‹ La morale de Dumas filsChapitre 16 sur 22 · Dernières considérations sur la femme adultère · texte numérisé non relu

Dernières considérations sur la femme adultère

Un peu plus d'un an après La Princesse Georges, Dumas fit représenter La Femme de Claude qui était bien, cette fois, une application du précepte : Tue-la ! Mais c'en fut, nous l'avons indiqué plus haut, une application ambiguë et peu persuasive puisque ce n'est nullement à titre d'adultère que la femme de Claude tombe frappée par son époux ; pas plus d'ailleurs que l'iza i 'obronowska de L'Affaire Clemenceau, son prototype. 3 'ans le roman qui précéda de quelques années cette sombre tragédie, Clemenceau tuait sa femme parce que son amour, purement physique, pour cette créature éhontée le privait de ses facultés d'artiste et le blessait ainsi dans son orgueil

de créateur esthétique, d'allié du Dieu de la Beauté. Il la poignardait à ses côtés après une dernière concession aux appétits de ses sens. — On rapporte, au Japon, le même geste d'un soldat de la dernière guerre russo-nippone : ce brave se sentait détourné de ses préoccupations patriotiques par les souvenirs alTectifs qu'il avait emportés du logis où l'attendait sa jeune femme : il tua celle-ci après un suprême baiser pour se donner plus entièrement à son devoir militaire. La difTérence, c'est que les personnages romantiques ne servent pas, comme le fils des daîmios, le J)ieu, hautement social, qui préside aux destinées de la race ; mais seulement le Dieu féminisé de Rousseau, la Nature réduite à ses instincts primordiaux et fort peu soucieuse des conséquences proprement humaines de ses suggestionsélémentaires. Rappelons en quelques mots le sujet de La Femme de Claude. Césarine Ruper reparaît, une fois de plus, après une nouvelle fugue galante, chez son mari, l'éminent ingénieur Claude Ruper, qui la méprise, mais l'accueille néanmoins. Elle le sait, en eiïet, l'inventeur d'un canon capable d'assurer une supériorité militaire incontestée à la nation qui en acquerera le bénéfice, et capable aussi de procurer, par conséquent, une fortune incalculable à l'homme qui détient un secret de cette importance. L'Allemagne a eu vent de cette découverte : elle a dépêché aussitôt près de Ruper un de ses mouchards, camouflé en Marseillais cordial, sous le nom de Cantenac. Celui-ci n'ignore pas les services que pourrait lui rendre Césarine, car l'universel espionnage allemand l'a mis au courant du passé scabreux de cette malheureuse. Il la menace donc de révéler à son mari tout le détail de ses plus récents méfaits si elle refuse de se faire son instrument vis-à-vis de l'in-

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génieur. Au contraire, il lui promet une gratification de deux millions de francs si elle lui procure les plans du canon imaginé par Claude, ainsi que ceux du fusil conçu par le disciple de celui-ci, le jeune Antonin. Entre les deux alternatives, Césarine n'hésite pas, comme bien on pense.

Afin de surprendre la confiance de Ruper, elle s'efforce d'abord de le reprendre par la volupté : mais c'est sans aucun succès (tandis qu'Iza y parvenait vis-à-vis de Clemenceau, comme nous l'avons dit.) Déçue dans ce premier espoir, elle se démasque assez maladroitement en accablant d'injures l'homme qui la dédaigne désormais : « Allons donc, créature « d'enfer, riposte avec un plein sang-froid ce dernierl « Je savais bien que tu te trahirais à la fin I » — Reste à M^^ Ruper la ressource d'affoler le naïf Antonin par sa beauté provoquante. Elle y réussit en effet. Alors, et par une péripétie fort artificielle à vrai dire (par le remords soudain d'une femme de service que Césarine a dii mêler à son projet de vol et qui vient tout révéler à Claude), ce dernier, averti que son indigne compagne égare son élève le plus cher et trahit odieusement sa patrie, la tue sur la scène au moment où elle va dérober, dans un coffrefort, les documents que l'espion d'outre-Rhin attend près de là avec impatience : « Cette femme, prononce « le justicier en se tournant vers les spectateurs, « est à jamais sortie non seulement de l'amour, « mais de l'humanité, car elle n'a pas su aimer son « enfant (circonstance qui ne joue aucun rôle effectif « dans le drame)... Il m'a semblé tout à coup, ô mon « Dieu (et voilà l'intervention mystique obligatoire « dans la morale romantique) que Vous me donniez « l'ordre de substituer ma justice à votre justice « suprême et d'armer ma main de votre glaive redou-

