‹ La morale de Geulincx dans ses rapports avec la philosophie de Descartes [microform]Chapitre 20 sur 33 · CHAPITRE m Les rl:ssemrlances entre l'ethk^ie de Geulincx · texte numérisé non relu

CHAPITRE m Les rl:ssemrlances entre l'ethk^ie de Geulincx

ET LES OPINIONS DE DeSCARTES SUR LA MoRALE

Nous avons exposé, aussi tidèlemenl qu'il nous a été possible, léthiqu ; de Geulincx dans son ensemble et nous l'avons rattachée aux principes mélaphysicpiescpii dominent la doctrine. Telle qu'elle est, la rigueur systéniati«pie qui s'y m:niifesle, l'originalité d'un grand nombre de thèses, des théories séduisantes et même quehpies belles formules, qui font pressentir la Critir/ue de la Raison pratique ou les Fondements de la Métaplujsique des Mœurs, le souci assez rare, à cette époque, d'établir dans un livre de Morale un passage continu et régulier des vérités métaphysiques les plus hautes aux conseils les plus courants de la |)rudence vulgaire, la préoccupation con^laide d'allier au resj)ect de la foi chrétienne la liberté de la pensée philosophiq^ie et la rigueur de la méthode scientifnpje, tous ces points mériteraient de nous retenir et pourraient faire l'objet d'études

fructueuses.

Mais il nous a paru particulièrement intéressant de rechercher (juelle est exactement la signification c!e cette philosophie pratique dans la pensée de son auteur et quelle place elle doit occuper dans l'histoire des sy^lèmes et, en particulier, dans celle du développement de la doctrine cartésienne.

GEULINCX ET DESCARTES

LE CARTÉSIANISME DE GEULINCX

Et d'abord, îi quel besoin répondnil la composilion el la publication de VElhi(jii€ ? Non seulement (ieulincx en a t'ail la préoccupation de ses dernières années et, pour ainsi dire, le but de tout son enseignement, mais encore, en éditant lui-même la partie fondamentale de son ouvrage, en livrant ainsi sa pensée au grand public, — ce(|u'il n'avait voulu entreprendre pour aucune autre partie de son cours, — il a souligné, en quelque sorte, l'importance qu'il attachait à sa philosophie pratique. Quels sont donc les motifs particuliers qui l'ont amené à publier une Ethique ?

\. — LE CARTÉSIANISME DE GEULINCX

Geulincx est incontestablement un cartésien ; tout ce cpie nous avons pu dire de ses études et de ses goûts suffirait à le prouver. Ses « (Juaeslinnes qundlibelicne » le mettent au premier rang parmi les savants cpii, à Louvain, adoptèrent avec enthousiasme le programme de la révolution cartésienne. Dans les harangues qui encadrent ce recueil, il poursuit, avec une verve juvénile et avec beaucoup plus d'acharnement que son maître, l'enseignement scolaslicpie, son dogmatisme, son respect de l'autorité et de la tradition, tout ce qu'il avait de formel et de verbal (l); dans ses

(1) Voir, dans notre Introduction, ce que nous avons dit sur les influences cartésiennes «|ui durent s'exercer à Louvain sur («kllimcx, élev« et professeur. C'est en i64".' qu'il obtint une chaire à i'I niversité de celte ville. Or, en 1652, dans une lettre du 21 «lécembre, le célèbre Plkmpius, ancien ami de Descartes, devenu son adversaire courtois, mais décid»-, se plaint que, depuis quatre ans, de jeunes audacieux cherchent à substituer la ph losophie de Descartes à celle d'Arislote: « conantur aliquijam a quadricnno fere

doctrines proprement physiques, il est absolument cartésien (1); en métaphysique, il se montre peut-être disciple plus libre et plus indépendant ; mais, (lue l'on veuille voir en lui un des premiers occasionnalisles, précurseur de Malebranche, ou un proche parenl de Spinoza, ou que l'on trouve même, dans ses œuvres, Fcbauche de la théorie de rh.irinonic préétablie, il est impossible de ne pas le rattacher au cartésianisme, au moins autant que Malebranche,

