‹ La morale de l'amourChapitre 10 sur 25 · AUX MENTEUSES · texte numérisé non relu

AUX MENTEUSES

Telles épouses aux complaisances fréquentes pour le passant, et qui professent toute liberté de mœurs, qui, avec le familier, la visiteuse, le commensal, rient d'allusions à leurs incartades, tout à coup deviennent tragiques si Ton crie ou Ton imprime ce que chacun murmurait d'abord.

Je m'explique peu la raison de ces personnes. IncapaUes de courage et déloyauté, elles semblent réclamer un droit à ITiypocrisie qui les met dans le pire rang du troupeau. En quoi leur situation change-t-eire t Uépicier comme le coifieur savaient aussi Men, la veille, qu'elles étaient prestes à donner le plaisir.

Attraction pour hommes, c'était ce prestige qui led magnifiait dans les fêtes. A cause de cela, le lotiraisseur élargissait le crédit, la maltresse

de maison les invitait aux galas. Leur élégance, leur beauté seules n'eussent point valu le tiers de leursuccès mondain, si Tespoir justifié de les prendre, quelque jour, n'avait mis le sourire aux lèvres des flatteurs, des amuseurs et des payeurs. Convoitises des faunes, jalousies des rivales, médisances des jeunes allés, tout ce qui forme leur gloire dépendait expressément de leur facilité à promettre les trésors du décolletage, et la sucée des lèvres. Elles ne Tignoraient point.

Soit lassitude, scepticisme ou indifférence, leurs maris toléraient. D'aucuns s'estiment fiers de ces triomphes. Justes, d'autres se reprochent certaines peccadilles découvertes qui autorisent, en somme, les licences égales prises par l'épouse. Le contrat violé du fait mâle ne peut plus lier la partie. On écarte le divorce qui diviserait la fortune. Fidélité à part, on se platt, amis. L'attitude en vaut une autre. Pourquoi ne point avoir le courage de cette opinion et affronter, la téta haute, les racontars publics ?

Des gens sensibles objectent que cette révélation déconsidère l'avenir des enfants. L'argument est risible. La femme adultère revendiquerait à tort la qualité maternelle. Son acte affirme le plus grand crime social dont elle puisse affliger fils ou fille. Puisqu'elle a cru devoir se libé-

rer de la tradition familiale, elle invoquerait stupidement les obligations de la race. Elle n'a pas craint de mêler au sang et à Tâme choisie par rinclination de sa jeunesse, par les raisonnements de sa foi, le sang et Tesprit d'un gaillard qui, de la sorte, substitue aux atavismes paternels, généralement nobles, ses propres atavismes de menteur. Elle a donc, par avance, réduit à rien, en échange d'une friandise, Tavenir moral de la descendance. Comment cette femme peutelle se dire mère, sans raillerie ?

Ne lui reste-t-il pas d*autre allure quiTanoblirait? Mais si. Nulle logique ne saurait contredire celle qui, bravement, avouerait : « Créature d'amour, j'offre la beauté de mon corps à qui l'aime, comme l'artiste expose son œuvre devant les yeux qui la prisent. Depuis mon lever jusqu'à mon sommeil, je travaille devant les miroirs à parfaire le chef-d'œuvre de ma personne, à m 'induire en une ligne sculpturale digne des statues illustres. Je suis» à la fois, le Vinci qui anime de son intelligence le sourire de ma face, le Houdon qui affine la sveltesse de mes jambes, le Watteau qui colore de nuances heureuses les plis de mes vêtements, le Whistler qui pare de mystère la sobre élégance de mes manteaux. Ma démarche le cède-t-elle aux démarches des belles que

I3é LA MOBÂILE DE L ABfOUa

les PrimitÂfs italieiia peigAîrent? Mbo geste dè^ pAi?erait-U rhairiaQme d!ua tableav qse Ptrviâ^é» CbâtvaiUMfl eéà dessiné ^ Je mue déaadev et mm voici paceilLa à toute» tes Vénas des scolpteun grées. Je ta tegairdft, ett titcttisoanafe. ea moi ki souirenifi de Sandm; Bettioeellii. Je me coucbew W.Qismt& chairs sa^aHunent blaachiiss! et afiternues parles lotrens, les: bains,! les baisera (te Im^ mer: Bomitôir fiui2-il {dus génial en ûxaot sur la toile le oonps ÛB ses grasses votapËuauses^ 9 Mloi< seule, usant de lar. maHèreds mon eerps^ }'^^cofD|dâ l^ tâche des aiiôstes fue vous glndfiez, tons». critiques et mattres. Pourquoi me dbcem»ries-Tons rignx)miDie ? Vous ne le pouyve sana^ ve«s eoBAcedirev aaiis menèir. Je me menm pas, moi. Je;m'*eii«rgimîUAsdaa)fli labeinr-qai résume cdor Ass senlpteuiSFet des peistiras. Ma yoîk en^ prisse bas peèmes des littératares. J& suie une^ artiste Taillante qaiv ebaquei jour,. retouebOr mo^ diAe,. améliora. Lequel de bms émules p^eisf etrsÉt autaïkt d'ebatiaiation géniale au travail?^ Pas* une; de mes pensées qfai ne TÎse àfadce crollue la> splendeur éto rfitrei. Ciitez Tartûsna, 1« politiqae, lesoldat qui sait aRrtanfesaoKaeua deismoimétier^ de^aoa ikléal^ de sa patrie? QneF labeoir égSElfi meo lahear? Je dors, les nmios gaoïlées.dQglycécîae^ et le visage! masqaé decolid-ci8am..Jenï'bh8lieBa