« table... Quand l'homme n'obéit qu'à sa conscience, « c'est-à-dire à ce qui le rapproche le plus de vous, « l'avez-vous investi du droit de frapper les trop « grands coupables ? Je le crois, et voilà pourquoi « ce n'est pas en mon nom, mais en votre nom que « j'ai parlé I r> — Certes les circonstances accessoires et émotives groupées par le dramaturge autour du geste de Claude défendent beaucoup mieux ce geste sanglant que celui de Pierre Clemenceau. On sait pourtant le danger de pareilles missions divines que s'accordent spontanément les fanatiques de tous les siècles depuis Ravaillac jusqu'à Robespierre dans l'histoire, ou jusqu'au Ferrante Palla de Stendhal dans la littérature romantique. Cette anecdote de mélodrame est d'ailleurs rattachée de la façon la plus artificielle et la moins persuasive aux thèses des préfaces de Dumas sur le mariage et sur l'adultère qui n'ont à peu près rien à faire avec les ressorts effectifs de la pièce. Celle-ci fut donc très froidement accueillie, et à très juste titre, quoiqu'elle tentât d'exploiter les sentiments patriotiques de l'auditoire au lendemain de la défaite : elle est, en tout, fort médiocre et l'on n'y retrouve même pas l'habituelle dextérité technique de son auteur. Il serait impossible de la remettre présentement à la scène.

U Etrangère fut représentée en 1876 par la troupe du Théâtre-Français qui, peu auparavant, avait joué pour la première fois le nouvel académicien en reprenant son Demi-Monde. En voici les traits essentiels. — La duchesse Maximilien de Septmonts, née Catherine Moriceau, soupçonne son mari d'être l'amant d'une énigmatique personne qui s'est entremise récemment pour préparer leur mariage, une certaine Mrs Clarkson, richissime Américaine. C'est pourquoi,

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sans plus ample informé, la duchesse, au cours d'une fête de charité qui se donne dans ses salons, inflige un affront public à l'étrangère (comme la princesse de Birac, plus sûrement renseignée, en avait fait un à M™e de Terremonde). Le mari de l'insultée n'est pas alors en France, mais on l'y attend sans grand délai et il paraîtra bientôt pour tenir le rôle de justicier que M. de Terremonde a sottement laissé échapper, nous le savons, en tuant un innocent au lieu du coupable.

Entre temps, Rémonin, — un grand chimiste ami du riche M. Moriceau (le père de Catherine) et qui a vu naître celle-ci, — théorise à notre profit sur le mariage de la jeune femme qui n'a jamais eu son approbation. Déjà son mari la trompe et la ruine comme Birac : les époux sont donc comparables, selon cet homme de conscience, à deux éléments chimiques qui refusent de se combiner entre eux, mais s'y résoudraient pourtant si l'on faisait intervenir à propos dans le mélange un élément nouveau qui les aiderait à fusionner enfin. Dans le cas du mariage, cet élément conciliateur est Vamoiir qui peut prendre trois formes distinctes : amour maternel, mais la duchesse n'a pas d'enfants ; amour divin, mais elle est allée d'instinct à l'église, après son altercation avec Mrs Clarkson et n'en a pas rapporté de consolation efficace. Reste à essayer l'amour terrestre, ou Vamani !!!! « Mais malheureux, « proteste à ce moment une M"^^ de Rumière, « patiente auditrice jusque-là de ces fantaisies psy- « chologiques, l'amant ne sauve pas 1 II perd. Il « ne guérit pas : il achève 1 — Ça dépend de l'a- « mant, riposte le sentencieux chimiste. — Vous « croyez donc qu'il y a des hommes assez aimants « et assez nobles pour respecter la femme qu'ils

