‹ La morale de l'amourChapitre 16 sur 25 · MŒURS VOISINES · texte numérisé non relu

MŒURS VOISINES

Hien ne^s'est iamèÉdé de la légende en bon^ neur, depuis cent ans, chez les nations' étrangères, et qui voue la France à la réprobation des mœurs huguenotes pour ses vices prétendus.

Avec des opinions de cette sorte partout propagées, rélite allemande, dès 1870, avait parfaitement désintéressé de notre cause le total des familles modestes, prolifiques et vertueuses qui vivent péniblement autour de leurs ragoûts, dans les maisonnettes des banlieues l>avaroises ou saxonnes, dans les cottages suburbains des comtés britanniques, dans les ruches monumentales des Chicagos, tout ce qui cache, sous la Bible du dimanche, un roman moins beau, tout ce qui porte lunettes et redingotes longues, tout ce qui se promène, solennel et rogue,.en soutenant sur le bras

LA MORALE DE L AMOUtl 1«S

plié la main d'une' épouse trop étique ou trop adipeude, tout ce qui se consote de à(a laideiir éii attribuant des infaniieb à là gtite, à la àcieiitie scefiti^ue, à nntuition créatrice, à Tart de plëire généreusenrent, toute cette mulfitudë probe, sournoise, vaniteuslé de ses bideurs obligatoirement ôbàcftes, de son économie néceààûire; de ses carnations pitoyables et malpropres, de son linge grossier, cette multitude épârsé sûr lés deù mondes protestants et qui^ d^ailteuri», constitué leur puissance. Elle demeure hoëtile à notre race qu^elle croit obstinément composée de côcùtteii, d'adultères et de vaudevillistes, ou, du moine, asservie à ces êtres sensuels, bavards et iinmoraut.'

Ce iut durant la longue occupation du territoire par les alliés, de 1814 à 1818^^, que; dansi lés cervelles des Ylldngs et des Teutons, naïquil cette vision fausse de nos habitudes; A leurs aàiies joufflues, sentimentales, niaises et cfllineuses, laissées sur tes boi^ds de l'Oder ou de Tlnn, les lions jeunes gens duTugend-6tmd, travestiaèn hussafdB et en lïhlans, préférèrent, éblouis, le preste t»agout de nos aceortes grisettes, Tinsolence gouailleuse, de nos courtisanes. ÂiBéoftent, elles les persuadère&tj de âépenser]^!^ jciiès ce quej^les l'iiiltages} et^^efs. prisésMe guerre avaient

^i^; dans ie^f?Ç(^te^.Ea c#. teBape* t^ufces te^

^at-Geri^a p^r I^ a^qlpÀf^eUe^, )Clu, tiàmfi% 4;6«î^|;TWftjor.4«iro1, d^ prpAs^ew ^dttuvql d-Ai^glft- 4wro,,^t.4jB Uoi? r8'4m^ry^Hl^•' ta. jà^i^s^ <^e ,ç^ ,|^fll?m»^ lut )i«MP«^«A$Q. j^Ai^i iwe fqîfiidéjiw^ô^ ,1^ gAii^ ,dQ. Ja ^;«inp9gW: daps tesi par.tte» iQneft,

burgs furent hypothéqués, aGn que leurs malteBs

.phimwi'MmntM^ au^ .petite^ if^^Hnanse^! du

JaulHHirgv oenHne wxftHw d'Opéra^et ^u^ /4l«e

â^«$eB ides jardiasi £eatiâ<>^* lâ^l^a^ 4uAito&

«aUes d<Bç>chAteauK aMliquieâ dresséa^mr le^j^ios

d0 la FQEÔthN(»re 0u çtea <::arp0ti»e6i i^aiot^et

: nlMnteQ épousiez dé pV)c(jreo>tlo'dé^rt de^JeUscis

de dia]»ge< blentâft diivpDéfea Aux^Gt^leries 4e J^r^Mt

f)eb#iJ. le restauwteufî V^ry, an» Jtoober tieCan-

isaM> > i^oîTd daii& i0^ <îifabarets 4es;barfière

.1 ()tt,mf3*«ldriiiai{t,paâ]iiit)m8, 49^8^1^

de^ilE^x «(>d0fif3ilefttei!Qi«8 des Highi^ads.! iQe

LA MOBALB I>E f. AMOUB |«|

«ères, i^^ mo^i^^^* eu ruiaa I>a£ittâ9u^ i>e là,. M9 jugeanBQls lAcbeia ^uir le^ Française^ igui^

•t bians. Pari» semblait le Babyloiia ()ea Ë^-( tfltes, ou 81» carrom^iam ilas acawrado» «wr^ riara'Oa»dî4e9i'd& /tous to9iP«i7$ifalt 4fB Couplas SidgfriaiGU 4a Aion^ laa Wi:a)oaalaar de itou s les Ethelred, eo casques à chenille, en booauBlsii pou, an aobat^akaa et an bteomaa; Lo tanoune da cea. ealamiMa dafliaatiques parsiat*^ aacofa é»aB lea jmémofefiaa daairigaleiilaaQiQa ces Iw^Wr^ taàîfins.édititii^MiiU, au berca^iii.iAiouie.agéoéndifié hAtineaientlaa opÂqiOfia îa^pîréas par iipa gMfirgandînaa. C'est to .prc^Nna .dm ru^aimqu» d'attritear à itoute um caatat à tovl ua pmpte IflB (tnaiitéâ OD iaa Yioasda qtialquaa peraoomea ttiaes «n^redeltp par laa hasarda «tes évéjaaomUa* ffûtraiittératiira d'apéaetta^ dia vaudevUlasi en BiMdttaDt radulâèie^ vanfairoa de Aallaa'Con.vich iions.^ii6oriii(|ud trap Hldniffanta aux pairadea HJkwiCiiéiàtmet au& lii^iia» de bisseasa seotimeni iala^ trop.ddfiaiitetà; regard des gnaiwiaa (euvraa «ériaoses et noTatriaas, serait le préjugé: de noa «aimemisinoafyibksidadéooaFrIt toui6eiute,raf^ ^nduTidornos dUEénnts âarpays. Aufoovd'feaÂ, la fiial BpmUè irréparable. Nous pavaîaso&s, aux yeux dnmonde^ des Babyloniena.aaiorau&^iada-

rateurs de leurs lares. Lès masses germaniques et anglo-sasronnes < méeoiiiiàissënt les vertus exem)[)lairè8i ]de notre bourgeoisie' provinciale; Leurs élites laissent ignorer ((ue nos àrtd et nos sciences comptent dldnombrabtes' adejjtes plus soucieux d'eiiricbir leurs oervéaurqùé dé satisfaire leurs instincts. Nous sèmmels lé terre al>dminabléJ <

