Critique dramatique, tom. III. Édit. des Bibliophiles
138 LA MOBAf.K PANS LK DRAME
ment les dommages irréparables de la faute, et l'auteur optimiste compromet la morale sous le prétexte de satisfaire la morale du vulgaire spectateur. Si la justice faite est une source, une condition même du plaisir dramatique, la c moralité de la foble i> n'est pas pour cela la fin de fart.
J'ai parlé des fins pratiques de la tragédie grec* que. Ces fins étaient la matière du devoir, le jressort de l'action ; elles n'étaient pas l'objet même de l'œuvre d art. A l'occasion, les poètes tiraient parti d'un fait légendaire pour servir la cause de leur ville; c'était un élément de l'intérêt, non pas le fond. Us cherchaient Tefiet tragique plutôt que la signification morale de l'événement, et la leçon de leur théâtre réside surtout dans le caractère des réfle^lùons que les vicissitudes de la destinée humaine leur inspirent. LAnligone me paraît être la seule tragédie antique où le poète ait préparé la morale du dénouement en adjoignant à Faction principale une action secondaire, qui est si touchante^ je veux dire l'amour d'Hémon. Hémon vient se tuer sur le corps d'Antigone, dans la caverne où son père Créon a fait enfermer h courageuse fille ; quand la reine Eurydice apprend la perle funeste de son fils, elle sort en silence pour se donner la mort. « Celle suite d'accidents, remarque M. Patin ^ qui détruisaient