‹ La morale de Dumas filsChapitre 3 sur 22 · VIII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VIII AVANT-PROPOS

assurément le sujet de sa méditation, Vobjet de son émulation juvénile : Balzac et Sand avant tous les autres. Or son tempérament se trouva plus sandien que balzacien dès qu'il commença d'échapper aux formules paternelles et au simple roman d'aventures.

Qu'il ait été un familier de V œuvre de Sand, c'est ce dont témoigneraient au besoin les lignes qu'il écrivait à vingt-neuf ans, en 1854, après la représentation de Flaminio. Il y montrait la femme illustre traçant, dans le ciel de l'art moderne, une de ces belles lignes droites, nettes et fermes, comme les grands aigles dont parle Hugo et qui font une lieue d'un coup d'aile : sur ses pas, ajoutait-il, on se sent transporté dans un monde supérieur où le romanesque se mêle au vrai de façon si intime, où l'idéal s' harmonise si heureusement avec la réalité que les types y sont ce que, dans la vie, ils devraient être ; elle ne prétend pas, comme Balzac, à représenter purement et simplement ce que voient les yeux de son esprit : elle vise en outre à suggérer ce qu'entrevoient les yeux de son cœur ! — Tel sera bien aussi, pour le dramaturge dès ce moment consacré par le succès, le programme de son activité créatrice.

Au surplus, le regard qu'ils jettent sur la société qui les entoure se trouve influencé chez tous deux par leur naissance peu régulière. L'un et l'autre ne sont-ils pas les enfants de l'amour libre et socialement inégal ; si en effet Alexandre Dumas fut un fds naturel dans toute l'acception du terme, Aurore Dupin ne dut qu'au mariage tardif et secret de ses parents de naître enfant légitime quelques jours plus tard. Il est vrai que cette différence, considérable malgré tout, rendit pour Dumas la vie plus difficile encore à vivre, jusqu'à l'heure où il put affirmer sa capacité de lutte et fonder sur son talent son pouvoir social. On rappelle d'ordinaire à

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