TOUR
Mysticisme déçu
Jusqu'ici, nous avons laissé voir indirectement par notre exposé, que les caractères déjà connus du savant, moniste transformiste et athée; ces caractères, accentués par une forme parfois cynique, semblent devoir froisser les convictions délicates de ceux qui, plus modérés, sympathisent avec les sentiments que la religion a suscités, ou essaient d’en « apprendre quelque chose pour l'humanité»! selon l’expression d’un moraliste contemporain, M. Delacroix. Il est donc temps de mettre en lumière un aspect, moins connu hélas, de la physionomie de Le Dantec.
Non seulement ce n’est point, nous l’établirons bientôt, un contempteur d’idéal, maïs, si paradoxale que puisse sembler à première vue cette affirmation, c'est à beaucoup d'égards un mystique qui s'ignore.
Sans doute, il se déclare avec insistance « athée de naissance » ? et ce caractère pourrait sembler a priori exclure tout mysticisme. Cependant, nous pouvons étendre l'appellation de « mystique > à ceux qui sont sensibles aux gestes des croyants et èprouvent assez fortement les senfiments voisins des leurs, car, pour être presque toujours associés à des convictions religieuses, ces sentiments n’en sont pas indissociables.
Le Dantec est loin d'ignorer toute sympathie pour le mysticisme, et ses amis croyants ne voulurent jamais croire qu'il fût vraiment athée comme il le prétendait : « l’athée le plus convaincu, écrit-il par exemple, ne pourra s'empêcher d’être ému en voyant prier une mère auprès du lit de son fils... la prière procure un soulagement à ceux qui croient » °. Par ailleurs, ne reconnait-il point lui-même qu’il possède au plus haut degré les multiples sentiments mystiques héréditaires,
(!) Cf. Delacroix, « Du sage anti- (2) Ath. 10, 11, 94. etc S. C. 9287, que au citoyen moderne » (p 115) note, etc. pra,
Colin 1925, (#) Probl. 187.