LA MATIÈRE DE LA TIE UOHALE
bonheur d'autrui. Et, comme le Sûiiveraïn Bieo suppose Taceord du Bonheur et de la Vertu, c*esl travailler encore à en rapprocher autrui que de travailler à son bonheur (1^,
Et Kant insiste sur la nature de cette perfection qu'oa doit cultiver en sot et de ce bonheur qu'on doit s'efforcer de produire en autrui.
La perrectiOQ à laquelle nous devons travailler en nous, ,ne peut être évidemment, d'abord» que celle qu*on peut produire par ses actes. U y a, en effet, des qualités que rhomme ne peut accroître chez lui-même. De celles-là, l'Éthique se désintéresse. Mais il en est qui dépendent de Dous en tout ou en partie. Ainsi, nous pouvons parfaire notre intelligence, nous rendre plus raisonnables, plus aptes à toutes sortes de fins, plus dignes, par suite» du nom 6i du rang d'hommes. Nous pouvons parfaire notre volonté, nous exercer à faire de plus en plus, dans nos décisions, dn respect de la Loi, le mobile même dû nos actes, à obéir de plus en plus au devoir par devoir. Cultiver en nous l'humanité sous ses deux formes, raison spéculative el raison pratique, intelligence et volonté, ce sera donc le premier des devoirs de Vertu et tout un groupe de devoirs y répondra.
Le bonheur d'autrui est fait, de même, de deux parties : soD bonheur moral, son bonheur physique. Le premier consiste dans la satisfaction morale. Celle-ci résuite de raccoraplissemont constant du devoir. Il est clair, par suite, que, sur cette partie dn bonheur d'autrui, nous ne pouvons pas grand'chose. Faire son devoir comme on doit le faire, c*est, en effet, agir librement par devoir. Or, nous ne saurions, par nos actes, faire qu'un autre agisse ainsi* Tout ce que nous pouvons, k cet égard, c'est n'être, pour autrui, ni un objet de tentation^ ni un objet de scandale. Quant an bonheur physique des autres hommes, nous y pouvons beaucoup, au contraire. Nous pouvons
{{) Doctrine âe ta V^Htf i^Barnij p. 21 sqq,}.
Hf\ LA MORALE DK IvA:n'T.
nous propo&er de leur procyrer, autant que cela dépeud de nous» l'objet de leurs déairs. Nous le devons, par suite, tant que cet objet est légitime. Combien de fois, en effet, la Joie d'aulrui de pend-elle de nous! Combien plus souvent eocore, dépend-il de ûoub d'éviter aux autres une douleur! Et, si c'est un devoir de rendre possible le bonheur d*auti'ui, n'en trouvons-nous pas, par suite, roccafiion à tous les instants de la vie?
Que ce eoit, d'ailleurs, un devoir de rechercher cette doiïble fin et c[ue ce devoir soit un devoir de vertu, c'est ce qui est, d'après Kant, évident. It s'attache soigneusement à le démontrer. — Cultiver sa propre perfection, c^est cultiver en soi riiumanite. C'est donc traiter en soi Tliumanité comme une lin. L'obligation de le faire est donc un corollaire évident de la Loi morale. D'autre part, oa ne voit pas de raison pour pousser plus ou moins loin la culture de Ut perfection. L*ordre d'y travailler est doac d'obligation large. -— De même, travailler au bonheur d'autrui est bien un devoir. Si jene me proposais pas cette lin, la maxime de ma conduite ne pourrait, en effet, être érigée en loi universelle, sans que, le cas échéant, je fusse privé des secours d'autrui. Vivre sans se préoccuper du bonheur des autres, ce serait donc mettre en pratique ua principe qui ne pourrait pas être érigé en loi universellfl- Oe serait donc ne pas vivre selon la Loi, Et ce second devoir est, comme le premier, un devoir large. Car^ ici non pkïs, je ne puis savoir jusqu'à quel point je dois ra'elîorcer de reodre les autres heureux, où il faut que mon action commence et cesse, jusqu'où je dois sacrifier la recherche dû ma propre perfection à celle du bonheur d'autrui (i).
Il y a donc bien deux fins dont l'homme doit s'impûâur là recherche. L'ordre de se les proposer résulte bien ddla Loi Morale. H résume l'Éthique toutentière.
(1) DoetfH'n^ di' ht Vertu (Barni, p. 31 sqqO-