AR TIO
« Je suis certain heureusement que mes voisins paysans ne liront pas meslivres : sans cela,je neles écrirais peut-être pas >.
Estimait-il donc bien supérieur à celui des paysans, l'esprit critique et le niveau intellectuel de ceux qui ont lu et qui lisent encore les milliers d'exemplaires de « Savoir » et de « L'Egoïsme », sans y être suffisamment préparés P Ne prévoyait-il point que, comme le veut la logique des sentiments, la plupart de ses lecteurs négligeraient les conclusions rationnelles formulées ça-et-là, favorables au maintien de la discipline ? Qu'ils remarqueraient surtout les attaques et les critiques contre les dogmes gênants et les représentants de l’ordre social, vu l’affinité plus grande de ces critiques avec leurs représentations coutumières ?
Effectivement, des incidents précis vinrent lui révéler, un peu tard, l'opinion engendrée par ses écrits : en 1911, lors de la grève à laquelle nous avons fait allusion, un émissaire est envoyé auprès de lui par les cheminots révoltés pour lui demander de publier dans « La guerre sociale », une lettre de protestation contre l'arrestation des meneurs ‘, comme si Le Dantec avait jamais manifesté de telles aptitudes ! En 1912, un instituteur Journaliste qui ne supposait point, semble-t-il, qu'on püût penser sans faire de politique, ne comprenant pas bien, lui non plus, la position véritable de Le Dantec, et l'ayant pris pour un politicien anarchiste, lui reproche, dans « La Voix des Communes » de Charenton ?, d'être « un de ces libres penseurs qui tirent sur leurs prôpres troupes ». Enfin, vers la même époque, Raymond la Science, un des bandits en automobile de la célèbre « bande à Bonnot », déclare au juge d'instruction qu'il faisait de : « L'Egoïsme >» sa lecture favorite. « Des rédacteurs de grands Journaux sont venus me demander sérieusement si j'approuvais cette équipée » * l'écrit alors le malheureux savant et, stupéfait, il doit commencer à se défendre !
(!) Eg.
(2) 6 ei 1912.
(S)Prob "69,
Son étonnement sincère en ces diverses circonstances suffirait à démontrer sa bonne foi qui appert dans ses réponses : dans le premier cas, il répond au délégué des agitateurs que, simple savant, il va non pas écrire une lettre politique, mais composer un nouveau livre scientifique sur les questions sociales. Effectivement, il publie bientôt « L'Egoïsme », utopique leçon de choses aux socialistes, supposant naïvement que l'élément agité de ce parti était aussi sensible à la force de l'évidence logique que peuvent l'être certains professeurs de Sorbonne. Le résultat ne se fait pas attendre : il voulait que le socialisme fût scientifique ‘, ilest simplement qualifié de bourgeois poltron.
Dans le second cas, il répond avec humour à l'instituteur que, savant solitaire, il ne se croyait pas général pour tirer sur ses propres troupes ?. Dans le troisième enfin, voici les principaux arguments de sa réponse aux journalistes qui l’interviewaient : « De n'importe quel livre, on peut tirer n'importe quoi... vous savez que je conclus à la nécessité d'enseigner aux hommes le devoir, au lieu de leur accorder des droits qu’ils n’ont que trop de tendance à s’exagérer nous voilà bien de Bonnot ! Du reste, plusieurs revues d'opinion très avancée, et en particulier « L’Idée libre » qui est je crois anarchiste, m'ont dit que Je ne serais jamais qu'un bourgeois. Je le crois comme elles, car tout ce que jesais de biologie me pousserait à être un citoyen très respectueux des lois, sije ne l’étais déjà héréditairement ». Puis, à une objection insidieuse que formulaient alors ses interlocuteurs : « Peut-être est-il dangereux, répond-il, de mettre entre les mains du grand public, des vérités dont le faisceau seul est vrai, et dont chacune, prise séparément, peut conduire aux pires excès. Mais alors, il ne faudrait jamais rien écrire, car il esttoujours permis à un individu de découper dans un livre, ce qui flatte sa passion du moment, et de négliger le
reste.. »
(t) Prob. 176 etc.
(2) Prob. 31.
=ATIOEE
Ainsi, après avoir protesté de sa bonne foi, Le Dantec en arrive à découvrir lui-même son vice essentiel qui est surtout, nous l'avons dit, un vice de méthode : pour que les idées soient sans danger, il faut qu’elles soient présentées en faisceau, ce qu'il a malheureusement omis de faire. Sans doute, il est impossible, et relativement inutile du reste, de présenter foutes les vérités biologiques en cause, {ce qu'il essaie cependant de faire); du moins, ilest relativement facile, (lorsqu'on le sait et que l’on y pense !), indispensable du reste (si l’on a le souci du danger), de réunir en un faisceau suffisamment cohérent pour attirer l'attention, les vérités qui peuvent tempérer, corriger des idées dangereuses, au lieu de les parsemer au hasard, perdues dans leur isolement.
Nous trouvons dans les œuvres mêmes, d'autres excuses qui méritent d’être signalées : Le Dantec prétend que ses théories ne sont les «ratiocinations d'un rêveurinoftensif » * ; que des livres tels que lessiens ne sauraient du reste modifier les idées d’un homme ayant déjà son siège fait, ni enlever rien à la solidité des convictions d'un croyant, car chacun a une tendance marquée d'avance, à accepter de préférence tel mode d'explication ?.
Puis, c’est un autre système de défense qu'il adopte : « le monde, ce n’est pas moi qui l’ai fait! Je constate seulement.* » « (Sn) la loi du plus fort est la seule loi biologique, ce qui est regrettable, ce n’est pas que je l’aie dit, après tant d’autres, il est fâcheux surtout que ce soit vrai: mais je n'y puis rien. » * « Laissez-moi déplorer avec vous que notre conssience ne soit que ce qu’elle est : cela me chagrine autant que vous-même »°. [l n'est pas le premier non plus, à s'attaquer à l'hypocrisie sociale : le Christ, malgré sa sagesse, n'a pu s'empêcher de dénoncer les pharisiens et de juger sans cesse, jusqu’à ce qu'il fût jugé lui-même et crucifié f.
Et puis, ce n'est pas lui, savant austère, qui a suscité les
(1) Sav. 73-82, etc. (*) Prob. 165.
() Ath. 15-31. (5) Ath. 282.
(5) Sav 72. (RP tre no