‹ La morale dans le drameChapitre 4 sur 59 · Enéide, IX · texte numérisé non relu

Enéide, IX

lui-même, vient expirer sur le corps de son ami. Cette tendresse de Tamitié était fréquente chez les anciens. Le vice même qui la dégrada témoigne de sa nature profonde.

L'amitié est jalouse, aveugle comme l'amour. Sans doute, ainsi que le dit Cicéron, la vertu et l'amitié se fortifient l'une lautre ; mais celle-ci est tout impulsive. « Si on me presse de dire pourquoy je laymoys, dit Montaigne regrettant la Boëtie*, je sens que cela ne se peult exprimer qu'en respondant : « parce que c'estoit lui, parce que c'estoit moy. » L'amour, dit le Lélius de Cicéron*^, est Tartisan par excellence de toute union des cœurs : « Amor enim, ex quo amicilia nominata, princeps e&idià benevolentiam conjungendam. » A l'amitié Arisiote rattache la philanthropie'. Il y a donc, j'y insiste, un levain de passion dans l'amitié. Elle reste le plus souvent une relation purement agréable, qui n'est pas moins solide, parce qu'elle se fonde sur des convenances de raison. Mais, en sa forme parfaite, quand elle est à la fois ardente et tempérée, elle offre, je crois, le plus bel exemple delà transformation de l'instinct en un sentiment spirituel.

Est-il rien de plus touchant que ces vieilles affec-

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