LES PLAGIAIRES DU DANTE
Nous 16ms8, quelque matin, l'histoire d*om Jeune garçon qui, ayant quitté le logia famllfad pour faire la fâte, y rentra Juste à Fheure où le père venait de mourir, désolé par les aventures de son fils. Après que la mère eut dit à reniant prodigne : <t Viens voir ton ouvrage I » en ouvrant la chambre funéraire, eelui-ci se retira dans la cuisine, et, à coups de couteau, se frappa.
Encore que le drame paraisse digne d'être conté par un auteur de La Morale en AcHony il présente de la grandeur tragique.**
Nos méfaits, pour bénins que nous les Jugions, ont vraiment des conséquences, et, parfois, les pires. Entre les motifs propres à persuader les époux d'admettre la vie stérile,' Je crois bien que ia crainte de voir la^descendance « ma! toumerf».
influence beaucoup. Malheureusement, les passions de Tadolescence sont impérieuses. Elles préparent et déterminent, la plupart du temps, les malheurs de Texistence entière. Les parents le savent. Afin de préserver leur progéniture, ils la sermonnent, la gourmandent, la punissent et la contraignent à la sagesse par tous les moyens. Parfois, leur sévérité réussit. Très souvent, elle accule réphèbe à la rébellion. Il saffranchit. Des camaraderies mauvaises Taccaparent. Filles et souteneurs l'abusent. On lui représente Thonnéteté comme une hypocrisie, l'honneur comme une rengaine, et le devoir social d'offrir l'exemple héroïque comme un attrape-nigauds. Il refuse d'ôtre jobard. L'orgueil naïf des Grecs et des Latins, des races méridionales triomphe en lui. Môme rassasié de luxure et d'orgies, il éprouve, au milieu de ses compagnons, cette affreuse maladie mentale qui nous ronge en France : le besoin d'être envié. Alors, pour ne pas déchoir, il demande l'argent aux bienfaisances infâmes. Il loue sa vigueur i des filles publiques. Muni de leur bourse, il parade. Dépensant, il jouit d'être jalousé par les p^iuvres. Son cynisme avoue et vante les fautes qui le transforment en un être passif, soumis aux exigences de celle qui paye. Il renonce à produire ;
ce qui est la gloire de rhomme. Il renie ses facultés de création. Il déserte le poste confié par une race probe afin que soit continuée, transformée, améliorée Taise du monde. Et les parents, dépositaires de cette religion, se voient leurrés dans leur espoir atavique, sentimental et puissant, d'adjoindre Tœuvre de leur nom à Tœuvre de leur caste, de leur race. Tout ce pour quoi ils ont vécu, souffert, sans discuter, depuis l'enfance, cela s'écroule. Leur tâche ne sera point perpétuée. C'est Timmense désillusion. En euxmômes les ancêtres de toute Tascendance pleurent rinutilité d'efforts séculaires, de traditions obscures, de préjugés transmis. Et les vieux meurent de cette trahison.
