Loc. cit., liv. II, ch. IV
\ . El DescUm con el Desden, 1650, dans le volume de M. Habeneck.
reurs ; que, chez tous, à une période d'exaltation succède une période de dépression pendant laquelle rhomme est prêt à concéder ce qu'il refusait tout à rtieure. Ce sont des transformations d'eiTets qui se font de différentes manières, conformément à la loi générale de l'action et de la réaction qui régit le mécanisme de la volonté aussi bien que tous les autres. M. Janet voudrait qu'on étudiât les tragédies de Corneille au même point de vue qu'il a étudié celles de Racine. CheK celui-ci, dit^il, la passion domine trop, et l'empire sur soi*même, la victoire morale est trop rare. <r L'un et l'autre poète réunis nous donnent tout entier l'homme moral, émotions et volonté'; rhomme intellectuel reste en dehors. » Que le héros surmonte ses passions ou s*y abandonne^ c'est pourtant toujours le déterminisme de la volonté. Chez Rodrigue Thonneur, chez Cornélie la fierté patricienne sont un sentiment passionné. L'orgueil • de la vertu s'exalte pour la lutte et au besoin jette quelque sophisme dans le plateau de la balance. Chez Pauline, il est vrai, comme chez la Monime de Racine, c'est le sentiment de l'honnêteté, plus modeste, qui triomphe. Pauline est forte, et de sangfroid ; elle ne sera pas vaincue dans le combat auquel elle se prépare. En somme, ces héros et ces héroïnes tout d'une pièce sont ceux chez lesquels une détermination native et profonde l'emporte nécessaire-
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ment. Corneille Irisait ses mécbams aussi entiers. Sa Cléopâlre veut le pouvoir, elle hait Rodogune qui est aimée de ses deux fils et elle trame de perdre les uns par les autres. Elle vient de Taire périr Séleucus, elle va empoisonner Anliochus ; à peine si ses crimes lui coûtent un edort.
« . t Et toi, qae me veux-tu,
Ridicule retour d'une sotte vertu, Tendresse dangereuse autant comme importune ? Je ne veux point pour fils Tépoox de Rodogune, Et m vois plus en lui les restes de mon sang, ïi'il m'arrache du trône et la met en mon rang. »
(Act.'V, se. I).
Soupçonnée, elle boit, afin que son flis boive après elle ; sa haine dure jusque dans la mort. Certes, voilà une femme engendrée pour le mal, et peut-être ce ne serait pas un paradoxe de dire que la plupart des personnages de Corneille sont au contraire ceux dont la volonté a le moins à faire.
Si pourtant nous associons communément l'idée du libre vouloir avec la droiture de Tactiob, c'est que la vertu, en effet, est une conquête sur la sensibilité brutale. Notre volonté, si nous sommes vertueux, veut le bien, et, le faisant, nous faisons ce que nous voulons.
En une intéressante conférence faite à Vienne sur les rapports de GcBtbe avec Spinoza, M. Georges
Jellinek * observe avec raison que si Gœthe fut heureux et atteignit cette sérénité olympienne qu'on lui a tant reprochée, ce n'est pas qu'il ait été moins que d'autres en butte aux tracasseries mesquines de la vie. C'est son intelligence qui fut heureuse, et son constant effort fut de la délivrer des soucis vulgaires. Cet effort est visible dans Wilhelm Meister, dans Egmont, dans le second Faust; mais le véritable héros de la liberté intellectuelle, c'est lui-même, tel qu'il s'est donné dans ses Mémoires. Spinoza, dont la lecture fit sur lui une si forte impression, avait entendu de même l'affranchissement de notre volonté, prise daus nos appétits, par le travail de la raison. D'ailleurs, esprit métaphysicien e( abimé dans la corntemplation de TEtre, Spinoza négligeait la valeur de l'individu; Gœlhe, poète et artiste, affirma Tindividuel, et il corrigea la doctrine du grand Tout immobile par le sentiment d'un devenir pour l'individu comme pour la nature entière :
c( Geprœgte Form, die lebend sich entwickelt! >'
Poursuivant, en sa qualité d'artiste, un idéal sous une forme finie, il accepta simplement la contradiction dernière que, portant notre logique hors du
; . Die Beziehungen Gœthe'ê zu Spinosa^ Wien, 1878.
monde des faits où elle vaut, le spinozisrae s'aheurtait à résoudre.
Gœlhe^ dit M. Jellinek, ne fut pas spinoziste de la manière que Schiller fut kantien. Il traita avec son philosophe en souverain, au lieu que Schiller resta l'élève du sien. Du moins Schiller s'échappait-t-il quelquefois. Kant ne put pas trouver de moyen terme entre l'homme nouménal, qu'il concevait libre, et l'homme empirique, qu'il laissait dans la dépendance de la sensibilité. Le poète, semble-t-il, s'en tint là-dessus à l'opinion du moi spiritualiste.qui fait la preuve de sa liberté en l'affirmant. Or, et c'est là une chose curieuse à remarquer, les héros spiritualistes de Schiller ne produisent :pas sur nous celte impression d'apaisement et de délivrance, que nous laissent les personnages de Goethe.
C'est un pur jeu de mots de dire que la liberté se prouve en voulant, ou que le désir de la liberté, introduit parmi nos motifs d'action, est capable de la réaliser à la longue par de petits accroissements*. Quelle analyse qu'on fasse de la volonté, on ne veut pas sans motifs, ni pour le motif vide de vouloir^.
1. Fouillée, loc. cit., iiv. III, ch. ii,2. M. Fouillée a repris depuis cette question.
2. Sans doute, dit M. le professeur Tyndall, j'ai en ce moment le pouvoir de lever mon bras, si bon me semble. Toutefois, suis-je tout à fait maître du désir qui me déterminera à le faire ou à ne
183 LA MOtlALE DANS LE DftAMÊ
L'botnme qoi e$i te plus maître de lui est celui qui est le plus raisonnable, c'est-à-dire qui 6 le 'plus de motifs à sa dispoâition. Il ne servirait pas plu» aux iuttaitionnisié» de réclamer pour la volonté un simple pouvoir d« direction des phénomènes, qui s'exerc#rait sans contredire les loiis de la physique, saûs changer la somme des mouvements «« H faut que ce pouvoir réalise quelque motif de la raison^ et, en fin de compte, notre liberté de vouloir a toujours les mêmes limiter que notre faculté de juger*
N'estrCe pas nne règle de la composition littéraire, qtié la conduite d'un personnage soit la conséquence des qualités à lui attribuées, et que, telles circons-^ tances étant données^ il soit possible de la prévoir? M.' Octave Feuillet voulait ch&iiBv Monsieur de Ca-^ mors, il rhumilie par la honte d'être jugé Capable d'un crime contre sa femme* Il serait aisé à Camors de se disculper ; un autre le ferait ; lui meurt lente^ ment sous l'affrout) ratdi dans son oi^^eil ; la joie qu1I avait espéré ressaisir lui est interdite par k dé-
pas le faire? Sommes-nous maîtres dès circonstances qui créent nos désirs, nos motifs d'action ? — Mon être physique et intellectuel est un tissu dont la chaîne et la trame ont été croisées et enchevêtrés poor lAdi é! ntm par moi. ^ L'argomenit est indéfiâitnsôt fbrtifié quand on Tétend à la race. — Discours présidanlielf in Ri¥i de ia PhHoa.p&êmife, m^t^ûvtil 1878.