« aiment et qu''ils ne peuvent pas épouser. — J'en « suis convaincu 1 » Et quand cela serait, en quoi cela rapprocherait-il cette femme de son mari pour une heureuse combinaison de leurs éléments divers ? C'est ici le comble de l'incohérence logique et tout le contraire d'une conclusion en faveur du mariage. Car nous voilà ramenés une fois de plus par Dumas vers sa marotte de jeunesse, vers ce subterfuge rousseauiste au service de la passion déréglée qui est la mission prétendue moralisatrice de Vami des femmes, celle de Jacques de Feuil ou de Paul Aubry. N'^ as en connaissons dès longtemps les débuts phraseurs et les conclusions réahstes.

Voyons donc, avec une curiosité toujours nouvelle, se dessiner l'amant né pour combiner le duc et la duchesse selon les lois de la chimie sociale : ce qui est, à ce moment, le paradoxe métaphorique adopté par Dumas pour illusionner le naïf public sur le sérieux de ses consultations sentimentales. — Cet amant porte le nom de Gérard. C'est un camarade d'enfance de Catherine. M. Moriceau, réédition de M. Poirier, n'a pas voulu le donner pour mari à sa fille, en raison de ses trop modestes origines et bien qu'il soit devenu de bonne heure un disciple, déjà génial, du grand chimiste Rémonin. Le voici en présence de la duchesse. Celle-ci reconnaît aussitôt en lui son fiancé éternel : « On m'a donnée quand « je ne savais pas. Dès que j'ai su, je me suis reprise. « Demandons Vavenir à Dieu, puisque c'est le seul « moyen de réparer ce passé ! » Et voilà donc en bien bonne voie, n'est-il pas vrai, la chimie conjugale et rassurante de Rémonin.

Le duc, instruit peu après des sentiments que sa femme nourrit à l'endroit de Gérard, s'empresse de provoquer celui-ci en duel. Mais, même en supposant

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Gérard vainqueur de son adversaire, ce duel aurait pour conséquence de rendre légalement impossible le mariage voulu de I lieu pour W'^^ IMoriceau : car les hommes ont tout prévu dans leur morale cruelle : ils ont interdit au meurtrier d'un homme d'tpouser la veuve de cet homme. — C'est tout simplement, indiquerons-nous en passant, qu'ils ont trop bien prévu le cas où le meurtre serait, sous prétexte de délégation divine, un commode moyen d'écarter l'obstacle juridique à la pleine satisfaction passionnelle : c'est-à-dire le retour aux mœurs de l'âge des cavernes. — Pourtant, Catherine ne tient aucun compte de cet obstacle car son parti est pris à l'égard de Gérard :

Sors vainqueur d'un combat dont Chimêne est le prix,

lui répète- 1- elle en termes moins voilés par la pudeur : « Eh bien, je ne serai pas votre femme 1 Vivez, « c'est V important. Quant aux lois qu'ont établi « les hommes, elles m'ont déjà fait assez souffrir « pour que je ne me soucie plus d^ elles. Veuve, je suis « libre (de devenir la maîtresse de Gérard), et, « comme je n'ai pas d'enfants, je n'ai de compte à « rendre à personne 1 « Sauf à son père, à l'opinion et à ses possibles enfants de demain 1 Mais le public n'y songera pas sans doute ! et l'argument est donc assez bon pour lui.

Gérard n'aura d'ailleurs pas à profiter de ce peu cornélien héroïsme. M. Clarkson, fraîchement débarqué d'Amérique, se charge de tuer le duc qui a voulu le faire complice d'un noir projet de diffamation contre sa femme et contre l'éternel « fiancé » de celle-cii — L'on nous saura peut-être quelque gré de n'avoir pas répété ici, après Dumas et la plupart de ses commentateurs, la théorie parfaitement saugrenue des « vibrions » de l'ordre social ; et

plutôt, notre résumé permettra de décider, en connaissance de cause, si L'Etrangère renferme de quoi étayer la famille traditionnelle, classique et chrétienne ? C'est tout simplement, une fois de plus, le vieux thème sandien de Valeniine, Indiana ou Jacques ; mais désormais la conclusion n'est même plus comme dans Diane de Lys, la mort tragique de l'amant tué par le mari, c'est la mort du mari que l'amant tue par la main d'un autre. — Le public consent dorénavant ce dénouement et peut-être même l'exige. Tel est le legs de la quatrième génération rousseauiste finissante à la cinquième, qui va bientôt faire ses débuts dans le monde des lettres avec le Théâtre libre.