pellere e scholis nostris Arislotelem et mscioquam antiquatam philoi^ophiam inducere *. Il y a tout lieu de croire (pie Geulincx était au nombre de ces ardents novateurs. Son discours allégorique, .(ui sert d'introduction aux Qaaestiones qaodlibcticae, auxquelles il présidait, et qui est prononce au même mois de décembre 1Ô52, est, en ellel, dirij,'é tout entier contre la scolastiqueetla philosophie arlistotélicienne, telle qu'on l'enseignait de son temps, n n'y prononce nulle pari le nom d<' l)escart«.s mais les idées qu .1 soutient sont conslammeut celles d uu cartésien. Imi particulier, le plan dé<lucation et d'études qu'il ébauche {Or. I. l pp. 41-1.) et .piil reproduit dans son livre, . Methoius inveniendi argumenta ». est directement inspire parlaA/.</.oJpdel)Ksc.RTKS. Lorsque, a Leyde, il donne une nouvelle édition les Qaaestiones, il ne craint pas. dans les Paraphrases qui l'accompa-nenl, de citer Descartes avec admiration et enthousiasme : <■ Jam Cartesins, Rationis iUe vindex et sensuum acris inseclatom. Oratio I. Paraphrasis. V. ;(L p. 50). A Levde, il combat aux eûtes d'Ueydanus, qui professe ouvertement la philosophie Cartésienne, dans cette Université, où, depuis l()4Ml était interdit de prononcer le nom de Descartes, mais où la nouvelle doctrine avait lait des progrès immenses. Là il acheva certainement de se perfectionner dans la connaissance du Cartésianisme et de s'en assimiler

toutes les thèses.

(1) « Dans l'exp ication du monde corporel, qu'il nomme la Physique

notre philosophe suit, presque partout, les tracer de Descartes, tout en entreprenanLcomme en métaphysique, d'exposer,dans u,x traite particulier les points essentiels de la scolastique péripatéticienne, en accompajrnant soa exposé de remarques critiques «. {Land. op. cit., p. 15:). v.eci nest pas d'ailleurs un élo«re sous la plume de M. L.nd qui app.dle Deseartes grand mathématicien, .umvais physicien, « grosse Mathe.natiker and schlechte MechaniUer >. {ibid.).

GEULINCX ET DESGARTES

LE CARTÉSIANISME DE GEULINCX

Spinoza et Leibniz et Ton ne peut s'empêcher de retrouver dans Descartes des indications dont il semble avoir profité et même des formules qu'il n a eu (|u'à recueillir et à développer pour aboutir, lui aussi, à un système original en apparence, très cartésien en réalilé. Comme Spinoza, comme Malebranclie, comme d'autres disciples moins notoires de iJescarles, il ne faisait qu'essayer d'éclaircir quelques obscurités, de répondre à quelques questions cpie celui-ci avait laissées sans solutions et de résoudre ces difficultés au moyen des éléments que contenaient les œuvres du maître (l).

Et surtout (ieiilincx est cartésien par la valeur qu'il accorde aux affirmations de la conscience individuelle, par opposition au témoignage des sens, à l'autorité et à la tra-

(1) U nous paraît incontestable, en tITet, que Dkscahtks. si on I avait pressé d'expliquer conunent làtne sl^U sur le corps et <|uel est le mode d'union de la substance pensante et de la substance élemlue, dans limpossibiliteoù le mettait la logique de son système d'admettre une action ou une inlluence directe d'une des substances sur lautre, n'aurait pu adopt.r qu'une des trois attitudes suivantes : ou bien déclarer que la communication des substances est un fait d expérience, qu'il suffit de constater ( VI* Afrtiitation, XXXVI ;/Vm</pe.s,I.4H«.t IV. l^; Lettres, a Iilisah,'th.n mai ItW '.Ed. Adam, 111 p. (itt.{ sqq. et -'S jiun ir,4{([|| p. 6ir>sq.|.i : j' réponse d Arnaud, -m,) juillet l''48, (V p. alî> sqq). — ou bien admettre que c'est là une sorte de ndracle inexplicable et même inintelligible, — ou. .nlin. adopter une tlu'orie voisine de i'occasionnalisme ou de rharmonie préétablie. Mais il faut bien reconnaître que les deux premières solutions ne sont, en realité, que des refus de répondre et ne conviennent guère au «renie philosopbique et scientifique de Descartes, La seconde est même formellement rejetée |)ar lui : « Ce n'est pas merveille, dit-il, cpic certains mouvements du cœur soient joints natureMeraenI à certainrs pensées, avec lesqu«lles ils n ont aucune ressemblance .. [Lettre d Channt, l» fév. K/^'j, iv,p. );oo sqq.,). Reste donc la troisième liypotbèse : Non .seulement elle est la seule possible, mais encore Desrartes nous semble s'être, le plus souvent, exprimé comme s'il admettait un parallélisme réjrulier entre les modes de la pen.sêe et ceux

