LA CONNAISSANCE
ments qui se produisent dans notre propre corps ou dans le monde extérieur n'ont pas lieu, comme nous le croyons, en vertu de notre volonté, mais seulement en conformité avec elle. Toutes les pensées de notre esprit, toutes les impressions sensibles que nous avons à propos des modifications de notre organisme, du fait du monde extérieur, et tous les déplacements ou modifications des objets hors de nous, doivent avoir une cause commune, capable d'expliquer à la fois leur production et leur concordance et cette cause universelle, c'est l'activité d'un esprit infiniment intelligent et tout puissant (l).
Des remarques de détail me conduiraient au même résultat : en prenant conscience de mes idées, je trouve en moi des notions dont je ne puis pas dire comment elles s'y sont formées et que cependant je n'ai pas toujours eues ; d'une part, elles ne me semblent pas innées ; d'autre part, je ne les ai pas moi-même acquises, dans le sens rigoureux du mot (2). Il faut donc admettre qu'elles sont les idées d'une intelligence étrangère et supérieure à la nôtre, où nousles voyons, ou encore qui nous les fournit et qu' « elles ne sont dans notre intelligence que lorsque nous les considérons en Dieu, donc lorsque nous considérons Dieu lui-même » (3).
(\) Sur la manière dont nous arrivons à connaître indirectement nos fonctions organiques voir : Eth. tract., I, cap. II, sec. Il, (III p. 3a) ; cf. : Ann. ad. Eth. (III p. ao8). Sur rirapossibilité de faire de notre esprit, qui n'a pas d'étendue et qui n'est pas dans l'étendue, la cause des mouvements des corps extérieurs ou de notre propre corps, et sur la nécessité de considérer Dieu comme le véritable auteur de tous ces mouvements, voir : Met. vera^ Pars IM., 4» Se. (II pp. I89-190). Ann. ad Eth. (III p. 211); ann. in Cart., (111 5I9) ; et ibid. (III p. 445) : « Deus solus movere potest. . . In Ethica et Metaphysica, motus omnis mentibus tanquam auctoribus detrahitur ». Cf. Ann. ad met. (II p. 297) : « Deus primus motor et solus motor. »
(2) Ann. ad met. (Il pp. 285-286); Ann. ad Eth. (III p. 1:76).
(3) Ann. ad met. (Il p. aSj) ; cf. Ann. in Cart. (III p. 380) [veritatisque].
l*ar (i**s expériences intimes du même ordre, je puis conslaler que j'ai un grand nombre de désirs ou de décisions (\\u ne dépendent pas de mon libre arbitre (1) ; ces étals de ma pensée ont donc eux aussi pour cause « un être saciiant et voulant dllVértMit de moi » (2). i^^t c'est ainsi que Dieu nous est révélé par la seule « lumière naturelle ». Il est en quelque sorte rendu manifeste en nous-mêmes par l;j conscience (pie nous prenons de nous, parce (jue nous, qui sommes des esprits limités, nous ne pouvons nous considértM-, par rapport à lui, esprit intiui, que comme des modes par rapport à la substance, « sumiis enim modi mentis ut corpora particularia siint modi corporis>^ (3) ; ou encore nous sommes des abstractions, des limitations de cet esprit (4). Notre esprit, en effet, étant posé, supposons qu'il n'a plus de limites, il nous reste la pensée pure ou Dieu . « Si auferas modiim remanet ipse Deus » (5) . Connaitre et comprendre, c'(îst donc apercevoir des idées en Dieu ou, plus justement, saisir Dieu en nous, Dieu étant la substance de notre esprit qui le voit en se considérant lui-même, dans la mesure où le (ini peut sentir l'intini. La raison nous fait participer à la nature divine, autant que Dieu le lui permet. Par elle, nous sommes Dieu , dans les limites (pi'il nous a assignées. « Hoc videhit qui volet rationem esse veram imaginem divinitatis, cui cum probe con/ormamur animo et mente, jam bene nationales, jam boni homines et, quantum nobis datum est, divi
LA TOUTE PUISSANCE DE DIEU
sumus » (1). Et nous aboutissons ainsi à la fois à Taffirmamation de la dignité et de Texcellence de la raison et à celle de Texistence de Dieu, également données dans l'unité du fait de conscience, fondement de toute science.