Ces détracteurs finissent même par noué le persuader à demi. Dans nos sàlbns, dans nos tavernes, pérorent des censeurs qui accusent leur patilev cbmme recousent deux qui llgnoreiit* A les entendre^ il n'existe point de prostitution à Berlin ni à Londres. Toutes les femmes y filent la laine et vivent dans une atmosphère dé chas^ teté certaioe. En vain ^1* Américaine Clara Ward renonce à sén titré de princesse pour devenir la bonne amie du tzigane ; ^à vain, leis archiducs d'Autriche ensanglantent leurs* orgies tragiques ; en vsin, la princesto'de Saxe fuit avec M; Girolle en I vain, les photdgraphiès pornographiques nous arrivent à foison, timbrées par la poste hoUaiidaise et allemande ; en vain, des racoleurs enlèvekit rqùotidiennement' nos [modistes* etnw chanteuses d'alcazar pour satisfaire la lux ure des cokneys'et dest lords ; en vain, les télégraphistes snglais sont dénoncés au~ nlonde^comme><de8

Gaoîymèdes sans ôruauté; en vain, Us Jeunes missea américaines stupéfient n^s éëiidideb lieutenants par Taudace de leurs flfits vôluptUeiix; rien ne nous dessille les yeux. Noij^é continuons d'admettre bénévolement que nous sommes les gens lés plus dépravés de la planète et que nous la déshonorons par nt>s stupres.

Cependant, ni sous TEmpire, ni sbus la BîépubliqtleMa France ii'a connu de scandales pareils à ceu^ qui souillèrent la haute aHstocIratie des peuples voidtns : BdurboAS, Orléans, Bon'a'paheè, Montl}o9,TUiers,MacMahon,Grévy,Catnot,Faur6 se pavèrent de présenter au monde un archiduc Rodolphe ou bien une prïncesse de Saxe; 0^, les mœtirs'iles hautes Classée indiquent èelles de la bourgefoirie, toujours imttatiiëe de àès prfnces.

Pour des frasques exagérées, iliallut expulser de la 'Cour d^Angleterre ladyGranville' Gordon, Cette dame fut d'abdk^d là n^àttrésse de lord Granville avant de s*unir' légitimement au cousin de celui-ci, le 'banquier Eric Gordbn. Le ménage à trois 'fut toléi^é par la société, parla cour. C'était chose admise et notbire. Un)oai^, lord GranVilte, de plus en plus 'épHs, ktûdht tellement ses plaisirs, que le mari complàiéàni dut se t*ésondre à ditorceK' 'IiiC<)ntiiient, la femme libérée épousa l'amant.

dépasse de beauço^ii^.M j|U9^iH*e}8im^ da«HJe«

Ai;|iv4Îiij^»é^4aléçMd^;A|i^ i^a^lT^ ^.dijr^cfi Q»ait^U4u>mtm m^t^wmw la M^iell^^ 4e /!'<«%

f^vfis^Ql JEti pp^r#i?e>iw, la4y firaavHUno^ttr ^^ogHtiMa JI»ai»'^4^8Aâp^ia0k toutes las.|Aod)6def fc^stffel^M^n^b ;PfrsMKMsJ;QH>actan>les à ta mll^ et

4e.lpr4 ^4i»jvJM^,;ajQii40«Qii'WU9îft..; .

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jeunes beautés profes^^tqnp^Uf»^ ; < <

LA MOBALE DS L AMQVR 199

Parce gu;ua4es jaugea les UâJtObe^vàrdmMt, elles hiaus$aBt 1^ épwdae» dev,eut œa ruetoes

V<HlJi, r^Kéléa .<ieUe«ieitf> I9 lai^paUtô «de la }mui» moî4té p«3ol0etaat<e ^^^[Jbâ^ô. Car oe a^^si popirt le pr^^pi^ 4e iadj Gruavijle ia^^, prise, à 9^. qui 0^Mtr4iiit.tft; e*^t QeUti4e4oirte Ui npM^^sp KjpiifWtwrA Temp^eur ^l rimpteatrîoe d^iad^. Afus ee mUea, il f^ruft eimpHif «t d^nsage Ci^Mii^^aaiirt 4^^ lea f^fM»ee de .U eoeiéM s'aoaquiueiH aux. taio3 4e r^eapàoe eiléeeaj^»* ti09. LeifTai^dîam m e*ieA émaureAi p9«4it. lia ne redouibciat pa9» ^m îte .acpaptaAttpar 4^v«wi8* qu'elles suivent Texemple donné par Ipw 4^e amie.. DfuUe liooia jae Je^gloe. £t q«ai»d nAe aotkm j^gale 3 epgageiqtii démodce» & l'iuiivers I0 8Madale4'aae. telle teifamiej aaa beUes .damea. saïaa eflïbanrafk aiHit^Mt (pie oe wat là Jm jaux < batiUueJ^ 4e la ^cwAe 'vie iwdomftDoie, qu'il n'f A qtiAca iM*tpr de ji^ pow a^en létomAer..