La préface de L'Etrangère, datée de 1879, est une sorte d'adieu au théâtre, et Dumas devait garder en efïet pendant cinq ans le silence après cette pièce qui ne fut pas un franc succès. Il se montre donc beaucoup moins satisfait que précédemment des progrès de son public sur la voie de la morale rousseauiste — ce en quoi il est vraiment bien difficile à contenter. — « Si nous n'avons plus, écrit-il avec « sévérité, ce qu'il faut pour plaire au public, il « n'a pas, à vrai dire, acquis ce qu'il faudrait pour « nous attirer de nouveau. Nous l'avons devancé dans « la connaissance des hommes (!!); des sentiments « et des choses. Nous en savons plus long, nous « voyons de plus, haut et de plus loin que lui ! » Quelle outrecuidance dans ce ton de pédagogue mettant un élève en pénitence ! C'est ici le contraire de la vérité, car la morale rationnelle fondée sur la psychologie pessimiste voit seule de haut et surtout de loin.

Quoi qu'il en soit de cet antagonisme entre deux conceptions inconciliables de la vie, la retraite de

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Dumas ne fut, cette fois encore, qu'une fausse sortie et le mois de janvier 1881 le ramenait au théâtre avec La Princesse de Bagdad, — une anecdote scabreuse plutôt qu'une pièce à thèse, il est vrai, car on ne voit pas trop ce que l'auteur y aurait pu vouloir démontrer.

Lionnette de Quansas est la fille naturelle d'un souverain exotique — qui ne sera désigné, au cours de la pièce que par le pseudonyme de roi de Bagdad, — et d'une jolie Parisienne qui fut autrefois chargée de déniaiser ce futur monarque. Cette enfant de l'amour vénal a été épousée par un clubman parisien, le comte Jean de Hun, malgré l'opposition que la famille de ce dernier fit à un si peu rassurant mariage. La mère du fougueux gentilhomme en est même morte de chagrin. Pourtant la jeune comtesse de Hun ne sera pas tout à fait une Iza Dobronowska, car elle est sauvée de la dépravation par l'orgueil, — au moins provisoirement et jusqu'à l'époque très peu avancée de sa vie où il nous est donné de la suivre un instant du regard.

Son mari l'adore toujours, mais elle ne le paye nullement de retour et elle croit n'aimer personne, pas même son petit garçon de six ans, Raoul, qui est d'ailleurs un bambin indifférent et gâté. Elle a déjà dévoré le patrimoine du comte par besoin instinctif, impérieux de luxe et de prodigalité. Aussi se trouve-t-elle en butte aux obsessions galantes d'un banquier exotique et multimillionnaire du nom de Nourvady qui croit trouver une proie facile dans cette belle personne habituée à la haute vie et bientôt réduite aux expédients pour continuer cette vie. Jean de Hun, tourmenté par la jalousie qui naît d'un amour aussi ardent qu'au premier jour, la soupçonne, mais à tort, de prêter une oreille complaisante

