Trad. de M. ArUud
ce stérile railleur des nouveautés démocratiques a pourtant plus de hardiesse que pas un. Mais l'esprit grec est peureux d'appliquer sa métaphysique ; la loi de rÉtat reste chose sainte, et si on la corrige, c*est à la faveur de subtiles fictions légales. Il faut venir aux temps troublés qui suivirent la mort d'Alexandre, pour voir s'accuser, dans Tépicurisme et le stoïcisme, cette querelle féconde du droit et de la loi, qui a retenti jusqu'à nous.
Alors l'homme se retranche dans le fort inexpugnable de sa coDscience. Il dédaigne l'utile et n'estime guère plus les lois que pour la sécurité et les loisirs qu'elles procurent au sage.
Sénèque le Tragique ne se lasse pas de maudire l'âge de fer où la violence fait le droit :
€ Pro jare vires esse. » Hipp. v. 544.
Cela revient vingt fois sous sa plume :
< Jus est in armis, opprimit leges timor. »
Herc. fur. v. 253.
Le Stoïcisme théorique dédoublait la morale, si je peux dire ainsi. Il distinguait entre la vertu, qui est l'objet propre de la conscience, et les fins sociales qui sont le motif de la loi, et par suite il n'attribuait pas la même source à lobligation qui vient de la conscience et à. celle qui découle de la loi. Il cherchait avant Kant à dégager un c impératif catégorique, n
Le bien, dans celle grande doctrine, e^ce qui nous sollicite à le poursuivre et qui est conforme à notre nqture. Il est vrai que cette conformité ne peut jamais être établie que par un jugement dont |^ vie fournit les termes, et le stoïcien accorde à Toccasion quç c'est Tobservalion seule qui nous a appris à connaître c^ qui est bon, ce qui est honnête : on n*a rencontré nulle part^ dit Sénèque» l'image de la vertu, viriutis speciem. Mais enfin la conscience est pour le stoïcien plutôt intuitive ; et le bien pour lui c'est l'effort de la volonté ver§ la vertu, c'est une harmonie personnelle : « Summum bonum, vita sibi concors *. »
Cette altitude est celle qu'a prise notre Gomeille. Ses héros ont la « tension stoïque » ; ce n'est pas la Rome primitive qu'il a comprise, c'est celle de Cornélie et d# Gaton, U fait triompher la volonté par la force de la em^ciewi^ ; il ^e propos d^ foriper l'homme inébranlable de Sénèque : <¥ esse aliquem invictum^ essQ aliquem in quem nihil fortuna possit, e republicâ humani generis est,^ > ; l'homme tel que les traits glissent sur lui sans le blesser : « Ve lut levia tela laxo sinu eludit^. » Mais toute trace e»t
i. V«ir âavaiasâft ; Mémoire 9ur le .$t^iimmm in Uémm$i 4» V4cctd4mi» 4$$ Immpt, e4 SëUe»'lettpe8,tQm^ 21. Cf, quelques belles pages de M. £. Havet dans VHelléniême.