Eh iMwi îe d^iii» toa paatein» âpgtaia >et.

y«ixkeea)4i«i to^notti oonli^iiotre 4éprai7atiûa<de sigQftler, d^MBW^aoaataaigal^ntda, Jttitfait f4MH tâque. ^matan en Frajorn, onafeMna dunnuadov si perf e7tj)#^i(|ii f Ua aoiii, ae iO)d<^^ûiuèlet&it'iltefii/ dtaifoi^e pudeur. Jamate alto o'^finmerait leor-

nismé de préfeodre que rénfant d*un Eric Gordoii eët oelui d*un lord GranVillé et d*eii rire à la bârrd, devant le public' des trïbuiiaux. Nos inventeurs de vaudevilles, pour dépratéë qu*onles tienne dans les brasseries souterraines de Berlin, et dans les bars du Stt'eLiid, n^oderaielït imaginer de telles audaces. Né malin, le publfcf de nos scènes boulevardtëreà diflerait, d'ailleurs, le dialogué, comme absurdetneût invraisemblable. En nulle occasion, le Tfaëâtre^Libi^ n'eût risqué de laire paraître aux feux de la rampe une pièce rosse construite âur ce thème. On n^eût pu terminer la représentation. Trop de saloperie eût indigné raréopage de nos parterres et de nos loges.

Après cette aventure, les <^enseurs se tairoiït, qui, de retour d'Angleterre et d'Allemagne, s'arrogent la mission de noiiè vilipendeï^, de nous montrée, en modèle, la pudeur des Arabei* las« des Eddys, dés Dorothées, comme slls n'avaient point heurté, dans les rties de ^Brooklyn et du West-End, les mères saoules, qui, l'enfant au sein, vous ph)posient, «n titubant, le long du ruisseau, quelques plaisirs impromptus ; comme si, dans la < demeure bourgeoise delà vieille Allemagne, où ils prirent pension, la servante, en montant le café au lait, n*avait pad

sollicité d'abord llnvitation à se rouler dans le lit de plumeis cpnpédé a,u voyageur; coa^me si, la Duit veaue, ils p'avaient pas ,foulé, dans rherbe de Hy^e-ParJ^, des couples à terre, grognant etforniquant sausl opil bénéyole du policeman ; comme si, dai^s les cafés^concerts^n. soussols de Çerlin, ils n'avaient pas vu les cpnsom- Hiateur;s tripoter outrageusement et déshabiller entièrement les cantatrices, à demi7nues déjà, qui font la quête, après leur refrain ; comme 8*if s n'avaient p^s connu ces filles de pasteurs et cfe doctors qui en sont ^ leur douzièp^e fiancé, dpuze auxquels, .depuis l'adolescence,» elles ont successivement accordé le « tout, ce qu^ vous voudrez, mais pas ça >, s^r les |)ancs des jardins paisibles, dans les recoins de la serre, dans les ombres du cellier, sous prétexte de « flirt » ou de « gemutlichkeit » ; comme s'ils n'avaient pas entendu les girls de quatorze ans leur murmurer sous les lampadaires de Piccadilly, au moyen d*un français ingénu : « Veux tu coucher avec moi, mossieur? », pendant que la police fait circuler leur troupeau empanaché le long des bou* tiques closes.

L'hypocrisie de nos voisins ne manque pas d'audace. Le bizarre est qu'elle nous en impose encore.

Aptes Uày GrattvilTe-Gordon, te procès dte Patfféricafiii TIrtfw, si révétef etrr rfcê' îetw: ordlfi&ireif en^e cliortwgirliB et mesëifeol'sr optrIénW, Hhé foisdef plus, notis^ avertît dé ûotrc sottîse. Auparârrant le métaHuï^te Krlpp avait n^ ta«té dans FHe tfe Cat)rée lés cacrtin»es dbstisnës attribuées par Suétoûe à TîBèrïf. A vrai (flre, lôtif es fea nation» né valent' en cela. El cèïa' tfla guère dlmportance pour amoindrir ott grandfr le génî&tfes races.

Car, d'arant Tépoque tepllis dépravée, coBedes Dante Césars, Témpire romain connut sa graiidteur snpréme, sa justifce $uprémeet «on mcfflew poovoik* do cSrfftsatîôn. Par qudf Aos stîdéttfe modternesstrïyslsténf encore. -

Oà iVi&nïo¥tts. La' mëflisancier rneonlc. le bat-^ T«rdiagfe exBgëte. Lar mftAaircetê calùmrik. Laf iraîkîé ctondaimiè': Ce sont Ites? quatti^ li/ha^s^ âii eotnpiàiét rèirtûiOTi ' éontre^ PftïdiVWri. Çti^im^ mère aveè àoir fiïs viVè dàris'lés termes ainfcauxV ^û'èrW sciiiamiBirt''itiârtéhirf et qti'atT ^ebittireiil? fflïày/aftfeet iaîî)Iê* dé no^ jbtiri étfrfentfînetrl, Étf sûlMtime, aprê^ tècomiafeiaîice âte Vei^rtm làitt-

ftftaïiglftle^rqtîeflé» dfMix^h^s; Hèstîepii^ hneSât-Mtfon de iTerfantÉ^i sein de 1 épouse afcwt, à' cèf Wiiff^twagerfe Wttry qtialîtfe, acqais âtelU^^ fitetiê; tfte la feôïïflaùcîè et dii dévouemcnf téW-i prttjpb***-,^ ^iï^ se'ôéftntïiiiit enseiiiMe (îotatrô le* eirti^prise» Hosfîlfes des ïetirs, dte te iàraiH&, des» yoififeis* ; '(ïu*ift fétWnt TôWifle afwx Jïrolpos du*

traître agressif contre leur amitié ; qu*ils se plai* sent aux longues causeries de solitaires pendant les crépuscules où les objets se noient dans l*ombre, où les corps disparaissent lentement pour laisser dans la salle vivre, seules, les voix des deux âmes aptes à se traduire les silences de leurs pauses et leurs plus minimes inflexions, et les ébauches imprécises de leurs gestes lents ; que cette communion^ de I^urs efsprits les charme infiniment ; que le fils la préfère aux bruyants tintamarres des repas de chasse, aux grosses plaisanteries, du café ; que la mère, poui) cette sensation (^élicate de parfaite confiance, néglige \e^ radotfiges du préitre, le^ sermons de l'église, les préoccupations médiocres des i^énagères, les propos indifférents et ,par,eil^ des visUes*, que l'un et Tautre se consacrent les heures, qu'ils aiment se nari;er les souvenirs et le^ histoires d^e IjBurs lectures ; qu'ils conf^rontent sans cesse les aventures, ^e leurç existence pour Ip plaisir de les juger, ensemble^ de s'admirer, ,bons et loyaux, de se plaindre faibles et déciles, de s'excuser cou{iables,4'an^iennes ^ajutes commises envers d'autres, envers eui^-npiémea; que cela suffise ^ Ipurs jours ; voilà ce que ne saurait .comprendre le vulçaire. Aussitôt il soupçonne Tinceste^ A son g;ros ^^s^nct la consé<;rat^on d'un

plaisir physique parait Tiiidispensable corollaire d^une si ferkne intimité. Et naturellement, parce que isa pauvre raison est basse, il dote autrui de ses vices propres.