Besoin d'ôtre envié. Indéracinable vice de la nation. Toute notre bourgeoisie se gâche l'existence en y satisfaisant. La dame en partance pour Nice dans le fiacre chargé de malles, guette aux yeux des flâneuses le mauvais regard de celle que sa pénurie retient sur le boulevard. Et cette souffrance de la foule est pour la voyageuse bien autrement agréable que l'espoir d'un pays favorisé de jardins exquis, d'une mer harmonieuse, de la eôte rose et lileuâtre, longtemps fleurie. La personne riche d'une famille remercie son luxe de la tristesse qu'il procure aux cousiaes dépourvues
tÊO lA MORALE DE LAMOUR
de rentes. Ce n'est rien de fréquenter les gens sélèbres» si Ton n'en peat paiier comme d'amis très intimes à des parents, à des camarades abscars, qui regrettent la médiocrité de lear vie, à ce moment'là, gardent malaisément leurs soupirs et baissent les jeux. Avcrfr une amie chère à la mort, est un délice, si l'on peut nommer, parmi les docteurs qui la soignent, les plus illustres membres de l'Institut, ceux de qui la consultation se paye gros. Quelle (diose saurait noas mieux consoler de la fin des proches, sinon la magnificence du corbillard, la profusion des couronnes, l'afflaence des clients, des connaissances, des protecteurs, des fournisseurs, des badauds^ des bavards, des ironistes, des frôleurs et des frôieuses, des colporteurs de potins, sinon la fureur contmioe de la populace qui suppute ce que loi vaudrait de pain et de vêtements l'or prodigué pour cette pompe inutile. Combien pea d'amants se contentent d*adorer leur belle mat^ tresse chez eux, dans te déoor aimable du bou^ doir? Ils Tempanachent. Ils Taffublent d*orl* peaux, de bijoux, et de fards. Ils la mettent ft Vétal partout, afin que Tbomme sans amour soît torturé de désirs et de ranccBurs. Peu importe à rélégante de porter une robe aux lignes nobles, un chapeau qui la rend pareille aux déesses. L'es*
LA MORALB DB 1. AMOVR ML
•eatiel est que le nom do couturier, de la modiste e^nt devinablee à fasfyeet de ces OTuemeats, et i|ue le noai enseigne aux masses le coût de «et apparat. Le poète qui compose une strophe Im^ peecaMe s'en glorifie, mais, arec un plaisir égal, il imagine Técrasement des émules, leur konte, ieuTs compliments fielleux, la baime près d'être conçue pour le triomphateur, toutes les peinas des orgueils vaincus.
Ce que l'Age préhistorique nous légua de cruautés persi^ite dans ce sentiment natureL En dépit de la loi, de la morale, de la charité chré* tienne, nous pouions, de la aorte, géhenner la faible. Dans un salon, avec quels raifinemtenta d'iastuce, les coquettes jouissent d'humilier leurs Inférievres, leurs égales. C'est toute la science de leurs vies. Un homme sans maltresse, fût-il jeune, beau, plaisant, est toujours moins courtisé par les flirteuses que le mari ou lamimt d'une jotie femme, f At-il laid, bougon, mûr et pédant. Car si Ton pouvait désoler cette créature en lui ravis-» sant Tami, Tépoux, quelle lélicité de la mettra véritablement au déseq>oir I
Le besoin d'être envié : c'est le besoin de ior^ turer. S'il cloue le captif au potean de guerroy s'il lui enfonce des éclats de bois sous les englea, sil le scalpe, s'il Veffleure et le déchire de ses
balles, sans viser Torgane essentiel, de façon à prolonger indéfiniment le 8applice,le Sioux veut épier les signes de Tangoisse dans les yeux du martyr. Il se réjouit de cette chair frémissante autour de la plaie nouvelle. Il goûte du bonheur curieux à voir se rétracter la hanche trouée par le projectile, à voir la bouche tordue par les cris-* pations, à regarder Tenflure bleuie des doigts sanglants, à deviner quelle phase de la douleur horrible le patient traverse, et, enfin, à se féliciter de n*étre point celui-là, mais, au contraire, oelui qui montre, éprouve, analyse la Joie de satisfaire sa curiosité de l'agonie.
Un homme célèbre, une femme élégante et belle qui se frayent passage dans Télite, à un gala, m'ont toujours paru tels que cet abominable sauvage des romans éducateurs. Avec leurs mas< ques de bonhomie ailable> de simplicité ac* cueillante, ils savourent le délice de piétiner les cœurs. Ils se flattent de triompher sur les tor* tures morales de ceux que n'exauça point le sort, et qui contemplent, dans ce couple, Tima^e du bonheur intangible. Autour des deux élus, on entendrait grincer les dents, craquer les muscles contractés, se nouer les nerfs, sangloter sourdement les goi^es. On aperçoit trop d'yeux qui retiennent leurs larmes, trop de mines qui accu-
sent rinjastice du destin. C'est Tenfer pour tous ces damnés que ronge l'envie légitime d'égaler et de surpasser. Le couple cruel va, sans égards. Il triomphe. Il sourit. L'extase de sa félicité noie ses regards brillants. Sereinement glorieux, parmi les décombres des ambitions et des pas* sions, il marche sans pitié.
