‹ La morale de l'amourChapitre 12 sur 25 · LE COUPLE · texte numérisé non relu

LE COUPLE

Félicien Rops fut connu du public à cause de ^ses gravures erotiques, seules. En dépit de qualités puissantes, le reste de son œuvre demeurait indifférent à Tacheteur. II subit donc les inconvénients et les avantages de ce goût commun, mais caché, pour la représentation des intimités voluptueuses. Inconvénients, car il fut blâmé par rbypocrisie générale qu'éduqua le dogme chrétien en vue d'inapplicables ascétismes. Avantages, car le vulgaire, rebelle à Tart, le connaît surtout grâce à Tattrait delà pornographie.

Sans cette bienfaisante pornographie, cinq cent mille personnes, pourvues aujourd'hui de connaissances artistiques, ignoreraient encore les plus simples beautés. Si Ton compare nos journaux actuels à ceux publiés avant les trente

dernières années, le jugement est en tout point favorable aux gazettes de notre époque. L'éducation intellectuelle du public s'est faite. Nous sommes libérés du vieux calembour, principal motif des chroniques dites spirituelles. La pornographie naturaliste, parnassienne et symboliste a merveilleusement instruit Tintelligence des grandes villes. 11 faut l'en remercier.

Au reste, depuis que ia libre pensée détruisit la rigueur de l'enseignement ecclésiastique dans les âmes, on ne comprend plus la réprobation à l*égard de Tartisl» éùidiant ia iuxure. Senl, le démt avHit «iiflioji de Je oenisattre. Au mom ide qotn le sceptique sécltiBienDt-il l'obltgadtîoB *ée la chasteté ?

la sdsDce mcidenie aiâme qu'il existe trois ifmotioAs de la vile : la mstritien, la kicomoikM ^la reprodudirai ou ramoiir. A méditer eat «phorssme^ on ne s'^xiplique gitère poorqwi les iwitfmArs ijaraissent des endroits |ihi8»tunteuK que ies estamiaMls vm les .statrons d''Gannibus, ni cofluaevt la «deBcrifjliooa id'un bateor !semble|Éret(]ue oelle d'im di^Buoer «u d'une proflienade. Oetle ipnrre âeoousoe des oubtIb ê» vBfist point qu'on s'en nocoirpe avec tamt dintéi- «natkuu

Jft regrc^tlersi tonjours que l'œirvf e eoAîer >de

LA MûftALB DB L AMOUR H3

Féliciea Rops a» puisse prendre place dans um musée nalionaU sous prétexWq;ue eeAle expoiii- UoB déprarecait bas collégiâaa e4 nos modistes^ Ni (Mdtos-ci, ni ee«x-là n'oat bteseift de Tari pour lesr amener au vicew. H suffit qu'ils causent entreenx.. Dans te&fauboQrgs, lea fillettes jotteat, dès* dix-huit an^ à la prostituée. Les eaux-fortes de Félicien fiUiqps leur seaàbiecaient baaaleft.

H iau4 s'habifcuer à considérer le parnogcapbe conàB>e un historiographe, ua déimog^apha, ou un géographe. S il a du talent, son talent nou» doit réjouir ; s'il o'en a points il nou» doit aUrks-^ ter. Mais>» dira-t-oo, pourquoi choisir de teLa sur jets, si oa ne désire point tirer du viee i»eauGOup d argent ? La réponse est facile. Pour lo sculpteur, ïaquaforiiato, le peiatre, la tor^on des corps frissonnant diS v^upté est ua modèle de la beauté musculaire, de la souplessa des altitudes. L'expretsaion des physionomies, àla fois radieuses et dovloureuses, oilre un obstacle d*art admirrabLe à surmonter. C'est la chose Lsb plus difficile du mioade que de ne point représeater, par làt du grotesque ou du trivial. Qui padrvieat à rendre belle cette posture acquiert déxà un gteie certaia«. Pour Téerivaia philosopha^ le coniUt eatre rinetiact de reproduetioa et les idéee admises restera longtemps encore un dea meilleurs