Le supplice moral que subit, il y a quelques anilées,M. deV... est parmi les plus atroces qu'on imagine. Après une accusation de parricide, celle de rinceste s'ajoute; puis celle du viol tenté contre Une servante. Enquêtes grossières de la police, hypothèse» gratuites du magistrat instructeur, bavardages ineptes destémoins, calomnie de mendiants éconduits, médisances de voisines envieuses, éclaircissements obligatoires de la défense contrainte à révéler les détresses intimes de la vie, de la pauvre vie ; ce que Todieuse foule e^t ses instincts de haine expriment avec passion par Torgàue de ses assermentés, tout accabla, de longues semaines, le malheureux gentilhomme de eampagne. lUut la victime deTesprit de malfaisance.

E>ans les 4iûed rurales ce genre de pensée constitue l'essentiel de ce qui devient dans' Télite, rintelligénce critique. Quiconque semble supétfdursoit'par la particule nobiliaire, soit par la fbriûûe, soit par là fonction, fiioit par Tinstruc ttéU) excité la volonté de nuire inhéraite à la natui^è defs humbles. Potrr exeOtetti qull se

rô60ttiiaiâ8e<,irhoiaiiiera'arri?e poiat à concevoir <|u'U n'est pas de aupréi&atiOi qw r<Buvre ma- Auelte^vaui l'œuvre iotailecLuelk (w pé^vuaiaûra. Et il hait ceux qu'il envie.

Auâsi bien^ nesalt^n qm plaiadra le plus de M. de V..^ ou de, ceux ((ue ta jaioosie tortura jusqu'à, leur iaire comm^Ure tant de viteoies. D'abovd la poiliil<|ue a^ lut pas sans actHXQ sur les premiers avis de la police et du paixioet. Ceux qui manifestwt ropiaipn publique propagërenif au moyen de la ditelamatioa électorale, le cafi^aa deia province^ Jls savfaient offrir» de la sortei uA atiment ^ux vaguas colères que les mveéreux coneentrent dans leur coBur« en cons^ quenee des affroooAs endurés^ des labeurs iatermî^ nableS) des^^ines non^breuses. Sekmcee oonseilss la rauicune des ptuvi?es diables personnifie, ea un seul passant) lea foirceaen nemieade sonboa^ beur. Alors c est une jeid que ^6 conter les défauts exagérés ou véritables de qui parait jouir eon repos. On triomphe de ce vainqueur. On le rend égal» puis* inférieur à soi. L'orgueil s'exalte, inih piAtant ses insuccès à soin goût strict de rbonn^teu dubien^de la mcurale. Gela se compte eomnH) une revanebe. Ainsi i^enaU le vieil instinct de riposte ^uel^k natur'C mit aux faculté» réflexes 4es;neris et dss> muselesi, pour la canservalion de

LiV «fOflALB DE L AMOUR 30f

rétre atta^é par tes puissances é^trtKMives.

iBStiûct qtti ^a s'émoassant locitefols députe les âges où la violence abdique devant lee droits progressifs ée f assocîafiiea humaiae.

Petr d^aSecHoQs cependant 8*'eKpM4ueDtjBieux que «elle de 4a mère el -du -fils. Si paf faMs ^ue pufssenli être deux épouK l'un de^raiit TaiulPé, la eonfiance absolue leur demeuré ft peu près im» péssH)te. L*affttyuf inquiet refoulé tf^ dlf(kflement ses <;raFîmes et ses soupçons. A moinsd^ètpe an sot, nul m&ti ne peut se croire pourvu de tact d'afttraks qu'ils suffiseat toujours ^ réalîecNr eompIMemenC les rêves de «a femme ^^ el eelle^el peut^lle espérer qu'il résistera toujours aux settieftatioBS de ia volupté changeante, aru&requètea An carreiôat, aux iîivtces d'^mfs îjoyeùx proposant de savourer, dans lim i>oudoir publie, le* arômes de belles filles diverses, «xperfes el^eora* plai^Dftes. En «utre, H y a la jaloiisie dû passé, terrible pour tous deux * l'ôvocatton des person* nages ironiques qui se doivent soutenir die te jeune fille, de ses premièpes ^a«iinei^les, de ses flirts innocents ou bie» irtpl'ud«nts ; il y a Tévot cation des personnes narquoises qui se «doivenri sotrvienir du eêlibataire, de ses vigueurei «édao^ triées, de ses amll^Mions précises, de ses gaielés ehdrmeuses.'lTout i^ela s'InterposeentPé^les époux ;

tout cela leur laisse une inai^ière de défiaace combattue sans cesse par l^s meilleurs, maisressurgit sans cesse.

Entre mère et fils, le sens, précieux de la confiance persiste entier, s'ils s'accordent. Ni la vanité, ni l'amour, ^n eux, ne se blessent aisément« Et parce qu'ils sont la femme, l'homme, ils oqt à se découvrir, aussi bien, les différences surprenantes et les secrets inattendus de leur^i vies révélatrices. Une mèire peut enseigner inQniment de choses curieuses sur le n^onde, sur ^es amie^i sur elle-même, sur les affres de sa sensibilité, sur les enthousiasmes et les déboires de son adolescence, sur l'histoire de la famille gui participe à celle de la race, dq pays et de |a nation. Le fils interroge alors ses origines. Il apprend de quelles amours ses ancêtres l'çnt formé, de quels sentim,ents inexplicables, subtils, et tr^msmis, se oomppse sa virtuosité nerveuse. Passive, de par la longue suite des atavismes aux époques pu la femme ét^it asservie,la n^ière garde l'habitude de s'offrir, de se donner* Elle n'offre plus, elle ne donne plus son corps, non plus que les enthousiasmes de sa passion, ou les malices instinctives de son caprice ; présents voués jadis à l'époux.. Elle pffne et elle dpnne au fils le total de soi-même, son enfance ingénue, le mystère de