Cet infernal plaisir est celui que recherche le groupe de gens qu'on nomme Tout-Paris. Ne croyez pas un instant que le culte de l'art dra^ matique soit le motif réel de Taffluence aux pre« mières représentations. Peu leur chaut, en vérité qu'une sottie remporte, ou l'aiftre devant le trou du souffleur. Mais lorsque la toile tombée, ils se prélassent au bord des loges; lorsque, Touvreuse rémunérée, ils descendent solennellement l'escalier du théâtre, parmi les chuchotis du public, dégorgé par les boyaux des corridors, ils se plaisent. Pour ces minutes, seules^ ils sont venus, ils ont manifesté une opi* nion, ils ont feint d'écouter le dialogue ennuyeux des récitants. En eflet, à ces minutes-là, leur vanité jouit à Textrôme. Ainsi le conquérant barbare foulait les ruines fumantes, au pas de son cheval dont les sabots glissaient sur les corps éventrés. les intestins à nus, les mares de sang liquoreux, les yeux arrachés et pendillants, les
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chevelures pleines de caillots, tes pongs contre lés par les affres des agonies lenles. Un Gengts- Kban, un Omar ricanaieBit d'aise à se seatir «nviés alors par le peuple vaincu et les soldats vainqueurs. Kitehener, au Transvaal, quand il visitait les camps de reconcentraticm et les villages dô* truits, quand il signait la sentence de mort applicable aux patriotee boers, ressentit les mêmes ivresses intérieuree, sans doute. Mais oui : elles ne difitèrent pas énorméme&t de celles que rechercike une très jolie femme habituée des premiènes représentations. C'est le même appétit de savoir sur soi la haine d*étres nombreux et impuissants. Oh ! provoquer leur rage sourde, les regrets faloux, el toute la série des supplices moraux les plus atroces*
Quand le marquis de Sade perçait de la pointe de son épée, la malheureuse fille publique attachée au bois de Ut, il se préparait le même plaisir de posséder une haine véhémente et furieuse, «ne douleur sanglotante, durant que la volupté suprême remuerait les fibres et les os du voluptaeux« Tout Paris a Time fille du divin marquis. Une femme dégante n'a jamais pu supporter Taudition de littératures supérieures, au théâtre, parce que son esprit est occupé par Tattemte de cette extase. Le moyen de soumettre
60ft întellîfeftee à rexamen d'une pessée fort», kHTsqoe toute Tâme prévoit Tadmirable spectacle des plus réelles tortures, des ruines d'existeoces, des pauvretés grinçantes, ées révoltes étonffée&, des rivaux et des rivales que leur défaite a, pour janais, blêmis?
Dante a fait de cela Tun des poèmes magnifiques dans les siëdes. Il lui a suffi de songer que ses ennemis personnels et politiques étaient visités par lui, triomphant au bras de Virgile, dans te fond des Enfers. La coquette de Paris recommence, pour soi-même, aux grands aoirs, la création dantesque. Elle descend, coaime le poète, Tescatier des abîmes oh retentissent les douleurs des damnés.
Fatalement la bourgeoise Timite. Le besoin d'étro envié constitue le principal de ses appétits. Chaque borde sociale sert à rassasier cette faim odieuse de ses chefs, tandis que les }aIoux, maîtres en ira cercle inférieur, jouent le même rôte de tortionnaire avprès d>in groope moins lortuoé. Instruite dans cette atmosphère de rivalités sournoises, hypocrites et cruelles, la jeunesse emporte vers sa vie la tare des Latins. Etre envié lui semble le meilleur de ce que peut atteindre Fhomme. Faireupâtir, lui paraît noble ^dignedesoi. Dans les milieux médiocres, on
est envié pour Targent que l'on dépense. Il faut en dépenser à foison, dussent les vieux parents redouter la misère. Inexorable l'adolescent dépouille les siens. Il pille la caisse paternelle. Il exige brutalement. On lui donne parce qu'on le sent prêt à toutes les hontes, au crime même. Epouvantés de celui qu'ils mirent au monde, les vieux s'inquiètent, d*aSolent, s'énervent, s'enfièvrent dans le commerce de l'idée fixe. Ils dépérissent. Survienne une maladie, elle s'aggrave dans un corps usé par l'obsession de la crainte. Ils meurent. Et l'enfant prodigue, revenu dans la chambre funéraire, voit son œuvre, se tue.
