‹ La morale de Geulincx dans ses rapports avec la philosophie de Descartes [microform]Chapitre 3 sur 33 · DE LA MORALE DE GEULINCX · texte numérisé non relu

DE LA MORALE DE GEULINCX

Nous avons mis en lumière, d'après les paroles mêmes de Geulincx, toute l'importance qu'il attribuait à la morale. A défaut de ses déclarations, nous aurions pu, d'ailleurs, reconnaître cette préoccupation aux précautions qu'il prend pour fonder solidement son éthique et pour l'établir, comme science, sur des principes incontestables.

Et d'abord, il semble prévoir, chez ceux qui l'écoutent ou le lisent, une objection préalable, ou plutôt il devine et redoute, chez eux, une disposition d'esprit très fréquente à cette époque. 11 pressent qu'on va dire ou penser : Quel besoin avons-nous dune morale distincte des prescriptions de la religion, nous qui sommes chrétiens et qui avons ce privilège inestimable de posséder dans T Ecriture- Sainte les préceptes et les exemples de la morale la plus pure, la plus élevée et aussi la plus incontestable, puisqu'elle émane de Dieu, dont elle reproduit les paroles et que Dieu ne peut ni se tromper, ni nous tromper ? Geulincx ne dédaigne pas l'objection : il reconnaît, sans hésiter, que les livres sacrés contiennent la sagesse et que seuls les chrétiens sont capables de l'acquérir

et -le vivre moralement , en se conformant à leurs enseignements. Mais il n'abandonne pas, pour cela, son projet de juxtaposer à la morale fondée sur la foi une morale fondée sur la raison. Il se justifie de prétendre en savoir plus que les autres et il cherche à faire excuser sa hardiesse apparente, en déclarant ([u'il a pris la Bible pour microscope, qu'ainsi il a pu voir bien des choses qu'il aurait toujours ignorées sans le secours de ce verre grossissant, mais que, maintenant, son œil accoutumé à les distinguer clairement jusque dan- leurs détails, peut les étudier

directement sans avoir recours à cet instrument désormais inutile (1). 11 sera donc assuré de retrouver, par la seule lumière naturelle, les vérités révélées qui sont relatives à la vie pratique ;sa morale restera en accord avec la religion, sans cependant en avoir été extraite; sa philosophie tout entière sera bien une théologie chrétienne, mais non une théologie révélée (2).

Si nous appelons, comme le fait souvent Geulincx luimême, cette théologie rationnelle une métaphysique, nous dirons, avec lui, que la science fondamentale est une mélaphysique, dont toutes les autres sciences ne sont que des dépendances plus ou moins iminétlialcs (3). Parmi colles de ces sciences qui dérivent de la métaphysique directement, c'est-à-dire sans intervention d'expériences ni d'hypothèses, il cite, avec cependant une légère hésitation {forfasse),

(1) Eth. Préface (III. p. 7-8) ; cf. pour le respect de Geulincx à l'égard de l'Ecriture, Annotata ad Metaphysicam ^Il.pp- 27I, 292 sq).

(2) «Deus ipse pertinet ad lumen naturale et non proprie ad revelationem. {Ann. in. Cart. Princ). (lH, p. Î86).

(3) Métaphysica vera, Intr. Sect. 1. §1 et 2 (H, p. 139) ; cf. ihid. Pars. ait., r Scientia ^II, p. I7I), et les notes correspondantes.

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