UA. JIÛBAXjC »£ IL AUQUm 195

^e boire en mmtpoasxt peor oonflerrer la puM Uga^e^ ma taille. Je m'exiënav à d'interminaMes iPartiefi de ^lennis afin qice ia pr^peitiMi 4e «es lorcMB se garde indélétnle. Telle 4iue les ascètes ^fttyttles, }e demeore ;deboiit, des heures, mailgFé Ja iatîgmeatvoce de moA sese, attentive à se pas 'OaDÉourier le talent d«B essayeuses. Auk ooorsev, -auX'Ofpositftons, «ux dtaers, au théâtre^ «h bai, au |em, j« parade sans faiblesse, consciente de ixion devoir qui instruit le peuple 5ur le 179e de sa beauté. 'Quelquefois, dites-vous, je me vends? Mais les sculpteurs vendeoi ieiacs slalues, iss poètes leurs livres, ies peîAtpes leurs tableaux ? Comioent cela ime pAurrait-il avilir, puisque M. Bouguereau ne fut pas avili par le Irafic de ses ouivres ?

M A rexempte ide mille industriel décarés et minislraUes, ai-je gaigné ma fertuAB 'en mass»* «ranl4es ipopulatians euvdères que ma cufâdÊlé conU'jsJigsùi à quinse heures de^avail iquotidien dans des ^aieliers më$>fattique&, à ranénie aumplelle et isûre, contraci^e dans d'ignobles taudis -où Les obligea de résider, avec leurs taxnilles, la ttodieité du salaire ? Ma fortune estneUe faite de ces cadavres qui rapportent à leurs assassiais les millions et Tlionneur. J'^ai tpris uae •chose ^i m'appartenait, la seule obose qiri, légitimeident,

appartienne: mon corps, ma chair, mon goût; et ]'ai travaillé. Me voici, merveille d'art, exposée aux admirations des esprits. Le collectionneur me choisit, me prend à loyer afin de se repaitre de beauté. Il me possède ainsi que les musées acquièrent et possèdent. Quel raisonnement pourra m'abaisser? Le professeur ne vend-il pas sa science, Fouvrier sa force, le militaire son instinct de meurtre, Técrivain son intelligence, le commerçant sa ruse, le coureur de dot son nom ? Qui ne se vend ? Celui qui vole, celui dont les ancêtres volèrent.

<c 11 n'y a qu'une chose odieuse : le mensonge. Je suis, moi, Tadultère loyale, la courtisane éprise de son art, noblement. Réservez vos mépris et vos insultes, bonnes gens, à l'adultère déloyale, à celle qui se cache, qui dissimule et qui 4rahit, à celle qui court, une voilette épaisse sur le visage, mentir à Tamant, pour rentrer ensuite mentir aux siens, à son mari, à ses enfants, au •monde et à soi-même ; à celle qui n'a pas le courage de son acte, à celle qui n'a point la bravoure de mépriser l'assentiment du monde plus que le conseil de sa passion. Moi je suis un être de beauté et de loyauté. Je n'affiche pas de sentiments maternels qui sont étrangers à ma nature. Je ne sollicite pas l'approbation publique

de ceux qui me blâment en secret. Je désire être moi-même pour ma conscience et pour tous, devant tous. »

Bien peu de femmes galantes parlent ainsi.

Lâches, elles trompent. Compromises, elles revendiquent un respect et une discrétion auxquelsleur droit semble moindre que celui des franches courtisanes. Pourquoi? Interrogeons sur ce point nos moralistes, M. Henry Fouquier, par exemple, qui perpétua, en cette époque, avec une fécondité ingénieuse, Talerte clairvoyance des Encyclopédistes. « La plupart du temps, écrit-il, et même quand il s'agit d'autre chose que d'amour^ les femmes ont une tendance très marquée à trouver dans la religion bien moins un frein pour leurs passions qu'un excitant à ce qu'elles veulent accomplir... Elles ont un confesseur pour réparer les désordres de leur conduite, comme elles ont une blanchisseuse pour pallier le désordre de leur toilette. » La Rochefoucauld et Champfort se fussent complu à cette observation.

Ajoutons à l'aphorisme que la religion ne détient pas seule le privilège de stimuler le vice féminin. Du moins, les institutions qu'elle consacra (le mariage, la vertu conventionnelle et ses apparences) jouissent de la même faculté.

Page 1