Est-ce là son œuvre réellement ? Est-il le responsable, ou bien les éducateurs qui donnèrent l'exemple de ce vice, qui, par tous leurs actes, convoitises, manigances, rivalités, triomphes, enseignèrent à leur progéniture le besoin d'ôtre envié?
Hélas I nous apprêtons les crimes de notre descendance. Notre manque de bonté engage l'adolescent à jouir des vanités mauvaises et cruelles.
L'honneur n'est pas d'être envié, mais respecté.
Voilà ce qu'on enseigne trop peu. Nous n'apprenons pas à devenir heureux pour nous-
mêmes. Si nous touchons le bonheur, il ne comble pas notre cupiuité à moins que les autres ne pâtissent de l'apercevoir, de le désirer, et, ne l'obtenant pas, de s*en navrer jusqu'à la mort.
Au temps héroïque de TEncyclopédie et de la Révolution, les ambitieux le furent pour Tidéal qu'ils voulaient servir. Aujourd'hui les ambitieux ne servent plus l'idée. Ils s'en servent. Sous le couvert de la vérité qu'ils firent admettre, ils besognent à l'avantage de leur personnalité seule. Le besoin d'être envié anime presque tous ceux qui s'imposen^t au monde. Leur souci n'est pas de conduire leur philosophie au triomphe par le moyen de leur action victorieuse, mais de cacher, sous le masque d'une philosophie, leur convoitise d'être jalousés. Tous prétendent recommen^ cer la promenade aux enfers, de leur vivant, à l'image de Dante guidé par Virgile, cependant qu'à leurs pieds gémira le supplice affreux des rivaux, des ennemis. C'est le but.
Une cruauté morale et sournoise remplace la cruauté brutale et franche.La science d'endolorir les ftmes succède à celle de torturer les corps. Et cela prépare des générations criminelles, néces-^ sairement.
Il nous manque des professeurs de bonté.
« A moD bumUe aria, m'écnUon, vous ae sea* tez pas assez (ou vous ue dites pLS assez) que 1» cidateUe des préjugés et des routines dans ks classes soit-disaut éclairées, c'est la femme el l'esprit féminin (je ne dis pas féministe.)... Vous voulez }U£er la supériorité des inslitutioosy ées hommes et des œuvres d'après ua idéal nouveau d'utilité et de justice. Ne se&tez-vous pas que c'est surtout la femme, aristocrate, bourgeoise, demi-bourgeoise, même ouvrière^ qui est ré^ fractaire à cette conception ? C'est die qui classe les choses et les gens d'après le galon, le pa* nache, le prestige traditionnel et Téti^ptetie sociale. Pour elle, le boaheur est affaire de vanité, et sa vanité ne voit que les »gmes extérieurs et conventionnels qui furent, dans le pas^é, la marque de la supériorité.