thèmes de la psychologie vivante. En effet, vingt siècles de traditions familiales ou théocratiques rendirent Tacte sexuel le plus souhaitable à cause du mystère dont l'entourent les prohibitions morales. Depuis le jour où l'enfant écoute la romance de la nourrice jusqu'à celui où il entre au théâtre, tout excite sa curiosité de cette fonction exagérément louée par les refrains et mise en valeur par les ricanements, les demi-mots, les calembours. Ainsi, chaque heure, une gymnastique mentale de problèmes successifs exerce assidûment l'esprit du désir, tandis que le catéchisme, les livres et les convenances interdisent d'y satisfaire. Mieux encore que les garçons, les filles de la bourgeoisie, contraintes à une plus grande hypocrisie, atteignent le degré maximum d'exaspération mentale.

Toute leur vie se déformera pour cette hypertrophie d'un instinct faussé, auquel leur intelligence quotidienne rapportera, comme à la mesure type» les agréments et les malchances. La plupart des hommes confessent que Tamour est, avecPargent, le mobile des actions. Pourquoi l'artiste éviterait-il, sans manquer à la conscience littéraire, d'analyser les sensations précises qui augmentent ou diminuent l'importance de ce motif dans une vie humaine?

Le roman n'est pas, comme on veut le croire et comme le laissent croire les écrivains médiocres, un seul moyen de délassement, à la manière du vaudeville. 11 vise à mieux. Il se transforme, de plus en plus, en psychologie expérimentale. Grâce à lui, le siècle futur connaîtra la mécanique du sentiment et de la pensée, comme jamais ne la surent les époques finies. Actuellement, le romancier observe les cas des crises morales. Il les commente, les annote. Un philosophe se révélera bientôt, qui classifiera ces nombreux documents. Dès lors, la morale sera une science pourvue de ses lois exactes, et Ton pourra remédier au vice, puis au malheur qu'il entraîne: suicides, crimes, démence.

La tâche du pomographe ne mérite donc point le mépris que, seul, se trouverait en droit de lui objecter un monde rigoureusement chaste.

Le nôtre ne peut vraiment pas revendiquer ce Utre.

Souvent de grands journaux parisiens m'ont adressé des questionnaires relatifs à la « faillite du mariage ». On invoquait la multiplicité des divorces et des adultères, la propagation du féminisme les libres allures des jeunes ménages élégants, qui se mêlent au] demi-monde dans les cabarets joyeux, pour demander si je ne croyais

pa$ à la disparition prochaine de l'union ooajugala. Cegenre de^uestion puisque marque oà en sont les moeurs de notre société. EUe se juge lasae d'^ine vertu qtii, pour la moitié des ménages, sldeiHifie avec rhy|K)crisie. Mais, en toustemps, les époux respectèrent aussi peu le contrat de fidélité. Au siècle dernier, comme en celui de Blotière, les adultères foisonnaient allègrement. Les deux tiers des familles nobles doivent un UasoA à la oom plaisance de leurs aïeules pour les ceprioes de grands seigneurs^ Isabeau de Ba*^ vière et sa oour, après les filles de Gharlemagne^ manqvèreflbi à la chasteté non moins que Mme Riga* On s*amu$ait beaucoup, au moment de la Convention, sous le Directoire. Et les dieux de lK)lympe aimaient la fête. Devant ces allégations de la mythologie, de Thistoire, les contemfrteurs du mariage gagnent leur procès facilement Lee mots sacramentels du prèire et du maire ne suffisent pas à garantir contre la tentation les épeux qu'ils unissent ; et ceux qui comptent sur le caractère officie) de leur liaisoin pour éviter la tromperie se la bailleoEit belle.

Cependant, le remède n'est point de rencmcer, mais de se marier avec un idéal différent de celui que les opéras recommandent.

U &e faut pas épouser uniquement par désir.

Cet appétit de rifistiOiCt reproducteur, une foie rassasié, ne suffit plus à maintenir le bonheur dane la maison conjugale. Humble fonction de la vie, il n'a point d'autre importance que le manger ou Texercice. C'est folie de construire le futur de son existence sur le goût immuable du gigot à l'anglaise, du cyclisme, ou du baiser.

