LE MÉCANISME DE LA VOLONTÉ
Le drame est déterministe. — Les héros antiques, le destin. — La détermination chez Shakspeare : la nécessité sensible (Troîliis et Cressida, etc.); importance des motifs de la raison chez les hommes d'une classe supérieure ; motifs fonciers et motifs actuels (Brutus ddins Jules César). Analyse d'Othello: — La détermination chez Racine. Analyse de Britannicus, — Lois d'association et de suggestion (Narcisse, lago) ; loi des contre-coups ou des réactions (Androtnaque) ; lois de fluctuation, de transformation {Phèdre) ; loi de contradiction ou de contraste (Coriolan et Capulet de Shakspeare ; dans la comédie, Chrysale des Femmeit savantes, Philinte et Alceste); diverses transformations d'effets, conformément à la loi générale de l'action et de la réaction. — La détermination théologique (un épisode du Rama^ yana), — La détermination chez Corneille. Ses héros n entiers pour le bien et pour le mal (Cléopâtre de Rodogune); leur volonté a le moins à faire. — Gœthe et Spinoza, Schiller et Kant. — Notre liberté de vouloir a les mêmes limites que notre faculté déjuger. — Détermination de genre, d'espèce et d'individu (Af. de Camorsy de M. Oct. Feuillet; le roman réaliste et naturaliste (Eugénie Grandet de Balzac, Gervaise de V Assommoir et M">« Mouret de la Conquête de Plassans). — Perfectionnement du déterminisme de l'instinct brut par celui de la raison et de la conscience acquise.
Que rhomme n'agit jamais sans motifs ; que les commandements moraux sont au nombre de ses raotifs d'action; que l'éducation, le milieu, le tempérament disposent chacun d'une manière particulière à
regard des inlérêls et des devoirs : cela est simple, accepté par tous ; on est dans le déterminisme, dans le monde des mobiles et des effets actuels. Aussitôt qu'on prononce le mot de volonté, la scène change. Plusieurs, liant la question du spiritualisme à celle de la liberté du vouloir, exigent que la volonté soit un être ou un pouvoir distinct, substantiel, que, pour en justifier Texistence, on estime capable de se soustraire, au moins en des occasions spéciales ^ au déterminisme des motifs. Les choses s'embrouillent^ d'autant que les systèmes intuitivistes, portant dans l'absolu Tassociation commune des idées de responsabilité et de liberté, se croient tenus d'asseoir la morale sur la preuve fuyante du libre-arbitre.
La philosophie de Kant, qui est un pont jeté entre les opinions contraires, renonce à obtenir directement la preuve de la liberté ; elle se borne & la postuler, elle accepte la liberté « crue pratiquement » pour un fondement suffisant, mais nécessaire, de la moralité. C'est une, manière de se dé-
1. Je mentionne, à ce sujet, la polémique soulevée par le Mémoire de M. Boussincsq, sur la conciliation de la liberté morale avec le déterminisme, présenté à TAcad. des Se, le 19 fév. 1877. — Rapport de M. Paul Janet sur ce Mémoire, in Académie des Se, mor. et polit. ftom. CIX delà coll.,liv. mai-juin 1878. —Article de M. J. Bertrand, in Joum. des Sav. de sept. 1878. — Réponse de M. Boussinesq à M. Bertrand, in Rev, philos, de janv« 1879. C'est tout un dossier l
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livrer de la question. M. Alfred Fouillée, qui a entrepris sérieusement de concilier la liberté avec le déterminisme, s'est achoppé à son tour à cette difficulté, qu'une volonté qui se réglerait elle-même et demeurerait supérieure à ce qui la met en jeu, échapperait à toute qualification morale*. En effet ce? termes de responsabilité, de liberté, de moralité .n'o|it de sens que dans noire monde relatif. La conciliation proposée est « une chose qui se fera dimanche et qui ne sera peut-être pas faite lundi », comme dit M*"® de Sévigné du mariage extraordinaire de M. de Lauzun avec la grande Mademoiselle.
Profitons de la franchise que Kàntnous a octroyée. Laissons les métaphysiciens traiter de la volonté en tant que pouvoir et substance, pour Tétudier, avec le drame, en son mécanisme. Car le drame est déterministe, nécessilaire, sans le savoir-. Sa matière, ce sont les effets actuels produits sur le caractère humain par lea causes variées et mêlées de Thérédité, de réducation, du milieu. Il étudie Taction de ces causes et le mécanisme de ces effets.