dition Descartes avait attribué une grande puissance à la raison individuelle: « il n'y îi point, ce me semble, disait-il, de plus digne occupation, pour un philosophe, que de s'accoutumer à croire ce que lui dicte la vraie raison » (1). Geulincx ne pense pas autrement ; il parle de cette faculté maîtresse de l'homme avec pompe et enthousiasme ;.il veut, nous dit-il, au début de ses Quaestùmes quodliheticae qu'elle règne en impératrice, « qu'elle en ait les insignes et les attributions », il entend les revendiquer hautement pour elle et « pour elle seule » ; car « ils lui sont dûs »> (2). Ce que Descartes a dit de l'évidence logique, il le transfère à l'évidence morale. C'est par l'introspection que nous découvrons en nous les fondements de la certitude pratique, comme Descaries nous a appris à y découvrir le type de toute connaissance théorique. Pour lui, comme pour Descartes encore, le principe spirituel, directement saisi en nous par la conscience, est mieux connu que l'élément corporel et surtout lui est bien supérieur en dignité et en

de retendue, sous la garantie de la volonté et de la saj^esse divines: Voir la lettre à CuANUT, et aussi Passions dr l'àine I, art. 50 ; Le Monde, I § ■'>. Le lermed'«occasion ' apparail mètne assez frequeiumeiil.Voir Traité deihomme, (§7-a:-28) ; lettre a Elisabeth, janvier 1(U(>, coxix (IV p. :t.5;i sqq.) : « Dieu] a sceu exactement quelb^s seraient toides les inclinations de notre volonté, c'est lui mesme qui les a mises en nous... c'est lui aussi qui a dispose touli's les autres cboses, qui sont hors de nous, pour faire (pie tels el tels objets se présentassent à nos sens à tel et tel temps, à l'occasion desquels il a sceu que notre libre arbitre nous dét rinineraita telle et telle chose. » VAJettrd hlisaheth. juillet 164;, cDxt:i. (V. p. or)). Voir aussi la Z^-t/rt; rfe Clerselier a de la Fortre qui termine le recueil <le la Correspondance de Diisr.AKTKs (lit" \^^\., lettre ^ih\^.&A\) el où l'éditeur et ami de liescartes exprime certainement l'opinion «lu «irand philosophe.

(1) Lettre à XXX, mars 16Î.S. cxiii, t. II, p, 37.

(2) Oratio I, des Quaest. quod. (I p. 13).

GEULINCX ET DESCARTliS

importance. L opposition entre la pensée el 1 étendue, considérées dans leur essence et dans leurs modes est poussée par Oeulincx jusqu'à ses extrêmes limites et jusqu'à des conséquences que n'avait peut être pas nettement envisagées Descaries, mais (jui se déduisent logiipiemenl de son système. Enfin, (-e que Descartes pensait de l'unité de la science, direclemetil conclue de l'unité de la raison (1), (ieulincx le <iit de la vertu ; il découvre en elle une unité essentielle qu'il rapporte aussi à cette même unité de la raison (2).

Prenant son point de départ dans les fondements mêmes de la méthode et de la doctrine de Descartes, l'élhique de (ieulincx semble donc devoir être purement cartésienne dans tout son développement. Toutefois, (juand nous la parcourons, *ii nous nous demamlons juscpi'à quel point Descaries aurait souscrit aux théories morales et aux préceptes de son disciple, nous nous sentons embarrassés et hésitants. El cependant celte question ne saurait rester sans réponse ; le problème est de ceux qu'il importe de résoudre. Il nous semble qu'en le faisant, nous atteindrions un double résultat : Non seulement nous mettrions mieux en lumière, par rapprochement ou opposition, le sens intime de la morale de Geulincx, mais encore nous a|>porterions une contribution à l'élude de la morale carlésienne, en montrant comment un cartésien authentique , presque

(1) Reg. addir. ingenii, I.: « Toutes les sciences réunies ne sont autre chose que l'intelligeiice humaine, qui reste toujours une, toujours la même, si variés quf soient les sujets auxquels elle s'applique ». Cf.: Disc, de la Méthode., début «le Id •,'• partie el Lettre d Vtersenne, 10 oct. 1039 (II, WJf<).