Ramenant à cette vérité les mensonges sentimentaux^ les pornographes seuls nous fourniront UAe morale nouvelle du mariage. Ils nous montreront comment ce sacrement dépasse la mesure des amours, jusqu'à quoi on le ravale. Ils nous indiqueront comment la secousse nerveuse et l'étreinte musculaire ne valent que par le mys* tère dont la morale les habille.

La fiancée <(ui espère réaliser des scènes d'opéra et chanter le duo avec un joli partenaire, verra sûrement s'éclipser l'idéal. Rien ne lui restera du rêve. Elle traàira donc pour réaliser la comédie de moeurs, ensuite pour réaliser le vaudeville, à moins qu'acariâtre et méchante, elle ne dégoûte le mari,qui,ch6z des maltresses, irachercher plus d'indulgence. Le mariage ne vaut rien pour les âm^s sentimentales. Il ne les contente pas. Ceux qu'un gros tempérament tourmente n'y trouvent guère l'apaisement non plus. La trop fréquente pratique du môme jeu émeusse

vite la sensation que, seules, les aventures du dehors réhabilitent. Les unions passionnées se flétrissent au premier cheveu blanc. Les gens positifs, qui font du mariage un arrangement d*atfaires, sont encore les moins déçus. (Is savent ce qu'ils prennent. Ils paient et ils reçoivent. C'est de la comptabilité. Avec de la finesse et de Tactivité, on augmente le bilan. Cela peut donner de Taise.

Or, le mariage doit être mieux que cela. Composer avec l'autre et soi un seul caractère qui s'éduque, s'instruit. Vouloir devenir à deux une personne douée d'énergie meilleure. Souhaiter d'être pour l'autre, l'exemple du bien. Lui sacrifier afin de lui apprendre la possibilité du sacrifice. L'aimer pour la science qu'il vous communique, et pour celle qu'on implante en lui. Communier ensemble, non seulement par l'amour, ce qui est peu, mais par l'identité de l'effort, la même recherche du Vrai. Sentir que, si l'on meurt, on continuera de vivre en l'autre. Tirer de l'amour une amitié, une estime, une science^ un dévouement, une pensée, une émotion ëincère. Se dépouiller peu à peu de l'amour sentimental, pour se revêtir d'une sagesse manifeste. Fonder ensemble une œuvre utile aux hommes; et la chérir de toutes ses forces, et lui consacrer

toute la puissance de deux cœurs exaltés par leur passion mentale ; puis, le jour où Tœuvre atteint son but, procréer reniant qui la perpétuera. Voilà ce que le mariage peut ofirirde grand.

Aucune amitié virile ne permettrait cet espoir ; parce que la femme s'interposerait entre les amis, et détruirait leur confiance mutuelle.

L*amour, dans le mariage, n'apporte qu'un prétexte. Il facilite la connaissance des esprits. 11 mêle en une vie matérielle deux existences. Il n^est pas la fin, mais le moyen. C'est le tapis du seuil, sur lequel on essuie la poussière de la route. La maison du bonheur s'ouvre bien plus large, et toute radieuse de pensée. Ainsi compris, le mariage assurera le bonheur, à condition que l'amour tienne la petite place, celle d'un geste gracieux et facile, sans durée.

La faute fut toujours de croire et d'enseigner que l'amour semblait une sorte d'énergie assez belle pour y tout asservir. Voilà le pire blasphème.

Par chance, le pornographe est venu. En remettant l'amour au point, il agrandit le but de nos intelligences. 11 ôte le masque de l'instinct. Il montre le simple jeu des forces animales.Non, la passion seule ne réussit point à nous ennoblir. Ils ont menti, ceux qui proclamèrent sa sainteté.

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Quand le Bsattre, ctams^ Técale, démontrera d*abord à ses élèves ranatoniie de Tarnoor, les enfants perdront tout de suite le goât du secret sexuel. Ils négligeront le yice fardé de sentiment poor cultiver leur esprit. Plus de science alimentera leur cnrioeité, maintenant accaparée par Tespoîr de la ayslérieaee lète. Ils grandiront en smté morale. Délivrés de ^obsession érotiqne, les peuples louenmt avec des actions de grflces les pornographes qui les auront affranchis du ridicule fie la passion.

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