sa maternité triomphante, même celui de ses amours, mais avec, tout le reste d'elle-même que le mari n'a Jamais co^nu bien, aveuglé par les éblouissements des liesses, conjugales, ou endormi dans la quiétude que dégage la vapeur dorée de Tfttre^ Et il n*est pas à craindre que la confession se fasse monotone. Prudente et tremblante la mère ne livre que peu à pe^ lesi^rçane^ de son cœur au fils. Il faut (m*elle le connaisse. Aux débuts, eile s'effarouclie des violents essors propres à une mâle adolescence. Elle redoute la tentation qui peut transformer le jeune homme en déhanché, en Jqueur, en escrop, en bandit. Elle attend de meilleurs jours.. Elle guette, au seuil de. son affection, Vheure où, vaincu parles égoîsmes des rivaux, trahi par les cruautés des maîtresses, ce fils reviendra ^'asseoir au coin du foyer natal, Tœil un peu flétri,, la bppche un peu amère, les mains un peu maigries, le cœur un peu glacé, rame un petu sceptique, majis l'esprit plus fort, et la volonté meilleure. Vite la mère (end les mains au voyageur de la mauvaise route. S'il dit : « O maman I combien avait raison votre sagesse qui me gardait des gens, qui me vantait la douceur de uotjre petite maison I » Alors la mère pleure de joie; et el^ consent à dire toute ^^ ftme,: comme elle débitait autrefois la meryeil*

flO LA U^hALB DE L AHODA

leose bistdfre qvA séchât Im lârra^e en petit 0BiaHt.

Lanière 4e cAnquante ans et le fil9 ée trenie 9éÊB peuvent eoQtiattre^^)^^ soprAme bea^é^ la tiB, s'Hs eal eu n'Mliaiiger aoeuae des pardle» qui tuent Tâffeelion^ ifile otit su ae ee poiat em^ bKer, 9} rien dans le«Hre eststeoees a'étabift Tir^ réparable. H faut plaindre les mires qui se €ht)i« stasent deis amants. Jamais «liés ne goûleroM •étte féKcilé sans égale. Car, toat respectueux qu'fie se veaiUent, leups fils n^aanml point de ecofiafBce enfers eAle^. Venua répreayie de fiatt^ lir, ees femmes ignoFeFentla bienfait aaMoia^ tour de œs deuxièmes afoaes, de ces nocds spiri^ taeDes étrangem^t dtiicleusee et parfaitee. Inutiles, comme les instruments fanés du plaiair, les vieilles coquettes susciteront sealément le mépris et la dérision, à défaut de pitié; Pais les avant «naMmes les accableront.

Au contraire, je 4»dnçMi4s mal une joie sapétieure à celle *de la mère-et du Ris, ayant atls^ la maturité de 1-Age, et se narrant leurs }6anesses, leuts aveatilrres, leurs douleurs, qoand le ■orëpuBCUle éteint les lueurs des lignes, quand surfirent les Toix attendries au fend de la pénombi^. Ils peuvent tout se dire. Tout se diret Bt qe 9ont, au monde, les deux seuls ^yx>es d'êtres qui

LA MORALE MS l'aMOUR ^H

le peuvettt. Par crainte de «entir l'autre soupçDooer plue que Taveu, 4a femme ne eaaraitpas •tout dire ; ni le mari; Leurs rétieenees e)bllgatidres aifligent leurs «œur84 «celles que Tun dfsfAfitmle ausei irien que oelles âissimuléee parl'aatre, et devinées par Tun. Ëmifent, ies épevK s'arrêtent; et ils pensent à part, malgré les phrases que, Tainement, achèvent Imtb boucbes. Entre mère et fils, ce leurre n'exfsrle peint. Ils sont 'Comme deux livres ouverts Tub en face 4e rentre. Le dofgt d'un dieu tourne tentes les pages claires.

' Il n'en sauTaft être ée même touchant le père et le âls. Hommes, leurs efiorts Virils les rendent trop semblables pour qu'à s'apprendre ils éprouvent de rfntérét, de Tétonnement, du plaisir renouvelés. Maiscomment <léerirela puAevr tragique d'une mère avide de savoir, sans trop interroger, les amours du âls, afin de les comparer à eetiu'elle crut être les sentiments du père quand il la conquit. S'est^-elle trompée ? Fut-elle cbéitte eelân ses espoirs ? fiRe twsuscite teut le poème des époQSaiUeB.X.efils<êXfdique le secret du père. Ainsi, elle fut dée^ée, pi4se et ehoyée. Mn^l elle influença resist!enoe puissante 4'un hom«e.

Ainsi lut ICTM.Ain^ fut rMlns^iro.Vne révélatien sfouvsne illumine les instants. Ses che^^Mx

gris, la mère les sent briller à son front autant que la couronne nuptiale. En retour, le fils apprend quels émois de femme surent Tadorer, quels le pourront, un jour, adorer. Les deux vies éclosent une seconde fois. Telles ces folioles qui reparaissent, avec le teint du printemps, sur les branches nues, en un automne de novembre, sous le soleil pâle comme un sourire convalescent.

Si le destin fut rigoureux^ si la gène et le veuvage attristent le logis, si Vennui de propager leur affliction écarte du monde les deux élus,ilsse complaisentindéfinimentparmicettedouçeurspirituelle; car elle produit ^ne force d'imagination ti*ès efficace pour évoquer les figures que nomment les propQS. Chacune des personnes qui fréquentent chez la famille, les silhouettes des parents, partis au loin dans les eldorados, les enfances des filles, maintenant vieilles et impotentes mais que bousculèrent autrefois 4e véhémentes passions, les gloires des militaires, les manies des savants, les vergoignes des riches, les romans des aventuriers^ le^ habitudes, des braves gens, les rivalités des cousins, les.punitioii^s 4as coquette3, et les méchancetés des djéyots : tout se corporifi^ entre, les deux interlocuteurs^. Un . théâtre s*anime, jayec ses d^ors, ses Q08tume$,la scène» les gestes, les grimaces de ceux]q^i créé-

rent les origines de Tesprit présent. Peut-être les fantômes sont-ils assis dans le fauteuil, accoudés sur la table ; peut-être se glissent-ils par la porte mal fermée? La pénombre se fait si dense ; et les Toix deviennent tellement imitatrices ! La vie se multiplie singulièrement au crépuscule entre une mère et un fils qui répètent des souvenirs.