(2) Dans son Ethique, W traité, 1" Partie, § 1, sous ce litre « Virtus nna », Geulincx montre que l'unité <le la vertu vient «le son origine et s'explique parce qu'elle est « propositum facieudi quod jubet Ratio » (III p. ^3).

LE CARTÉSIANISME DE GEULINCX

contemporain du maître, la comprenait ou la concevait, en se fondant sur les principes généraux de sa philosophie et sur ce qu'il a pu écrire lui-môme sur des sujets touchant

aux mœurs.

Nous lisons, en efl'et, dans la préface de la piemière édition complète de VElhiqiie, - où Bontekoë reproduit certainement avec (idélité la pensée de Geulincx, - que, d'après celui-ci, Descaries, pour plusieurs motifs, n'avait pas pu faire pour 1 élhi(|ue ce qu'il avait accompli pour les autres parties de la philosophie el de la science. Une morale provisoire, dont les règles n'ont rien de solide ni de délinilif, propre tout au plus à permettre à l'homme de mener une existence trancpiille au milieu de ses semblables, l'indication dans les Principes d'une autre éthique, science suprême, qui se présenterait comme la conséquence de toute la philosophie, mais qui n'a jamais été écrite, voilà, suivant l'éditeur posthume de Geulincx, ce que Descaries nous a laissé louchant la vie pratique et la conduite de l'homme (l). H n'y a pas de morale carlésienne (2), et c'est pourquoi notre philosophe forma

(i) Voirdans la dédicace «le Pédilion complète de \ Ethique par Philakète,

(l<Mr>), les pages A, 4, 5.

(2) Celte opinion de Geulincx ne doit pas nous surprendre. A peu près en même lemps que lui, Huet donnait à l'un des articles «le son livre, Censura Philosophiae Cartesianae, ce litre : « Vulgares sunt Cartesianae morales regulne ». Et il s'exprimait ainsi : « Quis nescit Fatriae esse oblempeianduin... quod sceplicos praecipue tenuisse et sanxisse supra dixi ? Quis non«l«mau«liverat...virlutemesseraediumvitiorumetutrimquereduclum?

(Hor . l-p, 18, 1. I). . . consl.mtiain proposito. . . quam multis suadelur verbis a Cicérone in libris de Ofllcio .'... Quam decanlata a Cyrenaïcis et Stoicis lerUa re-ula, q.iae se ipsum vincen.h.m potius constituit quam fortunam?» elc .. En somme, pour Mukt, la morale cartésienne est inexislante et ce que ion appelle «le ce nom n'est qu'un ensemble de règles, prises de tous côtés :

GEULINGX ET DESCARTES

le dessein de combler celle lacune. Le besoin s'en fait assurément sentir, nous dil-il ; car, sous les apparences du cartésianisme, certains philosophes en arrivent à ressusciter les impiétés de Vanini et de Servet et à se conduire en athées ; ignorant ou méprisant toute la métaphysique et la logicpie de Descartes, ils atîectent de s'en tenir h sa mathémalicpie et à sa physicjue ; partant de là, ils vont jus(|u a nier Dieu et la création, ils prétendent que le monde est la vraie et 1;» seule substance divine, ils jiffirment le di'torminisme universi.1, ils ramèuent Tesprit à n'être (|u un mode de la matière, ils rétutenl le libre arbitre, ils déclarent que tout dans l'homme a lieu nécessairement, comme chez les brutes, l'âme humaine, d'après eux, n'est comme l'âme des bètes qu'un produit des esprits animaux, si bien que des singes convenablement instruits raisonneraient et parleraient comme nous; cette âme corporelle disparaît, d'après eux, avec

