‹ La morale dans le drameChapitre 10 sur 59 · Grote : Loc, Ht, tottle II, ch. VI · texte numérisé non relu

Grote : Loc, Ht, tottle II, ch. VI

SOUS sa tente pour une injure personnelle, comme fait le cruel Achille, et il ne repousserait pas la belle prière du vieux Phénix. Son point d'honneur est plus haut placé. Ulysse, il est vrai, reste fidèle à la cause des Grecs, et Hector défend noblement Troie. Toutefois Roland a le sentiment d'une obligation politique plus large, qui est étrangère à l'Iliade, et qui le prend tout entier.

La Chanson nous montre des nations diverses unies dans une même pensée religieuse sous la main de Charlemagne. Il est vrai qu'elles restent divisées en dessous et que la pensée qui les unit contre les païens n'est pas plus capable de les retenir dans une communauté définitive, que la sympathie éveillée par le péril commun ne put fonder un accord durable entre les villes grecques, armées un moment contre les Perses. Rome, d'ailleurs, en recevant dans ses temples les dieux des peuples vaincus, avait préparé leur réunion sous un principe plus large que la parenté du sang et de la race. Le christianisme réprésenta ce principe par une formule précise, mais étroite. Dans la Chanson, la croyance est into< lérante, exclusive, et l'unité politique qui y est sentie comme idéal est enfermée dans les limites de la croyance. Si Charles consent à accorder la paix à l'émir, c'est à la condition qu'il se convertira à la foi du Christ : a Reçois la loi que Dieu nous donne

à croire, lui dit-il, deviens chrétien et sur l'heure je t'aimerai (v. 3597^98). » Et le poète met 'cette dure parole dans la bouche du grand empereur :

« Pais ne amur ne dei à païen rendre. — v. 3596. »

Il faut convenir que la race et la foi religieuse sont des barrières qui arrêtent encore de nos jours la force de la sympathie : une guerre fait naître entre deux peuples une longue. inimitié. Mais notre raison ne reconnaît plus ces barrières et notre sentiment les franchit sans cesse. Si la conception de « Thumanité » ne gouverne pas toutes les relations politiques des États modernes^ c'est assez pourtant qu'elle existe. Les poètes nouveaux ont vu les événements à cette clarté et ils ont interprété les héros qu1ls n^ettaient en scène. Le Miihridaie de Racine, et même le JKicomède de Corneille, ont une teinture de notre esprit. C'est l'intérêt du drame historique, et c'en est recueil, qu'il est toujours, à quelque degré, la critique du passé par la conscience présente.

En résumé, nos sentiments, qui sont les sources de notre activité morale, peuvent être répartis en deux classes, celle des égoïstes et celle des altruistes. On peut en former une troisième, celle des — sentiments désintéressés, s'âppli quant à de pures idées, et qui sont l'amour du vrai, du beau, du

âb LA MORALE DANS Li! DHAMë:

jufile^ Geux-oi pàrtoilt^ il me sôinbie^ d'un eflort spontané vers la réalisatioii de rapports qui sont sentis : sous là forme où nous lés connaissops, ils sont à coup ?ûr un produit de la culture. C'est la vie sociale qui a tiré nos sentiments supérieurs des profondeurs de la nature instinctive. Mais cb passage de l'animalité à une existence supérieure ne serait pas pôsrible sans Taotion originale de l'élé^ ment intelleottiel^ et il convient de répéter avec Euripide : * Je rends hommage au dieu qui régla riotre existence, auparavant désordonnée et sauvage, d'abord en nous dotant de rinlelligence^ ensuite en nous donnant la langue^ messagère des paroles, interprète de la pensée^ et ces fruits destinés à notre nourriture, sur lesC^uels il verse du haut; des cieux l'humide rosée qui nourrit les productions de la terre et arrose son sein*. »

Nds sentimeôlS) nos passions nous incitent à agir; mais c'est Tidée de justice^ entrant dans les actes, qui leur donne le caractère moral. Diriger les puissances actives de l'homme vers cette fin qui est le juste, le bien^ tel est l'objet des préceptes de la morale* Cette idéô de bien^ de ûa, est la première qui se présente à la critique ^.

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