J'ignore tout de la famille de V... Cependant, je m'imagine ne pas errer très loin de ce que fut TaSection entre cette mère et ce fils isolés dans une campagne morose, parmi les hostilités sourdes et lâches des rustres, et je suis sûr que Taocusation d'inceste, colportée par les abominables dans «e pays, fut la plus sévère blessure qui meurtrit le malheureux gentilhomme au cours de sa montée vers le calvaire. Il a compris de quelle façon certains individusdes champs peuvent interpréter la plus sainte manifestation de l'amitié, la grandeur solitaire d'un rêve qui^ volontairement, s'exile.

LA FILL€ «AOe

Bianqtt'on piaimite,aukoiit^ ehaqua rofruiA^ «ntiBOMoepee, «t depuis quelques «ièdbs^le^ype B^^t pas iofft race* Cependa&tf ia vertirafe m cofi* tante guèm desittieitt liMAiis; fiSle n^ti^qiié^ j^a^ m i^oniiMr da nom, ni la pMèur vellgtaQse.

Autres soat le» àrgdmtots de celte booRMet^ n4soa«aUe. A rrai dire, fld euesent étonné, ^an& doute inAIffié -ùM pèr^ ^ppIauâfsBBut arec f rS* uésie les drasies èù la fetmé pepaoune Bàoriflati tout à Tamour afin de suivre un joU t^arçoA aympathique, résistait aux objurgations de la famille, congédiait le richard amoureux que Tacteur représentait toujours sous des traits ridicules. Aujourd'hui, la fille sage découvre des théories absolument louables pour élire le monsieur opulent plutôt que le jeune homme pauvre. Et ces

LA AfORAI^ DE L AMOUR 215

théorie» sont telles qu'Qctave Feuillet lui-même &'eD sauirait médire*

J'écoutai Asiguère Mlle Laurence R. ks éuoucer 4evaat quelques ia^times qu'elle avait réupis chez sa mère pour disculpei: sa conduite enapp^reuee enieUe et tupide. Oa la blâ^ie, en effet, beaucoup Jout le moude connaît^ à PariSt cette histoire. Au ^ébutde Vhiver, Tun de nos jeunes. médecins, parfaitement accueilli dans les salons du quartier Mopoeau, quitta subitement la Franoe pour aller en Perse exercer son art. Fiancé durant la saison des eauj: avec cette îeune fllle, il avait partout annoncé cette prochajne uiuont les yeux radieux et le sourire ea extase. A Tautomne, le flirt délicieux de ces beaux adolescents avait ravi nos âmes les plus soeptiques. C'était uae saine passion entre deux êtres intelligents, élégants, superbes. Je compte am nombre de mes amis Mlle Laurence. Je la guide comme sa mère dans lie choix de leurs lectures, et parfois, npus discutons sur Vestbétique des peintres hollandais qu'elle admire sans réserves, qu'elle préfère même aux i^aitres italiens, ed alléguant, ma foi, les meilleure syllogismes. Avec une piété joyeuse, elle Voccupe de rEnfaaee abwdoimée ou coupable.

Elle visijte les crèches çt lea fermes de banlieue où les nourrices élèvent le^ pouppns de TAssis-

tance publique. Elle est bonne et jolie. Ainsi que chacun, j'avais secrètement envié la chance du docteur. Nous le savions épris à Texcès, vibrant et fou comme un galant de tlrame romantique.

Sa partenaire ne Tadoràit pas moins. Aux deux familles agréait ce mariage de légende, en dépit de la médiocre fortune promise aux époux. Lui gagnait peu de chose. La dot de sa fiancée ne le devait pas enrichir. Par la rente de 60.000'francs, le pain et le beurre, le petit appartement clair leur étaient cependant assurés. Ils eussent eu le nid avec l'amour. Nous nous abordions les uns et les autres en supputant Turgence des présents de noce à leur offrir. On s'ingéniait pour que les cadeaux décorassent au mieux le logis nuptial et fussent en même temps utiles^ Bruscpiement, la nouvelle de ce départ et la réception d'une carte de visite consacrant, sur deux lignes sèches, la rupture des fiançailles, nous stupéfièrent.

Mlle Laurence se lii>érait. On l'emmena très nerveuse à Cannes. Parmi les mille suppositions inventées, colportées, discutées, affirmées, niées tour à tour; le blâine était gëàéral. Pétséiiàe ne plaida pour elle. Sa knërè, elle-^théme, l'acdàsa rtkdement d'abottiliiable méchanceté. Nbus assitnilionb la jeune ' fille à ces coquettes î)erverses capables dé prdvéquer lé^ j^ssitmë â«fé jeîines

hommes et de les mener au paroxysme, pour savamment jouir de la douleur au moment de la déception. Comme cent autres, Mlle R... se glorifiait intérieurement d*ayoir brisé une vie naïve, enthousiaste, d'avoir jeté un cœur meurtri en pâture aux longs chagrins torturants. La mauvaise opinion se fortifia. Le bruit courut d'un mariage possible entre elle et un Brésilien de quarante-cinq ans que le commerce des cafés a muni de plusieurs millions. Massif, les yeux in-* jectés de sang, le buste long et les jambes brèves, M. V. n'est pas complètement laid. Les défauts de sa carrure trop large disparaissent à demi sous les sobres lignes de ses jaquettes et de ses amples pardessus. La malice étincelle entre ses paupières un peu lourdes. La force volontaire émane de ses gestes prompts, de ses paroles hardies. Mais le docteur ressemblait aux sveltes statues du coureur antique.