« Cailcsiiis nihil fere nisi veternm diclata recoxil. » (Pétri Damelis Iluetii Censura Philosop. Cart , 4» é«l., lfiî>4 ; pp. •-'t;i-2<,6). De m«}iiie, Lkibniz ne veut voinlans la morale cartésienne qu'uiiexcrciced'ainplilicatiori oratoire ; et son but se résumerait eu ceci : « niatrnarn ia ai;t*ndo mocifralionem adhiliere , antiquasqu»; tlisciplinas in scribrndo breviter , nec maj.'na jtniicandi veritale exponeret.» [Lett. et opusc. inèd. Foichkr dk Cahkil, p.3, 3» é«l., 18t'8). B4'LLKT,( Vie de Descartes [l, aô et 'if<^*]), dit aussi «|ue les régies morales que Descaries a pu donner n'ont jamais passé dans son esprit pour un corps régulier et accompli de philoï>opliie morale ». Chez les modernes nu-mes, nous trouvons des opinions analogues: (F. Bolillirh, Hist. de la Phil. Cart., I. I, p. liS sq. et \io7 ; Ritteh, JJist. de la Phil. mod. Irad. Challemel-Lacour, qui parle d' «esquisse grossière» l.I, p. 77; cf. pp. 4 et5;KHANTz, Essai sur V Esthétique de Desc, Paris, Alcan, 1?<S2, Avant" Propos, p. 1 ; Bhunktikkr, Jansénistes et Cartésiens, Rev. des deux Mondes, lf<88, vol. f>, p. 4o4 sq,) M. Lkvy-Bbuhi., dit encore (La Morale et la Science des Mœurs, l*aris, Alcan, 4* éd., lîUo, p. 94) : « Descartes, qui na pas donné <lc morale définitive »

LE CARTÉSIANISME DE GEULINGX

le corps ; enfin la morale n'a pas crexistence distincte, la la vérité pratique varie selon les temps et les lieux, le bien n'est autre chose que l'utile, le droit se confond avec la force, il n'y a d'autre moralité et d'autre règle de noire conduite que celles (pii sont l'œuvre du magistrat, il n'y a de péchés que les infractions aux lois civiles et politicjues (1). C'est contre ces conséquences détestables et impies d'une aoclriue mal comprise qu'a voulu , d'à; rès Bontekoë, réagir Geulincx. 11 a essayé de prouv<T que l'on pouvait accepter les principes du (Cartésianisme, sans tomber dans l'athéisme et l'immoralité ; en composant un livre de morale, il a pris la défense de la philosophie de son maître. En décidant d'écrire sur les mœurs, d'après les princi )es de Descartes, il a fait « ce qui convenait à un ('artésien (2) » respectueux et fidèle ; son éthitpie, pénétrée des idées générales du cartésianisme, a d'ailleurs la prétention de satisfaire et de concilier tout le monde, les chrétiens, en conservant l'essentiel de la morale tradilionnelle et révélée, les « esprits forts ». en ne faisant appel qu'à la laison, et le vulgaire enfin en montrant l'accord de la raison et de la foi et, plus particulièrement celui du cartésianisme avec le christianisme (3).

Si nous acceptons ces déclarations comme conformes à la pensée de Geulincx, — et nous ne saurions faire autrement, — nous en tirerons deux constatations: La pre-

(1) Voir encore la Dédicace de Philarètb. (pp. 5, 6 et T).

(2) « Testatura faciet puldica facta haec Geulingii Ethica, quid homini CaHesiano... conveniens sit, juxta ejus principia «le moribus slatuere ».

(ibid., p. 20).

(3) ]hid., passim et surtout, pp. 5-lO-ll-la.

GEULINCX ET DESCARTES

LA MORALE DE DESCARTES

mière, c/est que noire philosophe croyail fermement qu'il n'y a pas de morale dans Tœuvre de Descaries ; la seconde, c'est que l'on a pu, dès l'origine, tirer du cartt^ianisme des doctrines très différentes et même contradictoires touchant la vie pratique.

De ces deux affirmations, la première est aujourd'hui universellement contestée ; car on s'est efforcé, depuis un certain nombre d'annéos, de découvrir dans les œuvres de Descartes l'éhauche a<^ez complète et même des fragments épars d'un système de philosophie morale. En tenant compte de la HP partie du Discours de la Méthode et de quelques indications contenues soit dans ce même ouvrage, soit dans la préface des Principes, en se fondant surtout sur le Traité des Passions et sur la Correspondance de Descartes avec la Princesse Elisabeth et la reine Christine de Suède, on a prétendu retrouver la doctrine pratique de ce philosophe. 11 est indispensable d'étudier cette sorte de restitution de la morale cartésienne pour lui comparer l'œuvre de Oeulincx et pour décider si celui-ci a bien tenu sa promesse, s'il nous a donné, comme il a voulu le faire, une étlii([ue cpii convienne au système de Descartes, s'il a suivant les paroles mêmes de son éditeur « écrit la morale cartésienne (1) ».

Page 1