« Vous réagissez contre le militarisme, et ce sont les fMBmes qui «ubissent le prestige du panache et le suggèrent aux hommes par leur propre enthousiasme.. Vous voulez abolir la superstition des carrières nobles et libérales ? Trouvez donc des bourgeoises qui acceptent pour leurs maris ou leurs enfants la déchéance d'nn métier utile, lucratif et intelligent. Votre iorgerim récitant des vers de Virgile resta un paradoxe ridicule pour la moindre pécore de petite ville, et
LA MORALE De L AMOUR 8|t
toutes les demoiselles sans del aecepleront mille fais les privations d'un ménage d'emplejé b 1*300 francs ou les colères rentrées du célibat, |d«tôt que d'accepter la HiaîA plus oa iMins Boire d'tttt mécanicien à 10 francs par jour.»*
« ... Pour uol^qnî observe en proivi&ee les vieilles couchas bourgeoises k peine eatamées^ à la surface^ je constate dbez Timmense majorité des femmes la superstition obstinée des compartiments et des étiquettes de la biérarckie. Quel qite soit leur rang, quel que soit leur toilette» grattez la femme vous trouverez La Damc, la terriUedamede Scfaopeniiauer, avec sa préoccupa tien obsédante et maladive d*é^aier Mme Une TeUeqttî se croit supérieure, et de se défendre rageusement pour tenir à distance Mme X... qui voudrait être une égale. Quelle idée fixe de choi* sir et de ré^r chaque arlicie de sa toilettn, 4e BMk ménage et de son budget, en vue d'affinaer ou de simuler une supériorité sociale l Quel pro* fond dédain de le«t confortaUe et de toute es^ thélique, dès qu'il sTagit d'affidierles insignes ^ celite élite qui « suit la BMde b. Élit» ridicule peut-être et mode surannée, mais qui satisfait qoand mètme le besoin de se classer et die sentir eoaere derrière Mi quelqu'un à mépriser.
« Si j'insiste sur ces détails mesquins, e'est
que j*y vois le symptôme, le symbole et le résumé de la psychologie bourgeoise. Les principes de la vanité mondaine dominent à la fois la toilette, le cérémonial et les choses les plus graves : mariages, relations, éducation, choix des carrières, programme de vie et de bonheur. Les femmes jugent un grand homme et choisissent un chapeau d'après le même idéal. Cet état d*esprit leur rend incompréhensible et odieuse toute transformation qui déclasserait et reclasseraittouteschoses, qui bouleverserait la hiérarchie conventionnelle, leur religion et leur vie. a Au contraire, tous les messieurs acceptent le chapeau de tout le monde et le veston égalitaire ; la toilette peut traduire un goût personnel, mais elle ne sert plus à indiquer le rang et la fortune, et remployé d'une banque peut être semblable dans la rue à son archimillionnaire patron... C'est qu'au fond les hommes s'attachent de plus en plus aux avantages non conventionnels : la fortune, le pouvoir, le plaisir, Tinfluence, etc.. Agir, vivre, valoir et faire quelque chose au lieu d'être quelque chose, c'est de plus l'idéal, encore platonique et stérile, des hommes à l'esprit éveillé. Même les joueurs de manille que vous fustigiez un jour sont surtout paresseux et mal outillés pour le struggle, mais ils
ne sont pas hostiles en principe à la supériorité de l'activité et du mérite. Ils nuiront pas aux colonies, mais c'est par peur de la peine et de linsuccès. Ils ne repousseront pas vos idées si, par hasard, ils les discutent et ils sont bien aises, tout au fond, que le café où ils s'abrutissent s'appelle le café du Progrès. Peut-être leurs fils sortirontils de l'ornière, c'est affaire de temps, de propagande et surtout de nécessité... r>
Cet excellent observateur des sentiments communs à la bourgeoisie continue sa lettre en critiquant les théories du féminisme pour montrer leurs périls. Il objecte que l'avènementdelafemme au suffrage serait le triomphe de la bourgeoise, installant l'adultère et l'idéal d'un sentimentalisme benêt au foyer conjugal, sans Code qui la contrarie, selon les souhaits de théâtre que corporiflèrent messieurs Jules Case et Hervieu, dans la Loi de V Homme ti dans la Vaêsale. La petite avant-garde révolutionnaire des frondeuses, des doctoresses, préparerait l'invasion d'une épouvantable armée réactionnaire. L'odieuse héroïne de Dumas fils récolterait ce qu'auraient semé Mme Poignon, Séverine et Jules Bois.
