvé le conducteur vers la pleine guérison. Nous les «,vons combattues avec succès, les glorieuses batailles, nous avons paré les guerriers avec des guirlandes, et forgé la couronne d'une puissance amie ^. >

' Trad. Léouzon Le Duc. Paris, Lacroix -Vcrboeckoven, 1867. — Voy. plutôt la traduction allemande, en vers, de Kdmund Lobedanz, Dit Frithi'ofsSage, Stuttgart, callection Speemaiin.

» W. Jordan's Nibelunge. Erstcs Lied, Siyfridsage,¥vaink(m't. a M. Vor gesang, S. 6 (zwolfte Auflage, 1884).

• Zweites Lied, Bildebrants Heimkehr. Nachaesann, S. ^09 (sicbcnlc Auflage, 188o). "^ -^ ^

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Les sentimeiita de pilié, de sympalhie, ont un rùle à peine moins important dans la morale dos p(Mi|»l<^s primitifs. Que d'expressions touchantes des ^iriitimcuU tendres et généreux nous admirons dans \q^ ehaiilH homériques ! L'épopée des races du nord en e^it moins riche; mais la note douce y est si juste, si sincère, que l'absence de l'ancienne grâce grecque en esl racl^elée.

La valeur si rude du héros norse n'exclu:ut pa.s la pitié, ni la douceur. Lorsque Balder, le Dieu hlanc. ï'êI mort, Frigga sa mère prie Hermoder de l'aller chercher dans le royaume de la mort. Mais Hela, inexonihle, ne veut pas le rendre. 11 envoie son anneau à Odin. >[antja, sa femme, qui s'était volontairement offerte à aller aveu lui, à mourir avec lui, envoie son dé à Frigga, comme souvenir.

La vaillance reste la qualité la plus haute dans la Chanson de Rola^id, La grâce n'y parait que dans Tépisodé de la belle Aude. Cette chaste fille aime son HolamL et elle meurt de l'avoir perdu; elle défaille, à Vîninunce de sa mort, aux pieds du grand Charles. Ce coup droit dans le cœur, c'est une faveur, dans les chants des race;^ nouvelles, que d'en être frappée et d'en mourir. Il a suffi de cette apparition de jeune fille, avec ses doux yeux qui se ferment et sa blonde chevelure qui se répand sur la terre (cela même, le poète ne le dit pn^)> pour éclairer d'un rayon ce poème des batailles et y laisser le parfum enivrant du féminin.

Aide la belle est à sa fin alée (3723).

Mais les hommes se souviennent toujours d'elle. Il est une nouveauté dans la délicatesse de cet amour, el dans cette plainte un charme infini. Si l'épopée grc^i^qiie nous a donné l'épouse fidèle avec Pénélope, rc[iouse

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