De plus, il nous parut évident que, séduit par les formes impeccables de Mlle R..., ce Rrési* Tien se la payait comme on se paie une courtisane. En même temps, il achetait ainsi le droit d'aborder un tnonde honorable de fonctionnaires assez mal disposés de coutume à Tégard des spéculateurs exotiques en quête de relations officielles et propices à Textension des affaires. Tout cftlSi

^ Ml LA MORALE DE l'aMOUR

n'étak guère plaisanL Les reproches de notra petite compagEie furent de moine en iDoins maures à Mlle R...

Biefit^t, elle eut vent de ces propos iàcheux. Soucieuse de se }iastifier ^ elle fit donc oonvier par sa oiire leurs inticnesàune audition musicale en ttoCDs prient^ avec des termes expressifs, de touknr Jûen nous y rendre.

£k arrivant, je remarquai combien le visage de la îeune fiUu portait de stigmates certainement laissée par d'atroces chagrins mystérieux . Vers les pBupières,U peau diaphane recouvrait à peine les veinules bleuâtres. Autour des lèvres craquelées, le sourire nouveau ridait brutalement la ptteuff du visage. Elle gardait la bouche entr*ouverte comme les malades qui furent longtemps oppressés. Ses magnifiques cheveux bruns» roux, dorés, seuls, conservaient i cette figure son apparât d'antan. Une beauté tragique succédait à «se beauté )Ojfeuse. Je m'informai de sa convalescence.

« Ma mine est mauvaise, n'est-ce pas 7 dit>elle.M t» finis de subir une criée morale dont vous soupçoinea la oauae. Le oorps lui-même fut éprouvé. Taot pis! Il le fallait. Oui... je faisais fausse TOtie... Vqus pensez que }e n'aime plus le docleur? Vous vous trompez enlisement. Je ne

LA MORALE DE L AMOUR 91t

ooncevais, je ne eonçois encore rien de meittear et de plus splendide que de lui donner mt vie... Il n'est pas une strophe de poète sufisante pour traduire la magnifique ivresse du rdve où je me eomphis. Quant à lui, son désespoir est extrême. Il n'ose wpétBT de ne pas s'égarer si, par hasard^ il me revoit auprès d*an autre mari. Il a suivi mon conseil. Il est parti pour de longues années dans les villes de t^erse. Non, je tous l'assare, ancunedéeou verte lâcheuse dans nos vies ne noa» détermina... Il reste le plus lojral, le plus mobie des hommes. Lui ne peut me reprocher quoi que ce puisse être de fâcheux ou d*équivoque. D'ailleurs, il a fini par m'approuver quand je Ivi eus clairement et longuement explicpié les motifs de mon sacrifice... Les voici, du reste...

K Vous le savez, ma grand'aAre eut huit en^ fants. De mes oncles, deux se soiddèrent à bomt de ressoarces. Les trois qui survivent mènent, en province, une vie plate, atroce et misérable de petits commerçants gênés. L'une de mes tantes s'est réfugiée au cloître, et elle vieilHt, à demi., folle, en tremblant d'épouvanle à l'idée de Ten* fer ; Tautre tient un bureau de tabac dans la ban-» lieue depuis la mort de [son mari, le capitaine tvéau Soudan; du malin au soir, elle pleure rar sa détresse. Seule, ma mère eut quelque chanoa

en épousant un homme qui réussit à faire prévaloir ses entreprises dart décoratif. Sauf eux, toute la famille vit dans le malheur, la jalousie, la haine et la crasse. Et cela parce que mon aïeule se maria sans prendre garde à Tavenir de ses en* fants. Pour assouvir une passion sincère, elle se leurra avec des théories généreuses et parfaitement désintéressées en apparence. Contre Tavis de tous, elle choisit Tépoux de son cœur, qui était un beau musicien incapable de pourvoir aux nécessités d'une famille. Voici le résultat de cette faiblesse alors encouragée par toutes les littératures, tous les vers, tous tes romans sentimentaux et tous les drames à tirade. Sept malheureux doivent à cet amour égoïste les ignobles péripéties de leurs existences, cent désespoirs, mille rancœurs, des ennuis sans limite. En conscience, jugerez-vous que mon aïeule accomplit un acte hoùnète en apaisant son goût de débauche avec le musicien, même conjugalement? Elle ne prévoyait pas ?... Mais il était facile de prévoir. Elle n'était pas sotte. Lamartine a publié dans ses revues, dans des journaux, beaucoup de ce qu'elle écrivit sur rhistoire du plain-chant... Moi, je prétends que cette amoureuse a commis sept crimes contre sept de ses enfants... en les jetant sur le monde, sans fortune, avec tous les goûts dis-

pendieux de gens élevés à Paris, dans une 8o« ciété plutôt brillante... Mon aïeule fut criminelle. Je ne le veux pas être. Voilà pourquoi j'épouserai M. Y... au lieu du docteur, quoi qu'il en puisse coûter à mes sentiments?... Je n'immolerai pas le bonheur de loes enfants aux exigences de mes instincts. Je n'entends pas renouveler la tragédie de Médée; je ne veux pas égorger les fils deJason... '»

Nous marchions, pendant ce discours, de long en large à travers la galerie de l'appartement somptueux ; car feu M. R..., encore qu'il ait économisé peu de capital, gagna beaucoup d'argent tantôt à Paris, tantôt à New- York, à Baltimore, à Philadelphie, où il décora les maisons des millionnaires. Il dépensait à mesure. Je comprenais à présent que cette jeune fille, grandie au milieu d'un luxe qui lui paraissait une condition du bonheur, assaillie parles constantes lamentations de parents pauvres et désolés, eût tout à coup senti naître en elle le besoin d'un devoir jusque nos jours mal entrevu par les moralistes. Droite et la tête haute, elle tranchait 1 air avec ses mains pâles. Elle scrutait mon esprit de ses yeux tristes et francs, acharnés à me convaincre. Une robe de gros drap bleu et un carcan de jais bleu cerclant le cou frêle paraient sa fine stature ner-

m Ul MORALE DC L AMOUR

yeuse. Elle souffrait, haletait, fière, après tout, d^admircr le sacrifice volontaireneut coDse»ti par sa vigoureuse morale.

