‹ La morale dans le drame, l'épopée et le romanChapitre 8 sur 52 · LA MOHALE DANS LE DRAME · texte numérisé non relu

LA MOHALE DANS LE DRAME

dieux et d'être juste, y signifie : remplir telle obligation, faire telle chose, pour un résultat déterminé. Le développement de la société s'est effectué par un travail de l'intelligence, concluant sans cesse, de l'expérience de la vie, à des institutions qui ont pour effet de régler et d'assurer le cours de la vie.

L'une des fins principales, dans la tragédie grecque, est la durée de la famille. Le devoir de continuer la race fait l'intérêt de l'aventure d'Oreste. Son action est louée sans réserve dans Homère *. Euripide représenta, dans une tragédie qui est perdue, l'aventure d'Alcmœon, presque pareille à celle du fils de Glytemnestre. Amphiaraûs, l'un des alliés de Polynice, avait ordonné à son fils Alcmœon, non seulement de venger sa mort sur les Thébains, mais encore de punir la trahison de sa mère, complice du meurtre de son époux. Pour obéir à cet ordre, et après avoir obtenu, comme Oreste, la sanction de l'oracle de Delphes, AlcmœontuaEriphile, sa mère ; maislaredoutable Erynnis lui infligea un long et terrible châtiment.

Quelle scène sévère, dans les Choéphores, quand Oreste et Electre invoquent l'appui de leur père assassiné, dont ils préparent secrètement la vengeance! « Alors, dit Oreste, les humains fonderont en ton honneur de solennels banquets. Si tu nous abandonnes, tes mânes resteront sans gloire dans les fêtes où s'allument les gras bûchers des morts... Entends ce dernier cri que je t'adresse, mon père ! Vois tes deux enfants debout près de ta tombe : prends pitié de ta fille, de ton fils : ne laisse point s'éteindre en nous la race des Pélopides. C'est ainsi que tu vivras encore malgré le trépas ; car les enfants, monument glorieux, sauvent de l'oubli un père qui n'est plus,

* Odyssée, 1, 40 et XI,4G1.

pareils à ces morceaux de liège qui font surnager le filet et Tempêchent de se perdre dans l'abimc. »

Son devoir oblige à ce point la conscience d'Oreste, qu'un dieu le mène et arme sa main. « Il fallait à ce tombeau des honneurs, gémit sourdement le cliœur d'Eschyle... La Parque forge le poignard et Taiguise; Erynnis, la déesse dont le temps révèle la puissance, la déesse aux profonds desseins, ramène un fils dans la maison paternelle, et le sang jadis versé est payé à son prix. »

La croyance religieuse prêtait en effet une nouvelle force à la famille. Il fallait, selon la croyance antique, que le père eût des enfants mâles pour continuer son culte et arroser son tombeau de libations : sinon le mort errait malheureux et malfaisant. « cher époux, s'écrie le chœur des Troyennes d'Euripide, tu n'es plus et ton ombre erre privée de la sépulture et de l'eau lustrale. >• Sur les bords du Styx, parmi les mânes que repousse le sévère nocher, Enée rencontre l'infortuné Palinure, son pilote, que le vent a arraché du gouvernail et jeté à l'eau. Palinure le supplie de le prendre dans sa barque pour passer le fleuve infernal : Enée lui promet un tombeau et les honneurs funèbres *.

Cette croyance a dil exercer un grand empire sur l'esprit des hommes. La sainteté de la sépulture est toujours recommandée dans le théâtre grec. VAntigone^ et les Suppliantes en témoignent. Créon a

Enéide, VI.

' C'est l'avis de Jules Girard. Il combat l'interprétation forcée de VAntigone, donnée par Hegel et renouvelée par Rôckh, — d'après lesquels le motif de cette admirable tragédie serait l'opposition de la famille et de l'Etat, des lois de la religion domestique, que méprise Créon, et des lois générales, que méconnaît Antigone. Il observe justement que l'idée d'une telle opposition n'est point und idée grecque ; que la constitution de l'Ktat est sortie chez les Grecs de la religion de la famille, et en a gardé toujours l'empreinte. Dans Antigone même

Arhkat. — La Morale.

défendu qu'on inhumât le corps de Polyniee ; il n'était pas de plus terrible châtiment. La courageuse Antigone se révolte contre cet ordre barbare, et tente de rendre à son malheureux frère les derniers devoirs ; les gardes la surprennent et la livrent à la colère de son oncle.

CRÉOX

Polyniee est mort en ravageant celte contrée; Etéocle, pour la défendre, combattait contre lui.

ANTJGONE

Qu'importe ? Platon veut que les lois soient les mêmes pour tous.

Page 1