aux propositions de ce tentateur et ne lui cache pas ses appréhensions prématurées. Aussitôt Lionnette, gravement blessée par cette injustice, n'imagine rien de mieux pour s'en venger que de donner toute raison, au moins en apparence, aux suppositions de son époux. Par cet époux, flanqué du commissaire de police, elle se laissera volontairement surprendre en tête à tête avec Nourvady, après avoir mis à dessein sa toilette en désordre : et cette scène piquante se passera sous les yeux du spectateur, dans l'hôtel somptueux que le banquier a meublé pour en faire hommage à la comtesse, dont il croit pouvoir escompter la capitulation sans danger de mécompte. Tombée de la sorte à la haute galanterie par le choix singuher de sa vengeance et quoiqu'elle n'ait pas failH en réalité jusque-là, elle se prépare à quitter Paris en compagnie de Nourvady. Au moment du départ, le financier, pressé d'entraîner au loin sur ses pas cette précieuse conquête afin d'achever au plus tôt sa victoire, commet la maladresse de bousculer quelque peu le petit Raoul, qui s'attache par instinct à sa mère et fait mine de la retenir. Devant le geste brutal de l'étranger, l'enfant s'épouvante et se plaint. Il suffit ! Cet élan de maternité qui racheta naguère la coupable Jeannine et en fit la bru de M"^® Aubray va sauver cette fois la vertu conjugale fortement compromise de M"^^ de Hun. Elle se jette comme une lionne au visage du Crésus exotique, rompt avec lui sans retour, pardonne à son mari ses péchés de méfiance et reprend courageusement le joug conjugal 1 — On le voit, c'est déjà l'aventure de Francillon, sans l'excuse de la préalable infidélité de l'époux. Mais avant d'être ramenée vers son foyer par une impulsion de l'instinct, la comtesse n'en a pas moins jeté ce cri du cœur qu'on ne peut s'em-

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pêcher de retenir : « Mon mari est un ignorant, un « oisif, un maladroit qui aurait dû me guider, qui « n'a pas su et que je ne reverrai jamais ! » Quels seront donc les lendemains d'une réconciliation qui repose sur des bases aussi fragiles ? Une fois de plus sommes-nous bien ici en présence d'une de ces familles désirables pour le salut du pays, tel que Dumas fait mine ou plutôt fait profession de les réclamer parfois dans ses Préfaces ? Il est plus que permis d'en douter, n'est-il pas vrai. Mais aussi, toutes les préfaces du monde n'auraient pas assuré cent représentations à la pièce I

Nous ne dirons que quelques mots de Francillon, dont le sujet est si connu. Francine de Riverolles nous apparaît tout d'abord entourée des clubmen qui sont les camarades de fête de son mari et donnant, au milieu de ces indifférents, libre cours à l'exaspération de ses nerfs, parce qu'elle se sait délaissée pour une fille galante après deux ans de mariage. Resté seul avec elle, Riverolles lui annonce qu'il va se rendre au bal de l'Opéra, quoiqu'elle le prie instamment de donner, pour une fois, sa soirée à sa femme. Devant son refus, elle l'accuse sans détour d'infidélité et le menace très crûment de la peine du talion. En effet, après le départ du volage, elle se rend de son côté, seule et sous le masque, à la soirée de l'Opéra, y constate de ses yeux l'inconduite de son mari et se décide à exécuter ses menaces. En rentrant au logis vers le matin, elle affirme s'être donnée au premier venu qui a consenti à lui offrir un souper en tête à tête.

Riverolles n'est pas d'humeur à supporter ce genre de représailles et la séparation légale du ménage se prépare. Mais l'entourage de Francine est demeuré incrédule à son cynique récit. Ses proches mènent

donc une active enquête sur les événements de cette soirée néfaste ; ils retrouvent, par un hasard vraiment trop miraculeux, le soupeur dont elle assure avoir fait son complice, mais celui-ci se renferme dans le secret professionnel. Enfin son amie, la brave et franche Thérèse Smith, arrache à son orgueil d'honnête femme encore authentique, un aveu d'innocence en lui donnant faussement à croire que son partenaire s'est vanté d'un complet triomphe. Une pareille aventure prCte à plus d'une objection morale de principe : la pièce identifie trop sommairement l'adultère de l'homme à celui de la femme, quoique plus d'une nuance les distingue, de par les décrets de la Nature : elle s'accorde licence de jouer avec l'adultère féminin d'assez désinvolte et peu saine façon et la représentation n'était guère possible qu'en France à cette date. Pourtant, le sujet n'est pas immoral à tout prendre, et l'exécution technique est parfaite ; Francillon eut donc un succès triomphal. L'auteur Connut cette bonne fortune de prendre définitivement congé de son publie sur une éclatante victoire : circonstance qui a très utilement servi son renom d'homme de théâtre émérite.

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