« Oui, reprit^elle, oui^ oui : le deToir est tà« J'ai trouvé la voie de rHonnôteet du Juste, poar BOUS, les âlies de l'élite. Il [faut laisser Tamour aux misérables et aux imbéciles. Les premiers y dëceuvrent le seul plaisir, et il serait cruel de ke leur retirer* Les seconds demeureat inaples k voir plus loin que la satiété de leur gros instinct idiot. On ne peut songer maintenant à les dissuader« Mais nous, nous devons accroître san» cesse la somme de nos 4>bligations envers te «onde . C'est là notre grandeur* Voilà notre se«4e excuse valable, quand on reproche à la société de BOUS avoir pourvues par avance, trop partiale^ ment Nous devons soumettre au bonheur de nos entants, à laiéllcité des générations futures, les caprices de nos passions. Si dur que cela puisse paraître, il convient de s'y résigner saas faiblesse, J*ai dose préféré Tanéantissement de ma )oie sentimentaie au malheur de ma descendance. N'ai-}e pas bien agi?

<c Vous hésitez i me répondre. Cela vous t>ouleverse. Vous êtes encore un homme du romantisme. Pour la jeunesse ri^ ne vous parait mieux que l'amour éperdu?... Que dites-vous?... Mais

non, cher monsieor : il ne vaut pad mieux rester célibataire on Tolontairement stérile, pnisqu'aTec l'argent de M. V... ]e pnis mettre an monde autant de personnes actives et saines que mtm aïeule a procréé dindividuaHtés pitoyables. Je ne me reconnais pas la licence de me déroberi cette mission. Comment ! le hasard me dit ? « Il dépend devonsd*engendrer un ou plusieurs êtres que ht meilleure sorte d'éducation et dlnstntotfon développera pourdevenirutiles auxhommes, que la fortune aidera dèsleur jeunesse dans leurs tentatives et dans leurs plaisirs, que la félicite probablement rassasiera ». Et moi }e me refuserais à distribuer ce bonheur, à créer ces forces Inenfaisantes ou belles, au nom d^m égoTsrae fahMix qui ne vent tolérer, pour une fin si haute, rapproche d*un mari certes un peu lourd et téméraire, mais, en somme, p<^t répugnant Non.

N(m. Je ne dois pasmo refuser.

« Au reste, n*ai^)e pas connu de Famour, avec le docteur, ce qui en est le sublime et Tessentiél? Tous les livres un peu philosophiques nous enseignent que le désir l'emporte sur la satlsfaotton de la eonvoitlse. Six mois, wms nous sommes follement désirés, sans que nos lèvres aieat effleuré nos chairs ailleurs que sur nos mains tremblantes. Je crois aux psychologues. Comme

tant d'autres héroïnes, j'évite la déception de réaliser. Je sais quelques jeunes ménages <iont les époux, follement épris d'abord, se j^supportent à peine, passé deux ou trois ans. Admettez que cette malchance nous fût échue? Ne vaut-il -pas mieux avoir esquivé, peut -être, un déboire atroce après de si merveilleuses illusions?

« Ces motifs vous paraissent artificiels ? De votre temps, une jeune fille>qui aurait eu mes idées, chose invraisemblable, ^sur nos devoirs envers les enfants, ne se fût pas mariée. Et vous en revenez toujoui*s à ce conseil indirect. Eh non. Je veux bien abdiquer Tamour ; mais je n'entends point abdiquer toute la vie. Célibataires, nous demeuronsj^tropjdépendantes. Ou bien, si Ion se révolte, on^consomme le chagrin des parents; on les choque ; on les peine.

<c Ma mère ne souQrirait pas que je sorte à ma guise, que j'aille au théâtre sans contrôle, que je lise n'Importe quel livre, n'importe quel journal, que je fréquente qui me plaît. Je suis condamnée à chérir ses amis, à ne pas^ rencontrer les personnes qui lui sont indi&érentes; et^celles-ci justement me tiennent les propos [que j'aime, me proposent les parties qui m'agréent. C'est pénible à dire, mais, à la distance d'une génération, on n'a plus les mêmes idées, ni les mêmes goûts.

LA MORALE DE L'amO^'R 2^

Ma mère me parlera quatre ou cinq heures durant des méfaits de la blanchisseuse qui gâte ^et roussit le linge, de ceux de la lingère qui le reprise mal, et des emplettes nécessaires pour remplacer les pièces hors d'usage. A cela je donnerais bien trois minutes d'attention. Maman hésite huit jours pour savoir si elle achètera du satin ou du quinze-seize afin de renouvelef les rideaux du salon ; et, chaque heure de cette semaine, elle m'obligera certainement à débattre le problème. Moi, je ne saurais, sans exaspération, m'occuper de la chose plus de cinq minutes par jour, pendant trois jours. Je me déciderais ensuite. Et ça m*aSole d'examiner trente fois les deux solutions possibles, sans les voir résoudre» Qu'une dame manque de nous saluer dans la rue, maman s'indigne; elle enrage; elle s'attriste un long mois entier. On peut ne point me saluer, je m'en moque, exception faite pour quelques intimes. Maman croit tout perdu. Cette amie vague, malconnue, qu'on apercevait en visite deux fois dans la saison, et qui s attardait un quart d'heure chez nous, à l'époque du Jour de l'An, devient tout à coup essentielle à notre vie, à notre respectabilité, à notre fortune, à notre avenir. J'aimerais bien mieux déchiffrer du Wagner que de me demander avec ma pauvre mère

si le oouBin de TiapertiBente n*a poi&t recueilli sur II008, pour le redire, ua mauvais propos colporté par la iemme de l'agent de cteBge; Zénalde, notre cuisinière toDgédiée, servaataujourd'hui chez cette flirteuse. J'avoue que tout cela m'est égal ; tandis que les aventures méiodîqaeB de Siegfried et de Parsifal m'intéressent davaiitage« Mais entre Siegiried et moi, maman in^rposesoD problème mondain;oubienelleéBumère indéfiniment les personnes qui assistaient à la réception de la comtesse Baoquinot.

'a De tout cela je souffre l)eaucoup. Il me lavt une autre eiistence. M. V... me la procurera telte que îe la souhaite. Et si Taraour Be me possède pas^ }e me ccmsolerai noblement par le souci d'éd uquer notre descendance, de faire des âmes moins férues de leur instinct que du bien social. Cela me semble la noblesse véritable. ^

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