« L'avènement de La Dame ! Chose tragique.
« Et toutes les espérances de rénovation libre sombreraient. »
J'ayoae que je redoale aussi de Uls daagexa.
Mais J'espère qae la masse des femines du prolétariat s^epposerait» par an nombre matirev à eette eatastropbe ; ce qm se prodaii, au reste^ en Nevfelle-Zélande et en Finlande.
Je cède au plaisir de citer encore :
<K Tous les hommes supérieurs que tous exaltos seront écrasés^ si la femme jc^e, par les hommes décoratifs. Renan et Anatole ("IraMe no coflameacent d'exister que le your où il est bien porté de les avoir à dîner... Or, c'est rinfinence fémiiiiiie qui, dans la plupart dies ménages, règle le train de Tie, non en yertu de déeîsiotts personndles, mais en vertu d'Mi code impérieux foit par toutes les femmes en général, et que (Aaeone a l'air de subir et de désapprouver en partieuliM.
« C'est œ code qui oblige ii viwt $elen $a posiii(m; c'est-à-dire àporter au maximum les dé p eas ec de vanité et à subir les difficultés de joindre les deux bouts, au lieu de la large aisance favorable aux initiatives et à l'esprit d'entreprise. C'est la femme, presque toujours, qui substitue le kixe pour la galerie à la satisfaction des goûts peffsonnels^ qui rogme sur les cotisations, les souscriptiona^ les abonnements et les livres, pour payerun dtaer ennuyeux et « indispensable 9 , qui remplace quotidiennement les amis do cosur et
d'esprit par les retoHons flatteuses... EoGii, le mariage de convenanoes et de vanité, pour que lesfewiiee fliénages recomiDeBoeDt la mèmeTie idiete et transmettent à leurs enfants ce trésor de préfogés nationaux. .. Un préfet et un président servent à faire une préfète et une présidente, taadKs que Pasteor on Vietor Hugo, en se mariant, ne font pas une bienfaitrioe de rhnmanité ou une femme de génie.,. Expédier aux colonies un fils oisif, suivre aux pays sauvages un fiancé entreprenant et débrooillard, c'est, pour une femme, se déclasser, entrer en concurrence avec le premier venu, en cas d'însoccès exposer nn homme du monde aux métiers inavouables des Abraham Lineofai et des Jajr Gould, lors de leurs débuts ; c'est, en un mot, risquer la déchéance^. Il est admis qu'un jeune homme ruiné a La ressource de s'engager dans la cavalerie, parce qn'il est convenu qu*à balayer le crottin de la caserne on ne déroge pas, au contraire; tandis qu'il iandrait peut-être s'encaaaiQer pour mener la vie large et intelligente aux eoloaBies, et conquérir la fortune...
« ...Il y a cent ans, raffranchissement des nègres de Saint-Domingue figurait légitimement au programme humanitaire et civilisateur ; réalisé dans un pays admirable, il n'a produit qu'une
forme grotesque delà barbarie, un siècle d'opérette sanglante. Sans comparaison impolie, n*y a-t-il pas quelque contradiction et quelque danger à réussir Taffranchissement de la femme avant d'avoir entamé sa conversion ? Il faut d'abord railler et démoder cette hystérie nationale, qui a voué toute notre littérature d'imagination à étudier la femme et l'amour, qui veut nous faire admettre que le geste de l'amour est seul d'es^sence divine, et qu'il n'y a plus ni lois ni serments dès que la fille de mon concierge est amoureuse du garçon boucher d'en face. On ne peut pourtant pas réduire l'imagination d'un grand peuple à des rabâchages de troubadour gâteux... »
Evidemment, la vérité s'exprime ainsi. La bourgeoisie comme l'aristocratie sont gâtées par le règne absurde qu'imposent aux maisons les vanités féminines. Peut-être qu'avant d'affranchir l'épouse, il conviendrait pour les hommes intelligents de s'affranchir d'elle. Le problème sem^ ble ardu et l'ennemi puissant.
La Dame est l'obstacle.